V, 723; VU, 744; IX
tours
chênes
cyprès
orme et vigne
vm, 544.
fleurs
Au total 44» contre 46 dans la Pharsale ; et encore convient-il de faire observer, ici comme partout, que Lucain répète moins que Stace ses comparaisons, celles surtout qu'il tire de la mer, du vent, de la pluie ; mais il en a de plus recherchées, comme celle qu'il emprunte à un marécage (V, 435), une autre au suc de safran répandu sur le sable (IX, 808). Ajoutons que Lucain paraît avoir inauguré un nouveau genre de comparaisons que Stace ne pouvait pas se permettre, au moins dans la Thébaïde : il a extrait II comparaisons de faits ou de personnages historiques (les Sabines, I, 118, Antoine, X, 50, etc.) (i). Stace n'en a tiré qu'une, celle du jeune prince perse qui succède tremblant à son père (T'A. VIII, 286 sqq.), et c'est un anachronisme dont on peut difiicilement le féliciter.
Si donc l'on considère la très grande quantité et en même
(i) Hundt, op. du 9 el H. — Cf. aussi, pour Valerlus Flaccus, Busseo, op. du 8.
3oo l'bxécution
temp» le peu de variété deH comparaiftonB dans la Thébalde^ si l*on tient compte aussi de ce fait que souvent Stace en réunit plusieurs (i), on est forcé de conclure que le poète n'a vu dans cette espèce d'ornements qu'un prétexte à développements faciles, propre surtout à masquer rinsuflisance de son imagination. Au reste nous allons en avoir de nouvelles preuves.
30 But des comparaisons dans la « ThébaIdb »
11 est hors de doute qu'essentiellement les comi)araisons sont destinées à éclaircir une conception du poète, et que par suite une comparaison parfaite est celle où non seulement le fait principal, mais tous les détails correspondent au récit qne le poète veut faire mieux saisir. Mais presque chez tous les poètes, une comparaison est en quelque sorte un morceau de bravoure qui n'éclaircit rien, mais qui embellit : encore faut-il cependant qu'elle réponde à quelque chose. Or il arrive assez fréquemment chez Stace que la comparaison est tout à fait vague et n'explique ou n'est expliquée par rien. Si Ton en croit Krause (3), une seule est parfaite, celle où le poète, pour montrer les hésitations de Polynice exilé, le compare au pilote qui a perdu son chemin dans une nuit sans étoile et qui croit sentir partout un écueil, I, 370 sqq. Mais Krause exagère, et lui-môme en cite qui sont bonnes dans le principal (3) et dans les détails : ainsi, III, 3io, — V, 699, 704, — VIII, a55, SjS, 692, — X, 4t4» etc. Parmi celles qui sont mauvaises, le principal même
(1) I, 475, III, 3r,6; IV, 794; V, 349; VI, 276, 383; VU, 709: IX, 3»; XI, 42, 274, 46i ; XII; 559, 728; etc. — Cf. Krause, op. cit. 20 sqq. — Cm comparaisons répéK^cs cl souvent de pure rhétorique, sont fréquentes ausHi chez Lucaln, cl m/^me chez Virgile. Cf. Hundt, 33 sqq.
(2) Op. cit. i\ sqq.
(3) Le principal ou, selon Tcx pression consacrée, le tertiwm compa/ror iionn, c'esl-à-dlrc quod coinparato cmn covipa/raiione eommtme e$t»
LES ORNEMENTS ÉPIQUES 3oi
apparaissant à peine sous Taccessoire, citons YIII, 4^ ! ^I> 868 sqq. ; V, 704 sqq. ; II, 28 sqq. (i). Presque toujours — et cette remarque accuse très clairement l'intention de Stace — la comparaison est surchargée : le poète vise en effet moins la justesse que le brillant du trait final auquel tout est sacrifié. Ainsi Étéocle, réveillé par l'ombre de Laius, est comparé au tigre qu'éveillent les chasseurs : on s'attend à ne voir décrire que le réveil du tigre ; le poète le décrit en effet :
Qaalis ubi andito venantum murmure tig^is Horruit in maculas somnosque excusstt inertes, Bella cupit laxatque gênas et tempérât ung^es,
mais il ajoute :
Mox ruit in tarmas natisqne alimenta craentis Spirantém fert ore virum.
(II, 128 sqq.)
Pourquoi cette fin sinon à cause de l'image sanglante qui saisit le lecteur? (Cf., I, 870; III, 43î2, 679; IV, 189; VI, 556 ; IX, 858 ; XI, a34, etc.) Quelquefois du reste s'il arrive que le trait final soit ridicule (X, 574) (2), il peut aussi être fort beau (II, 676 ; III, 482 ; IV, 8o5 ; VII. 625 ; VIII, 267 ; IX, 858 ; XI, 234). Mais dans tous les cas il est extrêmement rare que, dans une comparaison un peu développée (3),
(1) IV, 363 sqq., on trouve une comparaison qui ne parait se rattacher en aucune manière au récit de Stace. Aussi Sandstroemius i'at-il Jugée interpolée, tandis que Baehrcns croit que quelques vers qui l'expliquaient sont perdus. Cependant À y regarder de pins près on saisit un vague rapport entre Éléocle menacé de toutes parts et le lion forcé de renoncer à sa proie.
(2) Ou du moins très étranger à l'objet comparé; p. ex. YIII, 358; XI, 587, ni, 671, etc.
(3) La longueur moyenne des comparaisons chez les poètes latins est de 4 vers, mais chez Stace cette longueur est très variable; beaucoup n*ont qu'un vers ou un vers et demi, mais beaucoup aussi dépassent quatre vers : il y en a même qui atteignent 7 vers ([1,675, 323; IV, 24; VI, 176; IX, 189; XII, 15); plusieurs ont 8 vers (II, 81, 236; III, 432; VIII, 286; X, 288; XII, 270). Une enfin a un peu plus de 8 vers (III, 22). Virgile était plus mesuré, mais Lucain a été Jusqu'à 9 vers {Ph, I, 72;. — Cf. Hundt, op. cit. 6.
Son l'exécution
l'objet comparé ne soit dépassé (i); aussi ne serons-nous pas surpris de constater que, quand notre poète imite une comparaison de Yii^ile ou même de Lucain, il la pousse fort loin aa risque de la délayer à Texcès.
3^ La syntaxe dans les comparaisons de la « Thébaîde »
Krause (2) n'a laissé rien à dire sur l'emploi des temps et des modes, et sur la manière dont les comparaisons sont introduites. 11 n'y aurait donc pas lieu d'insister sur ces divers points, s'il ne s'était glissé quelques erreurs dans ses remarques.
Parfois Stace emploie le présent ou l'on attendrait le parfait (ex. : IV, 78a ; VIII, aia ; IX, 320) (3% ou réciproquement le parfait pour le présent (V, ao3 ; VII, 627).
Une fois, sa comparaison est à l'imparfait (XII, 370).
Souvent les temps se mélangent : ainsi on rencontre ensemble le présent et le parfait (IV, 139; VI, 4^1; X, 246, etc.) (4); une fois même une comparaison renferme présent, parfait et imparfait (XI, 234).
Le mode est presque toujours l'indicatif; cependant, plusieurs fois, Stace introduit le conditionnel, imaginant pour ainsi dire une comparaison par supposition :
(1) Cela se rencontre déjà dans Homère (p. ex. IL XII, 380, 447), et dans Virgile (p. ex. En. Xlf, 899), mais surtout dans la Pharsale.^ Ct Hondt, 13 sqq.
(2) Op. cit. 3& sqq.
(3) Kraose croit à tort qu'on attend le parfait au vers Vil 638 (Ces nondum anima defectus utraqne Cum sua Centauros moriens in terga recumbit). Stace prétend se placer à une époque où l'on croyait à l'existence actuelle des Centaures.
(4) Krause cite encore 11. 323; VI, 114; Vil, 638 et 680. Mais, ootre qa'U a yu fort à tort une comparaison dans le dernier exemple, il se trompe encore en attribuant les autres mélanges à des négligences de Stace, Que Stace soit souvent négligent en cette matière, cela est certain, et Krause eo cite de bons exemples (XI, 482, 628; ; mais dans les comparaisons dont il est question le changement de temps est très justifié.
LES OBHKlfKITS BFIQUKS 3o3
Nec mmas haee laeti irahimus sc^ada quand ai PraedfMti cooTolsa noto prospedet a mica m Pappis hnmiim.
(U, 193 fqq.)
Qoalis (Œdipns) si pappe rdîcta Exo5iis mânes jMgri sulcator ATemi Exeat ad soperos aolemqiie et pallida torbet Astra, nec ipse dîn sortis patiensqne snpenii Aeris; interea, kmgvun cessante magistro, Crescat opns, totisqne exspectent sascola ripis.
(Xl,587 8qq.)
Non aliis nltam Cadmda proies
Insnrgant stimnlis qnam si tnrfoata sepolcris Ossa patram monstrisqne datae cmdelibas nmae.
(IX, 9 sqq.)
Cf. II, io5 sqq., a36 sqq. ; VI, 728 sqq.
Deux fois le subjonctif est mélangé à Tindicatif (VI, 19, III m).
Kraose (i) a fait trop exactement le relevé des pronoms on des conjonctions que Stace met en tête de ses comparaisons pour qu'il soit utile de le refaire ici. Signalons seulement deux ou trois formes très rares : plusieurs fois Stace se sert du comparatif suivi de quant (II, 193; IX, 437* etc.). Une fois il emploie la tournure qui.,, hic, que je n*ai trouvée nulle part ailleurs :
Qoi tremor elidta caeli de lampade tactis, Hic lixit juvenem.
Il n'y a pas lieu d'étudier longuement Tendroit du vers où commencent les comiiaraisons de Stace : comme le remarque Krause (2) elles commencent soit avec le vers Ini-
(1) Op. cit. 38 sqq.
(2) Op, cil, 23. Kraase a tort d'aillenra de croire qac l'usage de Stace diffère sur ce point de celai de Virgile; pour ne citer que deax oa trois exemples, Virgile, tantôt commence après le premier dactyle (X, 454), tantôt après la tribémimère jX, 356), tantôt après la pentbémimère (IX, 791), tantôt enfin après l'heptbémimère (X, 763).
3o4 l'bxbcution
même, soit au milieu, soit après le premier dactyle, la penthémimère ou rhepthémimère. Ce qui est peut-être plus significatif c'est que toutes les comparaisons de Stace, sauf les très courtes, finissent avec le vers (i). Cela est d*autant plus remarquable que, si Stace emploie deux fois la même comparaison, il la fait finir au milieu du vers quand elle est plus courte, à la fin du vers quand elle est plus développée. Ainsi, I, 535, les deux filles d'Adraste sont comparées à Pallas et à Diane : la comparaison n a guère plus d'un vei*s et se termine après rhepthémimère ; au chant suivant (II, aSô), il reprend la même comparaison, mais cette fois il lui consacre huit vers et la termine avec le vers a43. Cf. I, 4^9 et VII, 86. Si Ton observe que Stace aime à orner d'un trait brillant la fin de ses comparaisons, il est permis de croire que ce procédé vient des lectures publiques où les applaudissements qui saluaient les chutes heureuses, eussent brisé l'harmonie d'un vers en le coupant à son milieu. Quoi qu'il en soit, telle n'est point Thabitude de Virgile qui, six fois en deux chants {En, X, i34, 7^3, 8o3 ; XII, 4^3, 5î2i, 682), termine au cours d'un vers des comparaisons de longueur moyenne.
Sans nous arrêter à divers détails, comme la bizarrerie de quelques comparaisons (2), Tusage, commun à tous les poètes, de prendre Tespèce pour le genre (3), les erreurs de Stace en histoire naturelle (4), nous clorons cette étude par un rapide examen des principales sources.
(1) Je n'ai trouvé que deux ou trois exceptions pour des comparaisons de 3 vers : II, iiS, et VII, 532. Mais dans le second exemple, il n'y a pas d'image à la fin par exception, et dans le premier l'image serait moins saisissante si elle s'achevait avec le vers.
(2) Par ex. XI, 193, 437.
(3) Par ex. V, 332; VI, 576, etc. — Cf. Krause, 23 sqq.
(4) Erreurs sur la nature des serpents, II, 411 sqq., XI, 314; sur la nature des grues, V, 15; sur la faune, X, S2.0 sqq., etc. — Cf. Krause, 33 sqq. li faut noter aussi l'explication bizarre que donne le poète de l'attaque courbe du sanglier (VIII, 531 sqq.).
LES ORNBMBNT3 EPIQUES 3o&
4^ Les sources des comparaisons de la « Thébaîde »
Il serait trop long, et d'ailleurs inutile, de rechercher les sources de toutes les comparaisons de Stace : il suffira de montrer par des exemples bien choisis quels poètes Stace a imités, et comment il les a imités ; on signalera aussi celles de ses comparaisons qui paraissent originales.
Parmi les poètes grecs, Homère est directement imité à plusieurs reprises; c'est à l'exemple d'Homère (11, XVII, 4 sqq.) qu'Hippomédon protégeant le corps de Tydée est comparé à une vache qui défend son veau contre les loups (Th. IX, 1x5 sqq.). C'est d'après lui encore (II. XXI, aa) que les Thébains fuyant devant Hippomédon sont assimilés aux poissons effrayés par un dauphin (Th. IX, a42 sqq.) A Homère aussi (II. IV, 45si) il faut rapporter la comparaison d'Hypsée et de Tydée avec deux toiTents qui descendent des monts et roulent dans la même vallée (Th. VIII, 46i sqq). Mais nulle part Stace ne traduit simplement Homère ; dans la dernière comparaison citée, il n'emprunte à Vlliade que l'idée des deux torrents, mais il la transforme et l'applique à une chose toute différente, au grand dommage de la clarté, il est vrai. Dans la comparaison tirée des poissons et du dauphin, Stace ajoute à Homère un trait qui lui vient peutêtre de Pline l'ancien (i), en tout cas étranger à Vlliade (et visis malit certare carinis, IX, 247). La première enfin est notablement plus développée.
A Euripide (Phén. i38o) Stace emprunte la comparaison d'Étéocle et de Polynice se battant, à deux sangliers qui se déchirent (XI, 53o), mais là encore il ajoute beaucoup de détails.
Gomme il fallait s'y attendre, les Latins, et surtout Virgile, 5 ont bien plus imités. Ainsi la comparaison de
(1) B, N. IX, 8 : « Hominem non expavescit delphinus ut alienum ; obviam Davigiid venlt, alludit exsuUans, certat eilam... »