‹ Étude sur la lypémanie anxieuseChapitre 12 sur 24 · TROT · texte numérisé non relu

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tentative de suicide (pendaison). Elle songe à aller à l’eau mais, quand elle veut partir, il y à quelque chose qui l'arrète.

À l'asile, elle se montre dès les premiers jours relativement tranquille ; elle reste volontiers couchée, ne devient anxieuse et gémissante que par échappées, lorsqu'on s'approche de son lit et qu’on s'occupe d'elle. L'anxiété d'ailleurs est évidente, bien que l'expression n'en paraisse pas toujours très vive. Cette malade saisit, elle aussi, toutes les occasions de se tourmenter ; elle s'attribue ce qu'on dit et ce qu'on fait autour d'elle. Quand nous écrivons, c’est pour sa condamnation, c’est pour la faire aller aux galères ; si quelqu'un parle, elle s’imagine que c’est pour lui imposer silence. Un jour, à propos d’une autre aliénée, nous avions prononcé dans le dortoir le mot de ponction ; le lendemain, elle déclarait à la sœur, que nous allions lui faire « une ponction de poudre dans le ventre et qu’elle en deviendrait toute innocente ». Elle craint que nous poursuivions son patron, sans. chercher d’ailleurs les raisons possibles de cette poursuite : « C'est pas la peine de faire tant d’af- « faire... Est-il possible, mon Dieu !... Mon maître ne « vous payera pas. Ne le faites pas condamner. Il n’a « pas d'argent, le pauvre homme! Croyez donc ce que «je vous dis. Dame, tout de mème! » Elle ne veut pas rester davantage, et elle refuse de se laisser soigner parce que, dit-elle sur un ton plaintif, elle n’a plus un sou et qu’elle ne pourra pas acquitter la note. Et cette préoccupation revient longtemps.et souvent dans ses paroles. :

Elle a des idées de culpabilité et d’indignité très accentuées. Elle a tous les vices. Elle a volé son maitre.

Elle est condamnée aux galères : durant trois mois, chaque jour, elle se montre préoccupée de cette condamnation. Essaye-t-on de la convaincre que tout cela est faux, absurde, elle parait comprendre, elle se calme une seconde, puis repart sur le même thème. Toutefois, elle résiste par instant à ses propres suggestions ; il est vrai que c’est pour échapper aux mauvaises intentions qu'elle nous prête : « N’écrivez pas cela, dit-élle. Ce n’est pas « moi qui ai volé : vous le saurez par les journaux. Je « n'ai rien pris... je dis ça comme cela. » Mais aussitôt après : « Puisque je vous affirme que c’est moi. Oui, j'ai « volé de l'argent, du linge... et tous les petits verres « que je prenais | »

Elle a encore de temps en temps, durant les premières semaines, une hallucination de l’ouïe. On crie « aux galères. » Un jour, on lui jette une insulte. Un matin, elle entend : « Vive la République ! » La nuit, elle est en proie à des rêves, à des hallucinations hypnogogiques. Huit jours après son internement, elle nous dit à la visite : « Pourquoi m'avez-vous accusée toute la nuit ? « Vous prétendez que je fais du mal aux autres femmes, « que je suis allée faire dans le pot de la Supérieure. » Un mois plus tard, et deux ou trois matinées consécutives, elle nous reproche d’avoir écrit à des personnes de son pays qu'elle avait volé son patron ; nous l'avons forcée à « signer la guerre, » elle va porter le sac et le fusil, et c’est abominable, il vaudrait mieux qu'elle aille aux galères tout de suite.

Un soir, le surlendemain de son entrée, comme il y avait de l’orage, elle ressentit vivement le tonnerre et les éclairs, et à chaque grondement cette phrase lui venait : « Tu n’es pas à ta place. » Elle ne l’entendait pas,

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«ça le lui disait », — c’est son mot, elle la sentait.

Pendant les deux premiers mois de son séjour à l’asile, elle a eu souvent des bourdonnements d'oreille : sifflements, bruits de machine.

Signalons encore ici l’arrêt psychique. Le tableau que nous venons de tracer montre suffisamment, que le champ . de la conscience était occupé par les préoccupations dé-

‘lirantes à l’exclusion de toute autre. Mais nous pouvons ajouter que, jusqu'à l’époque de la guérison, nous “n'avons pu avoir avec la malade une conversation suivie sur un sujet quelconque. Elle écoutait, semblait comprendre ; seulement, au moment de coordonner ses idées ou ses souvenirs pour répondre, elle s’arrêtait et retombait dans son délire.

Quant à la guérison, elle a été précédée comme chez la malade précédente, d’une courte période intermédiaire. : u

En résumé, la lypémanie a éclaté icisur un terrain névropathique. Elle a été préparée par le chagrin, en fatigue et les privations. Mais, comme ces trois facteurs n'ont pu agir qu'à distance, la femme B. se trouvant dans une période relativement tranquille et heureuse — elle vivait depuis un an chez un bon maître — lorsque la crise est survenue, il faut faire une grande part à l'intoxication alcoolique ancienne et récente. Celle-ci ne semble pas avoir imprimé à la la maladie de caractère particulier. Elle a simplement créé, dans un organisme prédisposé, l'état cénesthétique qu’on trouve à la base de toute mélancolie.

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