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CHAPITRE III

SUR LA NATURE DES GERMES QUI SE TROUVENT NORMALEMENT DANS l'iNTESTIN DE l'hOMME.

La conclusion que nous sommes autorisé à tirer de ces expériences, c'est que les divers micro-organismes étudiés jusqu'ici ne suffisent pas, à eux seuls, à produire des décompositions semblables à celles que l'on observe sur les cadavres.

Il y a, dans la putréfaction cadavérique, d'autres microbes qui entrent en jeu pour amener la désorganisation complète des tissus.

Ces microbes existent-ils normalement dans le corps humain? Ont-ils leur localisation habituelle dans l'intestin, comme semblent l'admettre la plupart des auteurs?

Nous n'espérions pas avoir isolé tous les germes qui se trouvent dans le tube intestinal, ni étudié les uns après les autres et leurs caractères biologiques et leur rôle dans les phénomènes de la putréfaction.

Quoique nous ayons consacré à ce genre d'études

près de quatre années, il nous faudrait beaucoup plus de temps encore pour parvenir à isoler toutes les espèces baclériennes et à les étudier une à une.

Ce travail représente un ensemble de faits, dont plusieurs sont à peine à l'état d'ébauche, et à l'étude desquels nous avons l'intention de donner plus de développement dans la suite.

Nous tenons simplement à déclarer, au début de ces recherches, que^nous sommes loin de considérer comme étant les seuls agents de la putréfaction les deux ou trois micro-organismes que nous avons isolés. Tout nous porte à croire, au contraire, que beaucoup d'autres espèces concourent, peut-être

même plus activement, à la décomposition de la molécule organique.

Pour étudier la nature des germes qui vivent habituellement dans l'intestin de l'homme, nous avons choisi de préférence des sujets ayant succombé à des morts accidentelles. On comprendra l'intérêt qu'il y avait à laisser de côté les individus morts à la suite de maladies; en effet, les germes que, peut-être là aussi, nous aurions rencontrés dans l'intestin auraient pu ne s'y trouver qu accidentellement.

Nos recherches ont porté sur cinq individus, dont deux avaient succombé à une intoxication par l'oxyde de carbone, deux autres, à des blessures par armes blanches, le cinquième, un cocher, était mort à la suite d'une chute.

L'intestin ayant été ouvert à l'aide de Tentérotome, nous avons gratté avec un fil de platine la paroi

interne du lube intestinal, puis nous avons ensemencé avec le produit résultant du grattage, des tubes contenant de Teau stérilisée ; nous avons pris ensuite I centimètre cube de cette eau et Tavons dilué dans 100 centimètres cubes d'eau distillée et stérilisée. Enfin, nous avons pris 1 centimètre cube de ce dernier liquide, pour en faire des ensemencements dans des tubes degélalines et puis des cultures sur plaques :

Une partie des plaques étaient placées dans des cloches dans lesquelles on avait fait le vide.

On avait ainsi, d'une part, les colonies des germes aérobies; de Tautre, celles des germes anaérobies.

Nous avons isolé de la sorte des bactéries, des microcoques et, une fois seulement, des levures.

Les levures appartenaient aux saccharomyces cerevisiae et aux saccharomyces Pastorianits.

Parmi les microcoques, nous avons isolé le pyoge^ nés aureus et un microcoque donnant des colonies jaunes, assez semblables au pyogenes citreus.

Elnfin, nous avons rencontré divers types du genre bacille.

Nous avons borné nos recherches à Tétude de trois microbes que nous avons toujours rencontrés dans les cinq autopsies pratiquées par nous-méme : c'est là la seule raison qui nous ait poussé à les étudier de préférence à d'autres.

Le coli commune , ainsi que le bacille vert fluorescent, liquéfiant et non liquéfiant, que nous avons aussi trouvé dans le tube intestinal des cinq individus

autopsiés, ne nous avait pas donné, lors de nos recherches prléiminaires, des résultats assez concluants, pour que nous fussions en droit de leur accorder un rôle très actif dans la putréfaction; nous les avons donc également laissés de côté.

Le premier bacille que nous avons isolé est un bacile court, mobile, fournissant des colonies qui liquéfiaient la gélatine, en laissant sur les bords circulaires de la colonie une matière blanchâtre.

En culture sur pomme de terre, on obtient uttfe traînée d'ensemencement jaune clair au début, mais qui, en veillissant, ne tarde pas à prendre une teinte plus foncée. Sur ce milieu de culture, les bacilles sont plus longs et leurs mouvements plus obtus. La culture dans du bouillon glycérine répand une odeuf stti çeneris et le liquide est franchement acide.

Ce bacille se développe dans le liquide de Raulin, une partie du sucre est détruit. Dans un liquide sucré, la fermentation s'opère assez vite vers 40"; le bacille est beaucoup plus petit et légèrement mobile.

En culture sur des morceaux d'albumine, ce bâtonnet croît abondamment [h la surface et n'amène pais la liquéfaction de la partie sur laquelle il se développe.

Lorsqu'il est inoculé à des fœtus, comme nous l'avons déjà expliqué, il se produit, au début de la fermentation, un dégagement assez abondant d'acide carbonique; puis, au bout de quelques jours, tout rentre dans le calme. L'analyse du produit, traité par la méthode générale, nous a fourni les renseignements suivants :

Le chlorhydrate de la base précipite par :

L'iodure de potassium ioduré. . . . Précipité abondaot.

Réactif de Meyer , Précipité blanc.

Salfovanadate Coloration verdâtre.

Acide nitrique dens 1 ,4 Légère coloration rose.

Acide picrique Précipité abondant laissant

déposer des cristaux en longs faisceaux soyeux.

Le bacille dont nous venons de signaler quelques caractères principaux n'agit pas directement sur le tissu de ranimai ; il s'est développé dans le liquide

qui a transsudé, et le fœtus est resté sensiblement intact, flottant sur le liquide sous-jacent.

Ce liquide, examiné au microscope, nous a montré une très grande quantité de bâtonnets en général trois ou quatre fois plus longs que larges, présentant à leur intérieur de nombreuses vacuoles, comme cela a lieu chez le bacille de la tuberculose (Fig. 1 côté droit).

Transporté sur gélatine, ce bacille nous a offert des caractères semblables à ceux déjà notés.

Le chlorhydrate de cette base n'est pas toxique, car, après l'avoir injecté même au cobaye à dose» assez élevées, nous n'avons constaté aucun phénomène d*intoxication.

L'ayant inoculé à nouveau sur un fœtus beaucoup plus gros, nous avons encore obtenu une base dont le chlorhydrate fournissait avec l'acide picrique, un sel parfaitement cristallisé, et dont la forme était identique à celle de le bas précédemment isolée.

La coloration verdâtre avec le sulfovanadate était moins nette, tandis qu'au contraire Tacide nitrique

de densité 1.4 produisait une coloration rouge violacée plus vive.

Ce chlorhydrate, évaporé à sec, au bain-marie, dans un verre de montre, rougissait au contact des vapeurs nitreuse, coloration, qui tendaient à disparaître peu à peu.

Nous avons isolé ensuite une autre bactérie très mobile, en général unie deux à deux, dont la longueur (dans une culture faite sur bouillon) était de 6 à 0,8 |A. Les cultures sur plaques ont fourni des colonies jaunâtres, dont les bords présentaient des irrégularités qui, dans la suite, ont formé de véritables prolongements en chapelets, amenant, au bout de quelques jours, la liquéfaction de la gélatine et la production d'une odeur putride.

Les cultures sur pomme de terre offrent un aspect particulier, en ce sens que la culture s'étend assez rapidement sur la surface de la pomme de terre ; ce voile assez résistant est d'un gris sale d'apparence humide et boursouflé çà et là.

Le blanc d'œuf est un bon milieu de culture; ce bacille sécrète vraisemblablement une diastase qui détermine la prompte liquéfaction de la matière albuminoïde. Dans ce cas, les bâtonnets sont beaucoup plus longs, filamenteux et paraissent rétrécis en certains endroits.

Le lait, ensemencé avec une culture de ce bacille, ne tarde pas à se coaguler à la température de 37* ; peu à peu, la caséine est dissoute et la matière grasse reste à la partie supérieure, inattaquée.

Le sucre est également détruit peu à peu avec production d'acide carbonique et d'hydrogène ; il n'y a pas de dégagement d-hydrogène sulfuré.

Les inoculations faites à des fœtus ont amené, au bout de huit jours, la liquéfaction de la plus grande partie du tissu musculaire ; les viscères étaient complètement détruits et liquéfiés. Ce bacille est aérobie, et, si Ton n'a pas soin de renouveler l'air des flacons, la fermentation s'arrête bientôt.

Ces céractères nous permettent de le rapprocher du bacille vulgaris de Hauser [Proteus vulgaris).

Les résidus de la culture ont fourni une huile grisâtre, soluble dans l'éther, brunissant assez rapidement à l'air^ ne présentant pas les réactions des alcaloïdes, non tdxique et répandant une odeur infecte.

Ce produit huileux rougissait par les acides cblorhydrique, sulfurique et nitrique ; avec ce dernier acide, en particulier, la coloration est d'un rouge intense. L'acide picrique ne précipite pas et ne donne pas de combinaison cristallisée.

L'étude de ce produit n'est pas encore suffisamment avancée pour que nous soyons en mesure d'en parler plus longuement ; on en recueille, d'ailleurs, de très petites quantités dans des expériences comme celles que nous avons instituées.

Par le traitement à l'alcool amylique, on obtient un chlorhydrate qui précipite par :

Le réactif de Meyer Précipité blanc.

lodure de potas^iam ioduré. . . Précipité abondant.

Stilfovanadnle Coloration bleue, fugace.

Sulfouiolybdate Coloration lie de vin.

A côté de ce bacille, nous en avons rencontré un autre qui offre tous les caractères du bacille de Ha»ser, mais qui est moins exigeant à l'égard de Toxygëne ; il formait des colonies tout à fait semblables à celles du précédent; nous n'avons pu lui découvrir des. caractères morphologiques distinctifs autres que sa propriété d'être un aérobie facultatif.

Les cultures sur des fœtus se font très bien à la température de 40", avec dégagement abondant d'acide carbonique.

Quinze jours plus tard, presque toute la matière organique est détruite ; seulement, on trouve, dans le liquide des particules brunâtres en suspension; si on laisse reposer le flacon, il se produit une séparation, et la partie supérieure du liquide prend une teinte jaune clair, répandant, lorsqu'on ouvre le flacon, une odeur infecte.

Ce résidu est alcalin; en le traitant par les dissolvants appropriés, on sépare une matière huileuse, offrant les mêmes propriétés que celle que nous avons signalée chez le bacille . précédent ; en outre, il y a une base dont le chlorhydrate fournit un abondant précipité avec les réactifs généraux. Le sulfovanadate n'a pas donné de réaction ; le sulfomolybdate, seul, a donné une coloration légèrement rosée.

Nous ne pouvons savoir si ce bacille est différent du premier. Nous pensons, néanmoins, que sa pro** priété d'être un aérobie facultatif est peut-être suffi*-

La forme en clou ne se présente que dans des cultures d'un certain âge; au début, on ne rencontre que de& bâtonnets; peu à peu, ces bâtonnets, en grandissant, se renflent parle milieu, puis se séparent en deux, dont Tun on*re alors laforme en clou, tandis que l'autre continue à se développer pour répéter les mêmes phénomènes.

La forme en clou ne tarde pas à abandonner la spore qu'elle possède à son extrémité ; elle reproduit dans la suite d'autres bâtonnets renflés par le milieu etc.

Ces spores, lorsqu'elles sont mises en culture, fournissent, au début, des bacilles qui peuvent prendre des aspects assez variés, tels que celui de navettes ou de petites massues ; mais plus tard, lorsque la culture est un peu plus avancée, on ne trouve plus que des bacilles simples, avec quelques germes seulement en forme de clou.

Cette bactérie, ensemencée dans de la gélatine, fournit des colonies qui produisent, par le dégagement gazeux, de petites lentilles. Ces colonies présentent l'aspect des colonies du vibrion septique cultivé de la même manière.

Si l'on ensemence un fœtus avec une culture dans du bouillon, suivant des conditions identiques à celles que nous avons déjà énumérées pour les autres expériences, en ayant soin seulement de remplacer Tair du flacon par de l'acide carbonique, ce fœtus ne tarde pas à se développer; toute la masse musculaire est liquéfiée, et, en moins de quatre jours, un fœtus

pesant plus de 200 grammes est totalement détruit (à la température de 39*); lés petits os sont absti^nment privés de matières organiques et complètement nettoyés; puis ils se trouvent réunis au fond du flacon, dans un dépôt rougeâtre, tandis que leliquicte surnageant est clair ou légèrement jaunâtre.

Il y a, pendant la durée de cette fermentation, un dégagement- d'acide carbonique, d'hydrogène sulfuré (traces) et d'hydrogène libre.

Le résidu liquide a été filtré et traité par l'alcool, etc. Nous avons traité séparément les solutions acides et les solutions alcalines, et voici les résultats que nous avons obtenus :

Ethpr de pétrole Ether de pétrole

en solution alcaline en solution acide.

lodure 'de potassium io-

duré Néant Néant.

Réactif de Meyer — • —

Réactif de Brouardel -

Boutmy — —

Ether en solution

alcali ue. Ether en solutien acide.

Caractère du dépôt

lodure de potassium io- Base huileuse Néant .

duré Précipité abondant. —

Réactif de Meyer — blanc —

Sulfo sélénite Violet léger —

Solfo vanadate — fugace

Vapeurs diacide nitreux. Ck)loration rouge

pourpre —

Acide nitrique Rouge .' —

— chlorhydiiquè. .'. . . Violacé —

— sulfurique — —

Sulfate de fer , Néant •*-

Réactif de Brouardel -

Boutmy Bleu de Prasse —

Benzine en solution alcaline.

Léger dépôt brunâtre à

peine visible

lodare de potassium io-

duré Léger précipité. . .

Sulfosélénite Violet sale, fugace

SulfoYanadate Orange

Sulfomolybdate Néant

Acide nitrique —

Sulfate de fer, etc., etc.. —

Benzine en solution acide.

Néant.

Chloroforme en solution Cbloroforme en solution alcaline. acide.

lodure de potassium io-

duré

Sulfosélénite

Précipité abondant. Précipité.

Saifovanadate.

Sulfomolybdate

Réactif de Meyer

Sulfate de fer

Réactif de Brouardel

— delà digitaline..

Acide nitrique

— sulfuriqne con centré

Eau de brome

Acide pierique

Coloration brune Violet pâle

in-tense

Néant Vert fugace, très

léger

— Néant

Précipité blanc Précipité blanc. . . .

Néant Néant

Précipité très léger —

Alcool annylique en solution acide

Alcool annyli(|ue en solution acide.

lodure de potassium io.

duré

Réactif de Meyer

Sulfosélénite

Sulfovanadate

Sulfomolybdate

Acide nitrique

Sucre et H2 S 0*

Chlorure d'or

— de platine

— ^ dû ziae

Précipité abondant. Précipité abondant-

— blanc... Précipité blatic...

Violet léger Violet très intense. .

Vert sale, très léger Vert-pomme

Bleu léger Bleu fugace

Néant

Néant Néant.

— Léger, louche.

Coloration violette.

Acide picrique -— Précipité cristal.

— suif orique — Néant.

— sulfuriqne nitri-.. -— .............. Goloratioii yîo -

que lefiç(?}

— iodique — Néant.

Vapeurs de brome — Coloration jaune.

Acide sulfurique et eau. . — Coloration viola -

de brome cée.

Eau de chlore — Néant.

Réactif de Brouardel.. — Précipité abon-

Boutmy dant.

Les cultures de ce bacille présentent une réaction légèrement alcaline. Lorsqu'on ensemence du lait avec ce bacille en forme de clou, on voit bientôt le lait se prendre en caillot; mars la caséine se dissous très lentement et la liquéfaction n'est jamais complète; on trouve, au fonddu ballon, des fragments de caséine non détruite. Le liquide est surmonté d'une couche assez épaisse de matière grasse, qui n'est pas non plus attaquée.

Le lait ayant ainsi servi de culture exhale une odeur particulière, rappelant d'assez près celle de la pomme. Le liquide contient de l'alcool, de la leucine (?) de l'acétate d'ammoniaque, surtout dans des cultures anciennes.

Nous ne croyons pas que ce microbe appartienne aux ferments butyriques ; il semble plutôt se rapprocher du genre tyrothrix, et plus spécialement du tyrothrix clamformis de Duclaux.

Les deux bacilles que nous avons isolés offrent, comme nous l'avons dit, des analogies frappantes, l'un avec le bacillus vulgaris de Hauser, l'autre

mmt

avec le tyrothrix claviformis de Duclaux. Ces analogies, toutefois, peuvent paraître insuffisantes et mériter même une dénomination plus particulière Mais en 1 espèce, cela n'a qu'un intérêt secondaire' Puisque nous avons signalé les conditions dans les' quelles les cultures ont été faites et les caractères qu offraient ces cultures, nous jugeons inutile de les spécifier autrement.

Dans les expériences qui suivirent, nous avons opéré sur une plus grande quantité de matière • aussi avons-nous été obligé d'abandonner le milieu' de culture qui nous avait déjà servi à opérer avec du Sang de veau, vco uu

Dans des ballons stérilisés, à l'abattoir de la ViUette, nous avons recueilli du sang de veau au

eTrlf /'" *^'"'" '^ '°^ ^"'"^"-- Ce sang a ensuite été transvasé, au laboratoire, dans un ballon

de 5 litres, stérilisé ; puis on l'a additionné de 50 centimètres cubes environ d'un bouillon de tyrothnx claviformis. ^

Le ballon était fermé avec un bouchon percé de trois trous; dans l'un des trous passait un thermomètre, les deux autres orifices contenaient des tubes à dégagement ; l'un communiquait avec des flacon laveurs renfermant de la potasse, du chlorure cuivreux etc.. etc., l'autre se rendait directement à la cuve à mercure.

. Le ballon était chauffé au bain-marie à 40- et la température était maintenue constante au ^oyen d'un régulateur à gaz. ^

Nous avons ensuite remplacé Tair du ballon par de l'acide carbonique.

Quarante-huit heures après,1es caillots dusangcom*^ mençaientà pcrdreleur forme anguleuseettendaientà se modifier. Peu à peu, en effet, au fur et à mesure que le gaz se dégageait et que la fermentation s'accomplissait, les caillots disparaissaient.

Six jours plus tard, Tanalyse des gaz a fourni des traces d'hydrogène sulfuré, de l'acide carbonique et de l'hydrogène libre.

Acide carbonique 69,80

Acide snlfuriquc 0,77

Ilydrogèue 22,34

Oxygène »

Azote 7,09

Il n'y avait pas d'hydrogène phosphore, pas de carbures d'hydrogène (1). Dans la suite, le volume gazeux qui passait était presque uniquement composé .d'acide carbonique et le taux d'hydrogène décroissait continuellement.

Au bout de dix-huit jours, nous avons examiné une goutte du liquide, et nous avons rencontré cette bactérie, soit en forme de clou, soit en forme de bâtonnets accolés deux à deux, ou soit à l'état de spore brillante.

(1) 11 n'y avait pas d'acétylène ; en effet, en faisant passer l'étincelle de la bobine d'induction après que le gaz avait été privé de son acide oarboniquo et de son acide sulfhydrique, nous n'aTons pas constaté la production d'acétylène. En dosant l'hydrogène par l'explosion avec de loxygène, nous ayons obtenu un changemeol de volume, volume qui no variait pas après l'addition de potasse.

^AJHl

Tout le sang était liquide, rouge ; il répandait une

odeur infecte ; une certaine quantité a été mise de

côté dans un ballon stérilisé de 500 centimètre

cubes environ, pour faire agir dans la suite de la

bacille de Hauser.

Tout Je liquide putride, soit 3 litres et demi environ, a été additionné de trois fois son volume d'alcool à 90® ; le précipité a été recueilli et lavé par de Talcool.

Le résidu alcoolique a été distillé dans le vide à 40** et ramené au volume de 500 centimètres cubes à peu près. Ce résidu a ensuite été évaporé dans le vide à froid, puis repris par un peu d'eau distillée, et ensuite traité par Téttier et tous les dissolvants de la méthode générale si souvent mentionnée déjà.

La solution éthérée alcaline nous a fourni une base huileuse grise, noircissant à Tair, précipitant par riodure de potassium ioduré et produisant, avec l'acide nitrique de densilé 1.4 une coloration rouge pourpre. Cette coloration rouge était beaucoup moins intense avec les acides chlorhydrique et sulfurique.

L'alcool amylique en solution acide nous a donné un chlorhydrate précipitant abondamment avec le réactif de Meyer, Tiodure de potassium (1). Ce chlo-

(1) Cette base est très toxiqne. L'injection hypodermique, faite à un cobaye avec une solution très étendue, amène très rapidement ]a paralysie. Cette paralysie débute par les membres postérieurs, puis gagne peu à peu les membres antérieurs. Ces ph^omènes sont assez rapides (moins de vingt minutes) ; puis surviennent des mouvements tétaniques, des convulsions et l'animal succombe en

moins d'une lieure.

rhydrate de ptomaïiie se colorait en violet par le sulfoséléaite et en vert sale par le sulfo vanadate.

L'acide picrique précipitait abondamment, et, par des cristallisations successives, nous avons pu obtenir des cristaux bien nets et absolument semblables à ceux que. nous avions déjà obtenus avec le mOme microbe dans d'autres conditions (Fig. 2).

Le chloroplatinate de cette ba=e est cristallisé en

(Fig. 2.)

petits amas, mamelonnés, tout à fait caractéristiques.

Les 500 centimètres cubes que nous avions mis de côté dans un ballon ont été soumis à l'influence d'un courant d'air qui traversait en barbotant dans le liquide.

A cet effet, le ballon était muni d'un bouchon percé de deux trous; par l'un des trous passait un

tube de verre qui plongeait par une de ses extrémilés jusqu'au fond du ballon, tandis que l'autre extrémité était garnie d'un tampon d'ouate.

Par l'autre trou passait un tube de verre qui était relié à la trompe à l'aide d'un caoutchouc.

En pratiquant le vide et en réglant le débit, on faisait passer ainsi de l'air pur.

Après avoir laissé fonctionner l'appareil pendant quelque temps, nous y avons introduit quelques centimètres cubes d'un bouillon contenant le bacille que nous croyons devoir identifier avec le bacilliis vulgaris de Hauser.

Nous avons abandonné la fermentation à la température du laboratoire. Vingt-quatre heures après, le sang avait pris un aspect verdâtre, couleur qui n'a fait que s'accentuer jusqu'à la fin, pour devenir d'un vert très sombre.

Il s'est déposé, au bout de quinze jours, un enduit noirâtre sur la paroi du ballon ; en inclinant le ballon, on pouvait s'assurer que la partie supérieure du liquide était beaucoup plus claire, tandis que le fond contenait un dépôt très abondant.

En examinant au microscope une goutte du * liquide, on y aperçoit de nombreux bâtonnets, présentant l'aspect de petites échelles ; ces bâtonnets étaient mêlés à des quantités considérables de spores ; nous n'avons pas rencontré de germes en forme de clou. Ces derniers se trouvaient au fond du ballon, dans Tenduit noirâtre qui le tapissait. Le tyrothrix

avait, en quelque sorte^ cédé la place au nouveau venu.

Ce liquide, épuisé par les dissolvants, ne nous a pas donné, avec Téther, ce produit huileux que nous avons signalé précédemment.

L'étlier en solution alcaline a opéré la dissolution de presque tous les produits alcaloïdiques qui se trouvaient dans le liquide putride.

Le chlorhydrate alcaloïdique se précipitait par l'iodure de potassium ioduré, le réactif de Brouardel- Boutmy, le réactif de Meyer. Le sulfosélénite produisait une coloration bleue, très légère et fugace; les autres réactifs colorés n'ont pas donné de résultats.

L'acide picrique provoquait un précipité peu abondant et qui cristallisait en aiguilles soyeuses.

Le résidu contenait de très grandes quantités de chlorhydrate d'ammoniaque, et il est probable que, si nous avions laissé la putréfaction agir plus longtemps, nous n'aurions plus rencontré de base alcaloïdique.

Maintenant que nous avons énuméré les principales expériences auxquelles nous nous sommes livré s«r ce sujet, nous devons essayer de résumer brièvement les différents faits que nous avons eu occasion d'observer.

Ces expériences semblent établir que les microbes que nous considérons comme analogues au bacilhis vulgaris de Hauser et au tyrothrix claviformis de Duclaux sont susceptibles, lorsqu'ils sont associés, ainsi que nous l'avons fait, d^amener la dislocation,

de la molécule organique, d*en modifier Taspect et la nature, et de transformer les produits si complexes de la matière albuminoïde en corps beaucoup plus simples.

Ces germes, cultivés séparément, sont impuissants à faire descendre la matière organique au delà d'une certaine limite.

Tous deux, il est vrai, produisent des gaz dont la composition est identique ; mais le volume de ces goz n'est pas de même ordre dans les deux cas.

Vers la fin de l'opération, on trouve de l'acide carbonique presque pur dans les deux cas ; mais la production intermédiaire d'hydrogène n'est pas aussi grande chez Tun qu'elle l'est chez l'autre, au bout pu môme nombre de jours.

Si nous passons aux alcaloïdes, nous voyons que les bases n'offrent pas les mêmes caractères ; le picrate d'une des bases fournie par le bacillus vul^ garis n'est pas le même que celui du tyrothrix cla^ viformis^ et cela quel que soit le milieu de culture.

Si on fait agir successivement les deux microbes sur. le même milieu, on obtiendra d'autres corps, qui paraissent beaucoup plus brûlés et dont les bases alcaloïdiques sont encore différentes des premières.

Il est facile de se rendre compte de toute l'importance qu'il y a, dans la pratique, à favoriser telle ou telle espèce bactérienne, soit aérobie, soit anaérobie, pour pouvoir amener le plus rapidement possible la désorganisation de la matière organique.

On conçoit avec quel soin il faut écarter toutes

les causes capables d'arrêter ou d*empêcher le développement de ces germes, si l'on veut que la matière organique soit au plus vite réduite en ses éléments les plus simples.

Nous revenons à présent sur les observations, que nous avions signalées au commencement de ce travail, en particulier, sur celles qui ont été faites, soit au cimetière dlvry. soit au cimetière de Saint- Nazaire.

Nous avions, et cela était inévitable, indiqué déjà au début, le sens des résultats que nous donnons en ce moment ; mais il n'est pas superflu d'insister sur tous ces phénomènes en général.

Lorsque les cadavres inhumés sont placés, soit par suite de la nature du sol trop compact ou trop humide, soit par l'emploi des cercueils hermétiquement clos, des mixtures antiseptiques, dans des conditions telles que les germes aérobies ne peuvent y pénétrer, ils ne se décomposeront pas.

La fermentation aérobie est donc l'agent indispensable pour ramener en dernier lieu la matière organique à des éléments beaucoup plus simples.

En conséquence, il est de toute nécessité de favoriser l'apparition de ces germes et leur développement dans la suite; c'est pourquoi, comme nous le disions au début de ce travail, la putréfaction d'un cadavre à l'air libre sera toujours beaucoup plus rapide que dans n'importe quelle autre condition, (sauf dans les cas de momiiication.)

Dans les inhumations telles qu'elles sont actuelle-

ment pratiquées, les cadavres sont placés la plupart du temps dans des conditions détestables. Nous ne parlons pas des cadavres inhumés dans des cercueils doubles en plomb; dans ce cas, nous nous trouvons en présence d'une putréfaction en vase clos, par conséquent, à Tabri de Taction des aérobies, et la décomposition s'arrête alors à un certain stade, pour y demeurer presque perpétuellement.

La question qui intéresse les municipalités et rhygiène publique, c'est celle des inhumations temporaires, des fosses communes, où la quantité de corps enfouis dans le sol peut être plus ou moins grande en un temps donné, et où la décomposition de ces corps doit être aussi prompte que possible, afin de permettre la « reprise des lignes ».

' Comme nous le disions, les cadavres inhumés de la sorte sont presque toujours placés dans de mauvaises conditions; l'usage veut que les cadavres soient habillés^ enveloppés d'un linceul ou d'une serpillière. On emploie aussi, dans un but facile à comprendre, des mélanges de sciure de bois, de son, de poudre de charbon, additionnés très souvent d'acide phénique, d'essence de mirbane, etc., etc.; nous avons vu les effets désastreux de ces pratiques. Il faudrait, au contraire, que les corps fussent placés nus dans un cercueil en volige, sans mixture ou seulement en présence d'une très légère couche de sciure de bois, et, en tout cas, cette sciure de bois devra être privée de toute substance antiseptique; en cela, nous confirmons entièrement Topi-

nion de MM« Brouardel, Du Mesnil et J. Ogier.

Toutes les coutumes actuelles ne font que retarder la putréfaction, tandis qu'il serait nécessaire de Taider par tous les moyens possibles.

Nous venons de signaler les points essentiels, à notre avis, pour obtenir le résultat désiré; mais il en •existe un autre dont l'importance est aussi grande ; et cet autre point, le voici :

Doil-on laisser au hasard de la fermentation putride spontanée le soin de désorganiser la matière organique? Doit-on abandonner ainsi l'ensemencement de ces quantités plus ou moins grandes de substance organisée à des microbes quelconques « existant soit dans le sol, soit dans l'air?

L'industrie, autrefois, agissait d'une façon non moins empirique lorsqu'elle laissait fermenter spontanément l'alcool pour en faire du vinaigre, le moût pour avoir de la bière. L'étude approfondie de tous ces phénomènes a démontré, grâce aux remarquables travaux de Pasteur, qu'il était important de ne pas livrer aux hasards des ensemencements spontanés la fabrication du vinaigre, de la bière, etc.

Voudrions-nous croire qu'on devrait soumettre les cadavres, avant l'inhumation, à une espèce dV:??r.c mencement d'un ou de plusieurs microbes ptomatophages^ dont les caractères biologiques seraient tels que cette quantité de matière organique pourrait être plus vite ramenée en ses éléments principaux, acide carbonique, eau et nitrates? Pourquoi pas? Nous n'apercevons pas bien quelles seraient les raisons de

nature à nous faire croire que nous nous berçons d'idées absolument chimériques.

Nous savons que l'activité de la décomposition due à l'action des micro-organismes, est quelquefois telle, dans d'autres phénomènes, que les conclusions que nous venons de formuler n'ont rien d'impossible.

Pour n'en citer qu'un exemple, nous rappellerons la puissance de décomposition que possède la levure de bière, qui peut transformer, en huit jours au plus, un mètre cube de moût renfermant dOO kilogrammes de glucose, soit, par an, plus de 4,500 kilogrammes de matière organique.

Nous avons vu avec quelle rapidité les deux bacilles (de Hauser et le tyrothrix claviformis) transformaient, en se liquéfiant, une assez grande quantité de matière organique.

L'injection sous-cutanée de bouillon de culture du bacillus vulgaris de Hauser produirait chez un cadavre des résultats certainement analogues, et nous sommes persuadé que le bacillus vulgaris transformerait une pareille masse de matière organique en ses éléments primitifs avec une suffisante rapidité, laquelle, en tous cas, serait de beaucoup supérieure à celle qui existe dans la putréfaction spontanée des cadavres.

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