‹ Etude sur la partie du texte hébreu de l'Ecclésiastique rćemment découverteChapitre 48 sur 49 · UND ENS · texte numérisé non relu

UND ENS

la dynastie davidique ne joue chez lui aucun rôle dans cet avenir transcendant où Dieu sera le roi et le grand pontife son intermédiaire unique, sentiment que partage l'auteur des six psaumes traitant du règne de Dieu (Psaumes, xev-c), car il n°y est question que de Moïse et d’Aaron en qualité de prêtres, et de Samuel comme adorateur favorisé par Dieu (Psaumes, xGix, 6). La décadence de la dynastie davidique dans l’estime du peuple doit être attribuée à la rapacité des descendants de Zorobabel, qui exagéraient les impôts et les recouvraient avec une dureté insupportable, au point que les familles pauvres se voyaient obligées d’hypotnéquer leur bien et même de vendre leurs enfants comme esclaves (Néhémie, v). Ben-Sira exprime cette déchéance par un distique qui relève expressément la dignité éternelle de la race sacerdotale :

L'héritage de David passa seulement de fils en fils, L'héritage d'Aaron passe à tous ses descendants.

On sait que la royauté davidique en ligne directe avait cessé avec l’exil à Babylone de Joachim, qui resta en prison jusqu'au règne d’Amel-Marduk (TNT buy, Il Rois, xxIV, 1-16;

XxV, 27-30). Sédécias, qui lui succéda à Jérusalem, était son

. Cousin germain et eut tousses enfants égorgés par l’ordre de Nabuchodonosor (ibidem, xx1v, 17; XXV, 7). Joachim mourut

en Babylonie, ainsi que son fils Assir et son petit-fils Salathiel,

qui ne portèrent certainement pas letitre royal, et encore moins son arrière-petit-fils Zorobabel, qui n’était qu’un préfet révocable, et nous avons va plus haut que ce pâle reflet de la puissance davidique tourna au détriment de la nation et s’éclipsa totalement sans laisser le moindre regret. Ce n’est que plus tard, lorsque les grands prêtres se montrèrent indignes de leur vocation sacrée, que le souvenir de la dynastie de David reprit faveur, mais non sans sublimer le personnage du Messie en un être à moitié mythique : un Davidide, homme simple, n’aurait pu gagner la confiance et partant l’affection du peuple. Malgré la parfaite orthodoxie de Ben-Sira, ?Ecciésiastique n’a jamais été annexé aux hagiographes dont le recueil contient des écrits beaucoup plus modernes. Les Sopherim l’abandonnèrent à l'appréciation des lecteurs sans fixer définitivement

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SMÉNr raN

son sort d’une manière officielle. La cause en doit être cherchée dans la répugnance qu’ils ressentaient à canoniser un livre : écrit à l’époque grecque, époque considérée comme profane par excellence. Le Cantique, l'Ecclésiaste et les livres d’Esther et de Daniel ont échappé à cette prescription, grâce aux noms de leurs auteurs supposés qui les ramenèrent aux périodes antérieures, mais il est probable que les vrais auteurs de ces livres ont fait leur profit de l’œuvre de Ben-Sira. Comme nous n’en possédons qu’une petite partie, les comparaisons se borneront à quelques emprunts de mots signalés en partie par les éditeurs, tels que ALT XLIHIE, 8 d, et Cantique, 111,10 ; sm («briller »), XLIII, 9, et Daniel, XI, 3; D a: XLVI, 7 b, et Daniel, vi, 8 (anciennement on disait tP DT); ANT cempressé », xL, 6 d, et Esther, 111, 15; vu, 14; 7, xLvur, 12, et Esther, v, 9; Ecclésiaste, xIr, 3 ; psy (« différents »), xur, 24, et Esth., 1, 7; 11, 8; 9 («accompagner »), xLr, 12, et Eccl., vit, 15; spy (au lieu de 55), xLvir, 12; Pn» XLVIT, Q, et Eccl., vir, 13; x11, 9. Une réflexion soutenue semble même révéler que l’auteur de l’Ecclésiaste a formellement combattu certaines opinions de Ben-Sira. Ce dernier émet en passant l’apophtegme suivant : | JUIN NY OMPIUDT : PND ON 721) HDÛ (x, 18) L'homme content et le travailleur ont une vie douce; Plus heureux qu'eux deux est celui qui trouve un trésor, Qohéleth n’en admet que la première moitié et combat la seconde :

Dow 297 ON1 UPD ON TANT ND APIND pod 30 M9 VRN vouyh yavn (Eccl.v, 11) Le sommeil du travailleur est doux, Qu'il mange son suffisant ou (seulement) peu;

Quant au riche, la satiété Ne le laisse pas dormir.

Lerapportentre ces deux passages est prouvé par leurs termes

communs quoique en partie variés : 431ÿ, BND; TYIN NY == wy ; même l'idée de h5w forme la substance de 539 DN

Das mm DN. On rémarquera que l’Ecclésiaste a condensé les deux personnages désignés par not et 42; en 421y

AR Fr à at

seul, et que, de plus, l'expression 24755 saw est une construction défectueuse entraînée par l’hémistiche précédent, au lieu de 55 yo.

Grâce à son habitude de semer dans un désordre calculé les réflexions les plus opposées, Qohéleth n’hésite pas une autre fois à parler de la valeur de l’argent dans les affaires de ja vie (x, 19).

Nous venons de réserver ci-dessus l’opinion de Ben-Sira que l’homme « réjoui » (m#w#), c'est-à-dire content de son sort, mène une vie heureuse. Qohéleth, entraîné par son amour de la contradiction, préfère bannir toute joie de l’homme . sous prétexte qu’elle est éphémère et fugace (ir, 1-2), au point que la vie elle-même perd pour lui toute valeur (sbidem, 17), Deux fois il se reprend en faveur de la joie (11, 24-6; 1x, 12-13), la vue des iniquités exercées par les forts contre les faibles le replonge dans ses idées sombres : il trouve que les morts sont plus heureux que les vivants, puis il ajoute : « Mieux que ces deux classes d hommes (je loue) celui qui n'existe pas encore (et) qui n’a (par conséquent) pas vu la mauvaise besogne qui se fait sous le soleil » (1V, 2-3). Ici, Qohéleth emploie l'expression de Ben-Sira 2357 2393 bien mal à propos, par simple réminiscence.

Une opposition encore plus remarquable se fait jour au sujet de la valeur attribuable à la création. Ben-Sira pose comme maxime :

Les œuvres de Dieu sont toutes bonnes; Il satisfait à tout besoin à son temps (xxxIx, 16, 35).

L'idée que les choses les plus contraires peuvent avoir leur utilité à certain moment sourit assez à Qohélelh et il la développe longuement (Ecclésiaste, 111, 1-8), mais il la restreint aux actions des hommes; quant aux œuvres de Dieu, son accord apparent avec Ben-Sira (ibid., 111, 11-14) est fugitif et plein de réticences. Sa vraie pensée, il l’a exprimée dès le début : « Tout ce qui est fait sous le soleil est une mauvaise besogne donnée par Dieu à l’homme pour l’occuper.… C’est une chose tortue qui ne peut se redresser, une lacune qui ne peut se combler » (1, 13-15). Et pour qu’on ne se trompe pas sur son in-

— 19 in

tention, il dit ailleurs : « Regarde l’œuvre d'Élohim; qui peut redresser ce qu'il à fait tordu » (4b2d., vir, 13). Comme on le voit, Ben-Sira se rallie délibérément et avec sincérité au « Et Élohim vit que tout ce qu’il avait fait était très bon » de la Genèse (1, 31); Qohéleth en est déjà aux antipodes, et si la grandeur de la création l’oblige à admettre un créateur tout-puissant, il le déclare jaloux de l’homme et ne tendant qu’à s’en faire craindre (int, 11, 14).

Enfin, Ben-Sira émet une maxime d’une grande portée :

010 08 O1 TONY ai yon 9N no 03 (xx, 11).

Tout ce qui vient de la terre retourne à la terre Et ce qui vient du ciel retourne au ciel.

Et il tire cette conséquence que le vice étant un résumé d'œuvres basses et matérielles, est destiné à périr, tandis que la vertu, qui est d'une nature spirituelle et divine, reste éternellement (ibidem, 12-17). Les croyants trouvaient cette maxime à souhait pour expliquer le caractère périssable de l’âme des bêtes, issues de la terre d’après la Genèse (1, 10-25), et la survivance de l’âme humaine qui vient de Dieu (ibidem, 11, 7). Qohéleth réfute explicitement cette théorie trop commode, et, en faisant valoir qu’en somme l’homme et la bête sont soumis aux mêmes vicissitudes et que la terre forme leur substance commune, il conclut qu'ils doivent avoir un sort pareil. Ses paroles méritent d’être citées textuellement :

J'ai médité dans mon cœur au sujet de la relation des enfants de l’homme avec Élohim leur créateur (pn32$ au lieu de 926) et je suis arrivé à voir que la manière d’être (nyaw au lieu de paw) de la bête ressemble à leur manière d’être (ny pour 99h).

Car le sort des fils de l’homme et celui de la bête se ressemblent par faitement; les uns meurent, les autres aussi; tous les deux ont le même souffle; l'avantage de l’homme sur la bête est nul, car tout est vanité.

Tout va au même lieu, tout à été (fait) de la poussière et tout retourne à la poussière. |

Qui sait que le souffle des fils de l’homme monte en haut et que le souffle de la bête descend en bas vers la terre? (Ecclésiaste, 111, 18-21.) Je me borne à ces trois exemples qui suffisent à prouver la profonde impression que l’Ecclésiastique a faite sur l’esprit de l’auteur sceptique de l’Ecclésiaste. Je m’arrête à cet écrivain, bien qu'il m'eût été facile de poursuivre ces comparaisons avec

LRO 2e le livre d'Hénoch et même avec les Logia de Jésus ; l’espace me manque pour un développement aussi étendu.

Ce qui vient d’être dit suffit en tout cas pour montrer la haute importance du fragment de Ben-Sira et pour assurer la gratitude de tous les hébraïsants envers tousceux qui ont contribué à nous ie faire connaître”.

1. Ajouter aux corrections de la page 18, note : xLIH, 11 «, Dh OÙ; lisez spw» on (d’après NM).

Paris. — Imprimerie V. Goupy, G. Maurin successeur, 71, rue de Rennes.

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