CARACTÈRES PHYSIQUES ET CHIMIQUES
D'après ce que nous avons ra^îonté dans la première partie de ce travail, on peut conclure qu'au point de vue des substances sécrétées par le Dryobalanops aro* matica, il y en a trois bien distinctes, savoir : le Camphre solide, THuile de Camphre, et enfin une Résine particulière en dissolution dans celle-ci.
Le Camphre solide se présente sous forme de petits cristaux ou plutôt en frag'ments de cristaux blancs, transparents, d'une odeur spéciale, rappelant celle du camphre ordinaire, mêlée à celle du patchouli et du poivre, d'une saveur chaude et brûlante. 11 est plus dur que celui du Japon ; et, ag^ités dans un flacon de verre, les fragments rendent un son bien plus clair et plus fort que ceux de l'autre camphre. Il est plus friable que ce dernier et plus lourd. Sa densité est un peu supérieure à celle de l'eau, elle ég^ale 1,009. Il est trèspeu soluble dans ce liquide, Irès-soluble au contraire dans l'alcool et Téther. Il entre en fusion vers 198° c, en ébullition vers 212** c. A cette température, il distille sans subir d'altération et reste [toujours identique en tout point avec le camphre de Bornéo dans son état naturel. Son pouvoir rotatoire» rapporté à la teinte de passage, est de + 33^,4. Il est beaucoup moins volatile que celui du Japon, et ne se sublime pas, comme ce dernier, sur les parois du flacon oti il est renfermé.
Quant à la forme des cristaux, il est très-difficile de la déterminer, vu rirrég*ularité de la plupart d'entre eux.
C'est ainsi que Frankeisheim, dans son Système des Cristaux^ leur attribue la forrae « rhomboédrique. » M. Pelouze est du même avis, et autant qu'on peut en juger, dit-il, par la symétrie des faces qui restent encore dans les cristaux, tous plus ou moins déformés, il parait bien que la forme est un « prisme à six faces rég^ulières, dérivant du système rhomboédrique. (1). » Le professeur Miller, de Cambridg^e partage cette opinion. D'un autre côté, sir H.-J. Brooke (2) prétend que les cristaux du camphre de Bornéo sont des modifications du « prisme rectangulaire {{\^. 17). »
Au point de vue chimique, l'étude du camphre de Bornéo est d'un haut intérêt.
Il a reçu de Gerhardt, et ce nom a été adopté par tous les chimistes, la dénomination de Boméol (3). Son analyse, soigneusement faite par M. Pelouze, a montré que sa composition est exprimée parla formule C*^H*^0^.
Si l'on chauffe du camphre ordinaire, pendant huit à dix heures, avec une solution alcoolique de potasse de 180' à 200* c, comme l'a fait M. Berthelot, on obtient du camphate de potasse et du Bornéol (4). Cette réaction prouve que le camphre de Bornéo joue le rôle d'un alcool par rapport au camphre du Japon, dont la for*^ mule est G^^H*^0*; celui-ci étant l'aldéhyde du premier. On peut donc obtenir un Bornéol artificiel; il ne diffère du naturel que par son pouvoir rotaloire plus considérable. 11 se forme encore en distillant le succin avec de la potasse étendue (Berthelot et Buignet); mais
(i) In Compta Rend. Acad. Se. 4840, XI, 365.
(2) Hooher's Journal of Botany, l8o'2, ser. 3, IV, 200.
(3) Ann. de Chim. et de Phyu 3«fiôr., VII, 1843, 286.
(4) Id., LVI, 78, 1^59.
alors son pouvoir rolaloire est, au contraire, plus faible.
Le camphre extrait des résidus de la distillation de Falcool de g-arance, est du camphre de Bornéo (1), comme l'a démontré M. Jeanjean. Le camphre de Bornéo, chaufîé avec un corps oxydant, tel que Tacide azotique, se transforme en camphre ordinaire (Pelouze), par absorption d'oxygène. Chauffé lég*èrement avec l'acide phosphorique anhydre, il se décompose tout à coup, avec production de chaleur et sans aucun dég^agement de fluide élastique. Il se forme de l'eau qui s'unit à l'acide phosphoriqueet un hydrog*ène carboné nouveau, isomérique avec l'essence de térébenthine et la série des carbures d'hydrog'ène appelés Camphènes, Q2ojji6^ Cette réaction est fort importante, comme nous allons le voir tout à l'heure, en nous occupant de la composition de THuile de camphre.
Celte Huile, dont l'odeur rappelle celle de l'essence de térébenthine, mais plus suave, est incolore lorsqu'elle est pure, plus légère que l'eau, et se volatilise sans laisser de résidu. Son point d'ébullilion constant est à 160^ sous la pression de 760 mm. Tels sont ses caractères, après qu'on l'a débarrassée de sa résine et de la matière camphrée qu'elle tient en solution et qui se dépose sur les parois des flacons lorsque les couches supérieures viennent à se vaporiser. Gerhardta donné à cette huile le nom de Bornéenne. Elle est isomérique avec Tessence de térébenthine et a pour formule C^^H*^, comme celle du nouveau corps que Ton obtient, en chauffant le camphre de Bornéo solide, avec
(1) Compt. Rend. Àcad. Sc.j XLVII, 1856, 103.
de l'acide phosphorique anhydre, réaction qui enlève au camphre de Teau.
Nous pouvons donc dire dès maintenant que le camphre solide de Bornéo et le camphre liquide pu huile, ne diffèrent Tun de l'autre qu'en ce que le premier est plus hydraté que le second. Or, nous avons vu que l'huile de camphre existe seule, chez les jeunes arbres, mais que plus tard elle est accompag'née de camphre solide. Il suffit donc, pour que celui-ci se dépose» que l'huile s'hydrate pendant le cours delà végétation.
Si l'on abandonne à elle-même, dans un flacon mal fermé, de Thuile bien pure, elle s'oxyde avec une g'rande rapidité, sans dég^agement d'acide carbonique. Si on l'abandonne quelque temps sur une lessive de potasse et qu'on distille ensuite le mélangée, on obtient une matière camphrée, la même qui se trouve quelquefois toute formée dans l'essence. Ainsi Gerhardt a souvent pu convertir de la sorte en camphre solide, tout le liquide; d'autres fois, la transformation a été moins complète; an bout de quelques jours, il suffit d'ajouter au produit de la dissolution, une grande quantité d'eau pour voir d'abondants flocons de camphre se rendre à la surface du liquide. Le camphre obtenu parce moyen, offre tous les caractères du camphre solide de Bornéo. Cette expérience, dans laquelle l'addition d'eau amène la formation du camphre solide, confirme donc pleinement ce que nous disions, quelques lignes plus haut, à savoir que le camphre solide de Bornéo dérive du camphre liquide ou huile, parTaborption d'une certaine quantité d'eau.
Quant à la troisième substance ou résine particulière tenue en dissolution dans l'huile de camphre, sa com-
position n'a pas, jo crois, été analysée. Lorsqu'on l'expose à l'air, elle ne larde pas à prendre un état sirupeux (Motley). On la sépare de Thuile en soumettant celle-ci à la distillation.