‹ Étude sur la prédication de Basile-le-Grand, archevêque de CésaréeChapitre 2 sur 6 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Exposition des principales idées contenues dans La prédication de Basile !.

Trinité.

Basile a dû porter souvent en chaire le sujet de la Trinité. Deux des sermons qui nous restent de lui, sont spécialement consacrés à exposer ses idées sur ce point de la dogmatique. L'un de ces discours est sur la Foi et l’autre contre Sabellius, Arius et les Anoméens.

Contre Sabellius qu’il accuse de Judaïsme, il soutient que le Fils est une personne de substance divine; il s’appuie sur Jean Ch. I, v. 1 et Ps. CXVII, v. 89; il croit voir la distinction des personnes clairement indiquée dans ce passage : «Je suis sorti de mon Père, et je m’en «retourne à mon Père.» Jean, Ch. XVI, v. 28 ainsi que dans Jean, Ch. VIII, v. 16.

1 Il nous reste de la prédication de Basile 46 discours regardés comme authentiques dans l’édition du bénédictin Garnier; à savoir : Dans le tome premier, neuf discours ou plutôt conférences sur le 4e* chapitre de la Genèse, c’est ce qu’on appelle son Hexæméron, et treize sur quelques-uns des Psaumes; ce sont en général des paraphrases. Dans le tome second, on trouve vingt-quatre discours sur des sujets divers; ce sont ou des homélies, ou des sermons proprement dits, ou des panégyriques.

Nos lecteurs pourront trouver dans l'édition dont nous nous sommes servi les raisons qui ont conduit l'éditeur à n’estimer comme authentiques que 46 discours.

Contre les Ariens et surtout contre les partisans d’Anomius dont les doctrines lui paraissent entachées de polythéisme, il défend l'identité de nature entre le Père et le Fils. Il a bien soin de remarquer que ce qui constitue la différence, c’est que le Fils est engendré, tandis que le Père ne l’est pas. Toutefois cette différence, selon lui, n’altère en rien leur parfaite égalité. Il trouve des preuves de ce qu’il avance dans Jean 14, 7; 8, 16; Coloss. 1, 15; Philip. 2, 6.

On sait que le concile de Nicée en parlant du Saint-Esprit avait dit simplement, «nous croyons au Saint-Esprit. » Basile sur ce point fut moins vague et contribua à préparer la doctrine qui prévalut dans le premier concile œcuménique de Constantinople, 381.

Nous trouvons en effet dans son discours contre Sabellius, Arüus et les Anoméens la procession du Saint-Esprit clairement indiquée et dans les termes même adoptés plus tard, dans le symbole de Constantinople”.

Cependant Basile ne dit pas clairement en quoi consiste cette procession : il avoue que c’est là un mystère, ro mybua dopnros ê roù Deou (exrroceueræi).

Néanmoins, on le voit, e’eet avec raison que M. Haag a dit que Basile fut un des docteurs qui contribuèrent le plus à l’élaboration du dogme de la trinité ?.

Mais Basile ne devait pas se borner à exposer ce qu’il croyait être la saine doctrine relativement à la trinité, en vue principalement d’auditeurs sérieux que pouvait troubler dans leur foi la violence des controverses. Il

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l ro mrévua Ex To RATES EXACgEUeTOU, L. 2, P: 196 et encore P. 193.

2 Hist. des dogmes chrétiens, p. 246.

avait aussi et surtout à montrer la Providence à des esprits toujours prêts à la méconnaitre.

Providence.

Il va sans dire que la question du miracle n’en est pas une pour Basile. Sa providence d’ailleurs est celle «sans «la permission de laquelle pas un seul passereau ne tombe «à terre, et qui compte tous les cheveux de notre tête.» Elle ne cesse de veiller sur nous, embrasse nos plus petits comme nos plus grands intérêts, HAKQA TE Has puit o TED8 NUE omovououvroc. Soit qu’elle nous comble de ses dons, soit qu'elle nous envoie des épreuves, c’est toujours pour notre plus grand bien. Telle est l’idée qu’il se fait de la Providence, et qu'il développe bien souvent. Hom. in illud, quod Deus non est auctor malorum; Hom. ?n famem p. 62; Hom. în #llud, destruam, p. #3 et 50. In Heæaem. Hom. VII, p. 63, 64, 65, 66, 67. Ex hom. VII, p. 74; ex hom. IX, page 82 et sqq.

Du reste dans ces neuf discours c’est à chaque instant qu'il invite ses auditeurs à contempler les merveilles de la création, et par la contemplation de ces merveilles à s'élever à celui qui les a tirées du néant et dont il sait montrer la Providence «dans les membres du plus petit animal» aussi bien que dans «l’inexprimable beauté des cieux. ;

Origine du mal.

A l’idée que l’on a de la Providence est liée celle que Pon doit se faire de l’origine du mal.

Selon Basile, le diable cherche par toute espèce de moyens à nous faire commettre le mal. Quand il n’espère

pas réussir par une attaque franche et directe il a recours à la ruse ‘. «Dieu même se sert de sa malignité pour «éprouver et fortifier nos âmes *.»

Mais de ce que le diable nous pousse à faire le mal, il ne s’en suit pas qu'il en soit lui même l’auteur. Basile repousse avec on ne peut plus de force l’existence de deux principes, l’un bon l’autre mauvais, et en démontre l’absurdité”. Il s’explique d’ailleurs très-clairement au sujet du diable. Personnel, incorporel “, il avait été créé libre par Dieu. De même que l’ange Gabriel aurait pu se mettre en opposition avec Dieu, le diable pouvait lui rester fidèle : «le libre arbitre de l’un lui a conservé sa place dans le «ciel, le libre arbitre de l’autre l’en a fait chasser.» C’est l'envie ° fruit de l’orgueil qui l’a fait déchoir. Par la vertu nous obtiendrions la dignité qu’il a perdue, et voilà pourquoi il cherche à nous entrainer au mal; mais il n’est nullement lui-même le principe du mal”.

Dieu n’en est pas davantage l’auteur : «Les contraires «nengendrent pas les contraires; la vie n’engendre pas la «mort, et les ténebres ne sont pas le principe de la lumière ‘ ;» c’est pourquoi, dire que Dieu est l’auteur du mal, c’est nier qu’il soit bon, ce qui revient à nier son existence.

1 Hom. Quod rebus mundanis adhærendum non sit, 1. I, p. 165. — Hom. De humilitate.

Lo

Hom. Quod Deus non est auctor malorum, p. 82. % Hom. II° Hex., p. 16.

Hom. Quod Deus non est auctor malorum, p- 82. 5 Ibid, p. 80.

6 Hom. De Inoidia, p. 94.

7 Hom. De humilitate, p. 160.

Hom. Quod Deus non est auctor malorum, p.73

C'est donc en lui-même que l’homme doit chercher la cause du mal. L'origine en est dans son libre arbitre. Nous sommes entièrement responsables du mal que nous commettons, parce que nous pourrions ne pas le commettre.

Et ce n’est certainement pas Basile qui a contribué à la formation de la théorie du péché telle qu’on la trouve dans S'-Augustin. «N’examinez point le mal hors de vous; «n’imaginez pas une nature qui soit elle-même un prin- «cipe de dépravation; mais que chacun se reconnaisse «lui-même comme premier auteur du mal qui est en lui,» pnd'e «pyeyovoy Tivx Quoiy movepiac QuyTal ou. GAZ TH: EV EAUTEO Ha— TTIAG EHAOTUG AUTOY apynyOV proiCo *. Que si l’on demande pourquoi Dieu a accordé la liberté à l’homme, et ne lui a pas plutôt refusé la possibilité de pécher, Basile demande à son tour si Dieu lui eût-donné une plus grande marque de honté en faisant de lui «un automate, une brute» au lieu de le créer à son image en lui donnant le sentiment et la raison qui compare, apprécie et se détermine, et seule donne une valeur à ses actes. Dieu a voulu qu'étant vertueux nous puissions être ses amis; or, sans la liberté, il ne saurait y avoir de vertu *.

Ainsi done Basile ne laisse aucun subterfuge à ceux de ses auditeurs qui ne cherchaient qu’à se débarrasser de la responsabilité d’une vie souillée par tant de vices.

Nous allons voir maintenant quel est le châtiment qu’il leur annonce.

1 Hex. Hom. IT, p. 16.

2 Hom. Quod de rebus etc , p. 78 et 79

Rétributions futures.

Basile professe les idées eschatologiques qu’a adoptées l'Église : il reste complétement étranger aux rêves millénaires; en cela, du reste, il n’est point supérieur aux principaux docteurs de son temps, et pas plus que ces docteurs, il ne s’élève à une conception dégagée de tout matérialisme. Selon lui, chacun de nous recevra la peine ou la récompense que lui auront méritée ses œuvres *. «lors- «que viendra le dernier jour et que les morts réveillés par «le son de la trompette ressusciteront pour comparaitre «avec les vivants devant le tribunal du juge suprême *.» Et c’est Jésus qui siègera sur le trône du souverain juge *. Ainsi se matérialisait une idée profondément spirituelle et chrétienne.

Relativement à la nature des peines et des récompenses qui suivront le jugement dernier les notions de Basile ne sont ni exclusivement spirituelles ni exclusivement matérielles. Pour lui, le feu jouera un grand rôle; il a deux propriétés : celle de brüler les méchants sans les éclairer, et celle d'éclairer les bons sans les brüler. Les démons se joignent au feu pour tourmenter les réprouvés: ils les saisissent, les enveloppent des feux exhalés de leur sein et dévorent avec acharnement une victime qui renait sans cesse.

Mais ce ne sont pas là les plus horribles des tourments réservés au pécheur: le souvenir ineffaçable de ses méfaits, la confusion dont il sera couvert, le remords qui ne

1 Hom. in Ps. LXI, p. 198.

2 Hom. Quod de rebus mundanrs ete., DM

3 Hom. zn Ps. XXXIIT, p. 155.

cessera de le ronger, voilà le plus épouvantable des chàtiments qui l’attendent.

Basile ne s’exprime pas très-nettement sur la nature des récompenses réservées à ceux qui auront bien vécu icibas. Il en dit assez néanmoins pour que nous puissions affirmer que ses idées à cet égard sont empreintes d’un spiritualisme assez élevé ‘.

Pour la durée des peines et des récompenses de la vie à venir, il est on ne peut plus catégorique; et il admet qu’elles sont éternelles”. Le repentir après la mort est inutile. Hom. sur le bapléme p. 122.

C’est ainsi que le même homme que nous avons vu imposer pour ainsi dire la liberté à ses auditeurs dans cette

vie, la leur refuse absolument dans l’autre.

Soteriologie.

Voyons quels sont du moins les moyens qu’il leur donne de se soustraire, tandis qu'il en est temps, à une condamnation à jamais irrévocable.

Ce qui peut effacer le péché ce sont les larmes amères, un sincère aveu, un redoublement de vigilance, un jeùne austère , d’abondantes aumônes ", le baptême, l'humilité et par-dessus tout lafoi en Jésus-Christ.

Nulle part il n’est question de la confession proprement dite. Nous ne pensons pas non plus que Basile ait accordé 1 De legendis libris gentilium, p. 74; Hom. De baptismo, p. 115.

2 Hom. #» Ps. LXI et en général dans tous les passages indiqués dans ce paragraphe.

$ Hom. #n illud, attende tibi ipsi, p.19; Hom. in Ps. XXXII.

# Hom. #n famem, p. 65 et passim., et dans tous ses discours sur l’aurmêne, — Hom. in Ps, XXIT; Hom. De humilitate. De baptismo,

au baptème la vertu surnaturelle que d’autres docteurs, en Occident surtout, attribuaient déjà à cette cérémonie. Le baptême est à ses yeux cle sceau de Dieu imprimé sur «le front de ceux qui lui appartiennent.» Le prédicateur veut que chacun se fasse baptiser au nom de Jésus-Christ pour obtenir la rémission de ses péchés"; et l’un de ses plus éloquents discours est celui où il combat la disposition générale alors à différer le bapième jusqu'aux approches de la mort, et cela, sous prétexte qu’il effaçait les péchés antérieurement commis; il ne veut pas qu’on l’ajourne, car le baptême communique la lumière, qui seule peut nous faire parvenir à la connaissance de Dieu **

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