CHAPITRE PREMIER
La légende avant Stace
On a étudié dans un précédent volume (i) les origines primitives et le développement des Légendes Thébaines dans la poésie et dans Tart grecs jusqu'au début du IV* siècle. Il conviendrait maintenant d'examiner avec soin la grande épopée d'Antimaque, si célèbre dans l'antiquité (2), et qui fut évidemment la source principale de
(1) Les Légendes Thébaines dans Vépopée et la tragédie grecques,
(2) Cf. Plutarq. Lysandre, 18, Timoléon, 36. Proclus, Comm, sur le Timée,l,p.2S.Anth. Pal.Xl,2iS. Quintilien, X, I,53.-Que cette épopée fût plus longue encore qu'illustre, on n'en peut douter après le mot de Gicéron. {Brut, 51 : magnum illud volumen) et l'amusante critique de Plutarque (nepl 'A8o>. p. 513 A). Mais ce n'est pas Antimaque, auteur de la Tkéba'ide, qui est critiqué par Horace (À, P., 146) en dépit du scoliaste. 11 est facile de voir en effet qu'Horace fait allusion à un auteur de Retours : or, une variante d'Acron (Godd. Paris. 7971, 7974) dit : Antimachum significat graecum poetam qui graecorum redltum a Troja describens in XXIIII libros dilatavit ante(quam) Vil duces ad Graeciam adduceret. D'autre part, nous connaissons un Antimaque, auteur de No(rrol, (Plut. Rom, 12; Gl. Al. Strom., VI-2.12 ; Kinkel, Fr, ep. gr, 247) qui était deTéosou de Golopbon. G'est à lui évidemment qu'Horace fait allusion, et nous n'avons
l6 LE SUJET ET LES SOURCES
Stace (i). Malheureusement il ne nous en resfe qu'un petit nombre de fragments dont il est impossible d'extraire les données générales ou le plan du poème. Tout au plus pourrons-nous, dans le cours de ce travail, confronter avec plusieurs passages de Stace les vers sauvés d'Antimaque et fixer les probabilités d'imitation.
De même Callimaque dans ses A?Tta parait avoir recherchés les origines des jeux Néméens, et avoir à ce propos esquissé à grands traits la guerre des Argiens contre Thèbes (2) ; mais la reconstruction du poème et les attributions de fragments sont très conjecturales.
donc aucun renseignement précis sur la longueur de la Thébaïde (Cf. 0. Gruppe, Jahr. iib. Alt. Wiss., 81 (1894), 98). — Les fragm. de la Thébaide ont été édités en dernier lieu (1877) parKinkel, 275 sqq.
(1) Helm, De P. P. Statii Thébaide^ 7 sqq., parait le nier. Elssfeldt {Ueber Quellen und Vorbilder des P. P. St., 1900) croit que Stace a plutôt imité la Thébaïde cyclique. Sans nier que notre poète ait pris bien des libertés avec son modèle, on ne peut douter qu'il Tait surtout suivi ; nous en aurons sinon des preuves, au moins beaucoup d'indices. Au reste le scoliaste {Ad. Theb. III, 466) est formel; v. plus loin. — Dans Atene e Roma (1901, 125 sqq,), de Philippis constate assez justement que la Thébaide d'Antimaque a été comme le recueil de matériaux où Stace a puisé, sans négliger les autres sources. — On ne peut que nommer deux autres ThébdideSf celle d'Ântagoras de Rhodes qui vécut au IIP siècle avant J. -G. (Suidas, Vita Arali; cf. Pauly-Wissova, 1, 2338), et celle de Ménélas d'Aegae (époque inconnue)^ poète correct, mais sans talent, au dire de Longin (Walz, Rhet. gr, VI, 93 ; cf. Welcker, D. Ep, Cyclus, I, 102*). L'oubli complet où sont tombés ces deux poèmes permet de croire que Stace ne les a même pas connus.
(2) Ci. 0. Schneider, Callimachea, II, 65 sqq. Plusieurs fragments (207, 226 par ex.) et une allusion d'Ovide {Tr. V, 5, 33 sqq.) paraissent prouver que Callimaque a du moins touché à l'expédition des Sept. Mais en général, Schneider se contente trop aisément de conjectures : les fr. 142 et 211 qu'il rapporte à la fondation des jeux Néméens par Héraklès peuvent être extraits de quelque comparaison ; il n'y a pas d'allusion probable à Amphiaraûs dans le fr. 419, de sens si général ; retrouver une énumération des villes conjurées dans les fragments 477 et 570, un souvenir d^Hypslpylé ou de la bravoure des Thébains dans les fr. 217 ou 438, est vraiment trop difficile. — On signalera en leur place dans le présent chapiire les rapprochements les plus vraisemblables de Schneider.
LA. LB6ENDB AVANT STACS IJ
Théocrite même a fait allusion à quelques personnages de la Thébaïde (i), ainsi que bien d'autres poètes sans doute ; mais il ne semble pas que Stace ait pu s*inspil«r d'eux comme de Gallimaque et surtout d'Antimaque.
Mais puisqu'il n'a survécu de tant de poèmes que des restes insignifiants, le plus sûr est de demander aux mythographes l'abrégé de la légende, qu'ils ont puisé dans les poètes ou dans les logographes antérieurs. Le pseudo-Apollodore, dans le 111^ livre de sa Bibliothèque^ nous renseigne assez exactement sur tous les points essentiels et sur les différentes versions de l'histoire d'Œdipe et de la guerre des Sept. Nous donnerons donc ici son résumé, nous bornant à indiquer ses sources aussi exactement qu'il se pourra, et renvoyant pour plus de détails au volume déjà cité sur Les Légendes Thébaines dans V Épopée et la Tragédie grecques,
Apollodore, III, 48 (III. 5, 7 sqq.). « Laio^ ayant épousé la fille de Ménoikeus que les uns appellent Jokasté, les autres Épikasté (2), fut averti par le dieu de ne pas engendrer de fils, ce fils devant tuer son père (3). Mais s'étant enivré (4), il eut des rapports avec sa femme, et il donna l'enfant à exposer à un berger,lui ayant percé les chevilles d'aiguilles(5).
49. Ce berger l'exposa sur le Kithaeron, et les bouviers dePolybe, roi de Korinthe, ayant trouvé le nouveau-né, le portèrent à sa femme Péribée. Celle-ci l'ayant pris l'adopta, et ayant soigné ses chevilles l'appela Œdipe, nom tiré de l'enflure de ses pieds (6).
50. L'enfant étant devenu grand et l'emportant en force sur ceux de son âge, était appelé par jalousie fils supposé (7).
(1) Théocpite. XVII, 53 sqq. Cf. Splro, De Euripidis Phœn. (iSSi) 45,nole69.
(2) Odyss. XI, 271. Pseudo-Pisandros. Se. Eur. Phœn. 1760.
(3) Eschyle, Sept, 745 sqq., Sophocle, Œd, R., 714; Euripide, Vhœn,, 19 sqq , Diod. de Sicile, IV, 65, etc.
(4) Earipide, Ph. 21.
(5) Sophocle, Œ. R., 717 et 1034; Euripide', Ph., 24 sqq.
(6) Sophocle, œ, R., 715, 1024, 1036, 1040 ; Euripide, Ph., 2S sqq. (une légère différence).
(7) So])bocle, Œ. i?., 776 ; Euripide, Ph,, 32 sqq.
l8 LE SUJET BT LES SOUBGES
Et s'étant informé près de Pérîbëe, il ne pouvait rien apprendre ; il partit pour Delphes afin de s*enqnérir de ses parents (i). Le dieu lui dit de ne pas aller dans sa patrie, car il y tuerait son père et épouserait sa mère (a).
5i. Entendant cet oracle et se croyant issu de ceux que Ton disait ses parents, il ne revint pas à Korinthe, et, traversant la Phokide sur son char (3), il rencontra dans un ch^jaiin étroit Laîos, monté aussi sur un char. Et Polyphontes, héraut de I^aîos, Tayant invité à céder le passage, comme il tardait à obéir, tua Fun de ses chevaux. Œdipe, irrité, tua Polyphontes et Laïos et arriva à Thèbes.
5a. Laîos est inliumé par le roi de Platées, Damasistratos (4), et la dignité royale passe à Kréôn, fils de Ménoikeus. Mais sous le règne de celui-ci, une grande calamité fond sur Thèbes, car Hêra avait envoyé une Sphinx qui avait pour mère Échidna (5) et pour père Typhon ; elle avait le visage d'une femme, la poitrine, les pieds et la queue d'un lion, les ailes d'un oiseau (6). Et ayant appris des Muses |
une énigme, du mont Phikion, où elle était assise, elle la proposait aux Thébains.
53. Voici cette énigme : Quel est l'animal n'ayant qu'une bouche, qui marche sur quatre pieds, sur deux pieds et sur trois pieds (7) ? Et un oracle ayant annoncé aux Thébains
(1) S. Œ. R,, 780 sqq. ; E. Ph., 35.
(2) S. Œ. A., 788 sqq. Selon Euripide (P/i. 35 sqq.), et les plus anciennes légendes, Œdipe n'alla à Delphes qu'après avoir tué son père.
(3) Nul poète grec ne dit qu'OEdipe . fût sur un char. Euripide déclare qu'il* était à pied {Ph. 42), suivant ici encore les plus vieilles légendes. Eschyle, comme l'auteur de la Thebaïde cyclique, place la rencontre à Potnies {fr. 173), Sophocle (Œ. /?., 733 sqq.) et Euripide {Ph. 37 sqq.), en Phokide. Presque toute la tradition grecque s'accorde sur ces divers points.
(4) Pausanias, X, 5, 4.
(5) Euripide, Ph. 1019 sqq.
(6) Eschyle, Sept, 539 sqq. 776 ; fragm. 236 ; Sophocle Œ. R., 505, 1199 ; Euripide, Ph. 45, 806 sqq., 1019., frag. 540
(7) Mnasias, Fr. Hist. gr., III, 157.
tA LEGENDE AVANT STAGE tQ
qu'ils seraient débarrassés de la Sphinx quand ils auraient résolu Ténigme, souvent ils se rendaient à la montagne, et, comme ils ne trouvaient pas, la Sphinx en saisissait un et le dévorait.
54. Beaucoup ayant péri et en dernier lieu Haemôn^ fils de Kréôn (i), Kréôn fait proclamer, par des hérauts, que celui qui résoudrait Ténigme aurait le trône et épouserait Jokasté (2). Œdipe l'ayant su, résolut Ténigme, disant que la Sphinx parlait de l'homme ; car 4'homme encore enfant est quadrupède et marche sur ses quatre membres, homme fait il est bipède, vieillard il prend un troisième pied, le bâton (3).
55. Alors la Sphinx se jeta du haut du rocher. Œdipe reçut la dignité royale et épousa sa mère à son insu, et il eut d'elle des enfants, Éléocle et Polynice, et deux filles, Antigone et Ismène (4). Quelques-uns disent qu'il eut ces enfants d'Euryganeia, fille d'Hyperphas (5).
56. Mais plus tard, le secret étant dévoilé, Jokaste se pendit à une courroie (6), et Œdipe, après s'être crevé les yeux, fut chassé de Thèbes, maudissant ses fils qui ne l'avaient pas défendu quand ils le virent exiler (j). Etant
(1) Œdipodie^ fr. 2 (Kinkel). Mais toute la tradition postérieure fait survivre HaemÔD à la guerre de Ttièbes. Cf. Sophocle, Antigone. Euripide, Ph., 757 sqq. et i687 sqq., et Antigone.
(2) Euripide, Ph. 47 sqq.
(3) Mnasias, ib. ib.
(4) La Thébdide cyclique probablement ; Eschyle, Sept, 753 sqq. ; Sophocle, Œ, R,, Œ. C, 525 sqq. ; Euripide, Fh. 49 sqq.; et presque toute la tradition.
(5) Œdipodie. Cf. Paus. IX. 5.10*; Pseudo-lMsandros, Se. Eur. Ph. 1760.
(6) Toute la tradition grecque depuis VOdyssée (XI-271 sqq.), SHuf Euripide {Ph. 1455 sqq.), et le sculpteur Silanion (Plularque. Théiée, 12), qui font survivre Jokaste à ses fils et la montrent se perçant de son épée sur leurs cadavres.
(7) Sophocle, Œ. C, 420 sqq. Mais Eschyle [Sept, 710 sqq.) et Sophocle lui-même {Aniig. 49-50) disent qu'ÛEdipe mourut ù Thèbes peu après Jokaste. Euripide le fait vivre pendant toute la guerre des Sept cl par-
no LE SUJET ET LES SOURCES
arrivé avec Antigone à Kolônos, en Attique, à l'endroit où se trouve le temple des Eaménides, il s'assit en suppliant, et, accueilli par Thésée, peu après il mourut (i).
57. (Gh. VI). Or Étéocle etPolynice font un accord sur la royauté et décident de régner chacun une année. Quelquesuns disent que Polynice régna le premier et qu'au bout de l'année il donna la royauté à Étéocle (2) ; d'autres qu'Étéocle régna d'abord et ne voulut pas céder le trône (3).
58. C'est pourquoi Polynice, exilé de Thèbes, vint à Argos ayant le collier et le péplos (d'Harmonie) (4)«A Argos régnait Adrastos, fils de Talaos ; il arrive au palais de celuici pendant la nuit et un combat s'engage entre lui et Tydeus, exilé de Kalydôn (5).
59. Des cris s'étant élevés tout à coup, Adrastos parut et les sépara ; puis, se rappelant qu'un devin lui avait dit de marier ses filles à un sanglier et à un lion (6), il les choisit tous deux pour gendres, car ils portaient sur leur bouclier, l'un la dépouille d'un sanglier (7), l'autre celle d'un lion.
Tydée épousa Déipylé et Polynice Argia (8) ; et Adrastos promit de les ramener l'un et lautre dans leur patrie, mais il prépara d'abord l'expédition contre Thèbes (9) et rassembla l'élite des chefs.
donner à ses enfants qu'il avait d'abord maadlts pour l'avoir enfermé.(P/i., 63 sqq.).
(1) Sophocle Œ. C, ; Euripide, Fh, 1703 sqq.
(2) Soph., Œ. C, 367 sqq. 1295.
(3) Ce sont les plus nombreux: citons seulement Euripide, Ph. 69 sqq.
(4) Hellanikos, fr. 12. Fr. hist, gr. I, 47.
(5) Euripide, Ph.^ 75 sqq., 357 sqq., 409 sqq. (On trouve de plus amples renseignements sur Tydeus exilé de Kalydôn dans Apoiiodore, I, 76.)
(6) Mnasias, Fr. hist. gr. III, 157. Euripide donne une raison un peu différente {Ph. 420 sqq. Suppl, 140 sqq.).
(7) Callimaque, Frag, 226 (Schneider). Et [il «paç KaXuSôivoç, oiyta 6'Aba>Xbv "Apr^a. Mais ce vers, en tout cas, se rapporte plutôt à la guerre. Cf. Eurip., Ph. 134.
(8) Sophocle, Œ. C. 377 sqq. ; Euripide, Ph. 423 ; Hellanikos, Fr. 12, etc.
(9) Euripide, Ph. 429.
LA LEGENDE AVANT STAGE al
60. Or Amphiaraos, fils d'Oiklès, qui était deyin et qui prévoyait que tous, à l'exception d'Adrastos, devaient périr dans cette guerre, refusait personnellement d'y prendre part et en détournait les autres (i). Et Polynice, ayant été trouver Iphis, fils d'Alektôr, lui demanda le moyen de forcer Amphiaraos à combattre, et celui-ci lui dit de faire accepter son collier à Ériphylé.
61. Amphiaraos défendit donc à Ériphylé de recevoir les dons de Polynice; mais Polynice, lui ayant donné le collier, Tinvita à persuader Amphiaraos. Elle le pouvait, car, pour apaiser une querelle qui s'était élevée entre lui et Adrastos (a), Amphiaraos avait juré que sur les points contestés entre eux Ériphylé déciderait (3).
6a Lors donc qu'il fallait combattre contre Thèbes, Adrastos voulait et Amphiaraos refusait : Ériphylé qui avait accepté le collier, persuada à son époux de suivre Adrastos (4). Alors Amphiaraos, forcé de combattre, ordonna à ses fils de tuer leur mère et de marcher contre Thèbes dès qu'ils seraient devenus grands (5).
63. Adrastos ayant rassemblé son armée s'empressa d'attaquer Thèbes avec sept chefs. Voici leurs noms (6) ; Adrastos, fils de Talaos, Amphiaraos, fils d'Oiklès, Kapaneus, fils d'Hipponoos, Hippomédôn, fils d'Aris^omakhos, d'autres
(1) Eschyle, Sept, 382 sqq., 450 sqq. ; Euripide, Suppl. 158, 230.
(2) Texte très altéré.
(3) Asclépiades. Se. Rom. Od. Xf, 326 ; cf. PiDdare, Ném. XI, 1 sqq.
(4) Cette histoire est très embrouillée; on en trouvera une explication du moins logique dans Les Légendes Thëbaines. — Cf. G. Gruppe, Jahresb. 1894, IIJ, 96 sqq. Il suffît de noter ici que dans VOdyssée déjà il est question de la trahison d'Eriphylô {Od. XV, 2i7, XI, 325 sqq.) ; toute la tradition ancienne a fait allusion à cette légende.
(5) Se. Hom. Od. XI, 326. — Ce trait est du reste postérieur à Homère. Cf. Se. H. Od. XV, 248 ; mais on le retrouvera dans les Épigones et dans VAlkméonide et aussi chez les Tragiques.
(6) Eschyle (Sept, 377 sqq.), Sophocle ((S. C. 1113 sqq.), Euripide {Ph. 1106 sqq. et Suppl. 872 sqq.) ont donné aussi des listes qui présentent entre elles plusieurs différences.
àa LE SUJRT EN LES SOURCES
disent de Talaos (i), Argiens; Polyniee, fils d'Œdipe, Thébain; Tydeus, fils d'Œneus, Étolien ; Parthénopée, fils de Milaniôn, Ârcadien (a). Qnelqiies-uns ne comptent pas Tydeus, ni Polyniee ; mais ils rangent parmi les sept Étéoclos, fils dlphis (3), et Mëkisteus (4).
64. Arrivés à Némée, où régnait Lykourgos, ils demandèrent de Teau. Hypsipylé les conduisit à une source, laissant le petit Opheltès qu'elle élevait et qui était fils d'Eurydiké et de Lykourgos.
65. Car les Lemniennes ayant su plus tard que Thoas était sauvé le tuèrent et vendirent Hypsipylé (5); c'est pourquoi elle était esclave de Lykourgos qui Tavait achetée. Tandis qu'elle montrait la source aux Argiens, l'enfant abandonné fut broyé par un serpent. De retour, les compagnons d'Adrastos tuèrent le serpent et ensevelirent l'enfant.
66. Amphiaraos leur dit que la mort d'Ophéltès était un présage, et ils appelèrent Tenfant Archémoros. Puis ils fondèrent en son honneur les Jeux Néméens (6); et Adrastos
(1) Soph. Œ. C. 1317.
(2} Cf. ApoUodore, III, 106. — Antimaque le fait Argien et fils de Talaos (fr. 30, Kinkel).
(3) Eschyle, Sept, 458 ; Sophocle, Œ. C. 1316 ; Euripide, Suppl. 1037.
(4) Hérodote, V, 67 ; Pausanlas, IX, 18, 1.
(5) ApoUodore a raconté ailleurs (I, 114-115) l'histoire des meurtres de Lemnos et celle d'Hypsipylé que Jasoo rendit mère de deux enfants, Eunéos et Nébrophonos. — Sur cette légende il faut lire surtout Apollonios (Arg. I, 609 sqq.) et le scoliaste des Argonaut, |I, 773). Les Tragiques grecs avaient mis aussi sur la scène Hypsipylé, mais il ne reste que des fragments de leurs pièces. Nauck, Trag. graec. fr. », 79 et 215. VBypsipylé d'Euripide a été un peu moins maltraitée pat* le temps. Avant les Tragiques» Pindare (Pyth. IV, 449 sqq.) avait aussi chanté le passage des Argonautes à . Lemnos, et Homère déjà (//. VIII, 467 sqq.) parlait d'Eunéos. Peut-être étaitil question d'Hypsipylé dans les Aina de Callimaque. Cf. Fr, 128, 298, 217.
(6) Cf. Plndave, Ném. VIII, 51-2; Barchylide, Od. VIII, 1 sqq. ; Pausanlas, II, 15,2. Mais selon d'autres, notamment Callimaque, ATTia, fr. 193. (Cf. 0. Schneider, Callimachea, II, 66 sqqj, les jeux furent seulement rétablis par les Sept, ayant été fondés par Héraklès vainqueur du lion de Némée. — Cf. Les Légendes Thébaines, ch. III, 4.
UL LÂGfiXDB AVANT STACS â3
vainquit aa combat des chars^ Ëtéodos au stade, au ceste Tydeus, au saut et au disque Amphiaraos* au trait Laodokos, à la lutte Polynice, à Tare Paiihénopée (i),
67. Quand ils arrivèrent au KithaerAn, ils envoyèrent Tydeus demander à Étéocle de rendre la royauté à Polynice selon leurs conventions. Étéocle refusa, et Tydée, pour éprouver la force des Thébains, les provoqua Tun après l'antre et les vainquit tous. Mais ceux-ci ayant armé cinquante guerriers, lui dressèrent une embuscade à son départ : il les tua tous, à Texception de Maeôn et ensuite rentra au camp (a).
GS. Les Allons, s*étant armés, s'avancèrent vers les remparts, et, comme il y avait sept portes, Adrastos se plaça près des portes Homoloîdes, Kapaneus près des portes Ogygiennes, Amphiaraos près des portes Proetides, Hippo* médon près des portes Onkaîdes, Polynice près des portes Hypsistes, Parthénopée près des portes Élektres, et Tydeus près des Krénides (3).
69. Étéocle de son côté fit pi'endre les armes aux Thébains et posta chef contre chef (4); puis il demanda à un devin le moyen de vaincre Tennemi (5). Or, il y avait à Thèbes un devin nommé Tirésias, fils d*Euérès et de la nymphe Kharyklès, issu des dents du dragon et devenu aveugle.
(Suit Vhistoire bien connue de Tirésias d'après divers auteurs^ notamment Pheréltydes et Hésiode.)
(1) On verra plus loin combien cette liste des vainqueurs varie chez les divers auteurs.
(2) Iliade, IV, 381 sqq. -- Diod. de Sic. IV, 65, place cette ambassade avant le départ de l'expédillon.
(3) Liste extrêmement variable suivant les auteurs. Cf. notamment Eschyle, Sept, 375 sqq., Eurip. Ph, 1104 sqq.
<4) Eschyle, Sept, 375 sqq., nomme ces chefs, mais ne s'accorde pas avec Apollodore. — Euripide, Ph, 1157 sqq., cite quelques noms qui concordent avec ceux que donnera plus loin le mythographo.
(5) Euripide, Ph. 766 sqq.
73. Celui-ci donc dit aux Thébains qui le consultaient qu*ils vaincraient si Ménoîkeus, fils de Kréôn, s'immolait à Ares, et Ménoîkeus, fils de Kréôn, ayant ouï cette parole, se tua devant les portes (i). Une bataille s'engagea et les Kadméens furent repoussés jusqu'aux murailles (a); et Kapaneus, ayant saisi une échelle, monta sur la muraille, et Zeus le foudroya (3).
74* Alors les Argiens tournèrent le dos. Et comme beaucoup périssaient, Étéocle et Polynice luttèrent en combat singulier devant les deux armées et se tuèrent Tun l'autre (4). De nouveau une bataille s'engagea très vive, où les fils d'Astakos se distinguèrent : Ismaros tua Hippomédon, Léadès Étéoclos, Amphidikos Parthénopée (5).
j5. Selon Euripide (6), Parthénopée fut tué par Périklyménos, fils de Poséidon. Quant à Mélanippos, le dernier des fils d'Astakos, il blessa Tydeus au ventre. Tandis que celui-ci gisait demi-mort, Athéné lui porta un breuvage qu'elle avait demandé à Zeus et qui devait le rendre immortel.
76. Maia Amphiaraos le pressentit, et comme il haïssait Tydeus dont lés conseils avaient décidé les Ai^ens à la guerre (7), il coupa la tête de Mélanippos et la donna à
(1) Anecdote empruntée à Earipide (Ph, 931 sqq., 962 sqq., 1090 sqq.). Eschyle {Sept, 474 sqq.) et Sophocle {Antig. 1203) nomment Mégareus (Ménoîkeus), louent sa bravoure, mais ignorent son immolation volontaire.
(2) Pausanias, IX, 9-2. — Euripide (Ph. 1141 sqq.) dit qu*Us furent vain* queurs au contraire, mais c'est une inadvertance.
(3) Eschyle, Sept, 444 sqq. ; Sophocle, Antig. 126 sqq. ; Euripide, Ph. 1172 sqq. ; Pausanias, IX, 8, 7 ; Diodore. IV, 65> 9, etc.
(4) Eschyle, Sept, 805 ; Sophocle, Antig. 12 sqq. Euripide, Ph, 1365 sqq. ; Pausanias, IX, 5, 18, etc.
(5) Selon les Thébains, dit Paysanias (IX, 18.G).
(6) Phén. 1157. De même la Thébaïde, au dire de Pausanias (IX, 18, 6). Euripide, du reste, ne décrit pas le combat dans le même ordre qu'Apollodore II dit que Parthénopée fut tué le premier (Ph. 1153 sqq.) et qu'après un échec de Tydeus (1163 sqq.) Kapaneus fut foudroyé aux Portes Ëlektres (1170 sqq.).
(7) Eschyle, Sept, 571 sqq.
ATJOO^ STACS :)^
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77. Pois, tandis q«\Ajapliiaimas fiqait sar li^ liitMr4 \)^ rismène. au ■MMaent oà Pénklyni<fiias alkiil lai pKHhcvr le dos. Zens d^iin oiMp de fondre onTiit la terre $on$ ^se» pieds (a). Et il fat cnseTeU aree son eliar et son eoeher Batôn (3V qne qQelqnes4Uis nomment Élatdn. et Zeu^ lui donna TimmoHalité. Adrastos senl fut $auTe if^ri^ee à son cheval Arion (4K né de Funion de Posdnlto et de I>5méler métamorphosée en ÉrniTs (5).
78. Kréôn, étant monté sur le tr6ne de Thèl>e$« ordonnu do laisser les eadarres ai^ens sans sépulture, et. «iy%nt défendu par unéditde les inhumer, il les fit gaixler (t>). Miiis Aniigone, une des filles d^Œdipe, ayant dérobt5 lo coip» de Polyaice, Tinhuma secrètement : découverte, elle (^t condiim* née par Kréôn à être ensevelie vivante dans untombeiiu<;7)%
(1) Les Tragiques (Eschyle, Sept^ 587, Sopbof^le, ft* 1^\, Euripide, />\ 357) disent seulement que Tydeus dévora la t^te do son rnnoml. — Baochylides (Se. Arist. Àv, 1535) et Phôrdkydos [Se. H(m. H. V« m) ajoutent qu'Attiéné voulait lui donner l'immortalUé. — ApoUodoro eit U) seul qui raconte cette vengeance raffinée d'Amplilaraos,
(2) Pindare. OL \h 21.
(3) Se, Pind., 01,, VI, Si ; Pausan.» II, 23, 2 ; X, iO, 3. (4} Théb. cycL Paus»n, VIII, 25 8.
(5) Hom. et son scollaste, i/. XVIII» 346, ; Antlmaquo. fr, SH ) CullU maque, fr. 101.
(6) Cettedéfense était inconnue d'Homère (//. XIV,114),nt(lontmliir(^|r)/. VI, se. sqq.), peut-être auspi de la Thébaïde Cf. £.fi Ugmdfd Ihd^bnimn^ II, 4). Eschyle dit que seul Polynlce fut privé do lépuUuro Hur Tnrdrti <lu Sénat (56pt, 10Û5 sqq.), mais dans les ÉleuBinimiH il nllnlt phll loin imiim doute. Sophocle étend la prohibition à tous Ini ArKloni {Àntig, 10. 1()7H iiqq.). Euripide suit les Sept dans les Phënio, (774 ëqq , 1020 «qq.), Iim lUffUinniPfiê et Sophocle, dans les Suppliantes. Voir auNil PuiiniiiiliiPi, t, !H), 8 »<|q.
(7) Sophocle seul dans Anligone, Apollodore ne dit p«H pourtMtil, ronittin Sophocle, qu'Antigone fut flancôe k Haemôn. CVlt qu'il n fait mourir celui-ci sous les grilles de la Sphinx, III, 54.
a6 LB SUJET ET LES SOURCES
79. Adrastos, de son côté, partit pour Athènes et se réfugia à Tantel de la Pitié, et, suppliant, il demanda aux Athéniens d'ensevelir ses morts. Ceux-ci, sous la conduite de Théseus, livrent bataille aux Thébains, s'emparent de la ville et donnent les cadavres à enterrer aux parents (i). Tandis que flambait le bûcher de Kapaneus, Euadné sa femme, fille d'Iphis, se jeta dans le bûcher et fut consumée avec son époux (2).
On ne trouve dans ce résumé d'ApoUodore et dans les références qui raccompagnent ni les variantes d'Hygin ni celles des scoliastes latins. Elles ont été omises à dessein parce qu'on peut les lire ailleurs (3). Mais avant de passer à l'étude de Stace, on ne doit i3as oublier que les vieux tragiques latins et plus tard Sénèque le Tragique ont mis sur la scène divers sujets empruntés à la tragédie grecque et aux épopées thébaines. Si desAttius et des Pacuvius, d'ailleurs ignorés de Stace probablement, il ne nous est resté que des fragments sans intérêt, Sénèque du moins nous a laissé une tragédie entière, Œdipe, et plusieurs scènes d'une autre tragédie : soit qu'il ait emprunté à ses prédécesseurs romains l'idée de quelques changements, soit qu'il ait de lui-même modifié ses modèles grecs, il a exercé, comme on le verra, trop d'influence sur Stace pour qu'on n'examine pas ici dans quel état la légende est sortie de ses mains.
Dans la première tragédie, Œdipe, il innove peu quant au fond ; il mélange seulement la facture de Sophocle et celle d'Euripide, en remplaçant par une sorte de prologue la
(1) Eschyle a fait une pièce sur cette iDlervention de Thésée; mais au témoignage de Plutarquc {Thésée, 29) les Thébains livrèrent les cadavres sans combat. — Dans les Supputantes d'Euripide, il y a au contraire bataille, comme le raconte Apollodore.
(2) Euripide, SuppL 990 sqq. — Cet épisode parait être de Tinvention d'Euripide ; mais nombre de poètes s'en emparèrent selon Ëlien {H. A. VI, 25).
(3) Les Légendes Thébaines, ch. VII.
Uk US6KECDE ATAITT STAGE 1KJ
magnifique scène qni onTre Œdipe Roi: il sopprime presqae tontes ces hésitations d*CEdipe qni rendent si tragique la pièce de Sophoc!e et leur substitue l'interminable description d'an sacrifice et d'une éTocation des mânes. CEdipe, fils de Laïus et de Jocaste, a été exposé sur le Gthéron, les pieds percés, par le pasteur Phorbas (84o), et trouTé par un pasteur de Corinthe (808) qui Ta porté à Pol jbe et à Mérope. Œdipe se croit toujours leur fils, mais dans un Toyage à Delphes, qui reste inexpliqué, il a appris d'Apollon qu'il tuerait son père et épouserait sa mère (^m> sqq. ^33 sqq.). Cest pourquoi il est Tenu à Thèbes, et, la Sphinx tuée, il a épousé Jocaste, Tenve de Laïus, et régné. U y a de cela dix ans lorsque commence la pièce (783). A ce moment la peste désole la ville, et le roi se demande comment U pourra la sauver. Les prodiges d*un premier sacrifice (Soi-Sgs) indiquent au devin Tirésias qu'un homme dans Thèbes a tué son père et épousé sa mère ; les dieux réclament un châtiment: mais quel est le coupable ? Tirésias évoque les mânes (53o* 658), et dans cette évocation l'ombre de Laius lui apprend l'homme désigné par l'oracle (a33sqq.), et nomme Œdipe, roi de Thèbes (634 sqq). Œdipe fait une rapide enquête et s'assure qu'il est en effet le fils de Laïus tué par lui et l'époux de sa mère (769 867). Il se crève les yeux (968) et s'exile (io53). Jocaste se perce d'une épée (io4o).
En deux longues scènes, qu'on a considérées à tort conmie des fragments d'une tragédie mutilée. Les Phéniciennes^ et qui forment plutôt le début de deux tragédies que le poète n'a pas voulu ou n'a pas pu continuer (i), Sénèque retrace les
(1} Voir Léo, Z. Ànnaei Seneeae Tntgoediof, I, 75 sqq. Peutèlre Léo va-t-il trop loin lorsqu'il affirme qoe Sénèque a vouln faire simplement dans la première et dans la seconde scène one soasoire, non un début de tragédie (t6., 77 et 82Î). Quand bien même les vers 320 et suivants devraient être attribués à Ântigone, comme le veut le savant critique {ib. 79) et non à un messager, du moins il y a bien un messager dans la seconde scène '(v. 387 sqq.) ; donc, semble-t-il, une intention dramatique.
a8 LE SUJET ET LES SOURCES
maux d'Œldipe exilé, et la douleur de Jocaste entre les frères ennemis.
La première est imitée d! Œdipe à Colone. Œdipe erre, guidé par Antigone, dans les forêts et des rochers inconnus du lecteur. Que s*est-il passé depuis le drame qui clôt la précédente tragédie ? On ne sait. Peut-être les deux fils d Œdipe qui avaient neuf ans lorsque leur père s'est crevé les yeux ont-ils régné sous la tutelle de Gréon. En tout cas dès qu'ils ont atteint Tadolescence, ils ont résolu, pour éviter la guerre, de régner alternativement une année (a8o sqq.). Mais Étéocle, qui a régné la première année, refuse de descendre du trône, et Polynice, qui pendant son exil a épousé la fille d'Adraste, roi d'Argos, vient à la tête d'une armée réclamer sa part (3a4 sqq.). Antigone supplie son père d'arrêter la guerre fratricide (a88 sqq. Saj). Œdipe refuse, sachant combien vaine serait son intervention (2195 sqq). Bien plus, il souhaite que ses fils se combattent et se tuent (33a sqq., 355), que leur mère (i) au besoin les égorge (358). Ses remords le poussent à ces imprécations dénaturées et à ce désespoir.
Le second fragment est inspiré des Phéniciennes d'Euripide. Trois ans se sont écoulés depuis que Polynice s'est exilé (3^0 sqq.). Gendre d'Adraste qui commande à des peuples nombreux il est revenu s'emparer du trône par la force (3^5 sqq.) et les deux armées vont en venir aux mains. Sur les nouvelles que lui apporte un messager (38^ sqq.) et sur les prières d' Antigone (4o3 sqq.), Jocaste vole entre les deux irères qui veulent se combattre l'un lautre. Elle s'entretient longuement avec eux et s'efforce de les fléchir, mais en vain, à cause de l'intraitable orgueil d'Étéocle (443-664).
Nulle étude de caractère dans ces pièces ou fragments de pièce, peu de détails nouveaux et précis ; mais un ton et des
(1) Léo accepte la corroclioa très vraisemblable de Gronovius qui lit mairie et non patrique donnent les mss.
LA LEGENDE AYANT STAGE Hg
gestes forcenés. Presque tout, nous le verrons, a passé dans la Thébaîde de Stace.
Nous arrêterons là cette étude préliminaire des sources. Assurément la littérature latine renferme bien d'autres allusions aux légendes de Thèbes, mais nulle de celles que nous connaissons n'a pu avoir sur Stace une sensible influence. Rien surtout n'est demeuré des essais de Ponticus que notre poète a dû connaître pourtant, si du moins Properce n'a pas pris pour un poème commencé une simple intention de poème. Il suffira donc de rappeler au passage les traits fugitifs que Stace a pu emprunter à ses prédécesseurs.
De même nous ne dirons rien à présent des œuvres d'art qui ont pu lui fournir des épisodes et des images. S'il ignorait probablement les sculptures- ou les peintures étrusques, du moins il avait vu des tableaux et des statues représentant les personnages et les scènes célèbres de la guerre de Thèbes : Archémore tué par le serpent, le sacrifice de Ménécée, l'engloutissement d'Amphiaraûs (i), etc. Mais il n'en avait pas dû faire une étude suivie, documentaire, et l'on se bornera à signaler les rapprochements possibles en recherchant dans le prochain chapitre les sources particulières de la Thébaîde.
(I) Voir plus loin.