‹ Étude sur la paralysie diphtériqueChapitre 25 sur 30 · ENT · texte numérisé non relu

ENT

ST ns

née, ombilicale, génitale. Il doit être parfois rétrospectif et devient difficile dans les cas nombreux où la diphtérie s’est traduite par une symptomatologie absolument fruste.

Ces faits sont nombreux dans la littérature médicale. En 1860, Marquez (de Colmar), publiait quatre observations de paralysies d'apparence diphtérique succédant à des angines simples, gangreneuses ou phlegmoneuses. Bailly pense que des faits analogues peuvent se produire après la variole, la fièvre typhoïde. Une curieuse épidémie de « paralysie diphtérique sans angine » est rapportée par Boissarie: il observa 3 cas de paralysie du voile du palais apparaissant sans cause connue, et peu après, à personnes mouraient en peu de jours dans la même maison avec des symptômes de paralysie du pharynx, des yeux, du diaphragme. Simultanément régnait dans les environs une épidémie d’angine couenneuse et l’on observait également nombre d’angines suspectes. Lui-même fut pris après quelques symptômes généraux, de dysphagie, de’ nasonnement, avec albuminurie : Boissarie croit ces accidents en relation directe avec la diphtérie qui sévissait en même temps,

Un cas de paralysie diphtérique mortel, précédé de phénomènes angineux, excessivement légers a été également cité par Thomas (1).

Depuis que les angines frustes, de nature diphtérique, sont mieux connus, beaucoup de ces cas ont été expliqués.

Koplik, cité par Fossaty (Thèse de Paris, 1894-95) a trouvé le bacile de Lœffler dans 37 cas d’angine simple au milieu d’un foyer épidémique. Sur 100 enfants hospitalisés, exa-

M) Revue médciale de La Suisse romande, 1894.

minés par Mueller, 24 avaient le bacille de Lœæffler dans la bouche. Les preuves de ce genre abondent et ne nous retiendront pas.

Deux de nos cas mortels appartiennent à cette catégorie de faits, ainsi que nombre de cas bénins observés simultanément.

A l’origine de toutes ces paralysies, nous avons retrouvé, à l’aide des renseignements, les traces d’une angine assez légère, apparue en dehors de toute épidémie. Les caractères de la paralysie ne nous laissent aucun doute sur leur véritable nature. Le début tardif par la paralysie du voile, les phénomènes oculaires, l’ataxie et l’absence d’autres causes pouvant expliquer ces accidents, nous permettent d'en affirmer l’origine diphtérique.

L'un de ces cas offre une allure particulière : un enfant de 16 mois était venu avec une stomatite impétigineuse des plus typiques, qui guérit d’ailleurs en quelques jours. En même temps, 1l eut une toux rauque, sans aucun signe particulier du côté du poumon et sans que l’examen de la gorge y fit découvrir rien d’anormal. Or, 18 jours après, il nous revenait avec des symptômes de paralysie du voile et d’ataxie des membres supérieurs. Ici, malgré la recherche minutieuse, la laryngite diphtérique passa inaperçue. Dans combien de cas l’examen systématique de la gorge chez l’enfant révèle t'il l’existence d’une angine, qui ne se traduit si souvent que par un léger malaise général ?

Cependant, dans ces dernières années, deux faits ont été cités par Bourges et Carrière, prouvant l’existence d’une paralysie du voile du palais consécutive à des angines non diphtériques.

Le à ei dit hdi dés cie de dE!

OBSERVATION DE BOURGES (résumée),

Un enfant de 7 ans est pris le 12 juin 1894 d’une angine avec amygdales grisâtres, adénopathie ; les phénomènes disparaissent au bout de deux jours.

Le 21 juin, apparaît un érythème marbilliforme,

Le 30 juin, angine avec fausses membranes et adénopathie, terminée le 20 juillet.

Le Taoût, strabisme, voix nasonnée, troubles de déglutition. Trois jours après, parésie des membres inférieurs, A la fin de septembre, tous les phénomènes ont disparu.

Analyse bactériologique : la présence du streptocoque dans l’angine est démontrée par méthode d’inoculation, Le streptocoque est constaté directèment dans l’angine, que la mère de l’enfant avait contracté près de lui.

L'observation de Carrière est plus probante et offre plus de garanties au point de vue bactériologique.

OBSERVATION DE CARRIÈRE (résumée).

Une jeune fille de 20 ans eut, après un malaise subit, un peu de température, de l’engorgement ganglionnaire, et, peu après, des fausses membranes sur tout le pharynx.

Pas d’albuminurie. L'examen bactériologique fut fait 4 jours sur 5 que dura l’angine, et 3 fois avec cultures sur sérum. On ne trouva que du streptocoque et du staphylocoque blanc. 20 jours après la guérison, la voix est éteinte et nasonnée, impossibilité de souffler une bougie, le voile du palais est flasque, la contraction faradique légèrement diminuée.

Si la première observation n’est pas à l'abri de la criti-

que, la seconde offre les garanties désirables, mais il importe de remarquer qu’elle signale uniquement des signes de paralysie du voile du palais.

En attendant de nouveaux faits, ceux-ci sont difficiles à interpréter.

On a, il est vrai, reproduit expérimentalement des paralysies à l’aide de toxines ou de cultures de toute espèce. Le streptocoque (Roger, Bourges, Widal) a donné, au bout de quelques jours à plusieurs semaines, des paralysies à type paraplégique, souvent mortelles, avec des lésions de myélite diffuse, dont la constatation a éclairé la pathogénie de beaucoup d’affections médullaires. Le staphylocoque a donné des résultats analogues (Gilbert et Lyon, Courmont).

Malgré son action élective sur le système nerveux, la toxine diphtérique n’est donc pas la seule à l’impressionner.

La clinique nous offre de nombreux types de paralysies post-infectieuses après les oreillons, l’érysipèle, la pneumonie, la typhoïde, la coqueluche, la variole.

A la vérité, il n’y a aucun de ces accidents paralytiques qui reproduise le type pur de la paralysie diphtérique.

Ils évoluent souvent comme des myélites aiguës, s’accompagnent d’atrophie, se localisent la plupart du temps dans les membres, et, quand ils envahissent les parties généralenent frappées les premières par la diphtérie (voile du palais, yeux), c’est sous la forme de paralysie ascendante de Landry.

Les types qui se rapprochent le plus de la paralysie diphtérique sont les paralysies du voile citées par Gubler, Quinquaud, dans la variole, et par Sée dans la typhoïde.

La plupart de ces observations ont été interprétées au moment où la présence du bacille diphtérique dans la bouche était peu admise, en dehors de toute production pseudo-membraneuse.

Ajoutons que la paralysie du voile du palais toute seule appartient à certaines angines inflammatoires, mais reste limitée et dure peu, et n'apparaît jamais après la cessation des phénomènes aigus.

En somme, aucune des localisations de la paralysie diphtérique n’est caractéristique par elle-même. Ce qui la distingue, pour tout dire en un mot, de tout les autres accidents paralytiques infectieux ou toxiques, c’est l’ensemble de son évolution, son début le plus généralement par le voile, son mode d'extension et certains caractères tels que l’ataxie, l’absence d’atrophie, dont la réunion caractérise bien ce syndrome.

Elle est donc pratiquement, et jusqu’à preuves nombreuses du contraire, le témoin d’une infection diphtérique antérieure et la signature caractéristique de celle-ci.

Certaines formes peuvent prêter à confusion : telles sont les formes paraplégiques d'emblée, les cas où les accidents sont plus accentués d’un côté, simulant parfois l’hémiplégie ; les phénomènes ataxiques joints à l'abolition des réflexes et aux phénomènes oculaires peuvent réaliser un véritable pseudo-tabès (Raymond).

Enfin les crises bulbaires, bien que communes à de nombreux types de paralysie, en diffèrent par la présence simultanée des autres paralysies ou par les caractères pro: pres qu’elles présentent au cours des paralysies diphtériques.

Page 1