‹ Étude sur la Thébaïde de StaceChapitre 1 sur 46 · PARIS SOCIÉTÉ NOUVELLE DE LIBRAIRIE ET D'ÉDITION · texte numérisé non relu

PARIS SOCIÉTÉ NOUVELLE DE LIBRAIRIE ET D'ÉDITION

{Librairie Georges Bellais)

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44) SliMS, V, 3.

(51 n^ 162 8^., 176 sqq.

(6) QuoBqQe alios dignaU cheJys \iK i^\\. ^U<^ fk<^ n^^mwv' y^AA l%vM« Hv» poètes qnll a ëtodiés, car il oroet les tivi|îiqu<>9 qu) «li^i^w^iil ^Ul««l ^\)\U< q«és dsBs les classes. Cf. Ovide, Fastes, 1, 3i», H M«HUi. VU)> ^^ l^^

(7) S. V, 3, 178 sqq.

(8) c Nec poetas levasse salis est : excutiondum omil«> «tfr^vUvrum |{i^M«« noo proptèr historias modo, sed verbu quw (r^tt^nttvr lus» «b «iMoU^rlIiHA samuiit. Nec si rationem siderum ignorai, ptH'tM» int<»Ui|iAt.^. Af^' (^n<^iHi (grammatice) philosophiae cuni proptor plurlmuit in onuUlm» t«^iv c«i'mi« nibiis locos ex intima qussUooum itMlurallum rt^pt'tUtut, tum \^\ \^t%\\\Wt Empedoclem...» Quintilien, De Inst. Or,, 1, 4, 4«

LNÏRODUCÏION

Stace était né à Naples (i), ville grecque et plus éprise des poètes grecs que nulle autre ville d'Italie (2). Sous la direction de son père, poète et déclamateur inépuisable (3), il lut surtout des poètes. Lui-même dans son Epicedinm Patris (4) nous donne sur son éducation des renseignements précieux, bien que vagues. Stace le père faisait étudier à ses élèves, fort nombreux, à Naples, puis à Home (5), Homère, Hésiode, Pindare, Ibycus, Alcman, Stésichore, Sappho, Callimaque, Lycophron, Sophron, Corinne, d'autres encore honorés par la muse (6). Il leur enseignait aussi la science augurale et les rites de la religion romaine (^), mais seulement pour expliquer les poètes, Car à l'école du grammairien il n'est question que de poésie et de style (8). 11 est impos-

(1) Entre 40 et 45. Sur la biographie de Stace, voir notamment Vollmer, Introd, aux Silves, 16 sqq., et W. Hartel, Studia Statiana, Lipsiae 1900. (i) Cf. Silo. III, 5. 79 sqq., 92 sqq.

(3) (Sive... libebat...) effreno nimbos œquare profatu (S. \, 3, 103). Cf. sur ses victoires précoces aux jeux napolitains, Lafaye, De Poet. et Oral, certaminibuBy 50 sqq.

(4) Silves, V, 3.

(5) 76., 162 sqq., 176 sqq.

(6) Quosque alios dignata chelys [ih. 156). Stace ne nomme pas tous les poètes qu'il a étudiés, car il omet les tragiques qui sûrement étaient expliqués dans les classes. Cf. Ovide, Fastes, 1, 369, et Martial, VIII, 3, 13.

(7) S. V, 3, 178 sqq.

(8) « Nec poetas legisse satis est : excutiendum omne scriptorum genus, non proptèr historias modo, sed verba quœ fréquenter jus ab auctoribus sumunt. Nec si rationem siderum ignoret, poetas intelligat... nec ignara (grammatice) pbilosophiae cum propter plurimos in omnibus fere carminibus locos ex intima quaBslionum naturalium repetitos, tum vel propter Empedoclem...» Quintilien, De Inst. Or,, I, 4, 4.

a INTRODUCTION

sible d*ailleurs, si ron en juge par les commentaires des scoliastes et les blâmes de Quintilien (i), dlmaginer un enseignement plus creux et plus vainement formaliste que celui des grammairiens en général. Pas une ombre de critique : le choix des poètes expliqués par Stace le père Tindique assez. Même dans l'étude du style, le professeur ne recherche pas si les paroles sont conformes au caractère et à la situation du personnage : presque toujours il prend chaque morceau à part, sans le rattacher à rien. De là des erreurs grossières et, dans la géographie, les mœurs, les notions scientifiques, de très graves confusions. En résumé, puéril et vide, sans idées générales, sans vue sincère des choses, voilà quel était l'enseignement que recevaient les Romains de l'époque de Stace (a) et que reçut sans doute Stace lui-même.

Stace fut entouré, comme il est naturel, des soins particuliers de son père. Il avait d'aimables dons poétiques : peu d'imagination, mais une âme tendre qui s'émouvait devant les jeux simples des enfants, et que la pudeur des vierges inspirait gracieusement. Il savait aussi voir et goûter la nature (3), et ses yeux n'étaient pas fermés aux beautés des œuvres d'art (4). Tout chez lui fut donc tourné vers la poésie.

(1) Qulnl. /. 0., I, 8-17.

(2) Sur l'objet et la méthode de renseignement à Rome, il faut lire les chapitres VI et VII de la thèse de E. Jullien, Les Professeurs de littérature dans l'ancienne Bome^ 199 sqq .

(3) <x Stace dont on goûte surtout la lecture en Italie à cause de la yraie couleur de ses vers, comme l'a fait observer le fameux Niebuhr. i Friedlânder, trad. Vogel, II, 483.

(4) « Statius, inqult (Goethe), poeta est magnopere laudandus assiduoque studio nostro dignus : non me offendunt ea quae luxurie quadam ingenil effudit, sed admiror in eo artem qua res conspicuas mente comprehendere et exacte describere optimum quemque poetam decet. Vide quam accurate deplngat illum equum Domitlanl, quam fideliter reddat imaginem Herculis, quam subtlliter describat villarum regiones, balnei ornamenta. Omnes res quas verbls désignât ante oculos nobis versari videntur ; tanla est ei ars imagines percipiendi et repraescntandi. » (Haupt, Statii Hercules Epitrapezios, léna, 1849, 7.)

INTROpUCTION i

Tandis que ses jeunes camarades de Naples et de Rome entraient à Técole da rhéteur, plus fausse encore peut-être que celle du grammairien, lui, semble-t-il, continua d'étudier les poètes grecs et latins, et de faire des vers. Tout jeune, il apprit à haïr le style vulgaire et à faire résonner la lyre :

Sed décos hoc qnodcunqae lyrae primusque dedîsti Non vulgare loqui et iamam sperare sepnlcro.

{S. V. 3, 2i3 sqq.)

U remporta des succès scolaires inouïs :

Qnalis eras, Latios quotiens ego carminé patres Mnlcerem, felixqne tui spectator adesses Mnneris !

(S. V. 3, 2i5 sqq.)

n concourut aux jeux napolitains et conquit la couronne de Cérès :

Ei mihi qnod tantnm patrias ego vertice frondes Solaqae Ghalcidicœ Cerealia dona coronœ Te sub teste tnli 1

(S. V. 3, 325 sqq.)

Quel était le sujet de ces poésies d'école et de concours? Sans doute la louange d'un dieu, d*une ville, de quelque grand personnage. Les fragments qui nous sont restés des poètes lauréats (i) ne nous permettent guère de préciser ; mais il nous est parvenu deux traités sur le genre épidictique (2) qui nous apprennent de façon assez claire comment

(1) 'Ë-piu(ita inixi. Cf. Lafaye, op. cit., 29 et 51.

(2) Ilepl ÈuiSeixTixcôv (Walz. Rhet. gr. XI, p. 127 sqq. — Spengel, III, 329 sqq.). Quoi qu'en ait dit Walz (IX, p. XVI sqq.), il semble bien que le premier traité seulement est du rhéteur Ménandre ; le second (Walz, 213 sqq.) est d'un autre auteur. Cf. M. Croiset, Hist. de la Litt. gr., V, 783. note 2).

4 INTRODUCnON

les riiéteun grecs formaient leurs élèves à U poésie et à l'éloquence d'apparat : tontes les variétés d'hymnes, de prières, d'éloges, de discours ou de poésies de circonstance y sont définies et classées ; toutes les sources d'inspiration et d'imitation, la méthode à suivre, l'emploi des lienx communs, des éthopées et des descriptions, le choix du style qui convient y sont indiqués et expliqués; des exemples même illustrent les préceptes, et nous aurons occasion d'établir, entre ces divers exemples et quelques passages de Stace, des rapprochements instructifs. Si Ton considère d'autre part que dans les Sihes Stace n'a fait, pour ainsi dire, qu'étendre et adapter à des personnages réels les thèmes proposés par Ménandre (i), on ne peut douter que son père, d'éducation aussi grecque que latine, ne l'ait instruit selon la méthode employée par les rhéteurs grecs et ne lui ait fait réciter, devant les pères de ses élèves, des morceaux analogues à ceux que nous venons de mentionner. Que cette méthode d'ailleurs fût savante et souvent habile, on ne peut le nier; mais elle manque de vérité et de naturel, elle est, en son principe et surtout dans ses excès, déplorable pour un poète.

L'éducation de Stace fut donc tout artificielle. Aussi, quand, lassé des succès scolaires et des couronnes de concours, il voulut aborder de plus grands sujets, il ne songea pas à oublier les exemples de la rhétorique ni à étudier autre chose que les poèmes antérieurs. Yii^ile avait visité tout exprès Tltalieetla Sicile pour «i7tt«r exactement sonÉnéideità); avant de mettre la dernière main à son épopée, il voulait passer en Grèce et en Asie et voir de ses yeux les rivages où il avait fait débarquer Énée (3). Mais les poètes du temps de

(1) Cf. Yollmer. P. Pap, Statii Silvarum libri, p. 26, n. 2 et pass.

(2) Cf. Boissier. Nouvelles promenades archéologiques, 125 sqq.

(3) Cf. La Vie de Virgile, par Donat, 62 sqq. et Horace, Carm. I, 3. — Au reste Heinze (Virgils Epische Technik, 390 sqq.) a contesté l'exactitude des descriptions de Virgile.

Stace n'avaient plus de ces scrupules. Si Lucain avait beaucoup voyagé et si quelques-unes de ses descriptions sont d'une minutieuse fidélité, il n'avait pas hésité à décrire le Tigre et TEuphrate qu'il ne connaissait pas (Phars. III, 253 sqq.), et son scoliaste nous apprend (Î6. III, 261) que Néron lui-même avait consacré un poème aux chutes du Tigre, sans les avoir jamais vues. On voyageait pourtant beaucoup sous l'Empire et Stace savait voir ; mais il était pauvre (i), et du reste autre chose, à cette époque, était la nature, autre chose la peinture poétique de la nature. Ses contemporains ne se souciaient pas de l'exactitude, mais de l'élégance des vers, et des adaptations ingénieuses d'Homère et de Virgile.

Que fit donc notre poète ? Il nous le déclare très simplement, s' adressant à son père :

Te nostra magistro Thebais urgebat priscorum exordia vatum.

Tu cantus stimulare mecs, tu pandere facta Heroum, bellique modes positusque locorum Monstrabas.

(S. V. 3, 233 sqq).

Ces vers nous mettent sous les yeux le travail commun du fils et du père. Le père, charmé des dispositions de son fils, l'encourage aux longs efforts, il lui fait relire les modèles (2), Homère qu'il connaît bien, qu'il a même traduit, Virgiîe, qui sera le guide préféré puisqu'il est le dieu de la poésie latine.

L'inspiration de Y Iliade ou de Y Enéide n'importe guère : l'inspiration, pour Stace le fils, ce sera une immense lec-

(1) Friediander parait croire cependant que Stace avait visité du moins Corinthe. (Trad. fr. t. IV, supp. au tome II, 56> ; mais les vers sur lesquels il s'appuie (Silv, II, 2,34) sont peu probants et de sens obscur. Cf. Vollmer {Silv. II, 2,34), 343.

(2) Ainsi Ménandre, ch. II surtout (Walz, IX, 198 sqq.), et passim.

ETUDE

sxm

aux jeux capitolins, chanter la gloire de TEmpereur (i). Pourquoi après ces courts poèmes, n'aurait-il pas tenté une véritable épopée sur les mêmes sujets ?

Mais il ne faut point s y tromper : ce mépris pour les sujets usés, ces promesses d'épopée à Domitien sont des lieux communs, et rien de plus. Quand Stace félicite Lucain d'avoir délaissé la Grèce primitive, il a commencé depuis longtemps, terminé peut-être sa Thébaïde (2). Plus tard encore il raillera les vieilles comparaisons chères aux auteurs d'Epicedia, et il en usera lui-même (3). C'est que Virgile s'était déjà moqué des chantres d'Hylas (G. III, 4 sqq.), et bien d'autres poètes après lui (4). Quelques-uns étaient sincères, Martial surtout qui en voulait à Stace ; mais Stace ne voyait dans ces railleries qu'un développement poétique. De même pour les engagements qu'il paraît prendre envers l'Empereur. Quand, son premier poème achevé, il songea à une autre épopée, il entreprit VAchilléide et d'ailleurs n'oublia pas, dans l'invocation, de promettre encore à Domitien

(1) 5. V, 3, 227 sqq, 111,5, 28. IV, 5, 22. Il ressort de IV, 2, 65 sqq. que Stace obtint la victoire aux jeux albains pour ses poèmes ou fragments de poème sur les guerres de la Germanie et de Dacie.

(2) Le Genetkliacon de Lucain a été écrit en 89 ou en 92 pour le 3 novembre, anniversaire de la naissance de Lucain. La Thébaïde, commencée vers 80, fut achevée en 92 ou à la fin de 91. (Cf. S. I, Prooem.)

(3) 5. V, 3, 8 sqq.

(4) Horace, i. P. 14 sqq.; Perse, 1,29. Ju vénal, 1,1 sqq.; Martial, Ep.X, 4:

Qui legis (£dipoden caligantemque Thyestem, Colchidas et Scyllas, quid nisi monstra legis ?

Dira-t-on peut être que c'est sa défaite aux jeux Capitolins qui le détourna d'une épopée sur les guerres de Domitien ? Que sa défaite soit en effet de 90 (Vollmer, op. cit. p. 19 note il) ou de 94 (VV. Hartei, op. cit., 8-17), VAchilléide parait être postérieure. Cf. S. IV, 4, 95. Mais la vérité est que Stace ne voyait pas là matière à épopée : c'étaient des événements trop récents qui comportaient mal l'appareil mythologique et qui eussent exigé tpop d'invention. Sur l'inimitié de Stace et de Martial, voir G. Curcio {Stazio e la sua Tebaide, 83 sqq. ; Frledlânder, Martialis Epigr. Einleit. 9 et 21 ; Vollmer (Einleit , p. 20, ni 4.)

un chant épique (i) : preuve que ces promesses étaient une simple formalité dictée par l'usage (2), plus encore que par la pinidence.

Stace, fidèle au premier enseignement que lui avait donné son père, délaissa donc son siècle, et T Empereur, et tout le passé même de Rome ; il rétrograda jusqu'aux temps héroïques de la Grèce, et s'attaqua à la Thébaïde. Malgré l'exemple de ses plus glorieux prédécesseurs, il fuyait la terre italienne, malgré Lucain il se replongeait dans la mythologie. Il entrait en lutte avec l'auteur de la Thébaïde cyclique, presque aussi fameuse que V Iliade, avec Antimaque, qui approcha d'Homère, avec les trois grands tragiques grecs. Bref, très mal doué pour la poésie épique, il abordait l'épopée ; à des Romains qui lisaient et acclamaient les poèmes patriotiques d'Ennius, de Virgile et de Lucain, il offrait une épopée purement mythologique et grecque; devant des spectateurs lettrés, il récitait une pâle et maladroite imitation des chefs-d'œuvre de la Grèce. Tout lui garantissait un échec retentissant et mérité ; et cependant sa Thébaïde fut accueillie d'abord par un applaudissement presque unanime. Ce n'est pas lui seulement qui nous l'assure (3) ; c'est aussi Juvénal qui exprime avec enthousiasme son admiration et celle du public :

Curritur ad voceni jucundam, et carnien amicae Thebaidos, laetam fecit cum Stalius urbem Promisitque diem : tanta dulcedine caplos AfBcit ille animes, tantaque libidine vulgi A^àiiuT ! f;SaL VII, 82 sqq.)

(1) Te longo necdum fidente paratu Moiimur, magnusquc tibi pracludit Achilles. {Ach. I, 18 sqq.)

(8) Cf. Virgile, Géorg. III, 46.

(3) ... Jam certe praesens tibi Fama benignum

SI ravit iler coepitque novam monstrare fuluris. Jam te magnanimus dignatur noscere Caesar, Itala jam studio discil raemorajtqne juvenlus.

(Théb.Xlh 812 sqq.)

lO INTRODUCTION

Ce succès noas parait incompréhensible aujourd'hui, bien que la gloire de Stace n*ait commencé à pâlir qu'au xvii« siècle (i) ; on ne peut s'expliquer sans un véritable effort et le choix du sujet et l'approbation des contemporains.

Mais, outre que les débuts de Stace le vouaient, pour ainsi dire, à cette œuvre fausse, il faut se rappeler que la littérature romaine s'était formée à l'école des Alexandrins, et que les sujets mythologiques des Grecs, surtout, n'avaient jamais cessé d'être à la mode. A l'époque d'Auguste et dans le cours du i'"" siècle, Furius Bibaculus avait traduit ou adapté YÉthiopide (2), Pompéius Macer les Antéhomériques et les Posthomériques (3), Julius Antonius la Diomédie (l^). Camérinus YExcidium Trojae (5), Pedo la Théséide(6). Une Thébalde même avait été commencée par Ponticus, l'ami de Properce(7). En des poèmes de toute longueur et de tout mètre, on ne parlait que de Phillis et d'Hypsipylès (8), et les échos retentis-

(1) Cf. Lehanneur, De P. Papinii Statii vita et optribus (1878). Cap. 1 (Quas Statii vices experta sit fortuna), 9 sqq. — Et sur les imitations des poètes postérieurs, voir pour l'Antiquité romaine : Kulla, Qq. Statianœ (Breslau, 1884), 3-43. — Pour le Moyen-Age, en France : L. Constans, La Légende d* Œdipe» Pour le Moyen Age, en Italie : L. Valmaggi, La fortuna di Stazio nelta tradizione Içtleraria latina e bassolatina, Rev. di philoL e d'istr. classica, XXI (1893), fasc. 7-9, 409 sqq., fasc. 10-12, 481 sqq. ; M. Scherillo, / e Christianisme de Stace selon Dante, Alêne e Roma, 1892, n» 39; G. Albini, même sujet, ib, n« 41.

(2) Horace, S. 1, 10, 36, cf. Teuffel, 192, 5.

(3) Teuffel, 252, 3.

(4) Acro ad //or., C. IV, 2, 33. -^ Teuffel, 242, 6.

(5) Il y eut deux Camérinus : Fauteur de VExcidium Trojae est peutêtre Q. Sulpicius Camerimus, consul en- 762. — Camérinus Largus composa un Retour de Uénélas (Ovide, Pont. IV, 16, 17 sqq.). Cf. Teuffel, 286, 8. — Néron lui-même avait écrit des Troiea, Teuffel, 286, 8.

(6) Ovide, Pont. IV, 10, 71, 75. Un certain Cordus, du temps de Juvénal. avait Hussi chanté Thésée (Juv. I, 2).

(7) Properce, I, 7,1 sqq.

(8) Perse, I, 29 sqq.

saient des g^ndements d'Éoleet des marteaux de Yulcain(i). Dans Tart il en allait de même, d*autant que la peinture et la sculpture ne sont pour ainsi dire jamais devenues romaines (a), et que de tous temps les Romains flétrirent les artistes du nom d'ouvriers (3). Doiton croire que l'exemple de Lucain avait suffi pour modifier le goût public ? Mais au contraire des maîtres en renom critiquaient son sujet; et si l'éclat original de son style lui conquérait des admirateurs, du moins sa gloire était trop discutée pour que bien des poètes osassent après lui délaisser les antiques légendes fécondes en développements faciles et une mythologie éprouvée, qui fournissait en abondance les vers tout faits. Sans parler du poète ' ridicule qui refait le début de la Pharsale, Yalérius Flaccus adapte à la science géographique de son temps les Argonautiques déjà traduites par Yarron d'Atax. Un peu plus tard Silius Italiens met en vers la seconde guerre punique, sujet romain il est vrai, mais où reparaît, comme dans la parodie d'Eumolpe, toute la vieille mythologie : preuve manifeste que les magiciennes et le ciel stoïcien de la Pharsale ne satisfaisaient pas les nombreux amis de l'épopée traditionnelle. Qu à la même époque Stace se soit mesuré à la Thébaïde, la seule des grandes épopées grecques qui n'eût pas été imitée ou abrégée parles Romains, qui pourrait encore s'en étonner? L'éducation qu'on recevait sous l'Empire explique son choix : elle explique aussi son succès.

On a remarqué que les tragédies de Sénèque ont toutes pour sujet des crimes atroces,parricides ou incestes, capables d'exciter chez les lecteurs les émotions les plus violentes (4). Les vieux tragiques romains n'avaient pas mis sur la scène la

(1) Javénal, I, 1 sqq.

(2) fioissier, Rome et Pompéi, p. 379 sqq.

(3) SéDëqae, Àd LuciL 88, 18.

(4) F. Léo, Seneex tragoedim, I, 158, : « Omnia vero argumenta ista eam ob causam Senecam elegiase patet quia in illis summl affectus, amor, ira, dolor et atroçissima faeinora, parrieidia et incestus, u bique locam tenerent. n

honteuse passion de Phèdre, ni le mariage d' Œdipe, Sénèque les y introduit. Ils avaient adapté le drame affreux de Thyeste et d'Atrée (i) ; mais il parait invraisemblable que ni à Rome ni en Grèce on eût entendu un dialogue aussi elîroyable que celui des deux frères dans Sénèque. C'est qu'à Técole des rhéteurs, les Romains avaient pris le goût de Thorrible et du pathétique criant (2). Stace les satisfaisait pleinement avec celte lutte fratricide où partout retentissent les cris d*Œdipe incestueux, où abondent les morts et les assassinats les plus barbares.

Lui reprocherait-on ses perpétuels emprunts non seule- •ment aux Grecs, mais encore et surtout aux Latins, àVirgile, à Lucain, à Sénèque ? Non, car il ne semble pas que les anciens aient fait autant de cas que les modernes de l'originalité (3) : ils ne tenaient compte que de Texécution adroite et neuve et goûtaient fort une imitation ingénieuse.

Et d'autre part peu leur importait l'incohérence de l'action, des idées, des mœurs. Ils entendaient l'œuvre par fragments et ne se souciaient que des fragments ; ils étaient habitués à toutes les audaces par leurs déclamateurs en renom ; ils ne s'intéressaient réellement qu'aux détails et au style. Stace le savait ; aussi ne chercha-t-il pas à éviter les contradictions ni les anachronismes dans un poème qu'il avait à loisir limé et poli (4) ; il porta tout son effort sur les ornements et sur le style, et là, du moins, il ne mérita pas seulement l'approbation des Romains de l'Empire, mais, jusqu'à un certain point, celle de la postérité.

On entrevoit maintenant, semble-t-il, le but de ce travail.

(1) SéDèque, Thy estes j

\2) Aussi Lco dit-il encore de Sénèque le tragique : utique non tragicam musam carminibus suis adspirare jussit, sed scolasticam (op. cit.^ 147). De même, en beaucoup de passages, ce n'est pas la muse épique qui inspire Stace, c'est la muse de la déclamation. Ovide recherchait déjà l*horreur. Cf. Lafaye, Les métamorphoses dVvide, H7.

(3) Cf. Heinze, Virgils Ep. Techn, 245 sqq.

(4) Multa cruciata lima {Thebais), S. IV, 7, 25 sqq.— Cf. Th. XII, 811.

INTRODUCTION l3

Si la Thébaïde est peu intéressante par elle-même, du moins elle nous révèle les goûts d'une longue époque littéraire, et à ce titre elle est digne d'être examinée avec quelque soin. D'ailleurs son auteur a fait preuve de qualités poétiques, bien qu'une éducation faussée et un trop vif plaisir de plaire à ses contemporains l'aient entraîné dans de grosses erreurs. Il convient donc d'étudier le sujet de cette pseudo-épopée. Après avoir montré dans une première partie ce que Stace doit pour le fond aux poètes grecs et latins, c'est-à-dire la matière et les sources de la Thébaïde, on traitera de la forme dans une seconde partie et on étudiera successivement la composition, la mythologie, les caractères, les mœurs, les ornements poétiques et le style. Mais partout on s'efforcera de bien distinguer ce qui appartient aux prédécesseurs du poète, ce qui est du temps et ce qui est de Stace lui-même. Trop souvent on sera forcé d'appuyer sur les défauts du poème, mais pour les expliquer, non pour le vain plaisir de critiquer l'auteur. Stace s'est trompé sans doute ; mais pourquoi s'est- il trompé ? pourquoi méritait-il peut-être de ne pas se tromper ? Voilà ce que je voudrais surtout faire ressortir de cette étude.

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