MONSIEUR
Dans le dernier numéro de l'Abeil'e, (janvier 1860) à l'article “ Constitution mélicale actuelle,” vous constatez l'empire qu'exerce la variole sur notre ville et, en faisant allusion aux discussions qui ont eu lieu sur la vaccination, vous dites : ‘La question en litige n'a pas été portée sur le terrain où aurait dû se vider le différend.” Parfaitement d'accord avec vous : on aurait dù s'en tenir au mérite de la vaccination et démontrer son efficacité, dans l'intérêt de la santé publique et de celle des familles ; au contraire, on a‘oublié que les eftets de cette pratique laissent trop à désirer pour convaincre ceux qui, avant de l'accepter, veulent être convaincus de son efficacité. Je crois que la question de la vaccination demande pius d'examen que la généralité des vaccinateurs'publics ne le pensent. Cette question est loin d'être résolue quant à son efficacité ; elle doit donc être soumise à une étude plus approfondie. Je compte sur l'intérêt que vous portez à l'avancement de l'étude des sciences médicales pour me permettre de vous adresser une critique contre la vaccination.
J. EMERY-CODLERRE.
1ère PARTIE.
Il y a plus de 80 ans que l’inoculation du virus-vaccin (cow pox) a été introduite dans la pratique de la médecie comme préservatif de la variole ; néanmoins, on n’a pu réussir à opposer aucun obstacle à la marche ascendante qu'a poursuivie ce fléau.
La vaccination est-elle un priservatif contre la variole et ses effets ?
MT TS Nr DAT SES. PTS
Pour admettre que la vaccination fût un préservatif contre la variole et ses effets, il faudrait que le virus-vaccin fût par lui-même l'antidote du virus-variolique. Or, comment le virus-vaccin pourrait-il agir comme antidote du virusvariolique, puisqu'ils ont tous deux une origine commune ? Nous savons tous que le virus-variolique et le virus:-vaccin sont d'une nature maligne, contagieuse, gangréneuse et pestilentielle, qu'enfin, ces virus sont de véritables poisons dont les germes se transmettent par infection, par contagion et par inoculation ; l'atmosphère se charge de la transmission des causes déterminantes, c'est-à-dire, des germes de la variole et de la vaccine.
La vaccine, comme nous le ferons voir plus loin, ne saurait ètre le préservatif de la variole : il s'ensuit donc que ceux qui sont épargnés par la variole, ne le doivent pas à l’action préservative du vaccin, s'ils ont été vaccinés, puisque nous le savons, le plus grand nombre ne contracte jamais la variole ni aucune autre maladie maligne et pestilentielle.
L'inoculation du virus-vaccin a pour effet de transmettre dans la constitution des personnes saines un poison animal qui altère les tissus, change leur nature et les fait devenir malades de sains qu’ils étaient.
Les partisans de la vaccination ont bien le soin de recommander de ne pas vacciner si les personnes ne sont pas bien portantes. Et pourquoi cette recommandation, si la vaccination est un préservatif contre la variole ? ce n’est que quand on est malade qu’on a besoin d'un traitement quelconque.
Le virus-variolique et le vaccin, comme nous l'avons déjà dit, ont une origine commune ; ils sont tous deux virulents, gangréneux et pestilentiels, et prétendre que le virus-vaccin est un préservatif contre la variole et ses effets est une erreur bien grande et des plus funestes. Celui qui connaît les résultats de la vaccination, et se rend compte des accidents qu'elle cause, ne saurait admettre qu’elle est un moyen de se préserver de la variole.
L'inoculation du virus-variolique a d'abord été pratiquée
chez les barbares, ensuite chez certains peuples civilisés, notamment en Angleterre.
Les Sarrasins dans un but de prostitution, a-t-on dit, pratiquaient l'inoculation afin de préserver la beauté de leurs filles. Voici comment on peut s'expliquer la chose: le virus-variolique étant inoculé à des personnes en santé, l'effet en était moindre que si la variole se füt déclarée spontanément; il arrive souvent que l'inoculation ne produise que quelques pustules varioliques qui ne laissent pas de cicatrices. Voilà pourquoi les Sarrasins, comme nous l'avons dit plus haut, avaient recours à l'inoculation pour empêcher que la variole ne laissât son empreinte sur les traits de leurs femmes et de leurs filles, enfin, pour préserver la beauté de celles qui étaient réservées au sérail du souverain de la Turquie et aux maisons des Grands du pays (pour les harems). Je reviendrai sur l'origine de l’inoculation.
L'inoculation fut introduite en Angleterre, en 1722 ou 1723, par Lady Mary Wortley Montagu, épouse de Sir Wortley Montagu, ambassadeur ; cette dame eut le talent de faire croire à l'action puissante et préservative de cette pratique contre les effets terribles de la variole.
L'inoculation fut d’abord accueillie par un certain nombre de personnes haut placées, par les grands de la cour, puis recommandée, en 1753, par la Faculté de médecine, collége des médecins-chirurgiers de Londres, et enfin, adoptée par la plupart des Etats de l’Europe et de l'Amérique. Les épidémies varioliques augmentèrent et devinrent plus funestes avec le systéme d'inoculer. Vers la fin du 18me siècle, en 1798, Jenner, après des essais réitérés, parvint à introduire en Angleterre l'inoculation du virus-vaccin (cow-pox), c’està-dire que la vaccination fut adoptée par quelques médecins,et repoussée par d’autres plus observateurs que partisans d’une pratique qui n’avait pour base ni science, ni raisonnement. Dès son début, la vaccination rencontra beaucoup d’opposition, et cette opposition s'est continuée et se continuera jusqu'à ce que les Jennériens aveugles qui ont imposé celte
pratique malsaine à l'Angleterre, l'abandonnent eux-mêmes s'ils ne veulent pas qu’on la noie dans leur sang. Jenner avait triomphé ; il reçut du gouvernement £30,000 sterling pour sa prétendue découverte, sans que l'efficacité de la vaccination eùt été établie, comme nous le verrons plus loin.
En 1838, une épidémie variolique sévissait avec intensité dans tout le royaume de la Grande-Bretagne, et se répandait sur presque toute l'Europe malgré l’inoculation et la vaccination. On finit par comprendre que l’inosulation était une cause de transmission de la variole, car en 1840, la Faculté de Médecine (le Collége des médecins et chirurgiens de Londres), condamnait cette pratique qu’elle avait adoptée et recommandée en 1753, et le gouvernement passa une loi par laquelle l'inoculation était prohibée et la vaccination seule permise. En 1853, la vaccination était rendue obligatoire en vertu d’une loi impériale, dictée par les autorités médicales de Londres. Néanmoins, les épidémies varioliques au lieu de diminuer, allèrent en augmentant ; Les partisans de Jenner, plus fanatiques que leur maître, attribuant sans doute la continuation des épidémies à un manque de sévérité dans l'application de leur prétendu préservatif, obtinrent du gouvernement, en 1867 et en 1871, qne des amendements fussent faits à la loi pour la rendre plus sévère dans son application. Depuis lors, la loi a été exécutée dans toute sa rigueur et dans toutes les classes de la société, et ceux qui refusent la vaccination sont indistinctement condamnés à l’amende ou à l'emprisonnement, Bon nombre de personnes ont dù payer l’amende jusqu’à plusieurs fois ; M. Tebb, de Londres, me disait lors d sa visite à Montréal l'été dernier, (1879) qu'il avait été luimême condamné 13 fois et avait payé autant de fois j our s’être refusé à laisser vacciner ses enfants. Malgré toute la tyrannie exercée par les officiers chargés de faire exécuter la loi, une.grande partie de la population s'oppose à la vaccination et préfère payer l'amende ou mème subir l’emprisonnement, que de se soumettre.
Eh bien! en dépit de la vaccination forcée, les épidémies de variole ont été de plus en plus meurtrières, notamment celle de 1871, dont les effets se continueit encore à Londres (Angleterre), et en Irla' de.
Exreair pu JOURNAL “Tue NATIONAL IND. PE: ANT.” Yorkshire, January 91h. 158) “Te vaccination ques'ion.”
‘ La question de la vaccination, telle qu'elle se présente aujourd'hui en Angleterre, mérite la plus gre de attention de la part des citoyens, qui sont taxés au montant de plus de £100.000 sterling par année pour le soutien des Bureaux des Vaccinateurs. Il est temps que le peuple sache quel est le résultat dela vaccination, et jusqu’à quel point nous sommes protégés contre la variole, Depuis 9 ans, les cas de variole traités dans les hôpitaux (des variolés) se répartissent comme suit: Glasgow, 1870-2 ; Liverpool, 1875- 6; Dublin, 18:0-3 et 1876-8 ; et Londres, 1870-9. Dans ces quatre grandes villes, d’après les rapports des médecins, plus de 36,000 cas de variole ont été admis dans ces hôpitaux, et 28,000 avaient été vaccinés. N'avons-nous pas droit maintenant de refuser de payer les taxes pour une pratique qui ne protége personne contre la variole ? ”?