‹ Étude sur la lypémanie anxieuseChapitre 22 sur 24 · CONCLUSIONS · texte numérisé non relu

CONCLUSIONS

1° 11 existe une maladie mentale, d'aspect bien particulier, que la plupart des auteurs confondent parmi les étais mélancoliques, tandis que d'autres tendent à en faire toute la mélancolie, Sans rien préjuger de ses rapports réels ou supposés avec quelques formes d’aliénation, telles que l'hypocondrie, la dépression vésanique simple ou délirante, la confusion mentale, la stupeur et la stupidité, nous pensons qu'elle doit avoir sa place en nosologie, et nous estimons que la dénomination de /ypémantie anrieuse est celle qui lui convient.

2° Ce type clinique est caractérisé par un ensemble symptomatique dont les éléments principaux sont : l'anxiété, la douleur morale expansive, des craintes vagues, un sentiment d'humilité, d’indignité et de culpabilité, la difficulté des opérations intellectuelles, -l'irrésolution, l'incapacité à se déterminer; et, sur cette base affective et volontaire, des conceptions délirantes secondaires, qui peuvent manquer.

3° Les illusions sensorielles et les troubles de la sensibilité générale sont fréquents. Les malades présentent parfois des décharges psycho-motrices, intéressant la fonction du langage (Hallucinations verbales motrices de M. Séglas) ou dans la motilité générale (secousses dans les membres) Ils ont assez souvent des hallucinations visuelles, et plus rarement des hallucinations de l’ouïe, du goût et de l’odorat.

4° La présence au milieu de ces divers symptômes d'un délire hypocondriaque ou d’un délire de négation (syndrome de Cotard), aggrave généralement le pronostic. Dans certains cas chroniques et incurables, ces délires finissent par occuper toute la scène morbide. Mais fréquemment, la chronicité n’est marquée que par l’atténuation des signes ordinaires de la forme aiguë, avec ou sans transformation du délire.

5° La lypémanie anxieuse survient la plupart du temps sur un terrain vésanique ou névropathique, et la neurasthénie précède quelquefois son apparition: Diverses influences pathogènes, notamment les maladies infectieuses, les intoxications, sont capables de la créer de toutes pièces, mais dans un organisme ayant déjà subi des causes de déchéance, surmenage, chagrins, sénilité, ete...

6° Elle consiste essentieliement : au point de vue physique, en un trouble vaso-moteur et nutritif général ou exelusivement cérébral, déterminant un état pénible de la cénesthésie (sentiment fondamental de l'existence, Condillac) ; au point de vue psychique, en une dissociation de la personnalité, en un défaut

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de contrôle et d'assimilation des états de conscience nouveaux.

7° La maladie est souvent curable, et sa durée est alors variable, de quelques semaines à quelques mois, an an ou davantage. Quand ellese prolonge, elle peut offrir des rémissions. Les récidives ne sont pas rares.

8° Le traitement est à la fois médical et moral. Le premier est du ressort de la thérapeutique ordinaire ; il a les mêmes indications, et il donne des résultats analogues. Le second est du domaine psychique ; il importe, dans son application, que le médecin envisage plus que jamais sa mission en psychologue et en philanthrope.

9° Comme la condition de ce double traitement est, pour la grande majorité des malades, l’internement dans les asiles publics, et que généralement l'installation et l’organisation de ces derniers ne permettent guère d'instituer une thérapeutique ration- nelle, ïl conviendrait d'appeler de nouveau l'attention et la sollicitude des pouvoirs compétents sur l'hospitalisation des aliénés.

Vu le doyen :

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