‹ Étude sur la Thébaïde de StaceChapitre 27 sur 46 · IV. — LES COMPARAISONS · texte numérisé non relu

IV. — LES COMPARAISONS

Les comparaisons sont, de tous les ornements, les i^lus chers aux poètes épiques. On sait combien elles sont nombreuses dans V Iliade et VOdyssée^ et bien qu'Homère ait eu surtout pour but, en les multipliant, de rendre plus claires ses puissantes conceptions, il en a fait une des plus belles parures de son œuvre (i). Les poètes qui l'ont suivi, alexandrins ou romains, s'en sont servis presque exclusivement comme d'ornements ; mais Stace en a répandu un nombre tout à fait disproportionné dans sa Thébaïde. Il serait toutefois fort injuste de le condamner de ce chef sans une étude sérieuse : si d'ordinaire elles sont chez lui peu originales, du moins il s'est efforcé de renouveler ses emprunts, et il y a souvent réussi ; d'autre part l'abondance même de ses comparaisons, ainsi que ses procédés d'imitation et d'embellissement, sont trop significatifs de son talent pour qu'on puisse les négliger. Nous en examinerons donc successivement le nombre, la nature et les sources (a).

1° Nombre de comparaisons

Il ne faut pas prendre Krause à la lettre lorsqu'il attribue (3) aux épopées de Stace autant de comparaisons qu'à

(1) Cf . Schellert, DeApollonii Rhodii Comparationibus. Halis Saxonum 1885, 5 sqq.

(2) Les comparaisons de Stace ont été étudiées dès 1871 par Krause {De P. Papinii Statii comparationibus epicis, Halle 1871). Cette dissertation m'a été d'un grand sex;ours, et je me bornerai à y renvoyer sur nombre de points : il convient pourtant de la préciser et de l'augmenter en ce qui touche au nombre des comparaisons et aux imitations de Stace. Les comparaisons des Silves ont fait l'objet d'un article plus récent et très Instructif de Karsten {Mnémosyne^ 1899, 'd60 sqq.).

(3) Op. cit, 4 sqq.

LES ORNEMENTS ÉPIQUES agS

V Iliade et V Odyssée réunies, et trois fois autant qu'à Y Enéide; il ne regarde en effet comme des comparaisons que celles qui s'étendent et se développent complètement à la façon d'Homère, et il néglige évidemment celles qui sont ou seulement esquissées ou plus près de la rhétorique que de Tépopée; mais ces dernières sont pour les poètes romains de TËmpire les plus intéressantes peut-être (i), et en tout cas il n'y a aucune raison de les omettre. En réalité, tandis que Y Enéide renferme io5 comparaisons et la Pharsale 119, la Thébaïde n'en renferme pas moins de igS (a), se développant en ^63 vers, alors que l'épopée entière en contient 9709 ; les comparaisons, à elles seules, prennent donc la place d'un chant entier. Elles se distribuent ainsi chant par chant :

Gh.

720 vers

6 comparaisons occupant

22 vers

vu

vin

xn

Nous connaissons assez Stace pour prévoir que cette abondance ne s'explique pas par l'inépuisable fécondité de

(1) Cf. G. Hundt, De M. Annaei Lucani comparationibus, 1886, Gothenis Anhaltinorum, qui relève (5) la môme erreur dans l'étode dé Bussen sur les comparaisoDS de Valérius Fiaccus (Bussenius, De Valerii Flacci in adhib compar. usu^ 1872, Lûbeck). Au reste je n'ose assurer que Hundt lui-même ne se soit pas trompé sur le nombre des comparaisons de Lucain : il en compte 119^ mais il en parait citer 122 dans les pages 8 et 9.

(2) 195, si l'on compte celles que Kôhlmann a mises entre crochets dans le WV 1. de la Thébaïde.

(3) Les chiffres mis entre parenthèses sont ceux des anciennes éditions : ]e n'ai compté que les vers admis par Kôhlmann,

ag^ l'exécution

son imagination et en effet beaucoup de ses comparaisons sont répétées avec de très légers changements, comme va nous le montrer le tableau suivant :

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