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CHAPITRE PREMIER

DES DIFÉRENTES MÉTHODES EMPLOYÉES POUR SÉPARER LES ALCALOÏDES CADAVÉRIQUES.

On sait, depuis les recherches de Panum en 1856, que les produits de la putréfaction contiennent des poisons ; mais la nature de ces poisons ne fut pas étudiée par le savant physiologiste danois, qui ne voulut pas leur reconnaître la nature alcaloïdique.

Pour Hemmer, 0. Weber, Stick, etc., ces poisons putrides appartenaient à des albuminoïdes en voie de décomposition.

Ce fut en 1866, que Du pré et B. Jones se basant sur la fluorescence des extraits provenant de la putréfaction des tissus animaux, affirmèrent, d'ailleurs sans

preuves, que cette chinoïdne animale étdiit un bIcb.loïde.

Plus tard, Zuelser et Sonnenschein retirèrent de l'extrait de chaires putréfiées un alcaloïde offrant de certaines analogies avec l'atropine. Enfin, Hager, Marquardt, Schwanert, Liebermann, etc. reconnurent, à la suite d'expertises médico-légales pratiquées sur des individus ayant succombé à des causes étrangères à des intoxications, la présence, dans les organes de ces individus, de substances alcaloïdiques, présentant les caractères de la caprylamine, de la conine, etc., etc.

Ainsi donc, avant 1872, c'est-à-dire à l'époque où parurent les remarquables travaux de M. le professeur A. Gautier, on savait que les produits de la putréfaction contenaient des substances toxiques, mais ces substances n'avaient jamais été isolées, analysées; on discutait encore sur la nature alcaloïdique de ces produits.

C'est à M. Gautier que revient Thonneur d'avoir le premier isolé une ptomaïne, de l'avoir définie chimiquement.

M. Gautier a classé ces corps alcaloïdiques en deux groupes. Dans le premier groupe se trouvent les alcaloïdes provenant de la fermentation putride et qui avaient élé désignés par Selmi sous le nom de ptomaïnes ; dans le second, les alcaloïdes qui sont engendrés sans cesse par les combustions vitales et "que M. Gautier a nommés leucomaines.

Les leucomaïnes n'offrent qu'un intérêt secondaire

pour le chimiste expert; il n'en est pas de même des ptomaïnes.

La connaissance exacte de ces dernières, leurs caractères, leur mode de formation, leurs propriétés physiologiques sont d'une importance dont on ne saurait trop tenir compte.

Notre savant maître, M. le professeur Brouardel, à propos de l'affaire R. (accusation d'empoisonnement par la colchicine), a signalé à l'attention des médecins légistes et des chimistes experts, l'importance énorme que présente l'étude de ces alcaloïdes.

En effet, si, dans un cadavre inhumé depuis un certain temps, on trouve certaines réactions de la colchicine, peut-on affirmer que ces réactions appartiennent à la colchicine seule ?

Voici ce que M. le professeur Brouardel pense très judicieusement au sujet de toutes les affaires d'empoisonnement par une substance toxique : pour que l'expert puisse formuler une conclusion ferme, il faut qu'il y ait un ensemble de concordances entre, d'une part, les symptômes observés pendant la vie et les lésions constatées sur le cadavre^ de l'autre l'analyse chimique et les expériences physiologiques.

Il est hors de doute que les ptomaïnes sont essentiellement des produits de décomposition cadavérique ; mais il a fallu à cette vérité un temps assez long pour s'imposer.

Les multiples travaux de Panum sur cette grave question ont démontré que, dans les cas d'empoisonnements par les viandes conservées, par exemple.

rintoxication n'est pas engendrée par les microbes qui habitent ces divers milieux, mais bien par les divers produits que Bergmann et Schmiedeberg, avant Panum, avaient baptisés du nom de tepsine.

Les travaux de Panum eurent un très grand retentissement ; ils furent repris et confirmés par Stich et Thiersch. Gautier et Selmi étudièrent ensuite les différents poisons cadavériques qu'ils avaient isolés.

De leur côté, Brouardel et Boutmy étudièrent une ptomaïne qu'ils avaient isolée d'un cadavre d'une femme morte à la suite d'une ingestion d'oie farcie putréfiée.

Cet alcaloïde rappelait la conine cadavérique de Marquardt et de Gautier; il était très volatil, dégageait une odeur semblable à celle de Turine de souris ; le phosphomolybdate de soude le colorait en rouge orangé. L'iodure de potassium ioduré le précipitait en brun kermès, le chlorure d'or en violet et le tannin en blanc.

Brouardel et Boutmy, continuant leurs recherches dans les organes de deux individus, tués l'un par l'acide prussique, l'autre par Poxydc de carbone, isolèrent un alcaloïde qui offrait certaines analogies avec la vératrine ; cette ptomaïne fut retrouvée par . les mêmes auteurs dans le cadavre d'un autre homme mort d'une intoxication arsenicale.

Cette base avait le caractère particulier de ne pas être toxique.

L'école italienne, Selmi en tête, a essayé de donner

une classification des ptomaïnes ; pour Selmi, il convient de distinguer :

1* Les ptomaïnes entraînées par Téther de leur solution alcaline ;

2° Les ptomaïnes entraînées par Téther de leur solution acide ;

3° Les ptomaïnes entraînées par le chloroforme de leur solution alcaline ;

4** Les ptomaïnes solubles dans Talcool amylique.

5° Les ptomaïnes ne pouvant être entraînées par aucun de ces véhicules.

La classification de Selmi a le grave inconvénient des classifications absolument empiriques; aussi Pouchet lui oppose-t-il la classification suivante, qui, à notre avis, est beaucoup plus exacte et plus précise :

1** Groupe d'alcaloïdes appartenant à la série hydropyridique ;

2** Groupe d'alcaloïdes appartenant à la série pyridique;

3** Groupe d^alcaloïdes appartenant à la série de la bétaïne et de la névrine.

Au premier groupe se rattachent les alcaloïdes liquides volatils s'oxydant avec une très grande rapidité et dont il est presque impossible d'obtenir des combinaisons constantes.

Ces bases liquides, d'après Pouchet, existent en très minime proportion dans les liquides normaux d'excrétion. On ne les rencontre en quantité suffisante qu'au début des phénomènes de putréfaction.

Les bases du second groupe sont liquides et volatiles comme les précédentes, dont elles ne se distinguent que par leur grande stabilité.

Les urines pathologiques, de même que les fèces et les produits de putréfaction, les contiennent en assez notable quantité.

Le troisième groupe comprend des alcaloïdes fixes oxygénés, mais encore facilement altérables, et que Ton découvre dans les produits de putréfaction avancée.

On retrouve les bases de ce dernier groupe parmi les produits de désassimilationdeTorganisme. D'après Pouchet, leur production paraît favorisée par l'action prolongée des acides ou des alcalis étendus sur les substances protéiques.

Dragendorff, après Brieger, range les ptomaïnes dans la classe des amides. Il cite même quelques amides nées du dédoublement des composés albuminoïdes, comme la choline, la névrine, ThydrocoUîdine^ la parvoline, riso}>hényléthylamine.

Nous admettrions volontiers qu'un certain nombre de ptomaïnes isolées et analysées ne constituent pas, comme la plupart des auteurs sont tentés de le croire, des bases ou des sels uniques et parfaitement caractérisés.

Pour J. Ogier, ce sont plutôt des associations de plusieurs sels ou bases dont la séparation complète n'est généralement pas réalisable, soit parce que leurs propriétés sont à peu près identiques, soit à cause de leur facile destructions, sous l'influencé de

l'oxydation, soit parce que cette séparation, n'est pas possible avec les réactifs que nous possédons.

Les ptomaïnes comprennent une série d'alcaloïdes allant depuis les bases de la série pyridique, caractérisée par MM. Gautier et Etard, jusqu'aux bases à quatre et six atomes d'oxygène, telles que celles qu'a obtenues Poucliet en étudiant les produits qui se forment au commencenient de la putréfaction.

Plus la transformation et les dédoublements de la molécule albuminoïde sous l'influence de la fermentation putride sont profonds, plus simples sont les alcaloïdes que l'on peut en extraire.

Pouchet avait remarqué, et nous l'avons vérifié bien souvent, qu'à certaines périodes de la putréfaction à l'air libre, les ptomaïnes semblaient disparaître complètement.

Cette disparition ne paraît pouvoir s'expliquer que de la façon suivante :

La matière organique azotée exige, pour être détruite, l'action successive des microbes aérobies et anaérobies.

En effet, dès que la mort est arrivée, les anaérobies commencent leur œuvre de dissolution et de régression, la putréfaction débute ordinairement par les intestins, et les microbes qui s'y trouvent ne tardent pas à envahir tout l'individu, en vertu d'un mécanisme que nous avons déjà indiqué.

Mais bientôt les aérobies facultatifs et les aérobies francs vont succéder aux anaérobies, parce qu'ils sont seuls capables, en général, d'entraîner la dispa-

rîtîon des matériaux organiques et d'activer la destruction commencée par les premiers.

Pendant leur période d'action, les aérobies absorbant Toxygène, déterminent sans doute, sinon Tozonisation de ce gaz, du moins une exagération de son pouvoir oxydant, ainsi que cela a été constamment observé dans les oxydations spontanées ^oxydation du phosphore, des huiles^ de Talcool, Pouchet).

Si une cause quelconque supprimait l'action des aérobies, les aérobies facultatifs et les anaérobies, reprenant possession delamatière en voie de destruction, pourraient reproduire des ptomaïnes, un instant disparues.

Les ptomaïnes .étant habituellement des composés très oxydables, il est fort probable que la succession des actes chimico-biologiques occasionnés par la présence et le développement des microbes aérobies et anaérobies doit être une des principales causes de la formation et de la disparition des ptomaïnes dans la suite.

Cette hypothèse expliquerait les résultats contradictoires obtenus par différents expérimentateurs dans des conditions en apparence identiques.

De tout cela, il semble ressortir que, dans les diverses phases de la putréfaction, ou bien suivant les diverses conditions dans lesquelles se trouvent les cellules vivantes, la recherche des ptomaïnes est susceptible de conduire à isoler des alcaloïdes auss différents par leur composition que par leurs pro-

priétés toxiques; on peut cependant admettre, comma le pense Pouchet, que, dans des conditions identiques, une seule même ptomaïne résultera toujours développement et de la vie d'une même cellule.

Les chimistes qui se sont occupés des ptomaïnes se sont servis pour les isoler, d'une des méthodes générales d'extraction les alcaloïdes végétaux , avec quelques modifications particulières.

La première de ces méthodes est celle du chimiste belge Stass, modifiée par Otto.

Elle consiste à traiter les organes divisés par le double de leur poids d'alcool à 90°, additionné d'une légère quantité d'acide tartrique, puis à laisser digérer pendant vingt-quatre heures au bain-marie.

Lorsque le mélange est refroidi, on le filtre et le résidu est exprimé. Après filtration, le liquide alcoolique est évaporé à 35° dans le vide, ou dans un courant d'hydrogène, ensuite versé sur un filtre mouillé pour retenir les corps gras.

On se débarrasse de la petite quantité de graisse qui traverse le filtre en agitant vivement le liquide filtré avec de l'éther, et on décante dans une boule à robinet.

Le liquide ainsi purifié est mélangé avec du verre pilé et évaporé à sec dans le vide.

On fait dissoudre ce nouveau résidu dans une petite quantité d'eau, puis on le mélange avec du bicarbonate de soude, jusqu'à réaction légèrement alcaline.

La solution est alors agitée avec cinq fois son volume d'éther, après quoi l'éther est distillé incom-

plètement au bain-marie. Le résidu d'éther est aban^ donné dans un cristallisoîr, où Talcaloïde ne tarde pas à se précipiter. La méthode de Stass présente quelques inconvénients, en ce sens que les tartrates d'alcaloïdes ne sont pas tous solubles dans Talcool, de même que léther ne dissous pas tout les alcaloïdes avec la même facilité.

Dragendorff a employé la méthode suivante : les matières, finement divisées sont, délayées avec de Teau distillée, ensuite on y ajoute environ 10 centimètres cubes d'acide sulfurique au cinquième pour 100 de mélange, et on laisse digérer la masse pendant quelques heures à 50**.

On exprime dans un linge fin, puis on recommence le même traitement avec 100 centimètres cubes d'eau.

On réunit les deux liquides et on évapore le tout à consistance sirupeuse. On reprend le résidu par quatre fois son volume d'alcool à 93° et on laisse digérer le tout pendant vingt-quatre heures.

On filtre et on évapore l'alcool par la distillation. Le liquide est ensuite amené à 50 centimètres cubes et agité avec 50 centimètres cubes de benzine.

Le résidu aqueux, après décantation et son alcalinisation par de l'ammoniaque, est chauffé vers 40* et agité à deux reprises différentes, chaque fois avec 50 centimètres cubes de benzine.

L'alcaloïde se précipite généralement de cette solution de benzine ; on le lave à l'eau froide une première fois, puis on redissout de nouveau le-

résidu dans de Feau bouillante et on évapore très lentement.

On peut aussi évaporer et redissoudre le résidu dans Tacide sulfurique dilué ; dans ce cas, Tacide est ensuite neutralisé par Tammoniaque et on reprend par la benzine.

Les inconvénientsde cette dernière modification du procédé de Dragendorff sont : 1** Temploi de l'acide sulfurique, qui, par suite de Tévaporation de la masse en traitement, finit par se trouver en trop grande quantité à la fin de l'opération et détermine ainsi la destruction des ptomaïnes ; 2° la présence du chlorhydrate d'ammoniaque dans les résidus.

On se débarrasse très difficilement dé ce produit même en utilisant sa grande insolubilité dans l'alcool absolu.

Il est donc préférable de ne jamais faire intervenir l'ammoniaque dans les manipulations qui ont pour objet la recherche d'un alcaloïde cadavérique.

Dans son remarquable mémoire sur les alcaloïdes dérivés de la destruction bactérienne et physiologique des tissus animaux, M. Gautier décrit et recommande le procédé qui suit :

Les liquides putrides séparés des huiles surnageantes, après légère acidulation et agitation avec l'acide sulfurique très étendu, sont distillés dans le vide à basse température.

11 se dégage de l'ammoniaque, de l'indol, duscatol. Le résidu liquide sirupeux, séparé des cristaux qui se forment, est alcalinisé avec de la baryte, filtré et la

liqueur est agitée un grand nombre de fois avec du chloroforme pour dissoudre les bases.

On distille ensuite ce disolvant à basse température, soit dans le vide, soit dans un courant d'acide carbonique et, à la liqueur qui reste, on ajoute de Teau et de Tacide tartrique qui sépare une résine brune et une liqueur.

Celle-ci, recueillie et traitée par la potasse affaiblie, dégage une vive odeur de carbylamines. En même temps, les bases sont mises en liberté.

On les enlève en agitant la liqueur avec de Téther et en évaporant ce dissolvant dans un courant d'acide carbonique sous faible pression ; puis, sous une cloche, en présence de potasse caustique destinée à empêcher leur carbonatation à Tair.

On peut alors séparer ces bases par précipitations fractionnées, au moyen du chlorure de platine, ou bien, si Ton en a une suffisante quantité, par distillation dans le vide.

Aujourd'hui, M. Gautier a substitué l'acide oxalique à Tacide sulfurique.

Aux liqueurs alcalines primitives, il ajoute de l'acide oxalique jusqu'à réaction acide. Il enlève les acides gras liquides, qui surnagent, filtre et distille. De cette façon, le phénol, le scatol, Tindol, etc., sont chassés.

La partie qui n'a pas distillé est alcalinisée avec de la chaux et le précipité formé est séparé. — La liqueur alcaline est distillée à sec dans le vide au

contact de l'acide eulfurique étendu; les bases distil' lent alors avec l'ammoniaque.

Âla tin, il neutralise la liqueur distillée, l'évaporé presque à sec, en séparant et rejetant le sulfate d'ammoniaque, qui cristallise, et il reprend les dernières eaux-mères par de l'alcool concentré qui dissout les sulfates des ptomaïnes.

L'alcool est ensuite chassé et, après addition d'un peu de soude caustique, la solution aqueuse concentrée de ce sel esl traitée successivement par l'éther de pétrole, par l'éther, etc.

Quant au produit resié dans l'appareil distiUatoire avec l'excès de chaux qui avait servi à séparer les bases, on peut le traiter, après dessiccation et trituration, par l'éther à 36°, qui, dans ces conditions, dissoudra les bases Axes.

Le résidu de cet éther est épuisé par un peu d'eau acidulée, et l'on précipite les bases par un alcali.

M. Pouchet a indiqué un procédé qu'il avait appliqué dans la recherche des ptomaïnes retirées des liquides de l'économie.

Ce procédé consistait à précipiter en solution alcaline par le tannin en escës, puis à décomposer les tannâtes ainsi formés par l'hydrate de plomb en présence d'alcool

La solution alcoolique évaporée laissait une masse sirupeuse qu'on dialysait ; les bases passaient à travers le dialyseur, et on les séparait par les divers dissolvants.

Brieger, en Allemagne, opérait d'une façon diffé-

rente. La masse, après fîltration, était précipitée par le sous-acétate de plomb, puis reprise par Thydrogène sulfuré.

Le liquide, débarrassé du sulfure de plomb, est évaporé jusqu'à consistance sirupeuse et épuisé par l'alcool anylique ; on chasse ensuite Talcool amylique ; le résidu est repris par Teau, concentré et acidulé par Tacide sulfurique.

La masse est agitée avec de Téther pour enlever les acides oxyaromatiques ; on réduit ensuite, par évaporation, au quart du volume initial pour séparer les acides gras.

On précipite l'acide sulfurique par la baryte, et l'excès de baryte par Tacide carbonique ; on filtre et on chauffe au bain-marie.

Après refroidissement, on précipite par le chlorure mercurique. Le précipité est lavé, décomposé par rhydrogène sulfuré et concentré par évaporation.

Les matières inorganiques qui se déposent sont séparées et lavées à Talcool absolu.

Il se forme bientôt après des cristaux qui, solubles dans Teau et l'alcool étendu, sont, au contraire, insolubles dans l'alcool absolu, la benzine, le chloroforme. Ensuite, on sépare les uns des autres les corps cristallisés par des précipitations fractionnées à l'aide du chlorure de platine ou du chlorure d'or.

Brieger a modifié son procédé primitif; et voici la méthode qu'il a adoptée et suivie dans ses dernières recherches.

On additionne la masse initiale d'acide chlorhydri-

que, afin de transformer les bases en chlorhydrates. Puis, le mélange est amené à consistance sirupeuse, et on extrait les chlorhydrates par Talcool absolu.

On distille et on épuise le résidu par plusieurs lavages à Talcool absolu.

Le procédé dont nous nous sommes servi dans nos expériences est celui que nous employons au Laboratoire de toxicologie, dans la pratique courante des recherches toxicologiques.

Le procédé d'extraction, qui est dû à notre savant maître, M. Ogier, est une combinaison de la méthode de Stass et de celle de Dragendorff ; il consiste en ceci:

Les matières sont broyées dans un hachoir, additionnées d'environ leur poids d'alcool à 90° et acidulées par l'acide tartrique ou par Tacide citrique. Le mélange est abandonné pendant vingt-quatre heures à une température de SO ou 60"*.

Au bout de ce temps, on sépare le liquide alcoolique, d'abord en filtrant, puis en pressant énergiquement la masse pâteuse. On filtre de nouveau pour séparer des matières grasses en suspension. On élimine ensuite une partie de l'alcool par distillation.

Cette distillation s'opère au bain-marie, dans une cornue traversée par un courant rapide d'acide carbonique; l'emploi du gaz carbonique a pour but d'activer Tévaporation et surtout d'empôcher une élévation trop grande de température.

La distillation est arrêtée lorsqu'on a recueilli environ la moitié de l'alcool employé. On continue

Tévaporalion dans le vide sec, jusqu'à ce que le liquide ait pris une consistance de masse pâteuse (1),

(1) L'évaporation dans le vide de ces masses considérables de liquide est, comme Ton sait, longue et fastidieuse. Les dispositions que nous avons adoptées au laboratoire sont les suivantes. Les doches à vide ont, à leur base, un bord rodé, large d'environ 3 centimètres ; cette grande surface de contact entre la platine et la cloche permet de mettre en œuvre, pour le graissage la vaseline, au lieu de suif, dont on se sert habituellement. Cette substitution ofTre quelques avantages ; la vaseline s'étale facilement à l'aide d'un couteau de bois, sur le rebord des cloches ; le nettoyage des cloches et des platines est très aisé ; l'occlusion est aussi parfaite qu'avec le suif, mais seulement à la condition d'employer des cloches à large rebord ; les fuites, s'il y en a, s'aperçoivent aisément par les fissures qui se produii^ent dans la couche transparente comprise entre le bord de la cloche et le plan de verre. Au moyen d'un tour de main très simple, on sépare sans peine la cloche de la platine, opération qui est quelquefois difficile avec le suif. Par les grandes chaleurs, la vaseline devient un peu trop fluide pour cet usage : en ce cas, il est bon d'y dissoudre à chaud un peu de paraffine. Les cloches ont vers le bas une tubulure latérale où se fixe un robinet de verre sur une monture rodée ; cette disposition est la meilleure ; elle n'offre pas les inconvénients des robinets placés au sommet des cloches (chute, dans les liquides à évaporer, de petits corps étrangers entraînés avec le courant d'air, quand on ouvre le robinet), ni les difficultés de construction des robinets portés par la platine. Les liquides à évaporer sont étalés sur uue grande surface, dans des capsules plates ou dans de très larges verres de montre superposés. Pour avoir aussi une grande surface desséchante d'acide sulfurique nous superpo.^ons dans un cristallisoir cinq ou six plateaux de plomb formant des sortes de cuvettes très basses, de 3 à 4 millimètres de profondeur; l'ensemble des plateaux contient environ 1 litre d'acide; on les remplit jusqu'à les faire déborder. A mesure que l'hydratation de l'acide s'effectue, la couche fortement aqueuse qui se forme à la surface déborde des plateaux et tombe dans le cristallisoir ; on conserve ainsi, à la surface de chaque cuvette une couche d'acide relativement concentré, dont l'action desséchante dure assez longtemps.

Dans ces conditions, l'acide étant renouvelé une fois par vingtquatre heures, on arrive à évaporer complèlement, dans une seule cloche, 1 litre de liquide en trois ou quatre jours.

OU bien on distille dans le vide à 40° environ.

Cette masse est reprise par de Teau alcoolisée ; on filtre et on ajoute au liquide filtré de Talcool, jusqu'à ce qu'une nouvelle addition ne détermine plus de précipité. On évapore l'excès d'alcool au bain-marie, dans un courant d'acide carbonique.

Le liquide aqueux et acide (qui généralement a un volume de 500 à 800 centimètres cube) est alors épuisé à deux ou trois reprises par de l'éther de pétrole; on emploie chaque fois un volume de pétrole à peu près égal au volume du liquide.

La plus grande partie des matières grasses se trouve éliminée par le traitement au pétrole. Si ce traitement a été fait avec soin, aucune émulsion n'est à craindre avec les dissolvants qui seront ultérieurement employés.

Le liquide aqueux est alors additionné d'un excès de bicarbonate de soude et épuisé complètement et à plusieurs reprises par l'éther, comme dans la méthode de Stass. Tous les alcaloïdes importants sont dissous par l'éther. C'est sur ce liquide éthéré, obtenu, en somme, par la méthode de Stass, que nous appliquons la méthode de Dragendorff. A cet effet, l'éther est éliminé par distillation au bain-marie ; il reste une solution aqueuse d'un petit volume de 100 à 130 centimètres cubes par exemple (s'il est nécessaire, on ajoute un peu d'eau) ; on la rend acide et on l'épuisé successivement par le pétrole, par la benzine, par le chloroforme ; on la rend ensuite alcaline avec un peu d'ammoniaque et on l'épuisé de nouveau par le

pétrole, par le chloroforme, par Talcool amylique. Eq résumé, le procédé consiste, on le voit, à isoler les alcaloïdes en bloc, au moyen de Téther, en présence du bicarbonate de soude, puis à appliquer la

méthode de séparation sur le résidu aqueux laissé par Tévaporation de Téther ; ce mode opératoire a cet avantage que les épuisements successifs par les divers dissolvants s'effectuent sur un très petit volume de liquide, déjà purifié d'ailleurs de la majeure partie des substances étrangères qui pouvaient gêner Textraction.

Les dissolvants sont filtrés et séparés avec soin des gouttelettes d'eau entraînées. S'il y a lieu, on les évapore partiellement au bain-marie ; de préférence, on les abandonne à Févaporation spontanée, dans un petit nombre de verres de montre, cinq ou six pour chaq^ue dissolvant.

On peut épuiser directement aussi par Talcool amylique le produit épuisé par féther. C'est du reste ce qu'on est obligé de faire dans les recherches toxicologiques, à cause de la morphine.

Comme Tévaporation de .ce liquide serait assez pénible, on en extrait l'alcaloïde par agitation avec quelques gouttes d'acide chlorhydrique étendu.

La solution chlorhydrique est évaporée à sec dans l'acide sur de la chaux vive. Le résidu ainsi obtenu contient d'ordinaire du chlorhydrate d'ammoniaque, qui gêne certaines réactions colorées; c'est pourquoi il est bon de le purifier par dissolution de l'alcaloïde dans de l'alcool rigoureusement absolu.

On obtient de cette façon des produits suffisamment purs pour pouvoir déceler, au moyen de réactifs appropriés, la présence des alcaloïdes qui sont dissous dans chaque dissolvant.

Dans la méthode générale de séparation des alcaloïdes, on opère tantôt sur des extraits liquides acides, tantôt sur des extraits liquides alcalins. Il arrive qu'à chacune de ces solutions répond un dissolvant pour ainsi dire spécial.

DragendorfF emploie d'abord Téther de pétrole, qui a pour but d'enlever les matières grasses ; nous avons vu à maintes reprises que ce dissolvant n'enlevait aucun alcaloïde aux extraits aqueux acides.

Les extraits liquides alcalins ou alcalinisés ne cèdent à l'éther de pétrole que des traces de substances à réaction alcaloïdique.

La benzine enlève des quantités assez grandes de substances qui brunissent avec l'acide sulfurique, le troublent avec l'iode et réduisent quelquefois l'acide iodique et le ferricyanure de potassium.

Le dissolvant qui possède le plus grand pouvoir absorbant est, sans aucun doute, l'alcool amylique ; mais il se conduit d'une façon identique à l'égard de certains alcaloïdes végétaux, tels que la solanine, la berberine et la morphine.

Ici, la difficulté est plus grande, car la morphine donne avec le ferricyanure de potassium et quelquefois avec Tacide iodique les mômes réactions que les ptomaïnes. On peut toutefois se servir du perchlorure de fer pour les différencier.

Il n'existe pas un grand nombre de réactifs capables de révéler la présence des alcaloïdes, et tous n'ont pas la même valeur.

L'iode avait été signalé par'Graebner comme étant un des meilleurs, soit sous forme d'acide iodique, soit sous celle d'acide iodhydrique ; d'après cet auteur, il serait même préférable à l'iodure de potassium ; mais ce dernier à l'énorme supériorité d'être un bon réactif général de tous les alcaloïdes, ce qui fait que, lorsqu'il ne précipite pas, il indique Tinutrlité de recherches ultérieures. Trotarelli avait recommandé avec un certain enthousiasme, pour reconnaître les ptomaïnes, un réactif composé d'un mélange d'azotate de palladium et de nitroprussiate de soude. Graebner a prouvé, au contraire, que ce réactif ne donnait jamais que des résultats négatifs.

L'iodure de mercure et de potassium, l'acide tannique, le chlorure de platine, ne donnent de précipités évidents que dans les solutions éthérées et amyliques ; l'acide picrique ne précipite que dans des cas très rares (Les picrates sont, en général, assez solubles).

L'acide sulfurique concentré colore généralement en brun les alcaloïdes cadavériques; mais, si l'on fait varier la concentration, la quantité et la température, on peut obtenir des colorations violacées plus ou moins fugaces.

Le réactif de Frohde se colore quelquefois en bleu avec certains résidus des solutions amyliques et éthérées. MM. J. Ogier et Minovicci ont rencontré

une fois, dans leurs expériences au Laboratoire de toxicologie, une ptomaïne qui prenait une coloration violette avec le réactif de Frohde (comme la morphine).

Certaines ptomaïnes, en présence de l'acide chlorhydrique seul ou mélangé d'acide sulfurique, donnent une coloration rouge violacée qui s'exalte par la chaleur.

Le réactif de Brouardel et Boutmy peut, dans plusieurs cas, fournir de bonnes indications; mais il n'a pas le caractère général que lui avaient assigné ces auteurs en présence des ptomaïnes.

M. Gautier a montré que Tatropine, la toluidine, la coUidine, la naphtylamine le réduisaient abondamment* ****

Brieger a prétendu que cette réaction n'avait jamais lieu en présence de ptomaïnes oxygénées pures, attendu qu'elle n'avait lieu que grâce aux peptones qui souillent les produits.

G. Pouchet a cité un certain nombre de ptomaïnes qui ne présentaient pas la réaction de MM. Brouardel et Boutmy. Quoi qu'il en soit, dès lors que les alcaloïdes cadavériques offrent les plus frappantes analogies avec les alcaloïdes végétaux, on comprendra aisément combien la tâche de l'expert devient parfois compliquée et délicate.

Cette différenciation est difficile, parce qu'il n'existe pas de réaction spécifique s'étendant au groupe entier des ptomaïnes. Sous ce rapport, nous confirmons pleinement les démonstrations de Brieger; il a,

de plus, nellemenl établi que trois alcaloïdes cadavériques qu'il avait isolés, à savoir : la neuridine, la cho^ine et la putrescine, sont absolument indifférents à ces réaclifs.

Ce que nous avons dit au sujet du réactif générique de Brouardel et de Boutmy s'applique également k Tacide phosphomolybdique qui précipite toutes les ptomaïnes, soit en jaune, soit en blanc, et qui précipite aussi Tammoniaque.

Dans une communication à TAcadémie de médecine, M. Ogier a mentionné une série d'expériences faites sur des résidus qui ne contenaient que des ptomaïnes, à Faide de réactifs, présentant des caractères spéciaux qui leur sont communs avec certains alcaloïdes végétaux toxiques :

Voici les résultats auxquels Font conduit ses expériences :

V Le foie et les reins d'un grand nombre de cadavres dans des conditions bien déterminées et dans des états divers de putréfaction ont toujours fourni des résidus subissant en général les mêmes réactions ;

2'' Les résidus les plus abondants sont fournis d'abord par l'alcool amylique en solution alcaline ; puis par la benzine et le chloroforme en solution acide ;

3"" Dans un seul cas (il s'agissait d'un fœtus de sept à huit mois, ne laissant voir aucune trace de putréfaction), les résidus n'ont présenté aucune réaction alcaloïdique.

Les résidus sont déjà en quantité notable avec des

viscères dont la putréfaction est cependant à peine commencée (cadavre de deux à quatre jours en été) ; ils sont plus abondants avec les viscères franchement putréfiés (cadavres de huit à vingt jours).

Au delà d'une certaine limite de putréfaction (cadavre exhumé après deux ans et plus), la dose des ptomaïnes diminue d'une manière évidente, conformément aux observations de divers auteurs.

On a isolé, jusqu'à présent, un assez grand nombre de ptomaïnes dont on connaît plusieurs caractères généraux, mais leur étude chimique est loin d'être aussi complète qu'on serait tenté de se le figurer.

Au cours de nos recherches, en qualité de préparateur au Laboratoire de toxicologie, nous avons eu de fréquentes occasions de rencontrer dans des résidus où l'empoisonnement avait été provoqué par de l'arsenic, par exemple, tantôt des ptomaïnes donnant des réactions colorées au moyen de tel réactif, tantôt d'autres ptomaïnes donnant probablement, dans des conditions qui paraissaient analogues, des réactions différentes. Aussi, avons-nous résolu d'étudier les circonstances dans lesquelles se forment les ptomaïnes.

D'après ce que nous savons sur ces bases, pouvons-nous supposer qu'une ptomaïne, définie par des réactions colorées nettes, se reproduira toujours, lorsqu'on se placera dans des conditions d'expériences identiques ?

Et, s'il n'en, est pas ainsi quelles sont donc le

causes susceptibles de modifier celte formation? £q d'autres termes, si nous plaçons une substance organique quelconque dans un vase fermé, à une température connue, en présence d'une quantité déterminée d'oxygène, et si nous répétons Texpérience, auronsnous toujours une ou plusieurs ptomaïnes offrant invariablement les mêmes caractères colorés?

Nous verrons que, toutes choses égales d'ailleurs, rien n'est plus variable que la nature des alcaloïdes produits par la destruction des matières animales placées dans de pareilles conditions.

Dans certains cas, on obtient des ptomaïnes qui ne se séparent pas par le chloroforme en solution alcaline, et d'autres, au contraire, qui se aissolvent dans le chloroforme. Certains alcaloïdes laissent des résidus huileux par suite de l'évaporation par la benzine, sans rien perdre par l'alcool amylique ; bref, on aboutit à presque autant de résultats différents qu'on a fait d'expériences.

D'autre part, si on étudie les produits gazeux provenant de la décomposition, on trouve des variations moins grandes, il est vrai, dans la nature des gaz, mais tout aussi considérables dans le volume émis pendant chaque expérience.

Sans compter que les caractères physiques de la matière organique ainsi abandonnée à la putréfaction spontanée ne sont jamais les mêmes dans un temps donné, que tel flacon au bout de quatre jours contient une masse rouge verdâtre à moitié liquéfiée, que tel autre renferme une masse rouge, bour-

souflée, flottant sur un liquide rouge plus ou moins sombre.

D'où on arrive à conclure que les phénomènes de la putréfaction cadavérique sont essentiellement variables et dépendent de plusieurs facteurs, dont les plus importants sont la température, puis l'oxygène, enfin le ou les micro-organismes qui agissent sur les matières animales pour les décomposer.

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