CHAPITRE
Fréquence des paralysies diphtériques.
Influence de la sérothérapie.
L'étude de la fréquence relative des paralysies diphtériques faite antérieurement à la découverte de l'agent spécifique de la diphtérie contient des causes d’inexactitude, qui rendent difficile la comparaison des chiffres tirés des statistiques anciennes et modernes.
Dans le dénombrement des cas de diphtérie n’entraient en ligne de compte pour les anciens observateurs que les angines à fausses membranes, de nature nettement diphtérique à l'examen clinique et seules les paralysies qui survenaient à la suite de ces angines pouvaient être considérées par eux comme des paralysies diphtériques. Beaucoup de diphtéries pharyngées, dites bactériologiques, évoluant en dehors de toute production de fausses membranes, échappaient à l’observation, malgré leur parfaite authenticité. Sée, Marquez, Gubler, Vulpian, Manigault, Becquerel citent nombre de cas de paralysie du voile du palais et même de paralysies généralisées consécutives à des angines
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simples, herpétiques, phlegmoneuses ou même survenant sans angine et à la suite d’engorgement ganglionnaire simple.
L'examen bactériologique est venu démontrer la nature diphtérique de beaucoup d’angines vulgaires et cette catégorie spéciale de paralysies, que Sée proposait d'appeler paralysies angiaeuses, rentre tout simplement pour nous à l’heure actuelle dans la classe des paralysies diphtériques. Nous verrons quelles restrictions il faut apporter à cette affirmation, à propos de quelques cas de paralysies consécutives à des angines non diphtériques.
Les traités classiques donnent généralement les trois statistiques de Roger, Sanné et Cadet de Gassicourt, relatives à la fréquence des paralysies,.
Roger donne le chiffre de 16,6 ‘/, paralysies sur un to tal de 210 cas; Sanné celui de 11 c/, sur 1.382 cas et Cadet de Gassicourt, celui de 13 0/, sur 987 cas. Pour ce dernier chiffre, Sevestre et Martin font remarquer qu’en éliminant les cas de mort survenue avant l'apparition de toute paralysie, il s'élève à 23,76 0/,.
Un chiffre plus proche de la vérité pourrait nous être fourni par des statistiques dressées après la découverte de Klebs Lœffler et surtout à partir des travaux de Roux et Yersin (1888-1890) jusqu’à l’angine du traitement sérothérapique (1894), période pendant laquelle Panalyse bactériologique à permis de déterminer sûrement la nature diphtérique des angines observées. Baginski (1) a noté 68 paralysies sur 993 cas de diphtérie observés de 1891 à 1894, soit une proportion de 6,8 04. Joignons à ces quelques
(1) Diphterie w. diphterischer Croup, 41898.
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chiffres les résultats signalés par Matchevariani (1) qui, sur un total de 14 statistiques dressées avant la sérothérapie, trouve des chiffres variant de 5,7 °/ (Unterhollzer), à 27 ‘Jo (Hoppezeiler) et même à 36,4 °/, (Martin de Genève).
Il y a donc un écart énorme entre les chiffres proposés. Nous avons vu au début de ce chapitre la cause d’erreur attachée aux anciennes statistiques. Disons de suite que les raisons principales des différences, que nous venons de constater, affectent également les statistiques anciennes et modernes les mieux faites :
1) Certains auteurs comprennent dans leurs chiffres fous les cas de diphtérie observés, quelle qu’en soit l’issue. D’autres en éliminent ceux qui ont été suivis de mort précoce avant la production de toute paralysie. Il est évident que cette dernière méthode serait préférable.
2) Les phénomènes paralytiques étant généralement des accidents tardifs, surviennent la plupart du temps après la sortie de l'hôpital et sont en général assez bénins pour que les parents ne se croient pas obligés de ramener leur enfant. On n’observe par conséquent que les paralysies précoces, à moins que le séjour du malade à l'hôpital ne se prolonge pour une autre raison ; or, depuis la sérothérapie, la convalescence est devenue plus courte à cause du relèvement rapide de l’état général et le malade échappe encore plus tôt à l'observation.
3) Enfin, comme pour toutes les autres infections, certaines épidémies se signalent par leurs localisations sur le système nerveux, de sorte que des cas très nombreux de paralysies
(1) Thèse de Lausanne, 1899.
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pourront se voir au milieu de diphtéries, bénignes au point de vue des localisations laryngées ou des phénomènes d’intoxication. Des exemples de ces faits abondent dans les anciens auteurs.
Depuis la communication de Roux à Buda-Pest et l’éclosion d’une foule de travaux relatifs à toutes les modalités de l'infection diphtérique, la question de la fréquence des paralysies diphtériques s’est posée avec un nouvel intérêt, sans être, à l’heure actuelle encore définitivement résolue. En effet, la préoccupation première des thèses et travaux qui ont trait à la sérothérapie est de juger la méthode par ses effets les plus frappants ; les modifications des acciderits laryngés occupèrent surtout les observateurs. Les polémiques du début attirèrent l'attention sur les accidents post-sérothérapiques ; mais les accidents paralvtiques ne furent étudiés qu’incidemment. Nous avons cherché les éléments de notre courte étude dans les thèses faites au début de la sérothérapie, dans plusieurs statistiques générales récentes, dans la thèse déjà citée de Matchevariani, faite surtout avec des documents étrangers.
Perréqaux (1) a observé 249 cas de diphtérie à Porigine de la sérothérapie et fait mention de deux cas de paralysie précoce, dont un fut suivi de mort. Grâce à une ingénieuse idée, imitée depuis et consistant à envoyer aux parents des petits malades un questionnaire très simple, relatif aux accidents tardifs de la diphtérie et de la sérothérapie, on put s'assurer que 21 cas de paralysie s'étaient produits tardivement. Quelqu’inexact que soit le chiffre ainsi fixé, en raison de la rareté des réponses, il se rapproche plus que tout autre de la vérité.
(4) Thèse de Paris, 1895.