S VII. — PANSEMENT. — SOINS CONSÉCUTIFS
Le malade est complètement débarrassé de sa tumeur, il à échappé au danger de l’hémorrhagie primitive. Il s’agit d’obtenir la réunion immédiate de la surface cruentée, de prévenir la septicémie et les fusées purulentes.
Les détails du pansement sont d’une importance capitale et constituent pour ainsi dire la seconde partie de l’opération. Les organes les plus importants du cou ont été mis à nu, les deux carotides battent au fond de la plaie qui est limitée à sa partie inférieure par le tronc veineux brachio-céphalique et quelquefois la crosse de l'aorte.
Si, pendant l’opération, on n’a point fait usage du spray, on se verra obligé de pratiquer le lavage de la plaie. Il est bon de savoir que ces lavages ne sont pas sans inconvénient, et Riedel (1) cite un cas dans lequel
(1) Centralblatt für Chirurg., 1882, n° 45
ee le lavage de la plaie avec une solution phéniquée à 3°, occasionna une agitation et une anxiété extrêmes ; le troisième jour la malade mourait, après avoir présenté les symptômes de la paralysie des nerfs récurrents et pneumogastriques.
On nettoie soigneusement la plaie avec une solution phéniquée tiède et très faible. On enlève les caïllots et tous les débris qui peuvent se rencontrer à la surface de la plaie. La toilette de la cavité étant faite, on suture toute l’incision et on place dans la plaie deux drains dont le calibre et la longueur sont en rapport avec l’étendue de la surface cruentée. MM. Reverdin, si la plaie est vaste, pratiquent des contre-ouvertures aux points déclives, pour éviter la stagnation des liquides. Quelques opérateurs placent un drain debout dans la poche rétrosternale. M. le professeur Julliard le considère comme inutile, car si la réunion immédiate est obtenue, cette poche est rapidement comblée ; si la plaie suppure, le drain qu’on y place debout ne joue aucun rôle efficace pour l’écoulement des liquides. On a employé des drains en caoutchouc ou des drains en os décalcifiés de Neuber. Ces derniers doivent être abandonnés, car leur résorption est le plus souvent inégale. Ils peuvent se résorber par places ou rester dans les tissus pendant plusieurs mois sans altération ; leur présence peut causer des abcès secondaires. On leur reproche enfin leur consistance trop molle.
On peut appliquer sur la plaie et sur les lèvres de l’incision de la poudre d’iodoforme en très petite quantité ou quelque autre substance antiseptique. Kocher (de Berne), employait le chlorure de zinc à 0,2 c/, en badi-
nf
geonnages sur la plaie. Il a renoncé à l'emploi de cette substance. Actuellement, il se sert d’un mélange de sous-nitrate de bismuth et d’eau à 1 °/,. Ce mélange empêche la sécrétion des liquides à la surface des plaies. On peut alors se dispenser de mettre des drains et faire les sutures seulement le second jour, quand on est sûr que la plaie ne fournira pas d’abondante sécrétion. Il applique, comme pansement, de la gaze trempée dans un mélange de bismuth et d’eau à 10 °/.
Asepsie et compression, voilà les deux grandes indications du pansement pour M. le professeur Julliard. La compression est obtenue au moyen de plusieurs éponges neuves, parfaitement aseptiques, qu’on applique sur le cou et la partie supérieure du thorax; la plaie étant recouverte d’une bandelette de silke protective. Sur les éponges, on appliquera la gaze antiseptique et le tout est recouvert d’ouate également antiseptique, fixée au moyen de bandes de gaze, puis de tarlatane mouillée qui forment en se desséchant une carapace solide. Enfin, le pansementest complété par l'application d’une bande élastique à peine serrée et destinée à faire une compression douce. On peut encore consolider ce pansement au moyen d’attelles rigides appliquées à la partie postérieure du cou.
Le pansement terminé, le malade est replacé dans son lit et réchauffé parles moyens usuels. Il doit rester assis pendant les 48 premières heures, afin de favoriser l'écoulement des liquides de la plaie.
Il faut, pardessus tout, obtenir le repos de la région malade. On évitera tout ce qui peut provoquer les mou-
vements de la trachée. Les opérés doivent garder un
este
silence absolu ; ils boiront le moins possible et on ne leur donnera que de l’eau. Si une partie du liquide déoluti venait à pénétrer dans les bronches, l’eau serait plus facilement tolérée. On donnera à boire par petites gorgées avec une cuiller. M. le professeur Julliard et Kocher (de Berne), citent des cas de pneumonies mortelles consécutives à la pénétration de particules alimentaires solides dans les voies respiratoires. Vers le quatrième ou cinquième jour, époque à laquelle la déelutition commence à se faire normalement, on donnera du lait, du vin, du bouillon.
Le premier pansement doit être fait le second jour, 24 heures après l’opération ; car pendant les 24 premières heures la plaie sécrète une assez grande quantité de liquides. On peut ne laisser qu’un seul drain au premier pansement. On enlève ce dernier drain quand la sécrétion très minime de la plaie permet de ne pas redouter la rétention des liquides.
Au premier pansement, on peut enlever une suture sur deux.Au second pansement, qui est fait le cinquième jour, on enlève tous les fils.
Vers le septième ou huitième jour, si la plaie complètement aseptique est réunie, on permet au malade de se lever.
Le succès est alors assuré. Le malade n’en reste pas moins exposé à quelques complications tardives, dont l'exposition fera l’objet du chapitre suivant.