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CHAPITRE IV

- SALIVATIONS, SUEURS ET DIURÈSES DITES CRITIQUES. DES CRISES ÉLIMINATRICES.

Nôus avons vu que dans certaines intoxications 1l pouvait survenir une salivation et plus rarement une diaphorèse abondante ‘capable d’éliminer une partie du principe nuisible. Telles seraient les salivations mercurielles, celles qui ont été signalées à la suite de l'emploi des sels potassiques (Salkowsky ; Kemmerich), du tartre stibié (Griffish); la sudation signalée par Perraud dans l’intoxicaton arsenicale, celle de l’observateur de Dublin pour le plomb, celles qui ont été vues dans quelques intoxica— tions mercurielles, etc. Cependant on peut formuler avec raison des réserves sur le côté vraiment éliminateur de ces hypersécrétions et les regarder plutôt comme la conséquence du mode d'action de l’élément toxique.

On peut se demander si, dans le cours ou à la fin des maladies aiguës, l'organisme peut parfois réagir pour provoquer spontanément par la salivation ou la diaphorèse l’éliminetion de principes toxiques formés dans l’économie.

La plupart des maladies aiguës peuvent, depuis les travaux de Pasteur, être asssimilées à des fermentations. L’agent de la fermentation est un microbe ; il provoque par sa vie, même souvent anacrobie une action réductrice, et par la sécrétion de diastases dans le milieu ambiant des hydratations et des dédoublements néces= saires à sa nutrition. Tous ces produits, conséquence di= recte ou indirecte de la vie du microbe, peuvent avoir par eux-mêmes, indépendamment de la concurrence créée par

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le développement de l'être morbide, une action toxique sur l’organisme; et celui-ci, augmentant encore avec la fièvre la somme de ses déchets, il en résulterait un encombrement fatal s’il ne survenait une élimination vraiment critique par quelque sécrétion.

La sueur et la salive peuvent-elles remplir ce rôle ?

La salivation est exceptionnelle dans les pyrexies ; la bouche est généralement sèche, la sécrétion diminuée. Elle à été signalée cependant dans la fièvre typhoïde (Otto, Sydenham) ; dans la pneumonie (Sydenham). Elle est commune dans la variole grave. Ozanam rapporte l'histoire d’une épidémie de ptyalisme essentiei sur venue en 1694 dans la Westphalie et la Prusse; cette singu— lière maladie régnait concurremment avec des varioles confluentes ; elle devint si générale qu'il n’y eut pas de maison où elle n’atteignit plusieurs personnes ; elle présentait tous les symptômes de la salivation mercurielle.

Dans la rage, la salivation a été bien souvent considérée comme éliminatrice. Mais elle est bien plutôt due aux troubles nerveux, bulbaires, si accusés dans cette maladie. L’agent infectieux de la rage passe dans la salive du chien ainsi que le prouvent les inoculations ; mais il ne paraît pas en être de même chez l’homme. Les déchets résultant de l’intoxication rabique s’éliminent-ils par la salive? On avait incriminé le sulfocyanure de potassium qui subirait une augmentation notable dans la rage. Le fait a été contredit.

Nous-même, chez un malade traité sans succès dans le service de M. Sevestre, à Tenon, en 1881, par les injections de pilocarpine, nous avons recherché le sulfocyanure de potassium dans la salive et la sueur. La saliven’en contenait que des traces ; il n’y en avait pas dans la sueur.

Rappelons les propriétés toxiques de la salive hu-

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maine pour plusieurs animaux ; la présence des microorganismes décrits récemment par Pasteur; les ptomaiïnes étudiées par A. Gautier.

Quoiqu'il en soit, le rôle éliminateur de la salive nous paraît bien restreint ; les salivations spontanées dans les maladies sont rares et peuvent généralement s’expliquer soit par des localisations buccopharyngées, soit par des troubles nerveux sécréteurs placés sous la dépendance de l’agent morbide.

Les sueurs sont au contraire fréquentes et les anciens les mettaient au nombre de leurs phénomènes critiques ; mais ont-elles réellement un caractère critique ?

Il est important, à ce point de vue, de comparer les sueurs avec la diurèse chez les fébricitants. Or, nous avons établi de nombreuses courbes comparatives exprimant par rapport à la température la quantité des urines, celle des boissons et la richesse de lurine en matériaux solides. La différence entre la somme des boissons et celle des urines exprime un total complexe, exhalation pulmonaire, sueurs, fèces. Ce dernier facteur peut être déterminé; mais il est difficile de faire la part des deux autres. Quoiqu'il en soit, l’étude de nos observations nous permet de formuler les propositions suivantes :

Pendant la période d’état des pyrexies, la quantité des urines est faible, celle des boissons élevée.

À la convalescence, la quantité des urines augmente jusqu'à constituer souvent une véritable polyurie; concurremment, la quantité des boissons reste la même ou est diminuée. On peut voir même parfois la quantité des urines dépasser celle des boissons.

Bien que l’urime de la période d’état soit plus dense et plus colorée que celle de la convalescence, la somme des déchets éliminés dans les vingt-quatre heures s’élève avec

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la quantité des urines. La polyurie de la convalescence: est réellement éliminatrice, mais cette élimination n’est pas proportionnelle à la quantité des urines.

L’augmentation des urines ne coïncide pas toujours avec la défervescence ; elle peut la suivre ou plus rarement la précéder.

Il est fréquent de voir, au moment de la reprise de l’alimentation, une seconde polyurie ou une exacerbation de la première si elle n’avait pas encore cessé.

Or, s’il est possible d'établir quelques règles générales sur la marche de la diurèse dans le cours des maladies aiguës (1), il est loin d’en être de même pour les sueurs. Chez certains malades, on peut observer des sueurs pendant toute la durée de la fièvre, chez d’autres la peau reste sèche et brûlante; la polyurie appartient à la convalescence, des sueurs même profuses peuvent apparaître à n'importe quel moment de la maladie et sous l’influence des causes les plus diverses, changements brusques de température, intervention thérapeutique, convalescence, adynamie, agonie, etc. Le balancement parait exister pendant le cours de la fièvre beaucoup plus entre l’exhalation pulmonaire et les sueurs, qu'entre celles-ci et ia diurèse ; car la quantité des boissons peut être tres élevée, celle des urines très faible et la peau rester cependant absolument sèche. D’autre part des sueurs abondantes n'entrainent pas de diminution dans lélimination des matériaux solides de l’urime, si l'urine elle-même n’a pas subi de diminution dans sa quantité, En somme, les Yariations dela sueur dans le cours des maladies nous paraissent être bien plutôten rapport avec la régulation ther-

(1) Consulter sur ce sujet : Molé, th. Paris, 1870 ; Charvot, th. de Paris, 1871; Hoepffner, th. Paris, 1872; A. Robin, th. Paris 1877; Hirtz, art. Fièvre, Dict, Prat.

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mique et lés troubles nerveux qu'avec l'élimination qui appartient à la diurèse. e

Nous avons vu du resté dans le cours de ce mémoire que les substances qui passent dans les sueurs ne s’y montrent jamais qu’en très faible quantité ; le pouvoir éliminateur de cette sécrétion est très minime.

Nous avons examiné les sueurs chez trois tuberculeux, afin de savoir si on pouvait y rencontrer de l'albumine, des phosphates, de l'acide urique et une quantité assez notable d’urée pour qu’il en résulte une déperdition réelle pour l’organisme, Le résultat à été négatifet vient corroborer les conclusions qui précèdent.

Ozs. LX (personnelle). — Hôpital Saint-Antoine, salle An« dral, n° 7.

Birn.., 26 ans, cocher, entré le 3 décembre 1883.

Tuberculose rapide ; début simulant une pneumonie du sommet.

Du 8 au 9 décembre, huitième jour de la poussée pneumonique, je recueille un peu de sueur à l’aide d’éponges maintenues sur la région lombaire pendant la nuit.

La sueur filtrée, examinée au liquide Tanret, ne présente pas trace d’albumine.

La fièvre est vive ; les urines rouges et rares.

O8gs. LXI (personnelle). — Hôpital Saint-Antoine, salle Andral, n° 46.

Lagen... (Aimé), 28 ans, menuisier, 1884.

Tuberculose pulmonaire. Craquements humides aux deux sommets. Sueurs nocturnes.

Fièvre légère le soir, 38 à 39; le matin température normale.

6 janvier. Injection de 0,02 nitrate pilocarpine, à 10 heures du matin.

Sueur 35 CC.

15 cc. filtrés, dosés en trois fois, donnent un dégagement

total de 6,92 Az après corrections dans l'appareil à mercure d'Yvon. Donc urée 0/00 1 gr. 356,

uns | Jane

Phosphates. Sueur acidulée par l'acide acétique et filtrée, puis neutralisée.

Une solution ammoniacale de chlorure d’ammonium et de

‘suliate de magnésie ne détermine aucun précipité.

Traces de précipité jaune par le nitromolybdate d’ammoniaque, après vingt-quatre heures de repos.

Cette sueur ne. renferme donc que de très faibles traces de phosphates.

Le 15. Deuxième expérience. Même malade.

Un gilet de flanelle bien lavé a été porté pendant quatre jours. Il est en contact direct avec la peau et recouvert d'une

chemise de toile. Il est mis ensuite à tremper pendant quelques heures dans de l’eau distillée aiguisée d’acide acétique, bien exprimé et rincé à l’eau distillée.

Le total de l’eau de lavage s’élève à 500 cc.

Nous y cherchons l'urée et les phosphates.

10 cc. de cette eau dégagent dans l'appareil à mercure d'Yvon 1 cc. d'azote, après corrections, ce qui, traduit en urée,

donne pour le total de l’eau de lavage 0,15.

Cette eau ne renferme que des traces de phosphates, évalués pour les 500 à environ 0,007 acide phosphorique. (Essai au nitromolybdate d’ammoniaque ; dosage par l’acétate d’urane après concentration au dixième).

Elle répand pendant l'évaporation une odeur pénétrante de sueur.

Ogs. LXII (personnelle). — Hôpital Saint-Antoine, salle Andral, n°2.

B .. (Joseph), âgé de 26 ans, journalier, entré le 18 janvier

Tuberculose à marche rapide. Début, il y a un mois, par phénomènes typhoïdes. Craquements aux sommets ; râles de bronchite. Sueurs abondantes, surtout la nuit. Pas de diarrhée Fièvre intense.

Un gilet de flanelle bien lavé est porté p ar le malade du 23 au soir au 25 au soir, soit pendant quarante-huit heures. Il est di rectement sur la peau et recouvert d’une chemise de toile.

Pendant, la température du soir est à 40°, celle du matin 39,

2 100) tt

Le gilet est traité comme dans l’observation précédente; le total de l’eau de lavage est de 180 cc. Ps

5.cc. de cette eau après filtration dégagent de l'appareil à. nmereure d'Yvon 1,5 Az, après corrections. L'évaluation en urée est donc de 0,158 pour le total de l’eau de lavage.

Pas lraces de phosphates avec le nitromolybdate d’ammoniaque, après concentration. :

Deuxième expérience. — Le gilet est appliqué pendant vingtquatre heures, du 27 soir au 28 soir.

Temyérature : 27 février, T. m., 39° ; T. s., 39,8.—28 février, L...M:,139:857T.3s. 239,6.

Le totai de l’eau de lavage est de 300 ce.

10 cc. apres filtration dégagent 1,838 Az après corrections.

Evaluation en urée, 0,162 pour le total.

Le reste de liquide non filtré est évaporé à sec au bain-marie. On y recherche l'acide urique à l’aide de la réaction de la murexide ; pas trace de ce corps. Odeur pénétrante de sueur pendant l'évaporation.

Troisième expérience. — Le gilet de flanelle est appliqué pendant vingt-quatre heures, du 31 janvier soir au 1°" février à la même heure.

Température : 31 janvier, T. m., 400; T.s., 30,4.—1e février, Han, 29/45 712s.400,

Total de l’eau de lavage, 320 cc.

5 cc. de cette solution dégagent 1,2 Az après corrections. Evaluation en urée, 0,226 pour les 320 cc.

Phosphates : Traces (0,001 à 0,002 acide phosphorique). à

Quatrième expérience.— Le gilet de flanelle est appliqué pen dant vingt-quatre heures, du 3 février au soir au 4 à la même heure. |

Température : 3 février, T. m., 40°; T. s., 40,8. — 4 février, Li 99,6541:0s. 5400.

Le total de l’eau de lavage s’élève à 230 cc.

5 c.c. dégagent 0,5 Az après corrections.

Evaluation en urée : 0,068 pour le total.

« Te

Ces chiffres n’offrent évidemment qu'une valeur relative. Ils indiquent simplement que-la sueur qui a imbibé le gilet de flanelle est pauvre en urée, ne renferme pas d'acide urique et seulement des traces de phosphates.

Binet, 4l

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