saltem ora trucesque 47^ SQQ* vinculo frontem exac
Solve gênas : liccat vultus Tegimenque capitis triste
fortasse supremum belligeri leva
Noscere dilectos. Et ora matri redde.
Venons aux passages imités d'Euripide, et d'abord à la scène du combat. Gomme on pouvait s'y attendre, Stace ne suit pas d'aussi près Euripide que Sénèque; la péripétie principale est toute différente, puisque chez Euripide c'est Polynice qui, blessé le premier, tue par ruse Étéocle penché sur lui ; chez Stace, au contraire, c'est Étéocle qui agit en traître jusqu'au bout; et l'on ne peut que féliciter Stace de ce changement qui vaut plus de sympathie à Polynice, le moins criminel des deux frères (Cf. Théb. VIII 6i4 sqq., et XI, 54^)* Stace ne contredit pas Euripide moins nettement sur un autre point, en décrivant un combat sans art où la fureur seule dirige les coups (XI, 5î24), tandis que selon Euripide les deux frères font assaut de ruse et de science {Phén. i383 sqq.). Néanmoins une comparaison prouve jusqu'à l'évidence l'imitation :
Fulmineos veluti praeceps cam comminus egit Ira sues strictisque erexit tergora saetis :
Igne tremunt oculi, lunataque dentibus uncis Ora sonant etc.
(r/i. XI, 53o sqq.)
xaTipot 5'oicfa>c Otiyovtê; «yp^av yévuv
(Phén. i38o sqq.)
(1) J'ai mis ce vers entre parenthèses^ parce qu'il est emprunté à une autre scène.
Et dans ce qui suit on reconnaît presque aussi clairement Euripide. A la vérité, Stace ne montre pas Jocaste se tuant sur le cadavre de ses fils, comme on le voit dans la pièce grecque (Phén, i454 sqq.) : elle se tue dans son palais en apprenant l'horrible nouvelle (Th. XI, 634 sqq.)- Mais c'est que Stace a conduit sur le champ du combat OMipe dont la présence et les pleurs à cet endroit sont plus touchants encore, sinon plus vraisemblables (i). Et dans les plaintes du malheureux père le poète latin a encore imité expressément quelques vers du poète grec :
Quisnam fuit ille deorum Qui stetit orantem juxta praereptaque verba Diclavit falis ? Furor illa et movit Erinys Et pater et genitrix et régna oculique cadeates ; Nil ego.
(Th. XI, 617 sqq.)
Où "fàp TOffoîJTOv à<rJVÊTOç Ttéçyx 'èyo),
àveù 6eà)v tou tayt* èjiLTrjj^avTjo-àjjnrjv.
(Ph. 1612 sqq.)
Puis Œdipe veut se tuer avec le glaive d'un de ses enfants (Th. XI, Gaj sqq.) comme l'a fait Jocaste dans Euripide.
La scène suivante, où Créon chasse Œdipe, vient encore du tragique grec. Créon est un roi plus orgueilleux et plus cruel chez Stace; Œdipe est moins pitoyable et plus fier; mais Euripide lui-même, capable d'unir dans son Œdipe l'humilité et la fierté, a dicté ces vers à Stace :
An expectas ut pronus supplice dextra Stemar, et immitis domini vestigia quaerâm ?
(r/i. X,689sqq).
(1) De même Stace ne parle pas du combat général entre Thébains et Argiens qui suit le duel dans Euripide (Ph., 1458 sqq.); parce qu'il a montré d'avance l'armée argienne à toute extrémité ; il veut que le duel d'ÉtéocIe et de Polynice termine tout comme le fait celui d'Éaée et de Tarons.
l3o LE SUJET ET LES SOURCES
Où (iV)Vf i'^iloLç Y* à(ifl o-bvxcipac y^vv, xaxb; f avov(ia. to Y^p i(iov tcot' eÛYevèc oùx àv TCpoSot7)v xtX.
(P/i. 162a sqq.)
Cependant Créon se laisse fléchir dans la Thébaïde, par les prières d*Antigone : Œdipe se retirera dans les gorges du Githéron, non loin de Thèbes. Et ici Stace se détache d'Euripide, qui annonce Texil d'Œdipe en Attique ; mais c'est qu'il retrouve Sénèqne : se préparant à conduire Œdipe sur le champ de bataille, il s'était souvenu de la peinture de Sénèque, de cette mort imparfaite qu'est la cécité (Cf. Th. XI, 58i et Sén. Phén. 47 et aussi Th. XI, 611, Sén. Ph. 297). A la fin de cette scène, il revient à son modèle admiré : il mène Œdipe au Cithéron :
Habeant te lustra tuusque Cithaeron,
(Th. XI, 762),
parce que dans les Phéniciennes (m sqq.) il y voulait courir :
Ibo, ibo qua praerupta protendit juga Meus Cithaeron !
Mais il n'est pas douteux, en dépit de Helm (i), que Stace
(1) Helm, op. cit. 46 sqq. Resterait à examiner très brièvement la thèse de Helm prétendant que les changements apportés au drame d'Euripide par Stace ne sont pas de Stace même, mais de Sénèque qui aurait fait une tragédie complète imitée des Phéniciennes grecques, mais aujourd'hui mutilée.
Helm se fonde 1° sur ce que Stace, partout où il Ta pu, n'a imité Euripide qu'à travers Sénèque, et nous l'avons reconnu nous-mêmes, bien que de ci de là quelques traits paraissent plutôt empruntés à Euripide (cf. p. 96 et 128).
2» Sur ce que, dans les scènes certainement imitées d'Euripide, où nous manque Sénèque, Stace n'a pas suivi aussi fidèlement Euripide qu'il l'avait fait pour Sénèque, et cela encore nous l'avons exposé longuement. Il avoue du reste que quelques modifications sont dues à ce fait que Stace écrit un poème épique, non un drame. Mais il n'en conclut pas moins à l'existence
LES SOURCES DE LA THBBAÎDE l3l I
lirait imité directement Euripide partout où. Sénèque lui manquait.
Stace a pourtant inséré dans le trame que lui fournissait Euripide plusieurs traits empruntés à Vii^e. La première partie du chant nous avait montré à l'œuvre les deux Furies dont parlait Virgile (En, XII, 845 sqq.) ; dans la seconde nous les retrouvons derrière les deux frères sur le champ de bataille (i), et surtout nous les voyons chasser de la terre la
d'une pièce entière de Sénèque, imitant et altérant Euripide et exactement suivie par Stace. \
La thèse est insoutenable. Que Sénèque soit le guide préféré de Stace, toutes les fois qu'il est possible, rien n'est plus certain ; mais que Stace n'ait pu introduire lui-même dans la légende forgée par Euripide des changements dans le goût de Sénèque, rien n'est moins sûr. Car 1« un fait évident, c'est que Stace de lui-même a partagé en trois scènes l'unique scène où Euripide et Sénèque ont montré Jocaste «ntre ses deux fils ; donc il a pu opérer de lui-même d'autres modifications.
2" Le chant XII de la Théb.^ comme nous le verrons, a le même sujet que les Suppliantes d'Euripide, et renferme quelques passages où l'imitation parait certaine, et dans l'ensemble cependant, il en diffère profondément. Or Sénèque n'a pas, je suppose, fait une pièce analogue aux Suppliantes. De même pour les imitations probables d'Hypsipylé au V* chant. Voir page 58 sqq., 71 sqq.
3« Si l'on veut à toute force que Stace soit incapable de modifier ses modèles, pourquoi rapporter à Sénèque tout l'honneur des changements introduits dans les Phéniciennes d'Euripide, puisque cette pièce et ses inventions nouvelles, adoptées par les mythographes, ont été sans doute imitées et reproduites avec des altérations par des poètes antérieurs à Stace ?
Je conclus donc que, les raisons de R. Helm n'ayant pas de fondements sérieux, la thèse de F. Léo, sur les Phéniciennes latines, reste à peu près entière et que, jusqu'à preuves nouvelles, on doit croire que les scènes détachées de Sénèque sont des morceaux de rhétorique que ie poète n'a pas su ou n'a pas voulu coordonner et compléter dans une pièce achevée.
(1) Stace connaissait sans doute quelque peinture inspirée du coffret de Kypsélos, que décrit Pausanias (V, 19-6) et qui représentait derrière Polynice une Kère armée de dents et d'ongles crochus. — On a retrouvé aussi sur- une urne étrusque ia scène du duel où derrière chacun des combattants figure une Kère repoussante. {Gazette archéologique^ Vil (1881- 82), 64-68.
l3a LB SUJET -ST LES SOURCES
Piété descendue du Ciel pour séparer les combattants (7%. XI, ^57 sqq., 48a sqq.); et c'est ainsi que dans ï Enéide (XII, 861 sqq.) Tisiplione, sur Tordre de Jupiter, met en fuite Juturne qui s*obstine à secourir son frère Turnus. Mais Stace, plus hardi, ne donne pas à sa Furie Faspect d'un hibou, il la fait se présenter, dans sa figure habituelle, à la pure déesse indignée (i).
Il s'est souvenu aussi de Lucain (Ph. I, 670; cf. Th. VII, 409), et surtout de Yalérius Flaccus, en couronnant les hauteurs qui dominent le champ clos des mânes thébains, effarés eux-mêmes d'un crime qui dépasse les leurs :
Ipse qaoque Ogygios monstra ad gentilia mânes Tartareus reclor porta jubet ire reclusa.
Montibus insidant patriis tristique corona Infecere diem et vinci sua crimina gaudent.
(T'A. XI, 420 sqq.)
At pater orantes caesorum Tartarus umbras Nube cava tandem ad meritae spectacula poenae Ëmittit : summi nigrescunt culmina montis.
(Val. Argr. IV, 258 sqq.)