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« animées et inanimées, auxquelles je touche par la vue « réelle, par le souvenir, par le rève, vivantes ou « mortes, appartenant au passé, au présent, à l'avenir. « Mon esprit est ballotté et déchiré, comme une feuille « arrachée par le vent, dans une immensité et une éter- « nité de peines. Cet état d'esprit explique bien les répu- « gnances que j'éprouve à lire un journal ou un livre, à « sortir au grand air, à toucher qui ou quoi ce ce soit: « ces répugnances sont devenues des phobies »,
Cette citation est longue, mais elle est instructive.
A qui saitlire, elle offre, avec les précédentes, autre chose qu'une page de style. Pour nous qui avons observé l’auteur, elle définit avec une grande précision et une scrupuleuse vérité de détails les sources multiples de la souffrance dont il se plaint. Toutes les perceptions présentes, quelles qu’en soient l'origine
et la nature, les associations d'idées qu'elles éveillent,
les souvenirs, l’image d’un effort quelconque à ac-
complir, constituent autant de causes de douleur. Le
domaine entier de l’activité intellectuelle consciente: se trouve atteint; il ne s’y peut rien passer impuné-
ment ; de même que le fonctionnement d’un genou
frappé d’arthrite affecte péniblement la sensibilité, de
même ici tout mouvement du cerveau, organe pensant, a un retentissement douloureux dans là cons-
cience. C'est l’hyperesthésie psychique de Foville ou
la névralgie psychique de Krafft Ebing (1), si de pa-
(4) Cet auteur fait lui-même la critique de cette expression,
dans la 5° édition de son ouvrage, trad. Laurent, 1897. «
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reilles associations de mots ne sont pas des non-sens dans le langage de la psychologie morbide.
Je relève encore ce passage, au cours de la même citation : « Tandis qu'en moi je constate avec une lucidité d’esprit et de conscience qui m'effraie... » Voici done un lypémaniaque anxieux qui se trouve plus lucide que jamais. Et cette constatation n’est pas là pour l'effet. Au milieu de nos conversations et
‘ dans ses notes, il est revenu plusieurs fois sur ce fait: « L'âme reste, écrit-il, plus intelligente et plus lucide.…. » Ailleurs, il s'exprime ainsi : «au furet à me- « sure que la matière s'épuise, le sens de l’âme se dé- « loppe ; loin de diminuer, les facullés intellectuelles « augmentent. La conscience éveillée me fait voir ma « malheureuse condition et toutes les misères du « monde », Dans une quatrième note, je découvre la même idée : « L'intelligence est plus vive, la conscience plus lucide ». Enfin, pour la cinquième fois, je la trouve sous la forme suivante : « L'âme, dans
une lucidité effrayante, est torturée par la tristesse,
. les regrets... », ea
C'est toujours la même chose, et l'on peut dire que la traduction est pauvre et monotone. Mais cette remarque ne diminue en rien l'intérêt du fait : il est des anxieux conscients qui,loin dese sentir déprimés,
“ anéantis, au point de vue psychique, se trouvent par
moment d'esprit plus alerte, plus clairvoyant, plus judicieux qu'autrefois. Celte particularité n’avait été jusqu'ici, du moins à ma connaissance, relevée par personne.
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Bien entendu, les malades ne doivent pas être crus sur parole, C'est ainsi que chez M. X. j'ai constaté une réelle paresse à sortir de l'unique sujet qui désormais le préoccupe : sa folie. Le champ de son activité intellectuelle est très limité, bien que la mémoire paraisse intacte sur les événements importants du passé. Il n’a plus d’appétit pour rien, dans le domaine des idées; il se désintéresse entièrement des questions qui l’attiraient autrefois, arts, sciences, littérature, affaires générales et locales. Il fait son métier machinalement, strictement, par habitude et par nécessité, et toute son attention est concentrée sur les impressions anormales qu'il éprouve.
En somme, et en dépit du style, M. X. présente un réel affaiblissement des facultés, un état de sénilité précoce, dû au genre de vie anormal (il a changé plusieurs fois de métier), aux préoccupations matérielles (embarras d'argent, nécessité absolue de travailler pour subsister, à un âge déjà avancé), à des habitudes solitaires. Le terrain est manifestement névro-pathique. De plus, les maladies du cœur chez les ascendants, l’hémiplégie de la sœur, l’artérioselérose du sujet, révèlent un système cireulatoire défectueux. Cet ensemble de conditions suffisent à préparer une vésanie. L'infection la plus banale, la grippe par exemple, pourra déterminer ou précipiter les troubles cérébraux : et c'est ce qui s’est produit dans le cas particulier. | | |
La lypémanie anxieuse a pris chez M. X. un aspect inaccoutumé. Mais je me suis efforcé, au cours de
l'observation, de mettre en relief les traits essentiels de la psychose. Si les opérations mentales ne sont pi: complètement entravées, si la vie de relation est encore possible, c'est à cause de la résistance plus s.ande des centres nerveux. Si la souffrance, l’angoisse, ont un accent plus profond et se traduisent avec plus d’éloquence, d'éclat, cela tient à la richesse de la culture cérébrale et des éléments de la personnalité. C’est dans de pareils cas que le mot de dou: leur morale trouve son emploi : ce qui, chez un individu non dégrossi, dans un cerveau fruste, n’est que de l’anxiété, phénomène purement affectif, s'enrichit chez l’intellectuel d’une note nouvelle, et s'élève à la dignité de douleur morale.
Quant à la marche de la psychose, qui dure depuis plusieurs années, il est inutile d’insister sur sa chronicité. —
S ak d x Ze + NQ = Ë « »