‹ Étude sur la prédication de Basile-le-Grand, archevêque de CésaréeChapitre 1 sur 6 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Basile de Césarée ‘ est une des personnalités les plus marquantes dans l’histoire de l’Église au JV° siècle. Théologien, il fut mêlé aux controverses de son temps, et contribua à donner au dogme de la Trinité sa formule définitive. Par ses talents oratoires, il sut conquérir une popularité que bien peu de prédicateurs sont parvenus à atteindre. Enfin, par l'énergie et l'autorité de son caractère, il put tenir en échec la majesté impériale qui favorisait l’hérésie. Une étude complète sur Basile demanderait donc que l’on envisageàt à la fois l’homme dans sa vie, le prédicaleur dans les discours qui nous restent de lui et le théologien dans ses écrits plus spécialement théologiques ; il faudrait même ajouter une quatrième partie, et, réunissant une foule de traits épars dans les sermons de Basile etsurtout dans ses lettres et ses ascétiques, considérer en lui le moraliste.

{ Né vers la fin de 329, évêque en 369, mort le 1er janvier 579.

Une étude de ce genre serait du plus haut intérêt, et, sauf erreur de notre part, elle n’a pas encore été faite. Mais quand même le sujet n’eüt pas été au-dessus de nos forces et n’eüt pas dépassé les proportions ordinaires d’une première-dissertation académique, le peu de temps dont nous pouvions disposer, nous aurait empêché de l’embrasser dans toute son étendue. Il nous fallait faire un choix, et nous avons opté pour le prédicaleur. Les idées religieuses et morales que Basile exposait devant son auditoire de Césarée, la manière dont il les exposait, tel est le cadre que nous nous sommes tracé et dont nous voudrions ne pas sortir,

Après avoir ainsi restreint notre sujet, sachant qu’on ne peut comprendre un personnage important qu’en le placant au milieu des circonstances où il a vécu et agi ; nous avons voulu connaitre la société à laquelle s’adressait la prédication de Basile. Dans ce but, aprèsles remarquables lecons de M. le professeur Chastel, nous avons consulté son Histoire de la destruction du paganisme dans l'empire d'Orient, ses Études historiques sur l'influence de la charilé durant les premiers siècles chrétiens: Y Essaihistorique de M. le professeur Schmidt sur la sociéle civile dans le monde romain, el sur sa transformation par le christianisme ; un article de M. Charles Lévêque dans la Revue des Deux Mondes (45 mai 1866), intitulé: Les dernières luttes du paganisme ; l’Église et l'empire romain au IV° siècle de M. de Broglie et particulièrement son Discours. sur l'unité de l’empire romain et sur l’unité de l’Église.

Un des résultats de cette étude a été de nous montrer clairement que Basile est placé à la limite de deux mondes dont l’un finit et l’autre commence.

Depuis longtemps rongé par des plaies incurables, l’ancien monde au IV° siècle entrait enfin en pleine décomposition ; il lui restait à peine assez de force pour lutter contre une mort inévitable et prochaine. C’est que le paganisme qui lui avait donné ses lois, ses institutions, ses mœurs, Sa Civilisation en un mot, se mourrait aussi. Tous les efforts qu’on avait fait pour le sauver, même en le transformant, avaient été stériles. La sincérité, le zèle persévérant, on peut dire la conviction de Julien, n’avaient abouti qu’à constater définitivement l'impuissance d’une religion vieillie à satisfaire désormais l'intelligence et le sens moral.

Le christianisme, au contraire, sorti victorieux et plus fort de la persécution qui avait voulu le noyer dans le sang, S’affirmait irrésistiblement comme le principe d’une vie nouvelle; il était évident déjà qu’à lui seul appartenait l'avenir. Constantin l'avait bien compris, et le christianisme était devenu la religion de l’État. Il s’étendit alors rapidement, en Orient surtout. Mais, on le conçoit aisément, ces progrès rapides n'étaient pas réels. Tandis qu'avant l’édit de tolérance de Galère, on ne se déclarait chrétien qu’en affrontant le martyre, depuis la victoire de Constantin sur Licinius, on n'avait que des faveurs à gagner en paraissant embrasser la religion que protégeait le chef de l'État.

Dès lors l’Église fut envahie par des hommes ambitieux et cupides et par des foules assez indifférentes pour sa foi et pour ses vertus, qu’elles ne connaissaient d’ailleurs que bien imparfaitement. Persécutée, elle avait conservé sa pureté, s'était affermie, et, par ses martyrs et par ses

apologètes avaitexercé sur ses persécuteurs une influence que l’on chercherait vainement à nier ‘.

Et maintenant que ceux qui la persécutaient se disent ses adeptes et apportent avec eux dans son sein presque tous les vices d’une société incrédule entièrement corrompue, que va-t-il arriver ? La foi, la pureté, le charité, le sentiment de la dignité de l’homme, tout cela ne sera-til pas détruit par l'indifférence, par l’incrédulité, par l’égoïsme, par le manque total du respeet que l’homme se doit à lui-même ? En un mot, dans cette brusque fusion de l’Église avec une société en décomposition, l'esprit nouveau ne sera-t-il pas étouffé par le vieil esprit?

L'Église s’efforca de faire servir au contraire cette fusion à rendre plus prochain l’accomplissement de sa mission providentielle, plusrapide la régénération du monde païen. Si elle y réussit en une certaine mesure, elle le dut particulièrement au courage non moins qu’au talent de ses prédicateurs. Au risque de soulever contre eux toutes les haines de ces nouveaux venus, ils ne se contentent pas, en effet, de les instruire dans la foi, ils dévoilent sans faiblesse et poursuivent sans relàche les vices qui se partagent leur cœur.

Si l’on se rappelle maintenant les controverses qui agitèrent violemment le IV° siècle, l’on aura présent à l'esprit le caractère qu'offre l’Église à cette époque et que réfléchit la prédication de Basile.

Notre travail se divisera en deux chapitres: dans le premier nous nous bornerons à exposer les idées qui

1 M. Schmidt, ouvrage cité, liv. IF, ch. IIT et IV.

constituent le fond de la prédication de Basile : dans le

second nous examinerons le parti qu’il a su tirer de ces idées et comment il les a présentées à ses auditeurs.

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