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que les spirochètes pullulent dans la cornée bien avant l’apparition des lésions macroscopiques.
Ils ont en effet démontré que si l’on introduit dans la chambre antérieure de l’œil du lapin un fragment de cornée atteinte de kératite spécifique, on constate une légère réaction locale qui disparaît au bout de quelques jours. La cornée reste limpide, en laissant voir le fragment inoculé, pendant trente-cinq à quarante-cinq jours, et ce n’est qu’à ce moment qu'apparaissent les premiers signes de kératite (opacité de la cornée, injection péricornéale, elc.). Que se passetil dans cet intervalle ? En sacrifiant les animaux deux, neuf, dix, douze, quinze, vingt-deux, trentedeux, quarante-sept et cinquante-deux jours après l'introduction du virus, on constate ce qui suit :
Tout au début de l'expérience (deuxième jour), il est impossible de retrouver quelques tréponèmes dans le fragment inoculé, maïs la plupart des parasites sont dégénérés et se présentent sous la forme de chapelets irréguliers. Autour de ce fragment il se produit une exsudation fibrino-leucocytaire, au milieu de laquelle on peut retrouver quelques spirochètes bien conservés. Cette pénétration des tréponèmes dans l’exsudat de la chambre antérieure peut se retrouver d’ailleurs douze jours après l’opération ; cependant, elle n’est suivie d’aucune multiplication des spirochètes dans l'humeur aqueuse.
Vers le neuvième ou le douzième jour, le fragment de cornée inoculé commence à s’organiser ; le tissu cornéen est traversé par des cellules étoilées dispo-
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sées le long des fentes lymphatiques, tandis que l’épithélium de recouvrement prolifère, pour donner naissance à des ilots enclavés dans ce tissu. Le même processus d'organisation s'opère tout autour du frag-
ment cornéen (formation de cellules fibroblastiques et de nouveaux vaisseaux).
Les tréponèmes, rares dans la cornée inoculée, se retrouvent en grand nombre dans le tissu néoformé péri-cornéen, et surlout au niveau des îlots épithéliaux. On les distingue disposés en amas entre les cellules épithéliales et constituant de vrais foyers de prolifération.
C’est surtout vers le vingt-deuxième jour que l’on décèle une pullulation active des tréponèmes dans le fragment inoculé. Le fragment devient à ce moment riche en vaisseaux lymphatiques bordés par de grosses cellules étoilées, à noyau ovalaire et clair et à prolongements multiples. Les tréponèmes sont en rapport intime avec ces cellules ; ils les entourent sur toute leur surface et pénètrent aussi dans leur protoplasma, où ils s’enroulent parfois sur euxmêmes. Les parasites offrent également une prédilection marquée pour les îlots épithéliaux qui résultent de la prolifération de l’épithélium de recouvrement.
Par contre, l'iris, qui est en contact avec le fragment de cornée inoculé, ne contient que de très rares spirochètes.
Période d'état. — C’est du trentième au cinquantième jour que la lésion cornéenne présente son maximum d'intensité. La durée de eette période est
2% 96 variable avec les diflérents cas. Le maximum de lésions peut être observé pendant un bon mois.
Période de défervescence. — Peu à peu les phénomènes inflammatoires se calment. L'infection des culs-de-sac conjonctivaux disparaît la première, plus tard s’effacent les néo-vaisseaux de la cornée et enfin il ne reste plus qu’une tache blanc grisâtre plus ou moins opaque, qu’un leucome capable de persister indéfiniment. Nos premiers lapins en expérience le présentent encore aujourd’hui, c’est-à-dire après dix mois, Certaines kératites peu opaques peuvent cependant disparaitre sans laisser de traces.
Récidives. — Les récidives peuvent être observées par réinfection locale, disent les uns, par réinfection générale, disent les autres. La réinfection locale est plus vraisemblable puisque l’infection générale n’est pas démontrée.
Nous en avons observé nous-même un cas des plus nets chez notre lapin 21 qui présentait à la suite d’une inoculation intra-oculaire une kératite qui guérit vers le cinquantième jour pour récidiver au cent vingtième.
Levaditi et Yamanouchi (1) ont pu observer la récidive d’une kératite syphilitique, à peu près dans le même temps, cent treize jours après la première. Voici le protocole de leur observation :
1. Levaditi et Yamanouchi. « Récidive de la kératite syphilitique du lapin. » Bulletin de la Société de Biologie Séance du 7 mars 1908, p. 408.
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Les deux cornées furent scarifiées le 30 mai 1907, avec du suc provenant d'un chancre du pénis. Le 3 juillet on observa une kératite droite : l’œil droit fut énucléé et les coupes montrèrent de nombreux tréponèmes dans la cornée. Vers le 5 juillet on remarqua des signes nets de kératite à l’œil gauche ; les lésions rétrocédèrent et disparurent totalement au bout de quelques jours. L’œil paraissait sain, lorsque le 27 octobre, c'est-à-dire cent treize jours après la première kératite, la cornée se troubla à nouveau, au niveau du limbe.
L'’œil fut énucléé bientôt après et servit à l’inoculation d’autres animaux. Chez un d’entre eux sacrifié avant l'apparition de la kératite (quatorze jours) on découvrit de nombreux tréponèmes dans le fragment inoculé. L'examen microscopique de la cornée atteinte de kératite récidivée montra des lésions constiluées par une forte accumulation en foyers de leucocytes mononucléaires el de très nombreux tréponèmes au niveau de la membrane de Descemet,.
Roussel