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chevées. Elle présente des signes non douteux d’amboulie: elle a tenté plusieurs fois sur nos instances d'écrire à sa lille, et n'y est point parvenue,
Les idées d’indignité éclatent par moments. Elle est une mauvaise mère, elle aurait dü protéger son fils contre
‘les gendarmes, elle n'aurait pas dû « croire à cette
chose-là » : allusion à la botte de foin. Mais elle réagit, proteste. Un jour, elle nous dit : « Je voudrais qu'on « m'expliquerait les faits pourquoi on a guillotiné mon « mari, mon fils et maille. Je me suis mal expliquée au «médecin. Mon Dieu ! pour une affaire de quatre sous en « guillotiner quatre !... » Elle nous avait déjà fait le récit de la petite mésaventure arrivée à son fils huit années auparavant ; c'est le seul événement qu’elle ait pu nous raconter d'une manière complète et claire au cours de sa
maladie. Et il revient fréquemment dans ses préoccupa-
tions : son enfant n’est pas coupable, c’est abominable ce qu’on veut faire,
Son désespoir est sans bornes, etelle saisit au passage tout ce qui peut servir à l’alimenter. Quand nous examinons sa tumeur abdominale, elle s’écrie : « Vous voulez « me faire du mal, j'en suis bien sûre ; vous allez m'ouvrir «le ventre, me faire quelque mauvaise opération. » Et nous perdons notre peine en essayant de la rassurer. Lui parle-t-on de la mener au bain, elle redoute d'être mise dans l’eau bouillante. Si nous prenons des notes devant elle, elle est soudain prise d’une crainte qu'elle traduisait un matin dans les termes suivants : « Qu'est-ce «que vous écrivez encore? Hélas, quel malheur! Où « tout cela va-t-il me conduire ? Qu'est-ce que c'est que « ces affaires-là ? » |
L'amélioration commence deux mois après l'interne-
ment ; la malade se montre moins anxieuse, elle se met à des travaux de couture. Un jour, elle écoute attentivement une de ses voisine de dortoir, qui divaguait, et s'écrie en éclatant de rire : & Mais vous êtes folle, ma pauvre femme. » Depuis ce moment la guérison s'est avancée rapidement. Me X. déclare qu’elle sort d'un mauvais rêve. Sa langue s’est déliée ; elle parle d'abondance, avec entrain : « En voilà des maladies, dit-elle. « Est-ce que les médecins connaissent cela ? » Bref, après une huitaine d'un état mental intermédiaire qui ressemble à de la convalescence, elle s'en va bien guérie.
Voilà donc une héréditaire, une dégénérée, si l’on veut, présentant l'un des stigmates que M. Magnan considère comme caractéristiques de cet état mental: l'obsession, qui sous l'influence du chagrin, tombe dans un accès de lypémanie. Les traits les plus
saillants de la maladie sont chez elle, outre l'idée fixe
qui persiste : les impulsions motrices, l'arrêt psychique et l'anxiété.
Osservarion II (personnelle)
Femme de 42 ans, domestique à la campagne, mariée (divorcée). Elle a une fille de 15 ans, bien portante, que |
le mari, en quittant la mère il y a environ cinq années, a emmenée avec lui. Depuis ce temps, elle a toujours travaillé chez les autres, et a eu beaucoup de misère,
Grande, bien constituée, mais amaigrie. Elle n'a jamais eu de fausse couche. Pas de troubles digestifs.
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Elle n’est pas intelligente. Mais, d’après les renseignements que nous avons recueillis, elle est laborieuse, honnête et dévouée.
Sa folie a duré environ cinq mois, dont quatre à l'asile. Guérie, elle a une tenue parfaite ; elle se montre serviable ; elle répond volontiers aux questions que nous lui posons, et fournit quelques détails utiles sur ses antécédents héréditaires et personnels.
Antécédents pathologiques. — Elle n'a pas connu sa mère. Le père estmort à 50 ans « d’un refroidissement. » Deux oncles maternels étaient des anormaux, « des coureurs », et l’un d'eux « est mort de misère dans une grange. » Elle a deux sœurs, dont l’une est rendue impotente depuis plusieurs années par « une sciatique ». Elle déclare qu'on était « douloureux » dans la famille de sa mère ; une tante de ce côté aurait eu « des dou- leurs toute sa vie. S
Elle-mêème a fréquemment souffert de rhumatisme articulaire. Durant son séjour à l'asile, elle n’a guère cessé de se plaindre de douleurs dans les membres, dans les genoux, au niveau des reins ; elie se sentait lasse, courbaturée. Trois fois pendant la première quinzaine, nous avons trouvé de l’albumine dans ses urines. Depuis longtemps elle présentait de la dysménorrhée et des métrorrhagies, qui ont cessé un mois après son entrée, les règles étant redevenues normales. L'examen des organes génitaux ne nous avait révélé aucune lésion.
Nous avons noté plus haut l’absence de troubles digestifs. Nous entendons par là que la malade n’est pas une dyspeptique d'ordinaire. En réalité, elle avait perdu l'appétit depuis quelques semaines lorsqu'on l’a fait interner. Elle avait l'habitude de boire une quantüté no-
table de vin à ses repas, eten dernier lieu, servant dans un débit de boissons, elle avait fait de réels excès : c’està-dire qu'elle était retombée dans les excès qui avaient obligé son mari, cinq années auparavant, à demander le divorce. De là le dégout des aliments. De là aussi le délire.
Maladie actuelle. — Le début de la lypémanie est iet marqué par une conceplion délirante, quelque chose comme une idée de persécution, mais avec un élément émotionnel qui la rapproche de l’obsession. La femme B. fit un jour venir un rebouteur pour lui demander conseil au sujet de ses rhumatismes. Mais ce praticien produisit sur elle une telle impression, que depuis elle ne put le voir ni penser à lui sans éprouver une frayeur invincible ; elle était obligée, dit-elle, de prendre deux sous de goutte pour se remettre. Bientôt elle erut qu'il lui avait jeté un sort. à
La folie devient alors manifeste pour l'entourage. La malheureuse tombe dans la tristesse et l’inaction, elle est incapable de servir les clients. Elle s’accuse de voler son patron, elle parle avec effroi des gendarmes. Son sommeil rare, est troublé par des cauchemars, à la réalité desquels elle croit en se réveillant. Elle a quelques hallucinations de l'ouïe. Une fois elle entend crier : « aux galères !aux galères! » Des voix ajoutaient que c'était un supplice trop court de lui couper la tête. Une autre fois, elle est prise de bourdonnements d'oreille, et au mème moment on lui dit : Il faut nettoyer ton fourneau et ta cheminée. » Elle à par instants des secousses dans
les membres. Un matin, elle subit une impulsion : elle
brèle tous les papiers relatifs à son divorce, et cela sans que sa volonté y soit pour quelque chose. Elle fait une