I. — Historique
Pendant fort long'temps une grande indécision rég^na parmi les naturalistes au sujet de Tespèce, du genre et de la famille auxquels devait être rapporté le camphrier de Bornéo, Nous avons vu que Kœmpfer Tavail disting^ué du Laurier camphrier du Japon, et avait reconnu que ce n'était pas un laurier : « Hœc arbor ex Daphneo sanguim non est. » Arent. Sylvius (1680) est, croyons-nous, le premier qui donne {quelques-uns des caractères botaniques de cet arbre; il parle de l'aspect singpulier que présente le fruit, avec ses grandes ailes membraneuses, et des feuilles coriaces et aromatiques. Roxburgh (1) avait établi le genre Shorea^ et en avait figuré les différents caractères. Correa de Serra, botaniste portugais, crut que le camphrier de Bornéo devait être rapporté à ce genre, et Virey (2) le confondit avec le Shorea robusta de Roxburgh. Mais plus tard, Correa (3), ayant eu à sa disposition de nouveaux fruits, le rapporta au genre Pterygium^ et lui donna le nom spécifique de teres^ le plaçant alors dans la famille des Lauracées.
(I) Roxburgh. Plants of CoromandeL London, in-fol., III, 10, iig, ^i± ''i> Journ, Pharrn, ei Chimie, VII, l'user., 4851, 143. 3)Aiin. Mus.. 1807, X, av. pi.
Mails vers la même époque, Gœrtner fils (1), qui avait vu le fruit du Camphrier de Sumatra à Londres, dans la collection de Joseph Banks, eut occasion de Tétudier de nouveau ; il en forma le g^nre J)ryobalanops et le qualifia A'aromattcay parce que la note, évidemment erronée, qui accompag'nait les échantillons qui lui furent envoyés prétendait qu'ils venaient de Geylan, et que Técorce de l'arbre était des plus parfumées (Cannellier)* Colebrooke (2), à son tour, ayant eu des fruits propres à Tétuds^ reconnut que c'étaient bien les mêmes qui avaient servi à Geertner fils, pour former son g. Dryobalanops; Mais, comme il ne lui sembla pas bien démontré que l'espèce fût identique, il proposa le nom de D. Campkora^ jusqu'à ce que l'identité de l'espèce décrite par Gœrtner, fût bien établie. Il le plaça auprès des gpenres Shorea^ DipterocarpuSf Vateria, Hopea^ etc. Aujourd'hui il porte, à bon droit, le nom de Dryobalalanops aromatica^ que lui a donné Gœrtner. Le ^enre ne renfermait jusqu'à ces derniers temps que cette seule espèce connue. M. Th. Dyer {The Journal of Botany^ avril 1874) a porté à trois le nombre des espèces de Dryobalanops ; les deux nouvelles sont : D. Beccari et D. oblongifolia.
La famille des Diptérocarpacées ou Diptérocarpées a été établie en 1825, par Blume, qui la rang'ea entre les Hippocratéacées et les Malpig'hiacées, tout en faisant remarquer qu'elle a de nombreux rapports avec les Malvacées, Bombacées, Byttnérîacées, Tiliacées et surtout les Elseocarpées. Avant lui, De Jussieu avait rapporté les g-enres qui la constituent à sa classe des Guttifères, Endlicher et M. A. Brong'niart la placent ég'a-
(l) F/'wce., m, lab., 1805,49.
("2) Asiat. Res.y Xll, 537.
lement dans la classe des Guttifères. Lindiey la comprend dans son g'roupe des Guttiferales^ et y renferme les g». Dipterocarpus^ Aaisoptera^ Dryobalanops^ Yateriay Vatica et Hopea. Endlicher y ajouta le g». LophirUf dont le mode de placentation et Fovaire uniloculaire le firent considérer comme groupe distinct par cet auteur, par Lindiey, et par M. A. de Gandolle. Quant au g*. Shorea Roxb., il le faisait entrer dans le g*. Vatica. M. Thwailes a ajouté les g*, Doona eX Monoporandra^ et M. Hooker fils, le g. Pachynocarpus. Ces deux derniers auteurs y ont en outre adjoint le g*. Ancistrocladus ^ qui, comme le ff. Lophira^ mérite une place à part. M. Planchon voulait même en faire une famille séparée, voisine des Dipterocarpée^.
IL — Coup d^œil sur la famille des Diptérocarpacées .
Nous emprunterons à X Histoire des Plantes de M. le professeur Bâillon un exposé succinct des principaux caractères de cette famille (1), divisée en :
1° Série des Dryobalanopsées ;
2' Série des Anciâtrocladées ;
3"* Série des Lophirées,
Les caractères fournis par l'ovaire et les placentas ont sufû à cette division, parfaitement légitime à bien d'autres points de vue.
L — SÉRIB DES DRYOBALÂNOPséBS.
Ovaire pluriloculaire. — Deux ovules dans chaqtie loge descendants^ à micropyle extérieur et supérieur. Dix genres.
(i) H. Bâillon, Hist. des plantes^ IVj 202;
{• G. Dryobalanops. — Fleur pentamère; sépales ég^aux entre eux. Ovaire supère à trois logées. Deux ovules dans Tangle interne de chaque log*e, incomplètement aiiatropes. Petites stipules.
2** G. Dzpterocarpus. — Galice g*amosépale, tubuleux, à 5 dents très-inégales, 2 plus grandes. Grandes stipules enveloppant les bourgeons foliaires, caduques et laissant une large cicatrice circulaire.
3* G. Anisopterai — Fruit également accompagné de deux grandes ailes. Ovaire en partie infère et surmonté d'une saillie conique pleine, simulant un ovaire supère.
4° G. Vatica. — Etamines au nombre de 10 à 15 en verlicilles alternes; le rang interne plus court et sur le même rang que le précédent. Galice à 5 grandes ailes ne formant pas un sac qui enveloppe étroitement le péricarpe.
5° G, Pâchynocarpus. — Même organisation que chez les Vatica^ mais péricarpe étroitement embrassé par le calice.
6" G. Yateria. — Ovaire libre des Vatica^ mais petit calice non accru et réfléchi sous le péricarpe.
7* G. Monoporandra. — Fruit des Vateria^ avec cinq etamines seulement.
8** G. Hopea. — Fleur des Vateria et deux sépales seulement développés en ailes autour du fruit.
9°^ G. Shorea. — Très-analogue aux ffopea^ mais trois grands sépales, les deux autres bien moins dé- ^veloppés.
10^ G. Doona. — Trois grandes ailes au calice. Embryon à cotylédons fortement contortuplîqués et non charnus et plans-convexes, comme dans les genres précédents.