‹ Étude sur la régression spontanée ou provoquée du cancer et ses causesChapitre 1 sur 6 · Zeitschrift far Krebsforschuny · texte numérisé non relu

Zeitschrift far Krebsforschuny

Guinard, Reynès, Thiéry, etc.) et les régressions néoplasiques partielles (naturelles ou thérapeutiques) du cancer sont aujourd’hui d’ohservation assez banale.

L’invasion cancéreuse peut donc en tout ou en partie quitter le territoire conquis par elle, sans en avoir été directement chassée par aucun mode de traitement.

A quelles causes attribuer un tel effet — on conçoit combien il serait important de le déterminer et quelles précieuses conséquences thérapeutiques on en pourrait déduire.

Si le cancer disparaît, c’est, ou bien qu’il est détruit par une réaction de l’organisme, ou qu’il meurt de sa propre mort, par épuisement de ses éléments de nutrition et de développement.

Il s’agirait donc de résoudre tout d’abord ce premier problème :

L’ organisme se défend-il contre le cancer ?

Dans l’état actuel de nos connaissances, si beaucoup d’auteurs croient à cette défense, aucun n’en a jusqu’ici donné de preuves indiscutables.

L’évolution lente du squirrhe a pu, pour certains, en sembler une manifestation, mais ce n'est qu’une simple hypothèse que les faits ne confirment pas. Si les formations fibreuses étaient, là, un symptôme de lutte, nous devrions les retrouver partout où les lésions néoplasiques évoluent avec quelque lenteur, et ne pas les rencontrer dans les néoplasmes à évolution rapide, tels ceux de l’estomac.

L’élément fibreux est peut-être plus en ces cas un élément de reconstitution que de combat, et l’on pourrait admettre que dans un cancer à évolution torpide, comme il s’en présente fréquemment chez ]es vieillards, par exemple, les poussées alternant avec les régressions, la réparalion conjonctive ait le temps de s’établir entre deux périodes d’activité et de destruction.

Quoi qu’il en soit, de fi aveu même des partisans de la défense anticancéreuse de l’organisme, rien ne permet de la surprendre ni de la prouver.

Qu'il nous suffise de citer l’avis récent de deux d’entre eux.

Pierre Delbet1 reconnaît que « le mode de celte lutte, nous l'ignorons encore » et qu’ « autour des cellules cancéreuses « d’origine épithéliale, il n’a jamais vu dans les ganglions de « manifestations réactionnelles : ceux qui sont envahis ont l'air « de succomber sans résistance ». E. Vidal2 (d’Angers) en est réduit, pour expliquer les régressions observées au cours des pyrexies, à supposer « un processus réactionnel de l’organisme « entier, une défense humorale déclanchée par V hyperthermie ».

Rien ne paraît donc moins démontré que l’existence d’une réaction de défense de l'économie contre le cancer.

En attendant d’en avoir pu Irouver le mécanisme secret, s’il existe, nous avons un moyen d’expliquer sans elle les régressions spontanées observées au cours de cette maladie : l’hypothèse d'Ehrlich rapprochée des travaux de Brault, dans une interprétation analogue à celle qui a conduit Odier (de Genève) à employer le ferment g ly col y tique, et Shaw Mackensie (de Londres) la trypsine comme agents antinéoplasiques. Mais, abandonnant les arguments embryogéniques de ce dernier, j’essaierai simplement ici de soumettre l’hypothèse de la nutrition glycogénique du cancer au contrôle des faits, d’ordre divers, actuellement connus.

On sait l’hypothèse d^Ehrlich, dite « d’immunité athrepsique », destinée à expliquer certains phénomènes observés au cours des inoculations expérimentales. Un cancer, d’après elle, ne se développerait qu’à la condition de trouver dans un organisme une substance x dont l’auteur ne peut préciser la nature; et la rapidité d’évolution comme le nombre ou le volume des tumeurs, serait réglé par la quantité de cette substance x dont disposerait le cancéreux.

Cette hypothèse expliquerait les variations, les arrêts brusques d’une tumeur, selon que cette substance augmenterait

1. Prof. Pierre Delret : Thérapeutique chirurgicale des cancers (Rapport au IIe Congrès international du cancer. Paris, 1910).

2. E. Vidal : Sérothérapie des tume'urs malignes ( Rapport au //e Congrès international du cancer. Paris, 1910).

ou diminuerait dans l’organisme, ou même en disparaîtrait complètement.

Certaines expériences de Marie et Clunet 1 sont venues depuis singulièrement fortifier la théorie d’Ehrlich : dix souris cancéreuses ont été opérées par eux et, sur ce nombre, sept ont récidivé, soit localement, soit par métastases. Or, il est prouvé que les métastases macroscopiques sont infiniment rares chez les souris cancéreuses non opérées, qui, presque toutes, meurent de leur unique cancer primitif, quoique, en réalité, le microscope décèle chez elles — post mo.rtem — de fréquentes greffes néoplasiques pulmonaires que l’œil nu ne saurait reconnaître. S’il suffit donc de supprimer un cancer pour que ces métastases se développent, on conçoit quelle force un tel fait donne h l’hypothèse d’Ehrlich.

Bien des objections ont été élevées contre celle-ci, et il semble en effet, que, ainsi présentée, elle ne suffise pas à tout expliquer.

Mais les travaux de Brault2 sur la glycogénie dans le cancer me paraissent de nature à la confirmer, en la complétant et en la précisant.

D’autres, avant lui , avaient observé la présence d’une quantité anormale de glycogène dans les protoplasmes des cellules cancéreuses. Brault, loin d’en faire un caractère dégénératif comme les Allemands, considère, au contraire et avec toute apparence de raison, cette présence comme un signe d'activité de la tumeur, et, de son abondance plus ou moins grande, tire des conclusions pronostiques plus ou moins graves sur son évolution. Toute prolifération intense suppose une surnutrition proportionnée et il n’est que rationnel de faire de l’une la condition nécessaire de l’autre. L’auteur en a donné des preuves d’ordre histo-physiologique auxquelles je renvoie, et considérant, le fait comme acquis, je poursuis mon argumentation.

1. P. Marie et J. Clunet : Bull. Ass. Fr. pour l'élude du cancer. 17 janv. 1910, p. 19 et suiv.

2. Comptes rendus de la Société anatomique, 1891; Archives des Sciences médicales, 1896; Congrès de Moscou, 1897- ; Presse médicale , 1898; Archives générales de médecine , 1899, etc.

Supposons un instant que la substance x d’Ehrlich ne soit autre que ie glycogène organique dont la tumeur maligne a un besoin constant et copieux, tous les faits contradictoires que l’on connaît, d’ordre expérimental, clinique ou thérapeutique, trouvent, et d'eux-mêmes, à mon sens, une explication facile.

Je vais essayer de l’établir.

La fonction glycogénique, dont le foie est le principal organe, est, dans un être normal, réglée de telle sorte qu’elle n’excède point les besoins de l’organisme, tout en y suffisant. Qu’elle y suffise, il n’est naturellement pas besoin de le prouver; et qu’elle ne l’excède point, est aisément démontrable : d’abord l’expérience qui fait apparaître dans les urines le glycogène introduit dans le corps des animaux, par voie hypodermique; ensuite la glycosurie diabétique qui laisse échapper l’excès de glycose formé par le foie et inutilisé par l’individu en sont des preuves peu discutables, sur lesquelles il ne me paraît pas utile de m’étendre ici1.

Ceci posé, abordons l’étude des faits expérimentaux.

Bashford a presque toujours réussi à greffer, sur des souris cancéreuses, des fragments de leur tumeur en partie seulement enlevée.

Pierre Delbet y voit, je ne sais trop pourquoi, la ruine de la théorie d’Ehrlich.

En tout cas, si la substance nutritive du cancer n’est autre que le glycogène, on conçoit, au contraire, très bien que ce qui suffisait à nourrir la masse totale, puisse encore en alimenter les fragments séparés.

Par ailleurs, nous savons qu’un organisme acquiert facilement des habitudes nutritives, et il n’est rien d’étonnant à ce que des souris qui produisaient un glycogène assez abondant pour faire vivre une grosse tumeur, mais non davantage, utilisent volontiers le surplus laissé par s i disparition à développer des métastases microscopiques demeurées après son ablation :

1. Ce n’est pas le lien de discuter le rôle du pancréas dans cette régulation.

cela explique très simplement les récidives post-opératoires des expériences de Marie et Clunet.

Le fait expérimental observé par Contancin1 n’est pas moins intéressant encore. D’après lui, pendant les jours qui suivent immédiatement l’extraction de la tumeur, les souris opérées, puis réinoculées, se montrent peu susceptibles à la réinoculation. Or, si nous considérons le volume moyen d’un cancer de souris par rapport à elle-même, et les conditions de l’ablation, l’opération subie par elle nous apparaît comme un traumatisme important et la réparation qu’elle exige comme demandant un effort très rude à son petit organisme. L’impossibilité des précautions aseptiques nécessaires a pour conséquence, sans doute, quelque fièvre, et l’appétit diminué doit restreindre l’alimentation; d'oii utilisation accrue de glycogène pour une production réduite : ainsi s'explique la difficulté que trouve le greffon inoculé en de telles conditions à se nourrir et à se développer.

Quant à cette objection que l'évolution des tumeurs est souvent d’autant plus rapide qu’elles sont à un slade plus avancé et plus volumineux, on peut l’écarter, en expliquant le fait par le développement exagéré des connexions vasculaires de la tumeur ainsi que par l’affaiblissement de plus en plus grand et l'immobilisation consécutive de l’animal surchargé, dont les organes cachectiques n’usent que peu de glycogène et en laissent la presque complète disposition au néoplasme parasite.

Mais, outre que les objections d’ordre expérimental ne paraissent point valoir contre l’hypothèse que je défends, celle-ci me semble encore trouver dans les observations de la clinique et de la thérapeutique d’assez puissantes confirmations.

En clinique, un fait auquel j’attache une grande importance est celui qu’on pourrait écrire presque sous cette forme de loi physique, tant elle est fréquemment vérifiée : toutes choses égales d’ailleurs, un cancer est d’autant plus grave qu il évolue sur un être à réactions plus intenses et sur un organe dont la

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