‹ Étude sur la théorie du droit musulmanChapitre 3 sur 67 · AVANT-PROPOS V · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS V

l'Islamisme s'est montré^ aussitôt qu'il a embrassé cette religion^ un fervent croyant et un inébranlable observateur de ses enseignements ^ on sera ûmené à reconnaîtra que ces millions de néophytes y d'autant plus intéressants et respectables qu'ils sont sincères dans leurs convictions ^ ne peuvent nous accueillir sans crainte et sans méfiance et accepter la civilisation que nous leur apportons qu'à la condition de la savoir conforme aux préceptes de leur foi nouvelle. Il en résulte que l'unique mo^en d'assurer Pavenir de ces peuples musulmans et de les faire bénéficier des progrès énormes réoMsés dans le monde moderne^ est encore d'ndapter toutes nos vérités, en commençant par ceUes du droit, aux enseignements de Mahomet.

Mécotmaître cette nécessité^ ce servait d'abord condamner notre civilisation à l'impuissance la plus aès6i<t(e sur les multitudes humaines sans cesse croissantes dont je viens de parler.. Ce serait ensuite maintenir^ partout ailleurs, entre les autorités chrétiennes et leurs administrés musulmans j Wie barrière infranchissable. La preuve en est dans l'rmpmssamce des moyens employés jusqu'ici pour €ùmemer "les populations mahométanes à accepter franchement notre justice et notre administration.

Les Musulmans conservent^ je le répète^ un esq>nt de résistance digne de toute notre estime; ils

subissent avec résignation la volonté de celui qui les gouverne^ mais ils ont en horreur le progrès et la civilisation qu'il leur apporte. Ils vivent séparés des autorités européennes par un abîme; ils se méfient de leurs institutions et redoutent leur science. On peut affirmer cependant que le progrès est inscrit dans la loi de F Islam, qu'il est pour ses adeptes une Pièces site ordonnée par Dieu.

Cette apparente antinom ie s'explique facilement: le Musulman j religieux y avant tout et toujours^ se trouve en contradiction avec un dogme fondamental de sa religion^ qui est le dogme du progrès^ parce qu'on n'a jamais essayé de le convaincre par des démonstrations islamiquement inattaquables qu'il ne commet pas un péché en acceptant les conséquences pratiques de ce principe fondamental de sa religion. Il en pro fiera avec empressement 'dès qu'il lui sera prouvé que ce progrès est en harmonie avec ses croyances religieuses. Telle est la vérité.

Ceux qui soutiennent que le Musulman doit repousser avec la civilisation toute vérité venant de VEurope^ se trompent. Il m'est facile d'en donner la preuve en rappelant que, dans ces derniers temps, les Musulmans ont accepté facilement tous les progrès effectués dans l'application des sciences au commerce, à la navigation, à l'industrie, aux travaux publics, etc., etc. Les

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faits sont là; ils se produisent journellement sous nos yeux avec une telle évidence qu'il n'est pas besoin d'y insister davantage,

ly autre part^ personne n'ignore que les Arabes musulmans avaient conservé et transmis à FEurope du moyen âge la science des Grecs. L'ouvrage philosophique qui est encore aujourd'hui une base de l'enseignement dans tous les médressés, n'est autre que Vabrégé d'une partie de la philosophie cfAristote^ Jadis condensée par le Syrien Porphyrius. Cet ouvrage ^ les Musulmans le considèrent comme la clef de voûte de l'enseignement secondaire ; nul n'est admis aux études universitaires avant de l'avoir appris. Le vocable qui en forme le titre a été conservé tel quel, on continue à l'appeler Issagodji, et chacun sait qu'en grec le titre de ce livre est : Elffayorn eU A"* <piXocro(ptav tou 'ApidTOTeXouç, ce qui veut dire : Introduction à la philosophie d'Aristote.

Les Arabes musulmans ont donc accepté non seulement le système du Stagyrite^ mais le titre même donné par un Chrétien à V abrégé de la doctrine du savant prodigieux qui., tant en philosophie qu'en politique., reste le plus grand maître de tous les siècles. Celui qui vénère Aristote ne peut avoir en horreur un Montesquieu parce qu'il est chrétien.

C'est donc commettre une erreur volontaire

que de soutenir un paradoxe de telle nature. ' A/ftrmer que le Musulman ^ parce qu'il est musulman^ doit fermer les yeux à la lumière toutes les fois qu'elle lui arrive de f Europe civilisée^ c'est une accusation grave et injuste.

Il est urgent de faire Justice de doctrines aussi funestes^ au moyen desquelles on cherche à nuire aux Mahométans en les déclarant immobiles et en les mettant ainsi au ban des peuples civilisés. Je suis convaincu qu'en renonçant à un si détestable système^ on rendrait un service signalé à tous.

On ne saurait trop insister sur ce point.

Le Musulman acceptera la science européenne avec toutes ses conséquences dès qu'il lui sera prouvé qu'elle est conciliable avec sa religion. Aussitôt cette démonstration faite ^ conformément aux règles de la méthode du droit musulman (oussoul), qu'elle vienne de Pékin ou de Paris, il se regardera comme obligé de l'accepter, et coupable du péché le plus grave s'il ne met pas le plus grand empressement à en profiter. Selon la doctrine mahométane, il est indifférent que la vérité vienne de savants musulmans, de savants chrétiens ou de savants polythéistes. Pourvu qu'elle soit conforme aux préceptes de l'Islam, elle est obligatoire pour la conscience de tout vrai croyant, La preuve révélée de cette vérité, la voici:

Lune des paroles les plus généralement connues,

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