III. Sensibilité
Dans les formes anomales, les troubles de la sensibilité offrent quelques caractères particuliers qu’il importe de signaler. Ils diffèrent suivant que la lésion prédomine dans les enveloppes cérébrales ou médullaires,
La céphalalgie, ce symptôme qui ne fait jamais défaut dans les cas ordinaires, s’efface parfois ou s’atténue au point de passer inaperçu pendant toute la durée de la maladie. Ce fait est-il vrai, exceptionhel, mais ce qui l’est moins, c’est de constater que l’affection s’est affirmée, depuis dix ou quinze jours, par des phénomènes, comme la paralysie ou la contracture, sans que le moindre mal de tête ait attiré l’attention.
Sans doute, dans les cas les plus fréquents, la douleur survient à un moment donné et n’est pas plus douce pour avoir été retardée ; mais, nous l’avons dit, elle peut presque faire défaut. Lorsqu’elle est causée par une pla-
que de méningite localisée, elle n’est plus diffuse, mais prend un siège fixe qui corresiDond habituellement à la région malade. Elle est alors exagérée par la pression, et ce caractère, en l’absence de toute fièvre, de tout vomissement, de toute modification du pouls, n’aide pas à porter le diagnostic de méningite tuberculeuse, quand on ne soupçonne pas une anomalie. Si la céphalalgie peut manquer parfois, elle acquiert en d’autres conditions une durée tout à fait insolite. Nous relatons deux observations où elle a persisté trois et quatre mois avant l’éclosion des symptômes méningitiques. Elle est sujette à des paroxysmes qui arrachent des plaintes’ violentes ou plutôt des exclamations : « Ah ! ma tête! » etc.; mais les véritables cris hydrencéphaliques, sur lesquels on a tant discuté, sont véritablement bien rares dans les formes que nous étudions. Aucune de nos observations n’en fait mention. Dans un seul cas, sur lequel nous reviendrons, la malade, plongée dans le coma, proférait quelques heures avant la mort des cris épouvantables qui s’entendaient très loin. Mais la douleur n’était pour rien dans l’apparition de ce symptôme; il était le résultat d’une convulsion simultanée des constricteurs de la glotte et des muscles expirateurs.
Si les cris dits hydrencéphaliques sont rares pour ne pas dire exceptionnels, on les trouve au contraire très fréquents dans les accidents pseudo-méningitiques qui appartiennent à l’hystérie. M. Rendu les a observés chez un malade atteint d’un gliosarcome de la couche optique.
Les plaques de méningite tuberculeuse ne produisent pas seulement des phénomènes douloureux limités à la tête, parfois le seul accident qui trahit leur présence c est une douleur intense et subite dans un membre. Celui-ci est en proie à des crampes et à des secousses mus-
oulaires horriblement pénibles. La plaque siège dans la zone psyco-motrice. Mais en môme temps que ces douleurs spontanées, on constate l’existence d’autres troubles de la sensibilité limités aux points mêmes, qui sont déjà convulsés ou paralysés. Et cette localisation de l’anesthésie est tout à fait en rapport avec ce ({ue nous savons de la physiologie des circonvolutions psycho-sensitivomotrices. Quant aux symptômes qui sont sous la dépendance de la moelle, il est bien certain que l’hyperesthésie du début doit être attribuée à l’irritation des méninges spinales, et que les douleurs fulgurantes qui se montrent quelquefois lorsque les lésions médullaires sont très développées, appartiennent à l’altération des racines postérieures.