CHAPITRE m
DE LA. DESTRUCTION DE LA. MATIÈRE ORGANIQUE DANS LE SOL : ANALYSE DES GAZ PROVENANT DE TERRAINS CONTENANT DES CORPS INHUMÉS.
Les recherches que nous avons entreprises avec notre savant maître M. J. Ogier, au sujet de Tépandage des eaux d'égout sur la presqu'île de Gennevilliers, nous ont appris que la plus grande partie de la matière organique ne tardait pas à être détruite et que les eaux résultant de la filtration à travers une couche de terre relativement faible, contenaient une quantité de matières organiques infiniment moindre qu'on le croit généralement.
Nous savons actuellement, grâce aux travaux de Schlœsing et Mîintz, que la majeure partie de cette matière organique est détruite par les infiniment petits, et en particulier par les ferments de la nitrification.
Il est des cas, évidemment, où les eaux de filtration peuvent parcourir un chemin plus ou moins
long sans subir de notables altérations; cela dépend de la nature du sol ; mais il n^y a pas lieu d'aller jusqu'à l'exagération et de conclure qu'un terrain perméable doit laisser passer les eaux chargées de matières organiques sans les épurer.
Dans les cimetières, le volume d'eau chargé de matières organiques n'est jamais très considérable et, en tous cas nullement, comparable à celui que verse l'égout collecteur dans les plaines de Gennevilliers.
Il n'y a qu'une chose à craindre : c'est que le terrain ne se sature de matières organiques à un moment donné et que le sol ne cesse d'être apte à recevoir des corps.
Nous sommes ici en face d'un autre problème, très important il est vrai, pour l'hygiène des villes mais qui n'a pour nous qu'un intérêt secondaire.
Nous venons de reproduire, dans ce rapide exposé historique, l'opinion qui était généralement admise, concernant l'influence du voisinage des cimetières. On affirmait qu'ils présentaient un danger, non seulement par les émanations gazeuses qui s'en dégagent, mais aussi par la pollution des eaux de sources, de puits, produites par les infiltrations.
Maintenant, appuyé sur les nombreux travaux publiés dans ces derniers temps, nous allons pouvoir raisonner un peu plus scientifiquement et envisager ce problème de la salubrité publique sous son véritable aspect.
La première question qui se pose est celle-ci: le
Cimetières, tels qu'ils sont placés aujourd'hui, engendrent-ils à certains moments des exhalaisons susceptibles de troubler la santé publique et s'il en est ainsi, quelle est la nature de ces exhalaisons ?
Nous trouvons, dans un rapport de M. le docteur 0. Pilât, en 1865, sur les 559 cimetières du département du Nord, un intéressant document relatif aux émanations des cimetières.
L'auteur est partisan de la nocuité de ces émanations ; il estime « qu'il n'est pas prudent de s'arrêter « longtemps près des fosses, lorsque la fermentation « putride s'effectue, ou de demeurer à une distance « trop rapprochée du cimetière, sous peine d'éprouver « des accidents plus ou moins graves ».
Le rapport de M. le docteur Pilât contient un tableau indiquant les communes, leur population et leur mortalité annuelle. Si, comme l'a fait M. 0. Du Mesnil, on groupe, d'une part, les communes dans lesquelles le cimetière est au centre et, d'autre part, les communes dont le cimetière est situé au deliors, on constate que la mortalité pour 100 dans les deux groupes est de 2.43 0/0 pour le premier et de 2,64 0/0 pour le second.
Il nous est donc difficile de comprendre comment M. le docteur Pilât a pu se déclarer partisan dô la nocuité des cimetières à la suite de son rapport, puisque ce rapport démontre, au contraire, que l'installation des cimetières dans l'intérieur des villes n'offre pas les inconvénients qu'on s'est trop complu
à alléguer.
A la suite de là délibération du conseil municipal, en date du 15 février 1879, un arrêté préfectoral du 4 mars 1879 a institué une commission chargée de rechercher :
1* Si, par remploi d'agents chimiques ou physiques, combinés s'il y a lieu avec le drainage, l'assainissement des cimetières actuels peut être réalisé ;
2** Si, par ces moyens, lassainissement peut être assuré pour l'avenir;
3° Si la disparition des parties organiques des corps inhumés peut être activée par l'addition, dans la bière ou dans le sol des cimetières, de substances chimiques ou autres;
4° Si cette addition n'entraîne avec elle aucun Inconvénient sérieux.
Le rapport général présenté à la commission par M. 0. Du Mesnil, en 1881, renferme un travail de M. Schutzemberger, professeur au Collège de France, sur la composition chimique du sol des cimetières.
M. Schutzemberger a examiné la question sous trois points de vue différents :
1° La destruction lente des cadavres dans les conditions normales de l'inhumation est-elle de nature à développer et à répandre dans l'atmosphère des gaz délétères? Les seuls gaz réellement délétères ou gênants, dont on peut scientifiquement admettre la production, sont : l'hydrogène sulfuré, l'ammoniaque, l'oxyde de carbone.
Nous ne pouvons mieux faire que de citer textuel-
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lemeDt le rapport de l'éminent professeur du Collège de France:
« Nous avons puisé dana des conditions variées de " température extérieure, depuis 10' iusqu'à25° et 30' « de l'air, tant à la surface du cimetière qu'à des pro- « fondeurs dans le sol, variant de 40 à 80 centimètres « au-dessous de fosses anciennes datant de plusieurs « années et de fosses plus récentes, un mois à sis « mois après l'inhumation.
« Dans aucun cas, l'examen le plus attentif et le « plus minutieux n'a pu révéler la moindre trace des « gaz ci-dessus mentionnés.
<i Les prélèvements ont été faits avec toutes les « précautions voulues, au moyen d'un aspirateur à « eau, terminé par un tube en plomb plongé dana le sol et portant à son extrémité inférieure une boule « creuse, percée de trous.
<( Après l'enfouissement du tube et de sa boule à « la profondeur voulue, on laissait la terre autour et « on attendait douze heures au moins, afin de laisser u aux gaz du sol le temps de se diffuser.
« L'expérience d'aspiration durait toujours plu- « sieurs heures et était conduite lentement, bulle par « bulle.
« tion de l'acide carbonique et de Toxygène, ou par « combustion endiométrique. »
Toutes ces expériences ont donné des résultats complètement négatifs.
M. Schutzenberger a étudié ensuite la composition de Tair puisé à diverses profondeurs au-dessus des tosses et à la surface du sol.
Les expériences oi^t été faites : 1 * dans une partie du « cimetière Montparnasse qui avait servi à rece- « voir les débris humains provenant des hôpitaux et « où les cadavres, accumulés en masse sur une cer- « taine épaisseur, n'avaient pu disparaître par com- « bustion lente.
« On y trouvait, en effet, à une profondeur de << 2°»,50, une couche de débris organiques très épaisse ;
« Au-dessus de diverses fosses du cimetière des « Invalides, contenant des cadavres plus ou moins « récemment inhumés. »
Dans les expériences faites au-dessus du cimetière des Hôpitaux, M. Schutzenberger est arrivé aux résultats suivants :
d 5 juillet.
Oxygène 20,70
Air pris à la surface du sol. ..^ Azote 79,20
Acide carbonique 0,10
Oxygène 14,80
i'Uiuuucur U01
40 centimètres ) . . , , . '«^
[ Acide carbonique 5,20
iOxvff^ Azote 80,00
■ »-■ - — ■■■ " i g P .**i -■- ■ ■■ -- " ' - -uL^ '■ -- ■— -- - " ^J J.J i"' ^ .^L■ ^; ^^^» — U- ^^^-^^^
25 juillet.
Oxygène 20,55
Air pris à la surface du sol. . ,\ Azote 79,40
Acide carbonique 0,05
Air pris à une profondeur de i . *^ '"' -g*
80 centimètres J ... 'i. . .«'/.«
V ( Acide carbonique 12,60
1 3 octobre.
Air pris à la surface du sol. j 2olï'î!!!ï.ï.ï.ï.ï.! .'.'.".*.*! lljO
Vent assez fort. • r ) * ■ j v a •»»
[ Acide carbonique 0,30
.. . . OA ♦•X* j (Oxygène 9,50
Air pris a 80 centimètres dei . f ,«^.«
*^. , Mzote 79,60
^ ( Acide carbonique 10,90
Les expériences faites au-dessus du cimetière de? Invalides ont donné les résultats suivants :
Air prélevé à 40 centimètres de profondeur au dessus d'un cadavre inhumé le 7 juin 1879 :
Date du prélèvement : 2 avril \ ^^yf^^^ *M0
j oon \ Azote • 79,0 1
( Acide carbonique 4,83
Air prélevé à 40 centimètres de profondeur audessus du même cadavre, à la date du 5 avril 1880. Dans Tintervalle des deux prises, il avait beaucoup plu:
Date du prélèvement : 5 avril ( ^^y^^^® *6'88
^gg0 Mzote 80,00
f Acide carbonique 3,12
Air prélevé à 40 centimètres de profondeur au-dessus d'un cadavre inhumé le 43 mars 1880 :
Date du prélèvement : 7 avril [ ^jyf^^^ ^^' JO
I on/v \ Azote 79,1
( Acide carbonique 6.60
Air prélevé à 40 centimètres sur la même tombe du 13 mars 1880.
Date du prélèvement : 9 avril [ ^^^8^°® ^*»^^
.„o^ V Azote . 79,60
[Acide carbonique 5,50
« La proportion d'acide carbonique s'est trouvé « variable avec la profondeur et le lieu, mais son « volume était toujours à peu près complémentaire « de celbi de l'oxygène.
« C'est-à-dire, que sur 100 volumes d'air, on trouvait :
Azote. 80
Oxygène et acide carbonique 20
« Ce résultat constant établit que l'acide carbo- « nique est produit par une combustion lente aux « dépens de Toxygène et de la matière organique et (( non par fermentation. »
Il nous est impossible de nous associer aux vues de l'auteur en ce qui touche l'interprétation qu'il nonne à ses expériences, car nous savons que, dès 1862, Pasteur avait fait remarquer combien est bornée laction de l'oxygène sur la matière organique,
•i I I itiiiirÉiiiai^rrfi niainiiiiiiÉWirr-'-'
toutes les fois que cette action s'exerce en l'absence • des produits organisés.
Beaucoup d'êtres inférieurs, déclarait Pasteur à cette époque, ont la propriété de transporter l'oxygène de Tair en quantité considérable sur les matières organiques complexes, et même c'est là un des moyens dont se sert la nature pour transformer en eau, en acide carbonique, en oxyde de carbone, en azote, en ammoniaque, en acide nitrique, les éléments de ces matières organiques élaborées sous l'influence de la vie.
Schlœsing et Miintz ont fait voir que la matière organique se décomposait en acide nitrique grâce à un ferment qu'ils ont isolé et étudié ; nous verrons, dans les expériences que nous avons instituées h cet égard, que la présence de l'acide carbonique est due non à une combustion lente aux dépens de l'oxygène et de la matière organique, mais à une fermentation qui peut être plus ou moins active suivant les conditions dans lesquelles se trouve placée la matière organique.
M. Schutzenberger reconnaît avec raison que ses expériences s'accordent avec les observations de Boussingault et Lewy sur la composition de l'air des sols arables.
En eff'et, la conclusion qui se dégage des expériences faites à Bechelbronn par Boussingault et Lewy, c'est que l'atmosphère confinée dans les sols diffère peu, quant aux proportions d'oxygène et d'azote, de l'air normal ; dans les circonstances ordi-
naires, la proportion d acide carbonique est assez voisine de l 0/0.
Lorsque la terre vient d'être fumée, la proportion d'acide carbonique peut s'élever à 10 0/0; mais, en général, cette combustion rapide de la matière organique de la fumure ne dure pas, et le taux moyen de i 0/0 est assez rapidement atteint.
Correnwinder, dans ses belles recherches sur la combustion de la matière organique, a déterminé qu'une terre argileuse fumée à raison de 3,300 kilos de tourteaux à l'hectare fournissait :
Le le' jour 350 millig. d'ac. carb. par 24 heures par déc. car.
Le 2"» — 326 — —
Le 3« — 314 — — —
Le 4* — 218 — — —
Correnwinder avait déjà eu occasioji de remarquer dans les expériences auxquelles il s'était livré sur de petites quantités de matières organiques diverses, tellesque terre, fumier, bouse de vache, guano, etc., que le dégagement de Tacide carbonique prenait une activité nouvelle lorsqu'on remuait la matière organique avec une lame de couteau par exemple.
Pour M. Schlœsing, cette activité nouvelle serait due à ce fait qu'en remuant la terre, on favorise la dissémination des micro-organismes, qui sont les agents de la combustion.
Nous ne pensons pas, quant à nous, qu'il faille être aussi exclusif,, et nous sommes d'avis qu'il est nécessaire de reconnaître que, par l'agitation de la terre, on favorise peut-être la dissémination des
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micro-organismes, mais on expose surtout de nouvelles particules organiques à l'action de Toxygène pour la rapide combustion de la matière organique, attendu que la plupart des micro-organismes des décompositions ne peuvent s'en passer.
L'agriculteur agit d'une façon identique lorsqu'il laboure la terre^ car il favorise la rapide nilrification de la matière organique qu'il a confiée au sol sous la forme de fumures. Il n'y avait donc rien de bien surprenant à croire que, en ce qui concerne la combustion des corps dans les cimetières, on avait raison de se pénétrer de l'idée que, plus le sol était perméable, plus il y avait de chances pour que la décomposition s'opérât rapidement,
Malheureusement, il n'est pas toujours possible de rencontrer des terrains remplissant toutes les conditions désirables pour l'établissement de cimelières qui soient parfaits, non seulement au point de vue de la salubrité, mais encore sous le rapport de la rapide rotation des corps qui y sont inhumés.
Certaines villes sont même, à cet égard, dans une situation tout à fait défavorable à cause de la nature géologique du terrain; ainsi, à Saint-Nazaire, le sol est constitué par de Pargile compacte, issue de la décomposition des couches supérieures des micaschistes; ce sol retient les eaux à une profondeur de ,66 à peine dans la saison d'hiver, de l^'jSO à l'",60 en été !
Chaque fois qu'on y pratique une exhumation, on constate que le cercueil est absolument plein d'eau,
et certains cadavres, après un séjour de cinq ans dans une fosse, sont retrouvés intacts.
Saint-Nazaire possède un cimetière d'une superficie totale de 1 hectare 38 ares. Voici le chiffre annuel des inhumations qui y ont eu lieu dans les cinq dernières années :
Années.
Adultes.
Enfaots.
Si d'autre part, on considère que la population de Saint-Nazaire s'est accrue de»4,748 habitants de 1886 à 1891, on conçoit aisément les justes préoccupations de la municipalité de cette ville au sujet de Tinsuffisance de son cimetière dans un temps plus ou moins proche, surtout alors que le délai légal pour le relèvement des cadavres inhumés est lui-même, comme nous l'avons montré plus haut, notoirement insuffisant pour permettre de consommer leur destruction.
Pour parer à cette menaçante éventualité, la muniéipalité de Saint-Nazaire s'est adressée à MM« Coupry, Lemut et Guérin, de Nantes. Ceux-ci ont imaginé un projet de drainage qui fut exécuté dans une parcelle du cimetière.
C'est une application, faite sur une assez grande échelle, du principe posé par la commission d'assainissement des cimetières sur l'utilité du drainage pour activer la décomposition des corps.
Il était intéressant de savoir, en effet, si Taération permanente du sol par le drainage Coupry amènerait une diminution dans la quantité d'acide carbonique et si l'introduction de ce drainage dans les cimetières envahis parles eaux assurerait l'assèchement du sol et, par conséquent, l'installation de cimetières dans tous les terrains.
La sous-commission permanente d'assainissement des cimetières, composée de MM. Brouardel, 0. Du Mesnil et J. Ogier, s'est donc rendue à Saint-Nazaire le 9 juin 1891, et, en présence de la municipalité, il fut procédé aux exhumations et aux diverses expériences que nous allons décrire.
Nous empruntons au procès-verbal de la commission m ly^ici pale spéciale de Saint-Nazaire, en date du 27 mai 1890,1e compte rendu des conditions dans lesquelles a été pratiqué le système Coupry.
<i Six rangées de trois fosses chacune ont été « creusées jusqu'à la profondeur de O'^S? ces fosses « ont une longueur de 2 mètres et une largeur « de 0"^80
« Entre chaque fosse et sur les quatre côtés, il a « été laissé une bande de terre naturelle de 0™,40 « d'épaisseur. Ce compartiment de dix-huit fosses est « entouré d'un mur d'enceinte de 0°*,40 d'épaisseur, « maçonné à froid et descendu à 0™,S0 au'dessous du « fond des fosses, de manière à constituer une « enceinte drainante empochant l'invasion des eaux « extérieures.
« Au fond de chaque fosse sont disposées quatre
« murettes en pierres sèches, de 0",10 de haotèur, « laissant entre elles un vide en forme de croix ; ce « vide est prolongé, suivant chaque branche de la « croix, par un tuyau en poterie traversant la bande « de 0",40 d'épaisseur du terrain naturel et établis- « sant ainsi une communication souterraine entre « toutes les fosses contiguës.
« En avant de ce compartiment de dix-huit fosses, « dans l'allée du cimetière, règne un petit égout placé « aune distance de 0™,5S des fosses, recevant toutes « les eaux recueillies par le mur d'enceinte et les « poteries des fosses, puis les évacuant hors da « cimetière.
« Le vide en croix entre les murettes est garni « dans le fond d'une ardoise ordinaire et recouvert à « 0"*,10 de hauteur par une double ardoise, puis par « une couche de 0"*,10 d'escarbilles recouvrant tout « le fond apparent de la fosse ; le cercueil repose sur « cette couche. «
La première exhumation, faite le 9 juin par la commission, est celle du nommé A..., âgé de cinquante-deux ans :
Décédé le 29 juin 1890.
Inhumé Te 30 juin 1890.
Durée de l'inhumation : un an.
Hémorragie cérébrale.
Le cadavre, entouré d'une serpillière très épaisse, ne répand aucune odeur.
Les parties molles, les organes splanchniques, ont presque entièrement disparu.
Le thorax, rabdomen, sont béants; les organes qu'ils renferment sont détruits.
Le squelette des membres est mis complètement à nu; quelques lambeaux musculaires existent encore autour de la jambe droite. Les insectes recueillis dans celte bière ont été examinés par M. Megnin et reconnus pour appartenir aux genres Anthomysides Ophria cadaverina (Megnin), voisins de VOphria lemotoma, mouche bien vivante, tout récemment éclose; nombreuses coques venant de la même.
La seconde exhumation a été celle du sieur B..., âgé de soixante-six ans.
Décédé le 21 mai 1890.
Inhumé le 22 mai 1890.
Durée de Finhumation : un an et dix-huit jours.
Congestion cérébrale.
Le cadavre n'a pas été enveloppé dans une serpillière. Il ne répand pas d'odeur. Le squelette est débarrassé de toutes les parties molles. La tête est séparée du tronc.
La destruction des parties molles est complète. Les insectes recueillis dans cette bière sont des Anthomysides; on y trouve des coques de nymphes à' Ophria cadaverina.
Le troisième cadavre exhumé est celui du sieur T..., âgé de quarante-un ans.
Décédé le 24 juin 1890.
Inhumé le 23 juin 1890.
Durée de l'inhumation : onze mois et demi.
Bronchite tuberculeuse.
Ce cadavre n'a pas été enveloppé dans une serpillière. Pas d'odeur. Sur toute la surface du corps, on constate l'existence d'une couche de moisissures blanches [Aspergillus et PenicilKum).
Ce cadavre est absolument intact : il a subi, en masse, la transformation en gras de cadavre.
L^autopsie a été faite par notre maître, M. le prafe&* seur Brouardel. Tous les viscères sont amincis, appliqués contre les parois du thorax et de l'abdo* men.
Le cœur seul a encore un certain volume ; il est parfaitement reconnaissable.
Tout travail de décomposition parait suspendu ; il semble que le cadavre resterait à cet état pendant un temps indéfini.
On trouve dans cette bière un insecte de la famille desStaphilinides, le Philomhiis ebenintis.
Le thorax, l'abdomen, sont ouverts; les organes splanchniques ont disparu.
La destruction des muscles, des membres inférieurs est moins avancée que chez les deux précédents ; ils semblent devoir passer à l'état de momification sèche.
Les insectes recueillis dans cette bière sont des Anthomysides, larve vivante iVOphria cadaverina,
une Histéride, larve de Siiprimis rotondatus.
La quatrième exhumation eîTectuée est celle du sieur G... (Baptiste), âgé de cinquante-trois ans.
Décédé le 20 mars 1886, à Saint-Nazaire.
Inhumé le 21 mars 1886.
Première exhumation, le 23 mai 1891.
Deuxième exhumation, le 9 juin 1891.
Durée de Tinhumation : cing ans.
Les trois premières exhumations faites dans un terrain aménagé suivant le système Coupry, rapprochées de celles du cadavre du sieur G..., inhumé dans les conditions ordinaires au cimetière de Saint- Nazaire, établissent d'une façon saisissante que le drainage du sol par le procédé Coupry active 3ans des proportions considérables la destruction des corps ensevelis.
Cette accélération est d^autant plus manifeste que les cadavres soumis à Texpérience n'ont séjourné qu'un an environ dans le terrain Coupry, tandis que le cadavre du sieur G... était inhumé depuis cinq années déjà dan^ le cimetière actuel de Saint- Nazaire.
Les expériences faites simultanément sur dés moutons ont donné des résultats identique!^. De la sorte, nous voilà en possession de la preuve expérimentale du fait que nous avancions, touchant la rapide combustion de la matière organique par la large répartition de Toxygène, sans qu'il soit nécessaire de recourir à l'hypothèse de M. Schlœsîng relative à la dissémination des micro-organismes.
Ces expériences prouvent, en outre, que plus on tendra à se rapprocher des conditions de la putréfaction à l'air libre, plus prompte sera la décomposition de la matière organique.
11 n'était pas moins important de savoir si, par
Faération permanente du sol à Taide du drainage, on diminuerait la quantité d'acide carbonique qui, à un moment donné, peut se trouver emmagasiné dans le sol.
Les gaz recueillis dans le sol du cimetière de Saint-Nazaire ont été analysés par M. Ogier. Voici les résultats obtenus.
Première expérience. — La terre n*a pas été enlevée. On a pratiqué un trou de sonde à 1*^50 de profondeur, c'esl-à-dire jusqu'à la partie supérieure de la bière.
On a introduit un tube d'étain et, au moyen d'un aspirateur, on a recueilli le gaz au-dessus de la tombe deTeresa G...
Acide carbonique 2.59
Oxygène 17.51
Azote 80.20
Hydrogène sulfuré » »
Dans une autre expérience, le dosage par pesée a donné 2.69 0/0 d'acide carbonique.
Deuxèiine expérience^ — Terrain aménagé par le système Coupry. Tombe de A... Le corps a été exhumé la veille, reinhumé et la fosse remblayée. Le gaz a été recueilli au-dessous du corps, dans le drain Coupry quinze heures environ après le remblayage.
Le gaz possède une très légère odeur sulfureuse; on ne constate cependant aucune réaction indiquant la présence de Thydrogène sulfuré.
Acide carbonique 0.04
Oxygène 19.63
Azote 80.33
Ces deux analyses nous démontrent raffluxréel de Foxygène dû au système Coupry, puisque, dans le drain situé juste au-dessous d'un cadavre, il n'y a pas plus d'acide carbonique que dans Tair normal.
Donc, il n'y a aucune stagnation des produits gazeux de la décomposition, et l'air extérieur arrive effectivement au-dessous des corps.
En môme temps, nous voyons que la quantité d'acide carbonique trouvée dans la première expérience est moindre que dans les expériences de Schutzenberger et que, de plus, elle n'est pas sensiblement plus forte que dans les terres végétales cultivées, d'après les expériences de Boussingault et Lewy, que nous avons citées. La troisième expérience a eu lieu dans le cimetière ordinaire de Saint-Nazaire. Terrain excessivement argileux (1).
La prise de gaz a été faite à une profondeur de i mèlre au-dessus de la tombe de la femme D...
Acide carbonique 2,13
Oxygène 17,86
Azote 80,01
Il y a tout lieu d'admettre que le chiffre d'acide
(1) Le trou de sonde a dû tasser Targile et faire une sorte de conduit imperméable ; il est à craindre que l'air puisé ne vienne pas exclusivement du sol et que l'aspiration n'ait déterminé un appel d'air extérieur par le haut du trou de sonde. Les conditions d'expérience no sont donc pas très favorables.
carbonique est ici trop faible, pour les raisons exposées plus haut.
Dans ces diverses analyses, comme Hans cell edes
Schutzenberger, la somme de Tacide carbonique et de Toxygène est toujours très voisine de 20, chiffre de Toxygène dans l'air normal ; en d'autres termes, le carbone de la matière organique fournit en brûlant un volume d'acide carbonique égal au volume de Tox'ygène qui a produit la combustion.
La commission a conclu de ces expériences que les cadavres inhumés dans les cimetières s'y décomposent d'autant plus rapidement :
1° Que le sol est largement aéré par le drainage et mis à l'abri de l'invasion des eaux environnantes ou provenant de la nappe souterraine;
2* Que l'application du système Coupry dans le cimetière de Saint-Nazaire, en asséchant le sous-sol, en y faisant pénétrer de l'air en quantité considérable, active dans une forte proportion la destruction des cadavres inhumés;
3° Enfin, que le fonctionnement de ce système diminue la quantité d'acide carbonique qui circule dans le sol où sont enfouies des matières organiques, et qu'il rend possible l'utilisation, pour les sépultures, des terrains qui jusqu'ici étaient, ajuste titre, réputés impropres à cette destination.
Ainsi, il résulte des travaux, des documents que nous avons reproduits, et des expériences auxquelles nous nous sommes livré, que les gaz délétères ou gênants, engendrés par la décomposition des cada-
vres inhumés à (".SO dans les cimetières, ne parviennent point à la surface du sol.
Dans les cimetières actuels, le sol ne renferme que de l'acide carbonique en plus ou moins grande quantité, à l'exclusion de tout autre gaz en quantité appréciable.
Nos expériences personnelles au laboratoire, sur différentes matières organiques, telles que viscères, cerveau, sang, etc., etc., nous avaient conduit à des résultats qui nous permettaient de pressentir que, dans la pratique, c'est-à-dire dans les inhumations, les phénomènes de la putréfaction devaient observer une marche analogue.
Ce premier point une fois établi, il importe à présent de savoir si, au bout d'un certain temps d'usage, la terre des cimetières ne finirait pas par ^tre saturée de matières organiques, et, par conséquent, ne deviendrait pas impropre à la disparition ultérieure de nouveaux cadavres.
Ce problème a été l'objet d'une étude toute spéciale de la part de la commission d'assainissement des cimetières, et nous trouvons, dans le rapport de M. Du Mesnîl, un résumé des expériences faites par U. Schutzenberger.
Nous ne pouvons les passer sous silence, car, grâce à elles, la question est définitivement résolue.
M. Schutzenberger a prélevé, au cimetière d'Ivry, de la terre prise dans une fosse commune, ayant servi deux fois; les dernières inhumations dataient de 1873.
La fosse avait été remaniée en 1879, et c'est au printemps de la même année que les prélèvements ont eu lieu.
Les analyses ont porté sur trois échantillons de terre :
1*" Terre vierge n'ayant jamais servi aux inhumations;
2** Terre prise immédiatement au-dessus de la couche des cercueils ;
3* Terre prise immédiatement au-dessous de la couche des cercueils.
La terre du cimetière dTvry est argilo-sablonneuse avec peu de calcaire (S, 5 de carbonate de chaux et de terre sèche). Elle est perméable à Teau et à Tair. La matière organique a été dosée, dans les trois échantillons de terre, en déterminant par combustion le carbone, l*hydrogène et Tazote, ce dernier corps étant tant à l'état de composé azoté organique qu'à l'état de nitrate.
L'analyse a donné les résultats suivants :