‹ Étude sur la Thébaïde de StaceChapitre 26 sur 46 · LES ORNEMENTS ÉPIQUES SQI · texte numérisé non relu

LES ORNEMENTS ÉPIQUES SQI

liberté et promet aux victimes des tyrans les Ghamps-

Selon les préceptes d'Aphthonius et de ses émules (i), le blâme (^àfoq), qui est naturellement le contraire de Téloge (eYxwjiiov) se divise exactement de la même manière : il convient donc dans ce discours d'envoyer les méchants au Tartare comme dans Téloge on envoyait les boiis aux Champs-Elysées, et Stace n'y manque pas, lorsqu'il s'adresse à Étéocle et à Polynice morts sous les coups l'un de l'autre (XI, 574 sqq.) :

Ite truces animae fanestaque Tartara leto PoUuite et cunctas Erebi consumite poenas (a)

Ailleurs Stace s'élève contre l'ambition (i, 189 sqq.); ailleurs, ayant d'abord condamné la divination (111, 55i sqq.), il la loue (VI, 909 sqq.) : ce sont jeux de rhéteur qui s'amuse, à l'exemple de Gorgias, à abaisser ce qu'il a glorifié, pour

(1) Walz, I, 93.

(2) Une autre apostrophe qui parait avoir le caractère propre de la rhétorique latine est celle où le poète déplore que Polynice n'ait pas succombé dans la lutte des chars :

Quis morlis, Thebane, locus, nisl dura negasset Tislphone! quantum poteras dimittere belluml Te Thebe fraterque palam, te plàngeret Argos ...

(VI, 491 sqq,)

Morawski {Derhetor, lait, observ, 15 sqq,) a relevé dans la littérature latine les nombreux exemples de ce procédé qui consiste à énumérer les avantages d'une mort prématurée. Cf. Velleius, II, 48.2. Sénèque, Dial. VI, 20,4. Tacite, Agric, 44, etc.— Au reste la lecture de Sénèque le père, permet nombre de rapprochements entre les descriptions, les développements, les tournures des rhéteurs, et les ornements ou le style de la Thébaïde. Citons-en quelques-uns ici. Les rhéteurs aiment les lieux communs contre la divination {Suas. III, 4) : on en verra bientôt chez Stace ; ils décrivent des tempêtes {ib., 111, 2), des eilets de lune {ib., 111, 1 et 4) : voyez Stace {Théb, I, 33i) sqq . III, 38). Ils craignent surtout qu'on ne les croie pas, quand ils racontent de trop glorieux exploits {ib. II, 9) : de même dans la Thébaïde (II, 689, III, 239). Mais il est vrai que souvent, dans les descriptions par exemple, Stace ne fait que reprendre aux rhéteurs ce qu'ils ont dérobé aux poètes.

Tè^ L'BxécunoN

mettre en pins beau jour sa fécondité d*inTention. Mais ces déclamations viennent plus encore peut-être de Texemple de Sénèque et de Lucain que de la rhétorique grecque ; on en peut dire autant de ces diaporésis scientifiques sur Torigine des' divers phénomènes, de ceux mêmes qui nous sont présentés comme miraculeux : si la terre s*est entr*ouverte sons le chdr d'Amphiaraûs, c'est

Sive laborantes concepto flamine terrae Ventornm rabiem et clausum ejecere furorem, Exedit seu putre solum carpsitqne tcrendo Unda latens, sive hac volventls machma caeli incnbuit, sive omne firetum Neptunia movit Cuspis....

(Vli,809sqq.)(i).

En revanche, c'est bien l'exemple du Ba^iXticbç Xoyoç (a) qui a inspiré le début de la Thébaîde. Un début, selon le rhéteur, se compose nécessairement de trois parties : dans la première, il convient d*ampliQer Timportance du sujet. Ainsi dans la Thébaîde :

Fratemas acles altemaqne régna profanis Decertata odiis sontesqne evolvere Thebas.

(I, I sqq.)

Dans la seconde, le poète invoque Homère ou les Muses :

Pierius menti calor incidit. . .

(1, 3 sqq.)

Dans la troisième, il expose son embarras sur le point précis où commence son sujet :

Unde jnbetis

Ire, deae ? Gentisne canaro priroordia dirœ?

(1, 4 sqq.)

(1) Les Naturales quaestiones de Sénèque et la PharsaU do Lacalo abondent en explications de ce genre.

(2) Walz, op. cit. IX, 213 sqq.

LES ORNEMENTS ÉPIQUES HqS

Gomme d'ailleurs Stace entreprend une épopée, non un Discours royal, il estime qu'un second exorde donnera plus de majesté à son œuvre, mais l'ordre en sera le même ; après l'éloge obligatoire de l'Empereur (I, 17 sqq.), il saluera en Domitien son Apollon et sa Muse (Sa), il exposera une fois de plus la grandeur de sa tâche (33 sqq.), et se demandera encore quel doit être son point de départ (4i sqq.) (i).

Ainsi partout dans les discours, souvent dans le reste du poème, nous avons distingué nettement Tinfluence de la rhétorique. Il n'est pas douteux cependant que Stace s'est efforcé d'y échapper ; on en trouve une preuve certaine dans son culte de Virgile, dans sa défiance de Sénèque et de Lucain qu'il suit rarement et avec prudence, jugeant san9 doute que malgré leur génie ils sont trop emphatiques et trop déclamatoires. J'en vois un autre indice, léger mais curieux, dans cette insistance du poète à rappeler le temps et les soins qu'il a donnés à son épopée (a), alors qu'il prend à témoin ses amis que ses Sïlves (3) ont été composées au pied levé : c'est qu'il regardait ses Sihes comme des morceaux d'école plus utiles à sa subsistance qu'à sa gloire, et que précisément les rhéteurs donnaient leurs discours pour des improvisations (4); mais, dans la pensée de Stace, la Thébaïde était une œuvre de plus hante ambition et de plus grand mérite, dédaigneuse des petits moyens de l'école. Il essaya donc de secouer l'autorité de ses premiers maîtres, ne prenant plus pour g^iides que les princes de la poésie ; comme il n'avait pas assez d'imagination pour créer de nouveaux thèmes ou pour rajeunir les anciens, la Rhétorique, qui avait pétri et moulé son cerveau, lui offi-it ses procédés

(1) De même ce retour sur lui-même et sur l'immortalité qu'il espère, dans son épilogue, est bien dans la manière des rhéteurs. — Cf. notamment Walz, IX, 330 : « veOaov tï xai x^ptv toi; Aoyoi;. n Mais ici Stace avait surtout l'exemple d'Ovide à la fin de ses Métamorphose».

(2; Th. XII. 810 sqq., S. IV, 7, 25 sqq.

(3) Silves. Préf. des livres I, II, III.

{4) Walz, op, cit. IX, ^1 : itoaXxxic Sk aeTr|<TEi; <rjYyvw|iT)v, 92911 wv 1% Virofuou aot Ye^ev-yj^T^at xb oicou6a9(ia. »

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usés, mais faciles et toujours applaudis : le poète les prit, peut-être malgré lui, peut-être à son insu.

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