‹ Etude sur la putréfactionChapitre 16 sur 21 · CL · texte numérisé non relu

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En outre, nous avons reconnu, lors de cette première expérience, que la marche de la putréfaction ne s'est pas effectuée de la même façon dans les divers flacons, quoique les conditions dans lesquelles nous avons opéré fussent à peu près identiques.

Les variations dans la quantité des produits gazeux semblaient démontrer que la fermentation putride était soumise à des influences d'ordre varié; les réactions colorées pour reconnaître les ptomaïnes n'ont pas non plus indiqué que les produits ultimes de la décomposition appartenaient aux mêmes alcaloïdes.

Par suite, nous sommes en droit d'admettre que la différence constatée avec les diverses réactions colorées sur les alcaloïdes cadavériques que nous avons isolés ne peut être causée que par la présence de ptomaïnes différentes (sans cependant "attacher une importance exagérée à ce caractère différentiel).

Nous avons vu^ par ce qui précède, que les phénomènes de la putréfaction n'offrent pas de constance dans les résultats ultimes de la décomposition, et cela en vertu d'une circonstance que nous avons intentionnellement omis de signaler, dans le but de ne pas compliquer le problème.

Comme nous ne sommes fixés que d'une façon très approximative sur la marche du phénomène de la putréfaction, tant au point de vue des produits solides résiduels qu'à celui de la nature des gaz dégagés, nous avons essayé d'étudier maintenant le rôle des divers micro-organismes, dont la biologie est assez

bien établie dans la décomposition cadavéreuse.

Afin de nous placer dans des conditions normales, pour éviter Tinconvénient de faire intervenir un nouvel inconnu résultant, par suite de modifications d'ordre chimique, de la stérilisation par la chaleur, nous n'avons pas voulu faire usage de tissus musculaires stérilisés. Ces milieux de cultures avaient été employés par de nombreux expérimentateurs, Gautier, Rosenbach, Briéger, etc., qui se servaient de viande de bœuf hachée et réduite en bouillie, de gélatine, d*albumine, etc., etc.

Nous avons opéré sur des fœtus de cochon provenant de truies pleines, abattues pour la boucherie, et, de la sorte> nous avons obtenu le milieu aseptique favorable que nous cberchions.

Ces fœtus n'ont été délivrés de leurs membranes qu'au laboratoire. Nous avons immédiatement lié le corilon et. afin do faire obstaoleaux germes quiauraient pu se déposer accidentellement pendant la manipulation« nous avons lavé les fœtus avec une solution étendue de bichlorure. puis nous les avons rincés avec de Teau stérilisée.

Ainsi préparés, nous les avons mis dans des flacons stérilisés, bouchés à Taide d'un bouchon percé d'an trou par lequel pénétrait un tube effilé, manie d'ouate à son extrémité*

Notre première expérience a été faite sur on faetos qui pesait environ âOO grammes* Nous lui avtms introduit dans le ventre^ par piqûre au moyen dl*an tube de verre elfilé> â centimètres cubes d*uii booil-

Ion de culture de streptococcus . pyogenes aureus. Après quoi le flacon a été placé à Tétuve à 40''. Au bout de vingt-quatre heures, il s'est produit par suintement une assez grande quantité d'un liquide sanguinolent, qui n'a pas lardé à verdir et à devenir, par la suite, de plus en plus foncé.

Le fœtus avait été inoculé, ainsi que nous venons de le dire, par une piqûre dans l'abdomen; les cocci se sont développés assez rapidement, en suivant les voies des vaisseaux, et sur la partie supérieure du corps, laquelle ne se trouvait pas en contact avec le liquide. On pouvait observer des petites traînées blanchâtres dessinant toutes les artérioles et veinules, comme si on les avait injectées.

Deux jours après, le fœtus était réduit aux trois quarts de son volume primitif et présentait l'aspect d'une masse boursouflée, flottant sur un liquide verdâtre. Le tissu musculaire paraissait intact et le corps de l'animal plutôt macéré: ce n'était donc pas, à proprement parler, une putréfaction ; à aucun moment, il n'y a eu formation de bulles gazeuses. Après un séjour de dix-huit jours à l'étuve, nous avons retiré le flacon et soumis le liquide à l'analyse.

Nous n'avons pas cherché à isoler les ptomaines pour en faire Tanalyse complète; en principe, cela eût été préférable; mais on conçoit qu'un pareil travail, quoique offrant le plus haut intérêt, eût exigé un temps beaucoup plus long; d'ailleurs, en l'espèce, il dépassait le but que nous nous étions proposé.

La simple analyse qualitative, bornée, il est vrai, à un ensemble de réactions d'une valeur chimique, à notre avis, suffisante pour ce que nous voulions essayer de démontrer, nous a permis de constater que nous nous trouvions bien en présence de produits alcaloïdiques.

Nous n'entrerons pas à nouveau dans le détail de la manipulation de la séparation des ptomaïnes ; nous nous contenterons de signaler les réactifs qui nous ont fourni un résultat.

Avec l'extrait de celte culture de staphylococcus pyogenes, nous avons obtenu un chlorhydrate d'al caloïde présentant les réactions suivantes :

lodure de potassium ioduré Précipité abondant.

Réactif de Brouardel, Boutmy.... Col bleue de Prusse.

Réactif de Meyer Précipité blanc.

Sulfomolybdate Coloration violette- Cette coloration violette par le sulfomolybdate s'obtient^ du reste, quelquefois dans la recherche des alcaloïdes cadavériques, mais d'une façon moins nette, parce que là, en général, on n'opère pas avec des résidus aussi purifiés que dans les conditions de nos expériences.

Il n'est pas inutile de faire remarquer que la morphine donne également une coloration violette par le. sulfomolybdate ; cette coloration est, il est vrai, franchement violette avec cet alcaloïde.

Nous avons répété l'expérience de la même manièreet de nouveau obtenu cette base qui se colorait enviolet par le sulfomolybdate.

Ces recherches avec le pyogenes aureiis nous ont montré que ce coccus ne se développe pas lorsqu'il est en contact avec une atmosphère d'acide carbonique ou bien lorsque, comme dans notre expérience, le fœtus est immergé dans le liquide exsudé.

Enfin, le pyogenes aurens se développe très facilement sur un appareil milieu. Nous n'avons pas eu le temps d'expérimenter sur des animaux vivants l'influence du passage de tel ou tel microbe pathogène à travers un semblable milieu de culture.

Il nous semble à priori que les germes pathogènes doivent trouver sur des fœtus ainsi préparés un terrain bien plus naturel et des avantages tout pséciaux que ne leur offrent pas le bouillon, la gélatine ou la pomme de terre.

Une chose nous a frappé : c'est la grande facilité d'obtenir des cultures sur ce terrain, du moins avec tous les microbes que nous avons essayés. Le bacille typhique s'y développe très activement, et peut-être qu'après son passage sur le fœtus obtiendrait-on de meilleurs résultats dans les tentatives d'inoculation aux animaux .

Dans cette expérience ainsi que dans les suivantes, nous avons eu soin de conserver un fœtus de la même portée comme témoin, et le témoin se conservait en laissant transsuderun peu d'eau sanguinolente, sans jamais donner le moindre signe de putréfaction.

Nous avons inoculé, comme précédemment, un certain nombre de fœtus avec des cultures de :

1® Bacille vert fluorescent liquéfiant;

2** Bacille vert fluorescent non liquéfiant;

3^ Bacille d'Eberth;

4* Bacille coli commune;

5** Septicémie de Koch.

6** Rouget des porcs;

V Bactéridie charbonneuse.

Tous ces flacons ont été placés à Tétuve à 38** ; dix-huit jours après nous avons examiné les diverses cultures. Il est à remarquer que toutes ces cultures n'ont pas produit de dégagements gazeux appréciables. 11 y avait toujours du liquide au fond du ballon, et ce liquide contenait toujours, en grande abondance, les germes qui y avaient été introduits, avec les caractères morphologiques propres à chacun.

Les fœtus qui avaient ainsi servi de milieu de culture n'ofl'raient pas de modifications particulières : c'était toujours la même masse, macérée, flottant sur le liquide transsudé.

A cet état, les fœtus se conservent indéfiniment; nous en avons au laboratoire depuis plus d'un an, qui n'ont pas subi d'altérations sensibles.

Les germes pathogènes que nous avons essayés, ne sont pas des bactéries provoquant la décomposition putride. Ces germes se développent très facilement sur les fœtus ; mais, à un inoment donné, tout phénomène s'arrête, les germes en question ne trouvant plus les conditions nécessaires à leur développement. 11 va sans dire que, pour le coli commune^ le bacille d'Eberth, comme pour les aérobies, nous faisions

passer, à travers un tube contenant un tampon d'ouate, un courant d'air afin de renouveler l'atmosphère des flacons.

Tous ces résidus ont été traités séparément par la méthode générale, et nous avons obtenu des alcaloïdes à Tétat de chlorhydrate.

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Les réactifs généraux (iodure de potassium ioduré) ont fourni, dans tous les cas, un précipité indiquant nettement qu'il y avait eu production d'un alcaloïde. Les caractères différentiels que nous avons cherché à établir n'ont pas donné de résultats bien significatifs ; seul, l'acide picrique a fourni un précipité plus ou moins abondant ; mais, soit que la quantité de matière sur laquelle nous avons fait ces essais fût trop faible, soit que les alcaloïdes aient été en trop petites quantités, il nous a été impossible d'obtenir des picrates cristallisés, ce qui nous aurait peut-être procuré le moyen de reconnaître si les bases provenant de ces cultures différaient les unes des autres.

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