‹ Étude sur la sueur et la saliveChapitre 24 sur 27 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

PARALLÈLE ENTRE LA SALIVATION, LA DIAPHORÈSE ET LES AUTRES ÉMONCTOIRES DE L'ÉCONOMIE. DEDUCTIONS THÉ- RAPEUTIQUES.

Après avoir étudié spécialement la sueur et la salive comme voies d'élimination, comparons-les aux autres émonctoires de l’économie, afin deleur assigner leur valeur relative.

Au point de vue de l’élimination, nousdevons établir une différence fondammentale entre les principes gazeux ou volatils et les substances fixes entraînées à l’état de solution.

Pour ces dernières, lPémonctoire par excellence est urine qui est élective pour l’urée et tous les composés de la série urique. Le sang filtre en quelque sorte à travers les reins et y diffuse l’excédent de ses déchets. La plupart des substances absorbées peuvent être retrouvées dans l’urine intactes ou modifiées par leur passage dans l'organisme. Les métaux lourds toutefois ne passent qu’en très faible quantité dans les urines.

La bile est également une voie importante d’élimination. Mais les substances éliminées déversées dans le tube digestif sont reprises en partie par l’absorption intestinale et peuvent rentrer dans l'organisme. La bile est, à l’état normal, la voie d’élimination élective de la cholestérine, du pigment, et des produits de dédoublement des acides biliaires ; elle constitue Le principal émonctoire des métaux lourds qui arrivent avec elle dans l’intestin et là, leur transformation habituelle en sulfures devient un obstacle à une nouvelle absorption.

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Les principes gazeux ou volatils s’éliminent surtout par le poumon. La plupart des sécrétions entraînent un peu de gaz, mais leur quantité est insignifiante. La plus grande partie du carbone désassimilé est exhalée par le poumon à l'état d'acide carbonique, environ 400 litres en vingt-quatre heures. Les alcools, éthers, essences, hydrocarbures volatils s’éliminent par le poumon en nature ou oxydés.

Chez certains animaux, tels que la grenouille, la peau peut, dans une certaine mesure, suppléer le poumon; c'est par le réseau capillaire sous-cutané, recouvert de téguments très fins, que s’effectue cette respiration sup plémentaire. Chez l’homme, l’exhalation de C ® par la peau serait d'environ 9 gr. dans les vingt-quatre heures. Chez les animaux supérieurs, dont on a recouvert la peau d’un vernis imperméable, surviennent des accidents oraves dont la pathogénie a soulevé de nombreuses discussions. On à voulu y voir la conséquence de la suppression d’une sorte de respiration cutanée, ou de la rétention de produits excrémentitiels qui devaieut être éliminés par la peau. D’autres ont pensé qu'il s’agit là de perturbations nerveuses d’origine réflexe. Lomikowsky, auteur d’un travail récent sur le sujet, à montré que la portion vernie de l'animal dégage une bien plus grande quantité de chaleur par rayonnement, et attribue la mort au refroidisseinent, Lang (de Gottingen) pense qu’il faut tenir compte de la suppression dela sécrétion excrémentitielle de la peau. À lautopsie des animaux vernis, il a trouvé des cristaux de phosphate ammoniaco-magnésien dans le tissu cellulaire, le péritoine et les muscles. I] croit que l’urée, en se décomposant, donne de l’ammoniaque qui se combine avec les phosphates pour former les eristaux en question, le rein hypérémié étant devenu insuffi-

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sant, C’est possible ; mais, en admettant cette hypothèse, les lésions rénales sont suffisantes pour expliquer la rétention des déchets sans qu’il soit nécessaire d’incriminer un défaut d’élimination par la peau. Il est certain qu'il existe entre la peau et la plupart des viscères des relations pathogéniques importantes; mais elles paraissent s’effectuer par l'intermédiaire du système nerveux, dont les réflexes puisent dans l'enveloppe cutanée toutes les excitations du milieu ambiant, Nous ne pensons pas que l'élimination soit en cause.

Comparées à l'urine, à la bile et à l’exhalation pulmonaire, la salive et la sueur ont un rôle éliminateur bien restreint. Dans les conditions physiologiques, celui de la salive est nul, puisque ce liquide est dégluti au fur et à mesure qu’il est sécrété et soumis à une nouvelle absorption. Quant à la sueur, Favre a établi le parallèlesuivant pour 14 litres d’urines et de sueurs recueillis chez le même individu et à la même époque.

Sueur Urine Chlorures ....341....11184:689 57.018 DULAIES RE ee see 0.160 21.769 Phosphates.........- races 5.381 Matières organiques. 22.90 139.650

(Moins l’urée et l’acide urique pour l'urine).

Si à ce tableau nous ajoutions l’urée, nous aurions, pour la sueur quelques grammes, et pour l’urine 300 à 400 grammes d’urée.

U n’y a donc qu’un rapport très éloigné à établir entre la sueur et l’urine. Ces deux sécrétions ne présentent vraiment aucune analogie, et l’on a un peu abusé du balancement qui pouvait s'établir entre elles. Ce balance-

ment n'existe guère que pour l’eau, et l’exhalation pulmonaire en revendique une bonne part.

La sueur peut être considérée comme de l’eau entrainant avec elle du chlorure de sodium et quelques substances organiques, parmi lesquelles Purée, mais dont la proportion est insignifiante quand on la compare à celle qu passe dans les urines. Bien plutôt qu'un émonctoire de l’économie, la sueur, dans les conditions normales, est un appareil de régulation de la température ; c’est là sa fonction élective.

La sueur n’ayant donc, dans les conditions normales qu’un rôle éliminateur contestable, ou tout au moins très restreint, la salive n’en ayant pas du tout, peut-on cependant utiliser ces deux voies comme supplémentaires en cas d'insuffisance fonctionnelle des grands émonctoires ?

La méthode sudorifique répond, en thérapeutique, à quatre indications principales :

Dans la première, on se propose de provoquer, par l’intermédiaire du système nerveux, une sorte de révulsion cutanée, soit comme stimulation générale de l’organisme, soit comme dérivation vers la superficie de congestions profondes.

Dans la seconde, on veut transformer dans la fièvre la chaleur excédente de l’organisme en chaleur latente de vaporisation de l’eau à la surface du corps, et utiliser la méthode comme antipyrétique. C’est là, du reste, Le véritable rôle physiologique de la sueur.

Dans la troisième, on veut entraîner, par la peau, une partie de l’eau qui infiltre un organisme hydropique, ou s’est épanchée dans quelque cavité séreuse. La voie rénale ou gastro-intestinale sera toujours préférable.

Dans la dernière, enfin, on se propose d’entraîner, par

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la sueur, des matériaux nuisibles, des déchets et hâter ainsi la fin de la maladie.

C’était l’idée des anciens, avec leur diaphorèse critique, qu’ils cherchaient à provoquer par tous les moyens possibles. C’est avec cette idée encore que la méthode sudorifique à joui, pendant longtemps, d’une si grande faveur dans le traitement de la syphilis et des intoxications chroniques. Guës, dans un article récent, se fait encore

l'écho de cette manière de voir.

Nous ne saurions la partager, et nous n’'hésitons pas, sinon à rayer cette quatrième indication, tout au moins à la restreindre à un très petit nombre de cas, et à la regarder comme un pis aller. Les faits et discussions exposés dans ce travail montrent combien peu il faut attendre de la sudation sous le rapport de l'élimination. C’est à la voie rénale qu’il faut s’adresser ; quand elle fait défaut, l'élimination cutanée offre bien peu de ressources, ainsi que nous l’avons vu dans nos observations d’urémie. L’élimination gastro-intestinale, ou même une déplétion directe du système circulatoire par la saignée, seraient peut-être encore préférables.

Dans les maladies chroniques comme la syphilis, qu’espère-t-on éliminer par les sudorifiques? Des déchets ? Nous savons ce qu’il faut en penser. Des microbes ? Si le milieu reste favorable, leur élimination, à supposer qu’elle soit réelle, n’étant jamais complète, ils repullulent au fur et à mesure qu'on les chasse; si le milieu est devenu

incompatible avec leur existence, ils disparaîtront de

toute façon. Ce dilemme est applicable à la plupart des maladies infectieuses. |

Dans les intoxications chroniques telles que le saturnisme, les sudorifiques jouissent d’une certaine faveur. Nous avons vu combien étaient minimes et contestables,

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dans leur origine, les parcelles de plomb qu’on peut entraîner avec la sueur et la salive. Les bains sulfureux peuvent peut-être avoir une certaine utilité en fixant à l’état de sulfure le plomb qui imprègne les téguments, et en entravant son absorption.

Quant aux éruptions qui peuvent suivre l'emploi de certains médicaments tels que l’iode, peut-être s’expliquent-elles par lirritation que leur élimination cutanée détermine à la surface de la peau.

L'usage et le succès de quelques-uns de ces médicaments, dans les dermatoses (arsenic, mercure, etc.), peut trouver une partie de sa raison d’être dans la même cause.

Nous avons vu que les diverses substances cherchées passaient généralement plus facilement dans la salive que dans la sueur. Nous ne pensons pas, cependant, qu’on puisse utiliser les sialagogucs dans les intoxications, à cause de la faible quantité de salive rendue et de substance toxique éliminée. Mais cette propriété est utilisée, quand on veut mettre, en contact prolongé avec le pharyux, certains topiques tels que le chlorate de potasse. Le pouvoir éliminateur de la salive, bien que généralement plus marqué que celui de la sueur, nous paraît cependant trop faible pour qu'on puisse utiliser cette voie comme émonctoire supplémentaire.

Remarquons que l’élimination des substances ingérées, qui passent en petite quantité dans la salive, étant suivie d’une nouvelle absorption, puisque, dans les conditions normales, elle est déglutée au fur et à mesure, il en résulte une espèce de cercle, qu’il n’est pas sans intérêt de constater, le passage dans le sang s’effectuant généralement en combinaison sodique, et l’élimination salivaireen combinaison potassique.

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