CHAPITRE IV
DISPOSITION DES ÉLÉMENTS DES ORBITES TELLE QU'ELLE RÉSULTE DE L’OBSERVATION
65. — Dans le chapitre précédent nous avons trouvé quelle devrait être la disposition des divers éléments des orbites des comèêtes, dans le cas où ces astres viendraient des espaces interstellaires ; il serait très intéressant de comparer cette disposition théorique avec la disposition réelle, mais cette comparaison présente des difficultés. En effet nos formules donnent la disposition théo— rique des éléments de la totalité des comètes dont la distance périhélie est inférieure à une limite donnée, or l'observation ne nous fait pas connaître toutes ces comêtes, mais seulement une fraction de leur nombre total, et une fraction variable selon les éléments parce que la probabilité de la découverte d'une comêéte dépend de la situation de son orbite. Pour pouvoir comparer la disposition théorique des orbites à leur disposition réelle, il faudrait donc connaître pour chaque valeur des éléments la probabilité dela découverte, cette probabilité n'est pas connue, sa recherche présenterait des difficultés sérieuses et exigerait des données qui ne peuvent être obtenues que par l'observation des circonstances de visibilité d’un grand nombre de comètes.
Aussi l'étude complète de la probabilité de la découverte d’une comète selon les éléments de son orbite n’a pas été entreprise. Toutefois M. Holetschek a écrit un mémoire (') qui se rattache à cette question, car il a pour but de faire connaître quelles conditions doit remplir l'orbite pour que la comète ne puisse pas être aperçue par nous, restant plongée dans les rayons du Soleil tant que son
(1) Ueber die Bahn eines Kometen, der während seiner günstigen Helligkeit nicht aus den Sonnenstrahlen heraustreten kann, Comptes-rendus de l’Acadèmie de Vienne, tome LxxxVIII, année 1883.
éclat serait suffisant pour que nous puissions la découvrir. Le Bulletin astronomique (t. 11, p. 344) ayant donné un court résumé de ce mémoire, je me contente de le mentionner.
On trouve dans la correspondance entre Olbers et Bessel (£. x, p. 35) et dans les Asfronomische Nachrichten (note de M. Harzer, t. 103, p. 65) des études sur la probabilité de la découverte des comètes, mais il s'agit seulement de la probabilité de voir une comète dans une lunette dirigée vers un point donné du ciel, question qui ne se rattache pas directement au sujet que je traite ici.
Quoique nous ne puissions pas faire une comparaison complète entre les formules du chapitre IT et la réalité, il est intéressant de rendre compte des principaux travaux qui ont été publiés sur la statistique des coméêtes connues. D'ailleurs quelques astronomes ayant cru reconnaitre une relation entre la disposition des orbites et la direction du mouvement du Soleil dans l’espace, il faut montrer qu'une telle relation n'existe pas, afin de réfuter ceux qui voudraient en faire une objection contre la théorie qui rattache les comètes au Système solaire.
La statistique des comètes et les questions qui s’y rattachent ont donné lieu à un grand nombre de travaux plus ou moins importants ; pour ne pas donner des résultats basés tantôt sur un catalogue tantôt sur un autre, j'ai pris le parti de me servir d'un catalogue unique, qui difiére peu d'ailleurs de celui de M. Holetschek.
Le catalogue de comètes dont je fais usage renferme en eftet les comètes de l'inventaire donné par cet astronome dans son mémoire « Ueber den scheinbaren Zusammenhang der heliocentrischen Perihellänge mit der Perihelseit der Kometen » Comptesrendus de l'Académie de Vienne, t. xaix, année 1890 ; j'ai seulement supprimé les sept comètes des années —136, —68, 240, 539, 565, 1351, 1362 comme ayant des orbites incertaines et j'ai ajouté les comètes récentes. Les éléments ont été tirés jusqu'à l'année 1884 de l'ouvrage € Wunder des Himmels » de Littrow (7° édition publiée par M. Weiss), de 1885 à 1890 de l'Annuaire du Bureau des longitudes, et pour les comèêtes parues en 1891 et 1892 des Astronomische Nachrichten. Pour les époques des découvertes jai
consulté l'Annuaire du Bureau des Jongitudes, la Cométographie de Pingré, les anciennes Connaissances des temps, ou le Repertorium der Cometen-Astronomie de Carl.
Le catalogue que j'ai ainsi formé renferme 324 comètes dont la premiére est celle de l’année 568 de l’ére chrétienne et la derniére celle découverte par M. Denning le 18 mars 1892; naturellement je n'ai fait entrer chaque coméête périodique qu'une seule fois, à sa premiére apparition certaine.
Nombre des comètes selon les saisons.
66.— 11 y a longtemps, plusieurs astronomes ont remarqué que parmi les cométes connues de leur temps les époques des passages au périhélie sont plus nombreuses en hiver qu’en été. Aïnsi, dans un mémoire Sur la distribution des orbites cométaires dans l'espace("), M. Augustin Cournot étudiant les orbites de 125 cométes, trouve 71 passages au périhélie en hiver (du 22 septembre an 22 mars) et 54 seulement en été (du 22 mars au 22 septembre). La méme remarque avait été faite antérieurement par Lambert et par Arago. En étudiant le mémoire Ueber die Richtungen der grossen Azxen der Kometenbahnen (©) de M. Holetschek, je remarquai que les statisques récentes ne s'accordent pas avec le fait avancé autrefois que les cométes sont plus nombreuses en hiver. On y trouve en effet (pages 21 et 26) des tableaux au bas desquels sont les nombres des cométes qui ont passé au périhélie dans chaque mois, si lon fait la somme de ces nombres d’abord pour les mois d'été (avril-septembre) puis pour les mois d'hiver (octobre-mars), on trouve que parmi les 300 comètes du catalogue de M. Holetschek juste 150 ont passé au périhélie en été et 150 aussi en hiver. Ne pouvant mettre en doute ni les résultats des anciens astronomes, ni
(1) Ce mémoire est imprimé À la suite de la traduction française de l’Aséronomie de John Herschel, édition de 1534.
(2 Comptes-rendus de V'Acudémie de Vienne, tome xCIv, année 1886.
ceux indiqués par les statistiques modernes, je pensai que puisque les anciennes comètes sont plus nombreuses en hiver et que parmi la totalité des comètes connues aujourd'hui il y en a le même nombre dans les deux saisons, les cométes récentes doivent être plus nombreuses en été. C’est en effet, comme on va le voir, ce que montre la statistique.
Pour vérifier cela, j'ai divisé les 224 comètes de mon catalogue en quatre groupes renfermant chacun 8] comèêtes, le premier qui commence à l'année 568 se termine à 1769, le second s'étend de 1770 à 1840, le troisième se termine au mois de mai 1867, et le quatrième en mars 1892. J'ai compté ensuite pour chaque groupe le nombre des cométes qui ont passé au périhélie dans chaque mois (‘), toutes les dates sans exception ont été rapportées au calendrier grégorien, le seul qui soit d'accord avec les saisons. Voici le résultat de cet inventaire :