AVANT-PROPOS
La mélancolie étant placée dans le cadre des maladies mentales, nous ne nous dissimulons pas toutes les difficultés que nous avons à gravir en abordant cette affection.
Maladie non-seulement d'un homme, mais d'un peuple, elle a ses périodes marquées dans l'histoire ; nous l'appelons mélancolie , lypémanie. Saint Chr^'sostôme la définit parfaitement et la nomme athumia.
Après lui, tous les récits des écrivains ecclésiastiques sont pleins de cette maladie, qui envahissait presque épidémiquement les couvents au moyen âge. Elle est appelée accidia par le moine de Cîteaux Césaire.
A partir de cette époque , nous la verrons apparaître et disparaître , dominer en Europe après tous les grands cataclysmes, les bouleversements sociaux, les guerres, les révolutions, les guerres de religion.
Le dernier soupir de la Grèce et de Rome est plein
de mélancoliques et de suicidés ; les croisades, les
guerres religieuses en France et en Allemagne , la guerre civile avec Henri IV , les murs froids et humides de la Bastille, marquent ces époques d'un cachet particulier.
En 1789, le déplacement des hommes, des idées et des choses, va préparer, avec les troubles de la Terreur, toute une génération de jeunes gens mélancoliques.
L'esprit de vertige avait soufflé et mis en question toute chose ; il semble que l'on soit revenu aux temps du scepticisme antique
Avec la naissance de l'Empire, le calme rè-
vient peu à peu, et le culte est de nouveau abrité dans les temples. La guerre, en faisant du dedans au dehors une diversion utile, imprime aux idées, aux esprits, une direction nouvelle, jusqu'en 1815, époque fatale où tout manque à l'esprit français , c{ui s'était sauvé du doute , dans la gloire. Dans ce moment d'affaissement , s'il en fut jamais, les enfants de la génération présente, fils de l'empire et petits-fils de la révolution, se voient, de nouveau, replongés dans le doute; aussi cette époque est-elle marquée par de nombreux suicides
Montpellier, le juin 1858.