CHAPITRE X Consonnes doubles et Durée
Plusieurs problèmes linguistiques dépendent de la détermination de la durée des sons qui se combinent pour faire un mot. Les moyens dont un voyageur dispose ne lui permettent pas d'atteindre la précision qu'on pourrait obtenir dans un laboratoire bien installé. Mais comme mes expériences sont assez précises pour indiquer les divisions générales des divers sons d'après leur durée je les présente dans ce but ; tout en espérant qu'elles pourront être développées et précisée?.
Toutes les mesures de durée ont été prises dans des mots simples prononcés individuellement, et ainsi elles ne seront pas troublées par l'accent de la phrase, si notable en italien. Bien entendu, il ne peut pas exister une régularité absolue, et le mot qu'on prononce d'une manière rapide un jour sera allongé le lendemain. C'est là l'origine des cas extrêmes^ qtte j'ai tenu à donner, mais la plupart des cas se rapprochent d'un type moyen.
Je commence par l'étude des consonnes doubles, car la durée est si étroitement liée à l'articulation qu'il paraît nécessaire de les étudier ensemble.
Consonnes doubles
Les consonnes doubles sont très nombreuses dans la langue italienne, et l'oreille indigène est très sensible à la moindre faute dans leur prononciation. Cela tient à ce que ce redoublement sert à distinguer plusieurs mots qui autrement seraient des homonymes, et à ce que la différence entre les consonnes simples et doubles est très notable. Car l'action de ce redoublement se fait sentir non seulement dans la consonne elle-même, mais aussi dans la voyelle qui
la précède. A vrai dire c'est cette dernière influence qui paraît prédominer pour l'oreille italienne et déterminer en grande partie la critique que les italiens font de la prononciation étrangère. Ce changement est quantitatif et non pas qualitatif. Partout où la qualité paraît intéressée, le changement est motivé par des raisons autres que le redoublement.
La figure 220 (p. 104) donne les tracés sur le palais artificiel de tei tt après la voyelle tonique dans les mots fata et fatta. Sans nous occuper de la position articulatoire du t, il est évident que la langue touche bien plus le palais pour la consonne double. Le même fait se voit pour l'explosion sonore dans ad et adda, car les tracés des sourdes et des sonores étaient identiques dans ce cas. Les tracés de n simple et double se trouvent dans la figure 221 et, outre le fait que la langue touche toujours plus pour la consonne double, l'articulation de celle-ci est plus reculée. Il faut constater les mêmes faits pour l dans al et alla.
Ainsi le palais artificiel accuse une plus grande pression dans l'articulation des consonnes doubles.
Une étude des figures 222 à 225, prises avec une ampoule au lieu de l'articulation confirme les indications du palais artificiel*. La pression et la force sont beaucoup plus grandes pour la coasonne double. Mais il y a encore d'autres faits qui se manifeste. La consonne double est toujours plus longue que la consonne simple. C'est là le trait principal et qui est le plus sensible à l'oreille. La plus grande durée de la voyelle avant la consonne simple est très bien S outrée dans les tracés. Et il est très intéressant de noter que l'influence du redoublement s'étend jusqu'à la consonne initiale qui est souvent sensiblement plus faible dans son articulation quand elle commence un mot renfermant
une consonne double. Exemples de ce dernier fait : capa, cappa (1) (fìg. 222) fatn, falla (2) (fìg. 223) et lerjn. legga] (fìg 224).
c a p 0 c a^fj pp a
FiG. 222 A
l e g a. le QQ ^
(1) L'ampoule 3 au fond du palais dur*
(2) L'ampoule 2 aux alvéoles.
Le phénomène est dû évidemment à 1 economie que font les organes en vue du plus grand effort qu'ils vont faire en prononçant les consonnes doubles.
11 est évident que les tracés pris par lampoule manquent de la netteté et de la précision de ceux du souffle. En particulier, la réaction des ampoules après la forte pression d'une consonne double ne pourrait s'effectuer avec une vitesse égale à celle delà langue. Telle est l'explication de la variation de durée des consonnes, qu'on remarquera en comparant les tableaux 1 et 2. En outre les tracés de l'articulation, ne correspondent pas toujours au son qui arrive aux oreilles. Car quelquefois pendant la prononciation d'une consonne, la langue est déjà en position pour articuler la voyelle qui va suivre.
Mais les tracés seront toujours relativement justes et ils donneront des renseignements précieux sur la pression de la langue.
Pour étudier p, l'ampoule 2 était insérée entre les lèvres pour prononcer capo-cappa. Ici on constate la plus grande ] force et la plus grande durée de la fermeture des lèvres.3 Tout ce qu'on peut distinguer dans les autres sons est l'articulation plus fermée de o comparée avec a.
La même combinaison était observée avec l'ampoule 3 au fond du palais dur. Ici, (fig. 222) bien que p soit une occlusive labiale, une articulation distincte est faite par la partie postérieurieure de la langue et est rendue plus forte et pluslongii? pour le redoublement. Ceci corroborre ce qui a d'^'p été constaté pour la consonne simple.
Le labio-dental v dans la combinaison lava-havvi a été étudié avec l'ampoule 2 insérée entre les dents supérieures et la lèvre inférieure ; Teffet du redoublement est le même
Observée avec lampoule 3 au fond du palais, la même combinaison accuse également la distinction entre les deux articulations, et ici la difïérence est fort grande.
La distinction entre les sourdes et sonores est près-
que constante, la seule exception que j'ai trouvée est entre óa et sa, la dernière combinaison présente toujours la plus forte pression.
Dans le tableau 1 j'indique la durée en centièmes de seconde d'une série de dissyllabes paroxytons. Outre la durée, le tableau donne en millimètres la hauteur maximum de la courbe obtenue avec l'ampoule. On peut ainsi évaluer approximativement la pression linguale.
La première colonne donne la durée des voyelles toniques devant une consonne simple. Elle varie de 20/100 à 30/100 et la moyenne est de 25/100 de seconde. La deuxième colonne la donne pour les voyelles suivies d'une consonne double. Ici, elle varie de 9/100 à 18/100, avec une moyenne de 14/100.
Les troisième et quatrième colonnes donnent la durée des consonnes. Pour les simples elle varie de 16/100 à 26/100 avec une moyenne de 21/100, et pour les doubles de 29/100 à 43/100 avec une moyenne de 35/100.
En ce qui concerne la pression linguale, les articulations buccales les moins fortes sont les labiales et les labio-dentales, comme on pouvait s'y attendre, et il est même très intéressant de noter que la distinction des simples et des doubles s'étend jusqu'à la partie postérieure de la langue. Aux lèvres se trouve la série p > ò > m pour les consonnes simples, mais ce n'est plus vrai des doubles, car pour m les lèvres sont fortement fermées, et l'ordre est m > p = Ò.
Dans un même son, la durée de l'articulation buccale n'est pas égale à la durée de l'articulation labiale ou labiodentale. Les deux exemples {p et v) ne permettent pas de préciser la différence, mais ils montrent qu'elle est considérable et que les articulations de la langue et des lèvres ne se correspondent pas. On remarquera la pression pour
Tableau 1
Voyal Ics devant!
cons double 1
a ai u
Consonne ; double
Hauteur de cons. simple
Hauteur de i cons. double 1
?o?it ion de l'ampoule
Aux
Con
Ilautcup
Lèvres
Durée
fin fntirl
Cappa . . .
^ CALI A IC V
uaUUO . . .
9fì
fatta
If II
CcLcidi. . . .
1 LiU L,U ....
2 fin fond
UT
le/
il II
legga. . . .
ou
9 mi miliPii
faCCLO . . .
pregio . . .
ou
(Ce
legge. . . .
9fì