INTRODUCTION
Lorsqu’on analyse les nombreux travaux faits dans ces derniers temps sur les maladies de l’œil, on s’aperçoit que les ophthalmolog’istes français ou étrang-ers se sont occupés à différentes reprises de la tension intraoculaire, afin d’élucider les causes et le mode de traitement des variations pathologiques qu’elle peut subir. L’importance de cette question, qui ne saurait être aujourd’hui révoquée en doute, nous explique le nombre considérable des théories sur le g’iaucome ou l’exag^ération de la tension intra-oculaire. L’étude clinique comparative des maladies de l’oreille et de l’œil, que nous avons eu occasion de faire pendant ces deux dernières années, nous a montré les nombreuses analogies de la pathologie auriculaire et oculaire, et nous a engagé à rechercher le rôle de la pression intra-labyrinlhique, les modifications qu’elle peut présenter à l’état physiologique, et enfin, les conditions pathogéniques,
les symptômes et le traitement de l’exag-ération de cette tension de l’oreille, qu’on nous permettra de désig’ner sous le nom de glaucome auriculaire^ dénomination impropre au point de vue étymologique, mais qui exprime exactement toute notre pensée.
Il existe, en effet, pour les liquides de l’œil et de l’oreille interne une tension à laquelle on peut comparer les changements physiologiques ou pathologiques. Si on compare les organes de la vision et de l’ouïe, dans le développement et le fonctionnement normal ou anormal de leurs parties constituantes, on ne peut manquer de trouver une analogie entre la physiologie et la pathologie de ces appareils. Us apparaissent simultanément, versla troisième semaine, sous la forme de vésicules, qui constitueront ultérieurement les éléments de la «rétine et des lames labyrinthiques, ces deux membranes destinées à recevoir des vibrations d’un ordre particulier. Bientôt, de nouvelles enveloppes entourent les parties fondamentales de ces deux organes des sens, afin d’en favoriser ou en atténuer les impressions.
De même que les paupières et l’iris refusent à la rétine l’accès des rayons lumineux lorsqu’ils sont trop éclatants, de même le pavillon et le tympan protègent contre les sons trop aigus les parties molles du labyrinthe.
Nous retrouvons la même analogie dans le fonctionnement des deux organes : au-devant de la rétine et du labyrinthe, nous voyons deux appareils: l’un dioptrique, qui réfracte les rayons lumineux pour mieux impressionner la rétine; l’autre acoustique, qui rassemble les ondes sonores pour mieux ébranler les nerfs de l’audition.
La pathologie des deux appareils de la vision et de l’ouïe nous permet de saisir la similitude de leurs maladies. 11 nous suffît de rappeler l’analogie des vices de conformation, du coloboma et du trichiasis du pavillon et des paupières; la coexistence des manifestations diathésiques, telles que les otites et conjonctivites catarrhales, scrofuleuses, herpétiques et syphilitiques ; les polypes et granulations du conduit auditif externe, et de la conjonctive; ces kératites et ces myringites se terminant par perforation, épaississement ou synéchie de la cornée ou du tympan ; la similitude du traitement des rétrécissements de la trompe d’Eustache ou des points lacrymaux ; enfin, la gravité de ces otites et conjonctivites purulentes du nouveau-né qui, lorsqu’elles sont méconnues, ou traitées trop tardivement, amènent fatalement la surdité ou la cécité.
De même l’exagération prolongée de la tension des liquides de l’oreille interne et de l’œil produit des troubles de l’ouïe et de la vision qui, à leur début, peuvent être améliorés par des opérations analogues : lamyringodectomie et l’iridectomie, mais qui, ultérieurement, présentent une incurabilité absolue.
Si l’étude du glaucome a été l’objet de nombreux travaux, la question de la pression intra-labyrintbique semble avoir peu attiré l’attention des auteurs. En parcourant la littérature otologique, nous trouvons quelques anristes qui, comme Toynbee et Politzer, ont étudié l’influence des mouvements de l’appai eil de transmission du son sur le liquide labyrinthique. MIVl. de Troeltsch, Toynbee, Duplay, Tillaux, Gellé, Bonenfant, ont fait jouer à l’exagération de la pression intra-labyrinthique un rôle important dans la palhogénie de cer-
tains troubles de l’audition et de l’équilibration. Mais dans aucun ouvragée traitant des maladies de l’oreille nous n’avons trouvé, même à l’état d’ébauche, l’histoire de la tension des liquides de l’oreille interne.
L’étude de cette question, que nous nous proposons d’étudier, est peut-être au-dessus de nos forces; mais nous osons espérer que les nombreux efforts que nous avons faits pour chercher à l’élucider nous attireront la bienveillance de nos jug’es.
Qu’il nous soit permis ici de remercier notre excellent maître, M. Tillaux, de l’empressement qu’il a mis à nous communiquer les observations de plusieurs années de sa consultation spéciale des maladies des oreilles à l’hôpital Lariboisière, et de lui témoig*ner toute notre reconnaissance pour ses précieux enseignements, et pour la bienveillance qu’il nous a toujours témoignée pendant le temps que nous avons eu le bonheur de passer dans son service.
Qu’il nous soit permis également d’adresser nos remerciements les plus sincères à notre maître, M. le D^’ Gellé, dont les conseils et les savantes leçons professées à l’École pratique de la Faculté ont facilité notre tâche.