CHAPITRE PREMIER
Historique
L’ablation de la glande thyroïde a été considérée de tout temps comme une des plus graves opérations de la chirurgie. En effet, cet organe, pour ainsi dire enchâssé au milieu d’un cercle artériel et veineux des plus importants, semblait par ses connexions intimes avec le faisceau vasculo-nerveux de la région sous-hyoïdienne défier toute tentative d’extirpation dirigée contre lui.
Les chirurgiens du commencement de ce siècle, Dupuytren, Desault, n’ont porté le bistouri sur cette région dangereuse que sur les pressantes sollicitations de leurs malades. Ajoutons que le succès n’est point venu couronner ces premières tentatives et que le souvenir de ces cas malheureux fit repousser en 1820 par l’Académie Royale de chirurgie jusqu’à l’idée de cette opération.
La thyroïdectomie, même pratiquée par des mains habiles, est en effet semée d’écueils redoutables. Les hémorrhagies foudroyantes, l’entrée de l'air dans les veines, l’asphyxie pendant l’opération, la section de nerfs
importants, tels sont les accidents provoqués par l’opération. Si le malade ne meurt pas sous le couteau, il est encore exposé à la septicémie, aux fusées purulentes, aux hémorrhagies secondaires, complications redoutables entre toutes, et qui peuvent emporter le malade alors que le chirurgien se félicitait déjà de l’heureuse issue de sonintervention. |
L'hémorrhagie et la septicémie, tels sont les accidents les plus formidables de la thyroïdectomie. C’est contre ces complications que depuis bientôt un siècle les chirurgiens ont dirigé tous leurs efforts.
L’hémorrhagie foudroyante provoquée par l’ouverture d’un des nombreux vaisseaux qui forment à la thyroïde une double ceinture artérielle et veineuse, avait tellement effrayé les premiers opérateurs, qu’ils abandonnèrent bientôt le bistouri, pour recourir aux divers procédés d’écrasement linéaire, de ligature sous-cutanée ou d’extirpation par l’anse galvanique. Les injections interstitielles, l’incision, le drainage des cavités kystiques, la cautérisation, tout fut mis en œuvre pour prévenir l’effusion du sang. Mais tous ces procédés créaient un foyer de suppuration, par suite, une cause d’infection et de septicémie. Résultats incomplets ou nuls, d’une part, dangers de la suppuration, d'autre part, ont provoqué l’avénement de nouveaux modes d’intervention.
Les divers perfectionnements apportés à la fechnique hémostatique, la méthode antiseptique rigoureusement appliquée, en prévenant la suppuration, et rendant le chirurgien maître des hémorrhagies,ont rendu À l’instru= ment tranchant sa suprématie. Le bistouri seul, en
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effet, peut enlever jusqu’à ses dernières limites la production morbide, assurer au malade un prompt rétablissement et prévenir dans la mesure du possible toutes les chances de récidive. Les méthodes fondées sur l’écrasement, le drainage, etc., ne seront que des subterfuges, des méthodes palliatives, qui, d’ailleurs, n’ont jamais eu grand succès. L’hémorrhagie n’atteindra jamais de dangereuses proportions, si le chirurgien, avant de porter le couteau sur ces régions dangereuses, à soin de saisir entre deux ligatures les vaisseaux de quelque importance, et de procéder à l’extirpation de la glande thyroïde, sa capsule incisée, plutôt avec les doigts qu'avec le bistouri.
Nous diviserons cet aperçu historique en trois paragraphes. Le premier sera consacré aux opérations tentées au commencement du siècle, le second retracera l’histoire des diverses méthodes employées pour prévenir le danger de l’hémorrhagie : écrasement linéaire, galvanocaustie, etc. Dans une dernière partie, nous verrons comment un manuel opératoire plus précis, des précautions antiseptiques rigoureuses, ont fait de la thyroïdectomie une opération digne d’entrer dans la pratique et donnant déjà de remarquables résultats.