CHAPITRE IV
DE LA CONTAMINATION DES PUITS ET DES SOURCES PAR LES PRODUITS FIGURÉS DE LA DÉCOMPOSITION CADA- VÉRIQUE,
La pollution de la nappe d'eau souterraine, par les produits résiduels de la décomposition des matières organiques, d'origine végétale ou d^origine animale, n'est, en général, possible que si le foyer d'où proviennent les liquides de la putréfaction est à une certaine distance.
Nous avons vu que, dans la presque totalité des cas, le sol arrête par fîltration tous les produits figurés qui passent à travers les différentes couches du terrain. On conçoit aisément que, dans certaines circonstances, suivant la nature du sol, la filtration soit moins complète, et que même les liquides chargés de principes organiques puissent cheminer intacts à une distance plus ou moins grande à travers des fissures du sol et polluer ainsi les sources ou les puits.
Dans ce cas, les eaux chargées, à des litres divers de matières organiques, sont devenues impropres iaux usages domestiques. Il ne faudrait pas croire que des eaux contenant des quantités relativement élevées de matières organiques sont mauvaises par le fait même de la présence de ces matières organiques. Ces eaux sont tout simplement suspectes, et la présence de la matière organique en trop grande quantité esl, en général Tindice, que le liquide a été souillé par des produits organisés, soit d'origine végétale, soit d'origine animale, en décomposition.
Ces eaux, en effet, doivent être considérées comme suspectes pour deux raisons tout à fait distinctes : 1** soit parce qu'elles peuvent contenir des germes issus d'un foyer en décomposition qui a fourni cette matière organique à Teau ainsi polluée ; 2° soit parce que ce foyer initial n'ayant pas contaminé les eaux souterraines par des germes de la putréfaction ou d'autres micro-organismes pathogènes, le liquide, par le fait de l'adjonction matières organiques est devenu un milieu favorable au développement ultérieur de germes pathogènes !
Koch est le premier qui se soit livré à des expériences sur ce sujet. Il avait pris de l'eau des égouts de Berlin et l'avait ensemencée avec des bacilles virgules du choléra. — Sept jours après, le bacille virgule avait conservé toutes ses propriétés. Les expériences faites par le même savant avec du liquide provenant de fosses d'aisances et ensemencé avec du bacille du choléra ont démontré que ces germes
étaient détruits au bout de vingt-quatre heures.
Ces expériences ont été reprises par plusieurs expérimentateurs, et en particulier par Nicati et Rietsch, qui ont procédé à des ensemencements avec des eaux d*égout non stérilisées, dans lesquelles le bacille virgule avait pu vivre trente-huit jours. Frankland s'est servi d'eau d'égout stérilisée et ensemencée avec des bacilles virgules du choléra ; dans ces conditions, non seulement le bacille a conservé sa vitalité, mais il a encore pu se multiplier.
D'autres expérimentateurs ont envisagé la question sous une autre forme; ils se sont servis d'une infusion de viande à différentes époques de la putréfaction, et ont ensemencé des bacilles virgules. Dans ces divers liquides, dont certains étaient filtrés à travers une bougie Chamberland et les autres non filtrés, Di Mattei et Canalis, en opérant de la sorte, ont obtenu des résultats assez contradictoires ; il semblerait ressortir de leurs expériences que le degré d'alcalinité du liquide serait favorable à la conservation du vibrion de Koch.
Il peut paraître naturel a priori que tous les microbes pathogènes ne puissent pas trouver dans un liquide chargé de matières organiques les mêmes conditions propres à leur existence. H est possibje que les mêmes microbes soient hors d'état de se développer dans des eaux dont la composition chimique n'offre que de faibles variations dans le taux des produits minéraux en solution; certains microbes exigent un milieu neutre, d'autres un milieu acide.
d'autres enfin un milieu alcalin, et les expériences dont nous venons de donner le résumé semblent bien indiquer que la réaction chimique du milieu a aussi son importance. Les expériences de Nicati et Rietscti nous montrent aussi l'influeDce préexistante des germes qui, empruntant à ces liquides en fermentation un milieu favorable à leur développement, enrayent et annihilent le développement des autres germes introduits accidentellement. Nous sommes autorisés à croire que, dans la nature, de pareilles causes vienneot entraver le développement des germes pathogènes, et qu'à C(Mé des conditions de destruction des microbes, résidant dans les propriéiés physiques et chimiques des milieux, nous devions faire aussi intervenir la lutte de telle espèce contre telle autre espèce.
Ainsi, nous sommes amené à examiner sous un autre point de vue la question de la contamination des nappes d'eaux souterraines ; nous laisserons de côté l'étude de l'influence de la matière organique seule, privée de microbes, ainsi que le problème de la transmissibilité possible de maladies infectieuses par les liquides provenant des matières organiques en décomposition, etprincipalemeut de la transmissibilité des germes issus de liquides venant des cimetières.
Nous allons être obligé de nous livrer à des considérations générales et de borner notre étude à quelques cas particuliers; il nous est en effet, bien difficile, en raison des connaissances incomplètes que nous
possédons sur les causes de la plupart des maladies infectieuses, de nous limiter à l'examen des conditions de développement de quelques microbes qui paraissent être un peu mieux connus.
Le bacille d*£berth, sur lequel s'est portée, en France, toute Tallention des hygiénistes, semble être celui qui se prête le mieux à l'étude que nous avons entreprise.
Nous savons pourtant que le bacille de la fièvre typhoïde est, pour l'instant, en lutte aux critiques les plus vives au sujet de son individualité.
La spécificité est révoquée en doute par des bactériologistes éminents ; plusieurs d'entre eux considèrent le bacille d'Eberth comme une forme particulière, plus virulente, du bacille coli commune.
Il ne nous est pas facile, en Tétat actuel de la discussion et vu l'insuffisance notoire des preuves fournies par les uns et les autres, de formuler une opinion bien nette sur la matière. Il est certain, et nous avons bien souvent eu occasion de le constater nous-même, que les caractères distinctifs d'aspect de culture assignés au bacille d'Eberth n'ont pas grande valeur. Jusqu'à présent, certains bactériologistes n'ont recherché que les caractères distinctifs résidant dans forme, la couleur, la liquéfaction ou la non-liquéfaction des cultures. Il y aurait peut-être, croyonsnous, une certaine exagération à vouloir admettre que ces caractères de culture soient à eux seuls suffisants pour différencier telle ou telle bactérie.
Ce qui arrive à propos du bacille de la fièvre
typhoïde en est une preuve ; le grand critérium, qui a servi pendant longtemps à reconnaître le bacille d'Eberth, et sur lequel on s'est appuyé pour affirmer que tel bacille était bien le bacille de la lièvre typhoïde, est l'aspect de la culture sur pomme de terre.
Nous sommes obligé de reconnaître que ce caractère n'en est pas un, qu'on obtient des cultures variant d'aspect avec l'Age des cultures qui ont servi à ensemencer les pommes de terre, avec l'âge et surtout avec la variété des pommes de terre prises comme milieu de culture.
Ce que nous disons au sujet de l'aspect de la culture sur pomme de terre s'applique aussi à la forme autrefois caractéristique de la colonie sur plaques. M. Chantemesse et Widal nous permettent d'espérer que désormais le bacille d'Eberth-Gaffky ne sera plus confondu avec le bacille coli commune ; les propriétés particulières du premier à l'égard des liquides sucrés en font un être à part et nullement semblable au second, — Nous partageons également l'opinion de M. Chantemesse, car nous avons reconnu que le bacille typhique en culture dans du bouillon ne se développait pas dans le vide, tandis qu'une culture de coli commune produisait un trouble abondant au bout de vingt-quatre heure!!.
Quoi qu'il en soit, nous allons nous servir du bacille d'Eberth-Gaff'ky comme d'exemple, quoique le bacille de la fièvre typhoïde ne soit pas susceptible d'engendrer la décomposition de la maliëre orga-
nique, du moins de la façon dont nous Tentendons.
Depuis que M. le i)rofesseur Bouchard, Ta pour l'a première fois signalé au congrès de Genève, on considère Teau, en France, comme étant le principal véhicule de la fièvre typhoïde. Les exemples abondent, en effet, dans lesquels la pollution des sources et des puits a été causée, soit par des infiltrations de fosses d'aisances, soit par la souillure des eaux, due au lavage de vôlemenls ayant appartenu à des typhiques. La spontanéité de la maladie n'étant pas admise, il semble le plus souvent qu'on doit trouver, grâce à une enquête bien conduite, les origines d'une épidémie de fièvre typhoïde dans la contamination des eaux destinées à lalimentation.
Il est, en conséquence, tout naturel d'envisager la possibilité de la pollution des sources par l'enfouissement d'individus ayant succombé à la fièvre typhoïde, car, dans ce cas, s'il y a pollution de la nappe d'eau souterraine, elle sera beaucoup plus puissante que la simple pollution résultant du lavage de quelques vêtements ayant appartenu à des typhiques.
En France donc, on est partisan de la TrinkwaS" sertheorie^ comme on l'appelle à Berlin. En Allemagne, les avis sont partagés : Técole de Munich à adopté 4a doctrine étiologique de la Grundwasserthéorie j dont Pettenkofer est l'inspirateur ; tandis que Técole de Berlin, avec Koch, préconise la doctrine étiologique de la Trinkwasser théorie.
' La doctrine de l'influence de la nappe souterraine
a été émise par Pettenkofer pour expliquer les épidémies de choléra dans Tlnde. Les différentes oscillations de la nappe d'eau souterraine qui donnent lieu à des mouvements dans les niveaux des puits doivent, par suile de ce va-et-vient, humecter le sol et le laisser humide en se retirant. Ces mouvements de la nappe d'eau souterraine produisent des dégagements « miasmatiques» en humectant les matières organiques contenues dans les différentes couches du sol et deviennent ainsi l'origine des maladies « miasmatiques. »
La Trinkwasses théorie a, depuis les progrès de la bactériologie, infirmé bien des côtés de la théorie de Petlenkofer; d'ailleurs, pour soutenir sa doctrine, cet auteur avait mis en avant des faits encore dans l'obscurité. Ainsi, il professe que le bacille virgule, au sortir d'un cholérique, est à l'état inoffensif, et qu'il lui faut, pour devenir pathogène à l'égard de rhomme, subir certaines modifications dans des milieux appropriés, tels que des terrains saturés d'immondices.
Nous nous trouvons là en présence d'une hypothèse que rien ne parait justifier; il n'est pas sans exemple que la fièvre typhoïde, la variole, la scarlatine, se propagent directement d'un individu à un autre. Certaines affections sont virulentes, sans être obligées pour cela de subir les influences du sol comme le veut Pettenkofer; et, de ce nombre, nous citerons le charbon ; il y a, au contraire, des cas où la virulence augmente même par le passage de te animal à tel
autre, comme il ressort des travaux de Davaine sur les septicémies.
La théorie de Pettenkofer à son aurore, au moment où les doctrines miasmatiques, etc., étaient à Tapogée deleurvogue, a pu jouir de quelque réputation; mais à cette époque où les travaux de nombreux bactériologistes ont établi que Tair passant à travers une certaine couche de terre humide agissait comme un filtre vis-à-vis des micro-organismes, comment est-il possible d'expliquer alors l'apparition de la fièvre typhoïde dans une contrée par l'élévation ou l'abaissement de la nappe d'eau souterraine ?
Faut-il admettre, comme le veut Vogt, que les germes sortent du sol sous l'influence des variations delà pression barométrique? S'il en était ainsi, ce seraient les poussières de l'air qui rempliraient le rôle de véhicule des maladies épidémiques. Mais là, les conditions de destruction abondent, et rien ne prouve que les germes de la fièvre typhoïde ou du choléra ne soient pas détruits par la dessiccation, tandis que nous savons que le bacille d'Eberth est capable de vivre très longtemps dans l'eau.
En ce qui concerne le choléra, les arguments peuvent être combattus par le fait suivant. Si l'on admet la contagion parles poussières, il est nécessaire que les bacilles virgules pénètrent par la salive, dans le tube digestif (l'infection par la voie pulmonaire ne pouvant se produire); mais Koch a fait voir que l'acidité du suc gastrique opposait une barrière à tout envahissement du bacille virgule ; les exemples de
contagion n'existeraient donc que chez les anachlorhydriques seuls?
Ce même argument peut aussi être invoqué contre la Trinkwassertheorie ^ et, comme le déclare Pettenkofer, Técole de Berlin, pour arriver à communiquer le choléra à un animal, est obligée de modifier la réaction de son suc gastrique et à arrêter les mouvements de rintestin avec Topîum, etc.
Il est certain qu'il y a d'autres conditions, d'autres causes mises en jeu ; la doctrine de Pettenkofer, depuis qu'elle a été émise, n'a cessé de reculer, et elle ne se soutient que grâce au talent de son savant inventeur, qui, pour la défendre, la transporte toujours sur un nouveau terrain encore peu exploré.
La bactériologie a été funeste en principe, à la Grundwdssertheorie, Pettenkofer s'en est servi dans la suite pour se cantoner dans les faits qui auraient besoin d'être plus nettement étudiés.
Pettenkofer, ainsi que nous le disions, s'est assimilé les idées nouvelles relativement à la nature parasitaire des maladies épidémiques; il a modifié sa théorie suivant les exigences de la théorie microbienne. La Grundvoassertkeorie ^ ainsi rajeunie, admet que le sol contenant des matières organiques est nécessaire pour permettre à certaines maladies ectogènes d'accomplir leur maturation afin de devenir miasmatiques. Le choléra, par exemple, est une maladie dont le germe est ctogène, car cette affection est, paraît-il, miasmatique et rarement contagieuse !
Cette appréciation est tant soit peu en contradiction avec les faits exposés parles auteurs; Tinfluence des matières organiques contenues dans le sol n'est pas toujours, comme le veut Pettenkofer, la cause initiale de la transformation d'un germe banal en germe pathogène. Il est même à propos de signaler ici que certains endroits, certains terrains renfermant depuis très longtemps des quantités de matières organiques accumulées possèdent des eaux stériles. Fraenkel a analysé les eaux de puits dans plusieurs quartiers de Berlin, puits très peu profonds et creusés dans la vieille ville, à travers un sol qui porte des habitants depuis de longues années; ces eaux ne contiennent pas de microbes, elles sont tout à fait pures de germes.
La Tinnkwassertheorie prête bien aussi à la critique; mais, il faut le reconnaître, elle a sur la doctrine précédente l'immense avantage de nous faire toucher du doigt le point qui soit vraiment intéressant dans la question. Elle nous fait voir le danger, elle indique le mode d'introduction des germes pathogènes, et elle propose un moyen prophylactique qui n'est nullement en contradiction avec les lois les plus élémentaires de l'hygiène.
Nous pensons également que l'eau est le principal véhicule de la plupart des maladies épidémiques, et spécialement de la fièvre typhoïde ; il y a cependant des cas où l'air peut transporter les germes; seulement, ils sont assez rares et il faut des circonstances tout à fait exceptionnelles pour les produire. Il faut
aussi, pour expliquer les cas d'infection de certaines villes par les eaux d'alimentation et la non-infection d'autres villes situées en aval des premières, faire intervenir d'autres causes qu'aucune des deux théories D'est capable de résoudre d'une façon satisfaisante.
Hueppe a émis l'opinion que la plupart des bactéries peuvent vivre à l'état saprophytiqne, et que l'état pathogène n'est qu'une forme spéciale dans la biologie du microbe, une forme nouvelle d'adaptation. Nous ne sommes pas là en présence d'une simple vue de l'esprit; Fraenkel, Wood, Gruber, Schottelius et d'autres expérimentateurs ont étudié les différentes modiiications apportées au développement du bacille virgule et ont reconnu que le bacille du choléra subissait des transformations assez profondes dans des conditions déterminées.
Il est possible que le bacille du choléra passe par des transformations qui le rendent apte à résister à l'acidité du suc gastrique : il ne mûrira pas dans le sol, ainsi que l'avance Pettenkofer, mais il aura acquis certaines propriétés qui lui permettront, lorsqu'il aura franchi les barrières que l'économie oppose à son introduction dans le tube digestif, de se développer dans le canal intestinal et de produire les toxines qui amèneront tout le cortège des accidents propres à la maladie.
L'humidité du sol est, en général, une bonne condition pour la conservation des germes ; nous avons déjà traité des causes susceptibles de concourir à leur destruction. Il se peut que l'inQueDce des
oscillations de la nappe d'eau souterraine contribue à modifier cet état hygrométrique du sol, et c'est alors que la nappe d'eau souterraine aura une certaine influence sur Téclosion d'une épidémie.
Les données générales que nous venons d'exposer sont, certes, de nature à afl'ecter gravement et à assombrir les idées par trop optimistes des personnes qui veulent considérer l'enfouissement des germes comme devant être le meilleur moyen de les détruire. Si la doctrine de Hueppe était appliquée dans toute sa rigueur, nous nous trouverions en présence d'inconnus qu'il serait bien long, non seulement d'éclaîrcir, mais encore de prévenir.
Les renseignements nous manquent pour que nous soyons en mesure de répondre d'une façon affirmative au sujet du plus ou moins de longévité des germes pathogènes dans le sol; nous ne connaissons pas d'expériences faites sur la qualité des eaux qui proviennent de la filtralion à travers des terrains ayant contenu des typhiques, par exemple.
Les difficultés sont, en eff'et, très grandes ; elles tiennent, comme nous l'avons dit, à l'ignorance où nous sommes relativement aux caractères biologiques des microbes eux-mêmes.
Gilbert et Girode nous permettent d'espérer que le bacille de la fièvre typhoïde pourra trouver dans les inoculations faites à des cobayes la sanction qui nous faisait défaut pour établir d'une manière définitive son entité morbide ; alors peut-être nous serat-il plus facile de découvrir, dans les nombreux
germes qui peuplent les diverses couches du sol, le bacille d'Eberlh-Gaffky, et de le différencier plus sûrement.
Pour ^tre bien conduites, de telles expériences exigent des conditions toutes spéciales qu'on ne rencontre pas couramment; car. en outre des difficultés inhérentes à ce genre de recherches, il y a des difficultés nouvelles résultant de rétablissement de semblables expériences dans des cimetières.
Les essais que Ton ferait in vitro ne répondraient qu'imparfaitement aux exigences pratiques, et il serait téméraire de vouloir généraliser et étendre le phénomène ainsi enregistré à ceux qui se passent d'ordinaire dans le sol d'un cimetière. On peut obtenir néanmoins des renseignements qui ne sont pas dépourvus d'intérôt, sans doule, mais nous croyons que le côlé théorique de la question n'est pas suffisamment établi pour qu'on se hasarde à aller étudier ce qui advient du bacille d'Eberth, par exemple, dans un cadavre livré à la putréfaction, lorsque nous ne savons pas bien exactement ce qu'il est luimême.
Néanmoins, nous avons cherché à obtenir quelques indications relatives à la conservation du bacille typhique dans des liquides additionnés de liquides contenant des matières organiques en décomposilion. La méthode que nous avons employée nous dispensait de l'obligation de rechercher désormais le bacille typhique ainsi introduit. Pour cela, nous avons pris un liquide en fermentation anaérobie ; nous étions
donc en droit de supposer que les germes introduits de la sorte dans les cultures sur plaques ne viendraient pas infirmer les résultats de la numération des colonies.
Voici, d'ailleurs, comment a été conduite Texpérience :
Du sang de veau a été recueilli dans un ballon stérilisé et contenant de Tacide carbonique. Nous Tavons ensemencé avec un vibrion que nous avons isolé de l'intestin de cadavres en voie de putréfaction. Ce vibrion, dont nous signalerons les caractères dans un autre chapitre, est un anaérobie franc.
Le ballon ensemencé a élé porté à Tétuve; deux jours après, nous avons ensemencé, avec 10, 20, 30, 40, 50 et 60 gouttes de ce liquide de culture, des ballons renfermant 100 centimètres cubes d'eau stérilisée.
Ces ballons d'eau, ainsi préparés, ont été ensemencés à leur tour avec une goutte d'un bouillon de culture de bacille typhique âgé de quarante-huit heures.
Ces ballons ont ensuite été portés à l'étuve à 35**, ' et, au bout de vingt-quatre heures, nous avons fait des cultures sur plaques.
Un ballon témoin, c'est-à-dire contenant de l'eau stérilisée sans addition de sang et ensemencé avec du bacille typhique, donnait 150,000 colonies par centimètre cube d'eau.
Les cultures sur plaques ont donné les chiflFres suivants :
Balloo avec 1 gouttes de sang putréfié. 200,000 colonies par c. cube.
Quinze jours après, les cultures sur plaques avec Teau de ces mêmes ballons ont donné des chiffres moins élevés en général, mais indépendants de la quantité de matière organique introduite.
En modifiant la réaction du sang putréfié, soit par l'addition de carbonate d'ammoniaque, soit parcelle d'acide tartrique, nous avons obtenu des variations suivant le degré et Tacidité ou Talcalinité du milieu. Sans entrer dans le détail des manipulations courantes dans de pareilles expériences, il nous a semblé que la réaction alcaline était plus favorable au développement, ou tout au moins à la conservation du bacille d^Eberth. Strauss et Dubarry, dans des expériences faites avec de Teau de TOurcq ensemencée avec le bacille de la fièvre typhoïde, avaient constaté que ce bacille résistait à quatre-vingt-un jours de séjour dans un pareil milieu. Nous ne savons pas si les auteurs ont tenu compte de la réaction du liquide de culture ; nous croyons, quant à nous, que le degré d'acidité ou d'alcalinité doit avoir une assez grande importance.
Quoi qu'il en soit, la seule chose que nous puissions dire, c'est qu'il ne faudrait pas compter sur la putréfaction des cadavres pour amener la destruction du
^erme des maladies infectieuses que des cadavres sont susceptibles de contenir.
Bien des causes agissent pour entraîner cette destruction de germes pathogènes ainsi enfouis dans le sol; mais il serait peut-être imprudent d'avancer qu le degré d'alcalinité plus ou moins considérable des liquides de la putréfaction est seul capable de détruire certains germes pathogènes, et en particulier celui de la fièvre typhoïde.