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déprimée, incapable de tout travail. Des maux d'estomac la torturèrent ; elle perdit totalement l'appétit et le sommeil ; elle eut de la diarrhée. Elle quitta alors sa mère, qu'elle confia à une femme de journée, et alla se reposer chez sa sœur. Là, elle se reprocha d’avoir abandonné la malade à une étrangère, et d'occasionner ainsi à la famille des dépenses inutiles ; ce fut durant plusieurs Jours sa préoccupation unique et constante. L’anorexie et les insomnies persistaient, la diarrhée également. Alors éclatèrent les idées d’indignité, de ruine et de damnation. Elle désire mourir, par dégoût de la vie et aussi dans un esprit de châtiment. À aucun moment, elle n'eut d'hallucinations. Au cours d'un paroxysme anxieux, elle se jeta dans un puits où, sans l'intervention de sa sœur, elle se serait infailliblement noyée. Détail bien caractéristique de cette tentative de suicide : quand notre hypémaniaque sentit le froid de l'eau, elle se débattit pour échapper à la mort, et saisit avec énergie la corde qu'on lui tendait.
A l'asile, Les troubles digestifs cédèrent quelque temps après le délire lui-mème qui, ainsi que nous l'avons dit, avait presque disparu au moment de l'internement. Celui-ci eut lieu le lendemain de la tentative de suicide.
Nous rencontrons ici, chez une prédisposée, des crises successives et très éloignées les unes des autres de lypémanie anxieuse. La dernière a été nettement précédée de ces troubles somatiques dont quelques auteurs, notamment M. Séglas, font une véritable période prodromique de la psychose (1).
(4) Séczas, KrarrT, EBine, ScHuLE. — Maladies mentales, 1894.
Onservarion IV (personnelle)
Indications générales. — Femme de 36 ans, mariée. Elle a deux filles, dont l’une est clorotique. Paysanne aisée, de taille moyenne, normalement constituée, souvent constipée.
Laborieuse, mais d'intelligence médiocre. Jusqu'à l’éclosion de la folie, irréprochable envers les siens.
Antécédents pathologiques. — Le père était alcoolique ;il a été frappé d’hémiplégie à l’âge de 70 ans. La grand'mère maternelle s’est noyée à 56 ans, étant enceinte. Un oncle maternel s'est pendu à 60 ans, Une cousine germaine, du côté de la mère, s’est noyée à 35 ans. Un grand oncle maternel est devenu fou vers la soixantaine.
Notre malade, mariée depuis onze ans, n’a donné durant cette longue période aucun signe d’aliénation.
Maladie actuelle. — Les premiers troubles mentaux, nous ne disons pas les symptômes de lypémanie, se sont produits au cours du sixième mois de la seconde grossesse. Me B. devint irritable, difficile, querelleuse. Elle eut des interprétations délirantes. Puis, un beau matin, trois mois après ce début, mue par une impulsion à laquelle elle ne put résister — elle Le déclara plus tard — elle alla se jeter dans une mare, d'où par bonheur il ue fut pas difficile de la retirer. A la suite de cette tentative, des maux de tête survinrent, fréquents et persistants ; la malade tomba dans la tristesse. La grossesse n'en suivit pas moins son cours, et l’accouchement fut normal.
Peu de temps après celui-ci, on constala des idées
mystiques avec moments d'excitation, loquacité, besoin de prècher au nom de la Vierge. Les msomnies et le refus d’aliments semblèrent aggraver cet état mental. Un médecin fut appelé, qui nota ce qui suit : « Idées de « mordre. Parle sans cesse de se faire mettre en prison « pour être guillotinée. Z/{le ne peut plus rester comme
«elle est. Son cœur ne bat plus, tout est changé dans
«son côté. I faut que la mort vienne. Elle n'a plus « rien dans la tête. Elle sent bien qu'elle n’en reviendra « pas. Parfois agitée, parlantavec volubilité. Elle frappe «sa fille, ne veut pas son nouveau-né. » Des sensations morbides (troubles de la cénesthésie) sont donc expressément signalées au cours de la maladie. Bien que leur date ne soit pas indiquée, ils n'en constituent pas moins un renseignement précieux au point de vue de la séméiologie ; car jusqu'ici rien ne permettrait sans eux de poser le diagnostic de mélancolie, Non pas qu'il soient pathognomoniques , mais ils viennent corroborer par avance les autres symptômes qui n’ont pas tardé à paraitre.
En effet, à l'asile, Me B. reste pendant un mois déprimée, triste. Elle pleure souvent. L'arrêt psychique est frappant : elle parle comme à regret, les mots ne viennent pas, elle fait effort pour répondre et ne peut achever ses phrases, ses souvenirs lui échappent. Des crises d'angoisse éclatent de temps à autre, avec idées de culpabilité et de damnation, crainte de supplices imaginaires. Et chez elle les conceptions délirantes apparaissent bien comme une tentavive d'interprétation des sensations anormales dont elle se plaint. Voici à cet égard une phrase assez typique : Tout est changé en moi, je ne me reconnaissais plus... Je suis damnée.
François ; 4
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Elle affirme qu'elle n'a plus rien dans le côté. Au parloir, elle dit qu'elle ne reconnaît pas son mari, et le presse quand même sur sa poitrine.
L'amélioration de l’état mental, très notable au bout de quelques semaines de séjour, devient-de plus en plus manifeste. La convalescence n’est point compromise par une crise violente de colique hépatique, à laquelle nous assistons. Mais des douches intempestivement données pour hâter la guérison de la vésanie, provoquent une recrudescence du délire, qui heureusement n’a qu’une courte durée.
En résumé, la femme B. a présenté un accès de lypémanie qui semble avoir été précédé, ou plutôt compliqué pendant quelque temps, par un délire d’une autre nature. La maladie s’est développée chez une héréditaire, au cours d’une grossesse dont la marche et le terme n’ont pas été influencés par elle. La grossesse en revanche a-t-elle imprimé à la psychose une
marque particulière ? Depuis le remarquable mé-
moire de Marcé (1), on sait qu'il n’y a pas à proprement parler de folie due à cette cause, c'est-à-dire un délire bien défini, toujours identique à lui-même. Cependant, on conçoit que, chez une femme très chargée d’hérédité névro-pathique, comme celle qui fait l’objet de la présente observation, un événement organique aussi grave que la grossesse et une solution aussi notable que l’accouchementet la délivrance, aient pu faire éclater des troubles cérébraux ou mo-
(1) MaRGÉ,