‹ Étude sur la part de la lumière dans les actions chimiquesChapitre 14 sur 14 · APPLICATION PHARMACEUTIQUE · texte numérisé non relu

APPLICATION PHARMACEUTIQUE

Depuis longtemps on a compris combien au point de vue pharmaceutique, il étaitimportant de tenir compte de l’action lumineuse. Beaucoup de substances'en effet se conservent bien dans: l’obscurité, tandis qu’elles s’altèrent rapidement â la lumière -, aussi a-t-on conseillé de les placer dans un endroit peu éclairé ou même , dans l’obscurité : cette dernière solution, la plus simple de toutes, n’étant cependant point applicable, d’une façon absolue, il fallut faire choix d’enveloppes d’une couleur spéciale, et on employa d’abord les flacons bleus.

11 faut remarquer qu’il est impossible ou au moins très-difficile de se procurer de vrais verres bleus, car ils laissent généralement passer un peu de rouge et de jaune, et beaucoup de bleu, d’indigo et de violet; ils augmentent ainsi proportionnellement la quantité de rayons bleus et violets qui tombent sur un corps, mais ils ne donnent point cette lumière pure. L’action photochimique exercée sous ces enveloppes sera néanmoins, en règle générale.

approximativement la même que celle des rayons bleus et violets.

Peu à peu, les connaissances devenant plus précises, on remarqua que la partie la plus réfrangible du spectre était la partie la plus active. La conclusion à tirer était claire, et on abandonna les veVres bleus.

Les radiations rouges et jaunes étant considérées comme chimiquement inactives, on s’arrêta au choix du verre jaune. Ces flacons, suffisamment teintés, laissent passer uniquement du rouge, du jaune et un peu de vert. On aurait pu prendre aussi bien les flacons rouges, mais on a craint, avec ces derniers, les variations trop brusques de température. Or, avec un abaissement de température rapide, l’air contenu dans le flacon peut, dans certaines circonstances, se trouver plus facilement saturé, d’où résulterait un dépôt d’humidité qui amènerait ensuite l’altération de la substance.

De l’ensemble de mes recherches, il résulte que cette partie du spectre, pour être douée de propriétés chimiques moins actives que la région des rayons très-réfrangibles, exerce cependant une action.

Du résumé général des conclusions de mon premier travail (i), conclusions confirmées par les nouveaux exemples que j’indique dans celui-ci, il résulte que, pour les corps non carbonés, du côté du violet existe une force désoxydante ou hydrogênante (2) -, du côté du rouge, une force oxydante. Il n’y a donc pas, à proprement parler, de flacons à choisir pour les substances minérales; un oxyde

(1) An. de ch. et de p hy. p. 221.

(2) HI gazeux fait exception.

réductible, l’oxyde jaune de mercure se conservera indéfiniment dans un flacon rouge, un hypochlo rite se conservera bien dans le rouge et le jaune, tandis qu’une solution d’hydrogène sulfuré en présence d’air, se détruira plus rapidement dans ces mêmes radiations, et qu’un sel ferreux s’y oxydera plus vite que dans l’obscurité. Mais ces derniers corps se conserveront mieux dans le violet (g).

Une régie absolue ne saurait donc être posée, et ces exemples montrent que si généralement les flacons jaunes ont leur raison d’emploi, les bleus, employés autrefois, sont bons dans certains cas.

Tel est le résultat auquel j’arrive, pour les produits minéraux-, en est-il de même pour les corps carbonés? Pour ces substances, l’altération étant le plus souvent i dans l’obscurité, 2 dans le rouge et jaune, 3 et plus dans le violet (quand ces radiations sont absorbées), la conservation se fera'surtout dans l’obscurité, mais les enveloppes jaunes seront en règle générale les moins mauvaises. Tes actions produites sûr l’essence de térébenthine, l’essence de citron, l’aldéhyde, l’essence d’amandes amères, l’essence de cannelle, le phénol impur, l’éther ordinaire, les huiles, le ferri et le ferrocyanure de potassium, la solution d’acide cyanhydrique, le chloroforme chloralé en sont la preuve.

Des considérations théoriques permettent même, en 11e tenant aucun compte de l’activité propre à chaque radiation, de poser des règles générales. Il suffit d’admettre que toute action photochimique répond à une transformation de force vive, et cette transformation n’est possible que s’il y a absorp-

(2) An. de ch. etdephy. p. 170 à 174.

tiori -, de cette simple considération découlé immédiatement, comme conséquence, le fait constaté par Herschel, en étudiant l’action de la lumière sur les couleurs végétales : «- Une substance organique est altérée par les rayons de couleur complémentaire à la sienne » car, en effet, ces rayons sont absorbés. Si, au contraire, on éclaire une substance avec un rayon ou un ensemble de rayons semblables à ceux diffusés 'par elle, ces rayons, quelle que soit leur intensité, n’étant point absorbés, l’action photochimique serait nulle, c’est-à-dire égale à l’action chimique qui pourrait se produire dans l’obscurité à la même température. Le meilleur moyen de conserver les substances organiques consisterait donc à les placer dans l’obscurité, ou ce qui revient au même dans des flacons de la couleur de la substance ; mais, je le répète, c’est là une conclusion purement théorique et très-difficilement réalisable.

Comme conséquence pratique de mes recherches, je ne crains donc pas de proposer d’employer pour les corps minéraux des flacons tantôt jaunes ou rouges, tantôt violets, selon la nature des corps; les produits peroxydés se conserveront bien dans le jaune et le rouge, et les produits qui ont tendance à s’oxyder se conserveront mieux dans le violet. Pour les produits carbonés, on les placera, s’il est possible dans l’obscurité ou dans des flacons jaunes.

Resterait maintenant à faire une série d’expériences avec des substances pharmaceutiques : teintures, vins, poudres, etc... Tel était mon désir-, mais ces recherches exigent un temps tellement long, que je me vois forcé de présenter

ce travail, bien qu’il soit incomplet; j’ai cependant l’espoir qu’il me sera possible, non-seulement de continuer des recherches purement théoriques sur ce sujet, mais de déterminer les altérations d’un certain nombre de substances pharmaceutiques dans les différentes conditions lumineuses.

Parmi les corps non carbonés, on devra placer de préférence :

Dans des flacons violets. Dans des flacons jaunes.

Les solutions d'hydrogène sulfuré. Bichromate de potasse.

— de sulfures. Acide azotique.

— d’arsénites alcalins. — chromique.

— de proto-iodure de fer. Minium.

— de sulfate ferreux. Iodure mercureux.

Hypochlorites.

Oxyde de mercure.

Permanganate de potasse.

Parmi les corps carbonés, on placera dans des flacons jaunes les suivants :

Plantesengénéral etleurspoudres. Solution d’acide Cyanhydrique. Alcaloïdes. Acide phénique.

Teintures.

Teinture de Bestucheff. Ferro et ferricyanure de

Eaux distillées. potassium.

— de cannelle. Ether.

— d’amandesamèrcs. Chloroforme.

— de laurier-cerises. Essence de térébenthine.

Huiles. — de citron.

Gayac (bois et résine). Essences.

Bon à imprimer,

Le directeur, Chatin.

Vu et permis d'imprimer,

Le Vice-Recteur de l’Académie de Paris, Mourier.

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