CONCLUSIONS
J'ai étudié par la méthode des conductübilités électriques le problème de la neutralisation chimique des acides et des bases.
J'ai pris deux séries : l’une à propriétés acides décroissantes, formée par un acide fort, bon conducteur, l'acide chlorhydrique ; un acide faible, mauvais conducteur, l'acide acélique, et un corps à fonction alcoolique, analogue à la fonction acide, mais plus faible, ne conduisant pas l’électricité, le phénol; l’autre à propriétés basiques décroissantes formée par une base forte, bonne conductrice, la potasse; une base faible, mauvaise conductrice, l’ammoniaque, et une base encore plus faible, non conductrice, Paniline.
J'ai passé en revue les combinaisons salines formées par chacun des corps de la première série avee chacun de ceux de la seconde et signalé le parallélisme remarquable qui existe, au point de vue chimique, comme au point de vue électrique, entre ces deux séries : l’acide chlorhydrique correspondant à la potasse, l'acide acétique à l’ammoniaque, le phénol à l’aniline, et l’histoire des combinaisons de deux quelconques de ces électrolytes étant reproduite avec interversion des rôles par les électrolytes correspondants.
J'ai montré que la marche progressive de la neutralisation pouvait être traduite par une représentation graphique simple, et que l’on obtenait ainsi des courbes d’aspect bien tranché suivant les cas : neutralisation d’une base forte par un acide fort, d’une base forte par un acide faible, d’une base faible par un acide fort, d’une base faible par un acide faible, etc.
En général, l’allure de ces courbes change complètement au moment de la neutralisation et elles se composent de deux parties bien distinctes, l’une relative aux liqueurs avec excès d'acide, l’autre à celles avec excès d’alcali.
Dans le cas de la neutralisation de la potasse par l’acide
chlorhydrique (base forte et acide fort), le phénomène est représenté par deux droites, qui se coupent sous un angle très aigu.
Dans la neutralisation de la potasse par l’acide acétique (base forte et acide faible), la partie relative aux liqueurs acides est une courbe légèrement convexe versO y, la partie relative aux liqueurs alcalines une droite.
Dans la neutralisation de l’ammoniaque par l’acidechlorhydrique (base faible et acide fort), c'est au contraire la partie relative aux liqueurs acides qui est une droite et la partie relative aux liqueurs alcalines qui est une courbe légèrement convexe vers Oy.
Dans la neutralisation de l’ammoniaque par l’acide acétique (base faible et acide faible), on a deux courbes convexes vers O y.
Dans la neutralisation de la potasse par le phénol ou de l’aniline par l'acide chlorhydrique, le phénomène est représenté par un système de deux droites dont les directions font un angle très obtus, mais qui se raccordent par une portion légèrement courbe.
Mais, dans la neutralisation de l’ammoniaque par le phénol, ou de l’aniline par l’acide acétique, on n’observe plus de changement brusque au moment de la neutralisation ; les deux portions relatives, l’une aux liqueurs acides, l’autre aux liqueurs alcalines, sont dans le prolongement l'une de l’autre et le phénomène est représenté par une courbe qui tourne sa concavité vers l’axe Oy. Il n’y a plus en effet ici une combinaison intégrale ou presque intégrale pour le mélange à équivalents égaux ; mais une combinaison très fortement dissociée, qui tend à se compléter peu à peu par l'addition d’excès croissants d’alcali ou d’acide.
On aboutit ainsi aux conclusions suivantes :
La potasse, base forte, donne avec l'acide chlorhydrique, l'acide acétique et le phénol, des combinaisons ayant des conductibilités voisines les unes des autres, se comportant
comme de véritables sels, stables en dissolution et non décomposés par l’eau.
L'ammoniaque donne avec l'acide chlorhydrique et l'acide acétique des combinaisons stables; mais elle ne donne plus avec le phénol qu’une combinaison instable, moins bonne conductrice que les sels neutres et en grande partie décomposée par l’eau.
L’aniline enfin donne, avec l'acide chlorhydrique, une combinaison stable, bonne conductrice; avec l'acide acétique une combinaison instable médiocrement conductrice; avec le phénol elle ne donne plus qu’un mélange non conducteur sans trace de combinaison dans les liqueurs étendues.
Après avoir examiné comment se comporlaient, en présence des bases, soit les acides proprement dits, soit le phénol, j'ai étudié la neutralisation de corps réunissant la foncion acide et la fonction phénol, les acides oxybenzoïques isomères ; le phénomène résultant, tout en manifestant d’une manière générale l’existence des deux groupements fonctionnels, acide et phénol, prouve que ces groupements s'influencent réciproquement d’une manière plus ou moins accusée dans les trois isomères, suivant leur position dans la molécule.
Vu et permis d'imprimer :
Le Vice-RECTEUR DE L'ACADÉMIE DE PARIS, GRÉARD.
Vu, bon à imprimer :