‹ Étude sur la Thébaïde de StaceChapitre 33 sur 46 · L. — ÎO · texte numérisé non relu

L. — ÎO

3()6 v'Kxicvnon

Polyxo avec uni» Barrhanto (Th, \\ 9a) vipiiI de YÉnéidr (IV, 3oi); Ae m^mc cHIe d'IIippomédon avec an Centaure lie rOftîia (T'A, IV, ilg; cf. IX. aao; En. VII. 674), celle an nux et du reflui (Th. XI, 43; l^/i. XI. 6a^), celle des abeilieii (TA. X. 5^4 ; ^^' XII. 687). etc... Mais nans appuyer encore ffur le!« nifKHflcaiionff apportée}* par Stace, faif^onn plutAt une remarque qui reviendra h plusienr» reprides : c*esl que Stace emprunte quclqueroi» une comparaison k ce qui eut un détail de Faction dan» YÊnHde ; ain<«i quand il compare (Th. I« 491) Polynice cl Ty<k»e luttant l'un contre l'autre à des athIèt4»H combattant dan» Icn jeui. d*nprc9 une description de Virgile

(/?/!. v.4îi9«qq)0)

Ovide e^t mis assex souvent k contribution : c*est d'après lui (Méi. I, 4^^ ^q*) que Stace compare la sécheresse d*Argos k celle de TÉgypte (|uand le Nil ne déborde pas (Th. IV, 705 sqq.). d apWs lui (Mél. III, 44 sqq.) qu'il rapproche le serpent meurtrier d Arche more du serpent céleste (Th. V, b'U} sf|q.) (a). Il faut rapporter aussi & Ovide la comparaison d'IIippom^*don tombant avec le chêne de THémas (Th. IX. fila, Met. X, 37a) (3), de Pluton apaisé avec le lion d'Afrique pardonnant ii son ennemi (Th. VIII, ia4« Trisicê, III, 5, 33 sqq.) (4). Knnn il parait assuré que Stace a tiré Tidce de quelques comparaisons des récits mythologiques d'Ovide. Ainsi pour Hercule (Th. XI, a34, MH. IX,

Ol et. En. X, va M TH. XII. Il «qq. — Do m/^mfr, la «iDi|Ninlsoo df lu Th€b. VI, 171 M|q. ifst tr^s cArtuloonifnt Imll^ d'ua rélèbfft p»M»g» d«* Locr/*rc (/V /Va/, rer. II. «15S «qqj. L« com|mraljion llr^ di« Tbnwwi (TA. II. SI »qq.) riippcllf llorncr {Car m., I, I,t7 ftqq.). Kafla IV, 4K, an rfifiiirrior an toavoolr d'Ilom^rn HL I. 4t3i<|q.).

(2/ Voir tor ri'lti! rompnralson piiffo 72 tqq*

Ol CI. S/ifiM|ur, Tkyrêlf. i%n.

(4) Miil« In rompnmlftfin dr In mrrf dr M^nN*^ avec uoc tiirr<*«M» d«» Hryllilr (Th., X, H0) «qq.i n>»l pa« du (oui Intipir^r d Ovldr (ITrf. XIII, .*»47), rofnfiif !'« cm hrlp^r {op. fit, MH). Au tp%U* W rluipltrc di» l>#*lp<M'r «ur lc« cfimpttrn liions hitsMs b«uiuroop « d^lrrr, toit p«mt qo'll ml loin di* «licnalcr toutou lot Imltiitlons do .SI4100. «oit parco qu'il so nlgaslo lli où II n'y on 11 pu».

LBS ORNEMENTS ÉPIQUES Soj

i58 sqq.), pour Jocaste (Th, XI, î234; Met IX, i58 sqq,), pour Jupiter enfant (Th. IV, 781 sqq.. Fastes IV, 1207 sqq.), etc....

De Lucain (VII, isi5) il faut rapprocher la comparaison d'Étéocle avec le matelot battu par la tempête (Th, III, 22), celle d'Adraste avec Apollon conseillant Phaéton (Luc. IliacoTiy fragm. cité par Lactance (i) ; Th, VI, 298 sqq.), celle de la mer qui gronde encore quand la tempête est apaisée (Ph. V, 217 (2); Th. Vil, 86; cf. I, 479), celle du mineur enseveli (Ph. IV, 297 ; Th. VI, 855), celle des vents qui se calment quand ils ne rencontrent plus d'obstacles (Ph. III, 362 (3), Th. XII, 728).

Valérius Flaccus n'est pas oublié : il a fourni (Arg. VII, 58i) la comparaison d'Alcidamas s'élançant contre Gapanée avec le flot qui se brise contre le rocher (Th. VI, 752), d'Hippomédon fendant le premier FAsopus avec le taureau qui fraye le chemin à travers le torrent (Arg. IV, 195 ; Th. VII, 436), dismène avec Alcyone (Arg. IV, 44 (4); Th. IX, 36o).

Le plus souvent du reste, on trouve dans la même comparaison de Stace plusieurs poètes mélangés ; à la vérité il n'est pas toujours facile de distinguer la part de chacun des modèles, et lorsque par exemple Stace refait une comparaison de Virgile déjà imitée d'Homère, on ne saurait presque jamais affirmer qu'il a suivi Homère à travers Virgile (5). Homère n'a pas reproduit moins de sept fois la comparaison d'un guerrier guettant son ennemi, avec le lion

(1) Comparaison inspirée peut-être par le récit d'Ovide {Met. II, 127 sqq.).

{È) Idée ctiez Virgile, Géorg. IV, 262, et chez Sénèque, U. F. 1089 sqq.

(3) Cf. Sénèque, Nat. qu. V, 13, 2. Un récit deLucaio (P/i. Vil, 830; est imité dans une comparaison {Th. IX, 11 sqq.). ;— Cf. Lucain, IV, 615 sqq. ; Th. VI, 868 sqq.

(4) Comparaison tirée peut-être du récit d'Ovide [Met. XI, 562 sqq.).

(5) Sauf Th. V, 7 sqq., où Stace certainement a imité Homère {IL III, i sqq.), puisque tout ce début lui est emprunté; mais on saisit aussi un souvenir de Virgile {En. X, 264).

3o8 l'exécution

à Faffût (i) ; Virgile a reproduit cette comparaison deux fois (En, V, 454 et 7^3), Stace une fois (VII, 670) : il semble qu'Homère soit imité dans la Thébàide, mais cela n'est pas sûr. En revanche on peut assez aisément discerner la part de chaque poète lorsque Stace n'imite que des Romains, par exemple II, SaS sqq.

Veluti dax taurus amata Valle carens, pulsum solito quem gramine victor Jussit ab erepta longe mugire juvenca. .

Cum profugo placuere tori cervixque recepto Sanguine magna redit fractaeque in pectore quercus, Bella cupit pastusque et capta armenta reposât Jam pede jam cornu melior (pavet ipse reversum Victor et adtoniti vix agnovere magistri).

Cette comparaison rappelle très clairement ce passage des Géorgiques (III, 220-236) où Virgile décrit les combats des taureaux qui, vaincus, s'exilent, mais pour reprendre de nouvelles forces et recommencer la lutte. Toutefois Lucain a tiré du récit de Virgile une comparaison (2), et c'est lui, très visiblement, que Stace a surtout imité :

Pulsus ut armentis primo certamine taurus Silvarum secreta petit vacuosque per agros Ëxul in adversis explorât cornua truncis Nec redit in pastus nisi cum cervice recepta Ëxcussi placuere tori ; mox reddita victor Quoslibet in saltus comitantibus agmina tauris Invito pastore trahit.

(P/i. II,6oisqq.)

' L'ensemble et plusieurs expressions révèlent clairement lïmitation de Stace, et le dernier trait ajouté par notre poète trahit son habituel procédé : aussi cette comparaison est-elle des plus typiques, et c'est pourquoi on l'a citée tout entière.

De même la comparaison des athlètes, aux jeux de

(1) Cf. notamment Iliade, III, 23.

(2) Virgile lui-même. En, XII, 715 sqq.

LES ORNEMENTS EPIQUES 3og

Némée, avec deux taureaux luttant pour une génisse (7%. VI, 839), rappelle certes celle de Virgile (En. XII, 716 sqq.), mais plus encore Ovide (Amores, II, I2,q5) :

Vidi ego pro nivea pugnantes conjuge tauros.

Spectatrix animos ipsa juvenca dabat ( i).

De même encore, reprenant (IV, 363 sqq.) une comparaison que Virgile déjà avait imitée d'Homère (IL XV, 586 sqq.), il s'inspire de Virgile évidemment (J^/i. XI, 809 sqq.), mais il s'empare pour ss./inale d'un vers de Vçilérius Flaccus (Arg, IV, 296) : magnique fugit non inscius ausi (Th, IV, 368),

On pourrait pousser plus loin les rapprochements et montrer comment Stace modifie les comparaisons traditionnelles qu'on rencontre chez tous les poètes épiques depuis Homère jusqu'à Silius Italiens en passant par Ënnius même. Mais on en sait assez pour juger de la manière de Stace et pour apprécier son peu d'originalité dans la recherche des comparaisons (2). Pour être justes, reconnaissons-lui pourtant quelques inventions. Tout d'abord il convient de regarder comme originale la comparaison de Capanée avec Hercule (VIII, ^49 sqq.) :

Qualis ab Arcadio rediit Tirynthius antro Gaplivumque suera ciamantibus intulit Argis

Je ne connais aucun poète qui lui ait indiqué cette image : en revanche des peintures ont pu l'inspirer, puisque une fresque de Pompéi représentait Hercule rapportant à Eurysthée le sanglier d'Érymanthe tué (3).

(1) Voici les vers de Stace :

Non sic ductores gemini gregis horrida tauri Belle moveot; medio coDjunx stat candida prato Victorem expectans, rumpunt obnixa furenles Pectora, subdit amor stimulos et vulnera sanat.

(2) Surtout si l'on réfléchit au nombre extraordinaire des comparaisons répétées.

(3) Cf. Helbig, Wandgem. der Stàdte Campaniens.n'* 1125. Les rhéteurs ont d'ailleurs décrit cette œuvre d'art. Cf. Walz, I, 410.

3io l'exécution

Faut-il croire aussi que, dans ses innombrables comparaisons empruntées aux combats des animaux, Stace s'est rappelé les spectacles que lui fournissait le Cirque? Ce serait sans doute un excès de bienveillance, d'autant que les fresques mêmes de Pompéi qui représentaient de Semblables scènes (i) pouvaient être inspirées des poètes autant que des jeux publics. En tout cas, plusieurs autres comparaisons de Stace peuvent, jusqu'à nouvel ordre, passer pour originales (UI, 2255 sqq. ; IV, 8o5 ; VI, i8 ; VII, SgS sqq., 8o4; VIII, 544, a86, 369 sqq. ; X, 226 sqq. ; SjS, 470, 646 sqq.) et quelquesunes sont parmi les plus belles de Stace (2). En voici un exemple :

Sic ulmus vitisque, duplex jactura colenti, Gaurano de monte cadunt, sed maestior ulmus Quaerit utrumque nemus, nec tam sua brachia labens Quam gémit adsuetas invitaque proterit uvas.

(VllI, 545 sqq.)

Les expressions sont peut-être un peu affectées, mais un sentiment si tendre respire dans ces vers que Ton croit entendre en les lisant un écho affaibli de Virgile (3).

Cette étude des comparaisons de Stace, comme en général tout ce chapitre, précise, plus clairement encore que ceux qui précèdent, la nature du talent de Stace, ses défauts et ses qualités. Ses dons de poète y apparaissent incontestables, mais faute d'avoir choisi un sujet selon ses forces, il ne sait comment remplir un cadre trop grand, il se contraint et va demander, comme malgré lui, aux exercices de l'école leurs procédés artificiels. Il ne nous reste plus qu'à examiner ses expressions et ses tournures les plus caractéristiques, pour obtenir une fidèle image de ce poète bien né, afiiné peut-être, mais corrompu par son temps.

(1) Cf. Helbig, Untersuch. iib. d. Campan. Wandwal. 92 sqq.

(2) Aussi Claudien lui en a-t-il emprunté plusieurs (7/i. VI, 18; Claudien, XXXII, 1 sqq.; Th. VIII, 286; Claudien, XXXVI, 218 sqq.}.

(3) Krause a remarqué (op. cit.) 32 avec quel soin Stace donne des sen. timents humains à tous les êtres animés et inanimés. Cette observation du reste ne s*applique pas seulement à ses comparaisons. — Cf. page 258, n. 2.

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