IV.— A lbumine
Nous avons vu qu’à l’état normal, la salive renferme des substances albuminoïdes précipitables par la chaleur et l’acide acétique. L’acide nitrique produit une zone opalescente d’albumine dans la salive filtrée obtenue par la pilocarpine. D'après Jacubowitz, la salive normale ne contient que des traces d’albumine, maïs cette quantité s’élèverait beaucoup dans le ptyalisme mercuriel.
Selon Vulpian, la quantité d’albumine augmenterait dans la salive des brightiques albuminuriques. Chez deux malades de Strauss, Degraëve, pharmacien en chef, a évalué dans la salive obteuue par la pilocarpine la quantité d’albumine précipitable par la chaleur et l’acide azotique. Chez l'un, atteint de néphrite parenchymateuse, l’analyse a donné : mucine 0.253; albumine 0.182 0/00 ; chez l’autre, atteint d'albuminurie d'origine cardiaque : mucine 0.45, albumine 0.145 0/00. Chez un homme bien. portant, on avait trouvé : Mucine 0.320, albumine 0,05. Le fait a été confirmé par Pouchet, qui donne des chiffres beaucoup plus élevés :
O8s. XV. Pouchet (résumée).—Femme. Néphrite parenchymateuse. Albuminurie.
Première injection de pilocarpine :
Salive recueillie. . . . 328 gr.
Albumine.. . ,.... 2.57 0/00
Deuxième injection :
Salive recueillie, . . . 143 gr.
AIDATMIE «+ € 1.98 0/00
La sueur, à l’état normal, ne renferme pas d’albumine ou n’en présenterait que des traces. Nous n’en avons ja= mais trouvé dans la sueur provoquée par la pilocarpine.
Anselmino a signalé des traces d'albumine dans la sueur d’un malade atteint de rhumatisme articulaire aigu.
Stark aurait vu de l’albumine dans la sueur de malades atteints de fièvre typhoïde ; dans la sueur de la fièvre hectique ; dans les sueurs froides de l’agonie.
Leube en a décelé de faibles quantités dans des sueurs provoquées par l’enveloppement dans des couvertures de laine. Sa présence n’est pas constante et serait, d’après l’auteur, la conséquence d’une sorte d’hyperhémie cutañée comparable à la congestion rénale.
Crammer dit avoir trouvé de l’albumine dans la sueur d’un brightique. D’après Semmola, l'albumine passerait dans la sueur des brightiques et il invoque ce fait à l'appui de la théorie humorale.
Vulpian et Strauss n’ont pas vu d’albumine dans la sueur provoquée par la pilocarpine chez les brightiques.
Bergeron et Lemattre n’en ont pas rencontré dans la sueur obtenue au moyen de létuve chez un malade atteint de néphrite parenchymateuse depuis trois mois, ni dans celle d’un homme atteint d’albuminurie syphilitique d’origine rénale.
On peut se demander, relativement au passage de l’albumine dans la sueur et la salive, s'il n’y aurait pas lieu d'établir des distinctions selon la variété d’albuminurie.
Depuis longtemps, on a admis que cellé-ci pouvait se produire dans deux conditions très différèntes : l’une,
Binet,. D
d’ordre physique, se lie à des troubles circulatoires ou à des lésions des reins qui laissent passer l’albumine du sang ; l’autre, d’ordre chimique, reconnaîtrait pour cause un état particulier des albumines du sang. qui deviendraient plus diffusibles ou irritantes pour le rein.
On a cherché des réactions qui permettraient de différencier dans l’urine ces deux groupes d’albumine. L’ancienne réaction d'Icery a été abandonnée, bien qu’une thèse récente ait proposé un procédé analogue à l’aide des Jiqueurs cupropotassiques. Plus récemment, le professeur Bouchard avait cru pouvoir établir une distinction d'apres le degré de rétractilité de l’albumine coagulée; mais les recherches de Lepine ont montré la part qu'il fallait faire au liquide ambiant et M. Bouchard lui-même paraît abandonner cette idée, Notre collègue Capitan son élève, a montré qu'une albumine non rétractile devient rétractile après concentration du liquide dans le vide, Nous même, nous avons reconnu depuis longtemps combien il était facile, en variant les conditions du milieu,
de provoquer la rétraction d’une albumine non rétractile..
Nous pensons cependant que cette idée ne doit pas être abandonnée, mais que les phénomènes sont plus complexes qu’on a pu le croire au premier abord.
On a cherché également un caractère dans le degré de diffusibilité des albumines. D’après Lepine, l’albumine des brightiques serait plus diffusible pendant la FAR de digestion que pendant celle de jeûne. 7
Les différences du pouvoir rotatoire sont d'une inter-
prétation trop délicate pour donner des résultats qualitatifs. L’albumine urinaire étant souvent le mélange de plu,
sieurs variétés. | Terreil à dit que le coagulum produit par.l NOR se rédissout plus aisément pour les albumines transitoires
nr
des maladies aiguës que pour celles des néphrites chroniques.
En somme, la question est encore pleine d’obscurités ; ce qui ne doit point surprendre, car la constitution des matières albuminoïdes n’est pas connue et leur histoire chimique et physiologique à peine ébauchée.
Les variétés les mieux définies d’albumines observées dans les urines sont la sérine et la paraglobuline D’après Lépine et Estelle, leur quantité relative serait généralement proportionnelle à celle du sang. D’après Gottwald, la paraglobuline serait moins diffusible que la sérine.
Quelques variétés rares ont été signalées : telles que le propeptone ou himialbuminose de Kühne et Salkowsky, probablement identique à lalbumine hydratée de Bence Jones non coagulée par la chaleur, mais coagulable à froid par l'acide azotique. Nous avons rencontré quelquefois cette variété d’albumine. Puis une substance analogue à la caséine, l’urocaséine, précipitable par Pacide acétique (Moore). Enfin, des peptones et des ferments diastasiques (Harley; Béchamp).
Nous avons cherché l’albumine dans la sueur de malades dont l’albuminurie reconnaissait des causes diverses et que cette cause parût être d’origine organique, dyscrasique où mécanique, nous n’avons pas constaté le passage de l’albumine dans la sueur. De plus, dans les cas que nous avons observés, nous n’avons pas constaté l’augmentation de l’albumine normale de la salive signalée par Vulpian et Pouchet.
Il faut donc admettre que, quel que soit le mécanisme et la nature de l’albuminurie, il y a pour le rein des conditions d’opportunité particulières qui n’existent pas pour les autres voies d’excrêtion et qui paraissent rési-
mew =
der dans la vulnérabilité anatomique ou fonctionnelle de l’épithélium glomérulaire, soit primitive, soit consécutive à l’irritation produite par les altérations humorales (1).
Technique. — Pour la salive, nous avons employé la méthode suivante :
Aciduler à l'acide acétique et filtrer pour séparer la mucine. Saturer le liquide clair de la filtration par du sulfate de soude en cristaux. Laisser reposer vingt-quatre heures et filtrer jusqu'à ce que le liquide passe absolument limpide. Porter à l’ébullition ; il se forme alors une opalescence générale du liquide.
Mais, pour que l’albumine se rétracte en flocons capables d'être retenus par le filtre, il faut concentrer un peu le liquide au bain-marie.
On recoit le coagulum sur un petit filtre soigneusement lavé et taré. On lave le coagulum à l’eau tiède jusqu’à ce que l’eau de lavage, déposée doucement à la surface d’une solution de chlorure de Baryum, ne donne aucun louche au point d’intersection. Ce lavage, pour être complet, doit être très prolongé.
On dessèche à l’étuve; on laisse refroidir dans un dessiccateur sur l’acide sulfurique. On pèse entre deux verres de montre tarés, sur une balance sensible au dixième de milligramme, et on n'accepte le résultat que lorsqu'il n’y a plus de variations de poids entre deux dessiccations successives.
Pour la sweur, l'essai le plus sensible consiste à laisser couler doucement le liquide filtré clair à la surface du réactif iodomercurique de Tanret versé au fond d’un tube. La moindre trace d’albumine déterminerait au point d'intersection un louche qui ne disparaît pas par la chaleur.
Lorsque la sueur a été obtenue par la pilocarpine, on obtient toujours un léger louche qui disparaît rapidement par la cha-
(1) Consulter sur les rapports de l'albuminurie avec l’épithélium glomérulaire, Nusbaum, Revue mensuelle. 1880 ; Ribbert, Néphrite et albuminurie, p, 22; Lépine, additions à la traduction de Bartels.