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Certaines expériences parmi les plus anciennes et le plus souvent citées ne donnent pas l'impression que toutes les précautions aient été prises avant, pendant et après l’inoculation, pour éviter la contamination vaccinale par les personnes, les instruments ou le milieu. »
Dans les expériences de Reiter, une épidémie de cow-pox se développe dans l’étable des animaux variolisés, comme s'il se fût agi d'un mélange vaccinal et variolique. La contamination vaccinale paraît fort probable dans les expériences de Ceely dont seules les premières inoculations furent vaccinifères, comme si sa lancette se fût essuyée au cours de l’expérience ainsi que le remarque M. Chauveau: elle est possible dans les expériences de Haccius qui au Congrès vaccinal de Vienne, rapporta que dans destentatives ultérieures pratiquées hors de l'Institut vaccinal, il n’eût que des insuccès. En 1881, M. Voigt ne réussit qu'une seule fois, celle précisément où 1l avait inoculé simultanément la variole et la vaccine. Hime n'obtient-il pas des résultats positifs en première génération parce qu'il variolise les animaux sur la table de vaccination ordinaire, sur laquelle l’animal reste attaché une demi-heure ? Dans la cabane où opéra Fischer, en 1886, nous ignorons si, pour le personnel ou les malades, il n’entrait pas de la pulpe vaccinale ; or, à cette époque, on pratiquait encore la vaccination de bras à bras. MM. Freyer en 1895, Voigt en 1904, après des inoculations sinon négatives, du moins purement - papuleuses avec de la lymphe variolique fraîche, obtiennent, l’un en dehors de l'Institut, l’autre dans l’Institut même, de remarquables résultats
avec la lÿmphe conservéé dans la glacière qui renferme la pulpe vaccinale destinée aux besoins de l’Institut de Hambourg d’où l'on a éloigné toutes les génisses vaccinifères.
C'est dans une glacière de même destination que M. Stumpf place le virus variolique dont ainsi la conservation lui paraît plus sûre durant les mois ‘été. C'est également dans les Instituts vaccinaux qu'opèrent MM. Copemanñ, Freyer (1908), Voigt 1908), Meder (de Cologne) (1909).
M. Copeman inocule ses singés dans des locaux spéciaux; mais il vaccine leur gardien « par mesure de précaution », dit-il; il recueille la semence variolique sur des cadavres ; il inocule ses génisses dans les Etablissements vaccinogènes de Londres.
Enfin, les seules expériénces françaises positives : celles de MM. Pourquier et Ducamp, en 1893, à Montpellier, de MM. Layet, Le Dantec et Benech, en 1895 à Bordeaux, de M. Chaumier, à Tours, en 1903, ont été faites dans un Institut vaccinal.
Qu'on relise maintenant sans parti-pris soit les travaux originaux, soit l'analyse que nous en avons donnée, et l'on verra que, dans une controverse où rien ne devrait être abandonné au hasard, il existe peu d'expériences posilives qui, racontées avec quelques détails, ne laissent prise à la crilique, malgré les précautions dont se sont Le entourés leurs auteurs |
« Nous n'insinuons pas que la variolo-vaceine soit re le résultat d’une infection vaccinale spontanée l'étable ; mais troublé par le contraste existant entre les réussites étrangères et les insuccès français, averti
de la possibilité d’inoculations vaccinales fortuites, nous croyons qu'il ne faut désormais accepter qu'à bon escient les succès réalisés dans les centres vaccinogènes et que certaines réussites ainsi obtenues sont justiciables de la critique ». N'est-ce pas là précisément la conelusion de M. Mœvius, au Congrès vaccinal de Hambourg ?
Par ailleurs, on voit Haccius reprocher à M. Chauveau de croire que l'élément érupüf prend l'aspect vaccinal typique dès la première génération et insister sur ce fait que la variole ne donne sur le veau, des pustules d'apparence vaccinale qu'après plusieurs générations. M. Trolard (d'Alger), critique également les expériences de la Commission Lyonnaise et déclare qu'il est rationnel que la variole, transmise au bœuf, n'arrive au type vaccinal qu'après une adaplation progressive à travers un certain nombre de générations. On a donc le droit de s'étonner, comme eux, que les succès de certains expérimentateurs aient élé à ce point rapides. C'est effectüivement en première génération qu'apparaissent les pustules variolo-vaccinales de Reiter, Thiele, Ceely, Badcock. M. Voigt, en 1881, obtient en première génération une pustule de 6 mm. de diamètre, ronde, grisâtre, toutefois non ombiliquée. En 1904, il réussit sur le lapin une éruption pustuleuse de première génération. En 1908, même résultat sur le veau. C’est également en première génération qu’en 1886 comme en 1890, Fischer obtient la variolo-vaccine. Haccius et Eternod, dans huit expériences, observent d'emblée une ou plusieurs pustules dont l’analogie avec la vaccine est
frappante. Tels sont aussi les résultats de Hime, de King, de M. Chaumier ; telles sont aussi les premières pustules de MM. Layet, Pourquier et Ducamp.
« On peut enfin trouver une raison nouvelle de douter, si l’on songe que de l’aveu des partisans les plus convaincus de la variolo-vaccine, les réussites variolo-vaccinales n’obéissent à aucune loi et dépendent exclusivement du hasard, tout comme les inoculations vaccinales spontanées. »
Les faits de vaccination spontanée que nous venons d'exposer trouvent un nouvel appui dans les expériences rapportées à la séance de l’Académie de Médecine du 20 juillet 1909, à la suite de la communication que nous y avons faite, de nos premières expériences, le 6 juillet. Le docteur Gauducheau (32), médecin des troupes coloniales à Hanoï, rapporte, en effet, qu'il a réussi à inoculer la vaccine au bufflon, par simple piqûre de mouche et que, toutes les fois que es animaux sont tenus au pare pendant plusieurs jours avant de servir aux inoculations, ils prennent spontanément limmunité. De plus, 1l a tenté, lui aussi sans résultat, de varioliser le bufflon en se servant d'une semence variolique dont l'inoculation à un singe avait déterminé sur cet animal de larges placards indurés et tuméfiés. L'emploi des croûtes varioliques lui donna, sur le singe, des résultats plus parfaits que les nôtres puisque, par leur inoculation, 1l obtint des pustules primaires semblables à celles de la vaccine. Reporté sur le bufflon, le contenu
de ces pustules ne donna aucun résultat, Aussi conclut-il
à l'extrême facilité des contages vaccinaux accidentels et, sinon à la persistance des caractères diftérentiels de la variole et de la vaccine, du moins à la grande difficulté d'obtenir la transformation de la variole en vaccine, si l’on a soin d'éliminer toute cause d'erreur.
Toutes différentes furent, par contre, les conclusions d'un article dont la teneur est due à la collaboration de MM. Voigt (de Hambourg) et Kühn (de Strasbourg) (62) et dans lequel, sans expérience nouvelle, ces deux savants adressent quelques critiques à nos travaux. Ils ne méconnaissent pas les enseignements qui résultent des expériences d’inoculation à blanc, ne se refusent pas à admettre le transport du virus vaccinal par les mouches et pensent qu'il y a lieu de prendre toutes précautions utiles. La plupart des expériences ont été faites, il est vrai, dans les Instituts vaccinaux, pour la raison (qui ne nous paraît pas péremploire) qu'on y trouve mieux qu'ailleurs, l'installation nécessaire à cette sorte d’expérimentation el que les Directeurs sont particulièrement tenus de chercher l'amélioration de la pulpe vaceinale. Mais l’objection de vaccine spontanée ne peut, selon eux, s'appliquer, entre autres expériences, à celles de Fischer (1886), de M. Freyer et de M. Voigt luimême, qui furent faites en dehors de l'Etablissement vaccinogène.
Par ailleurs la variolo-vaccine présente des apparences morphologiques et des propriétés virulentes caractérisliques :
« Les pustules de première génération de la variolo-
vaceine, écrit-1l, mûrissent plus lentement, ne sont bonnes à récolter qu'au 7° ou 8° jour, tandis qu'aux pustules de la vaccine animale ordinaire, il ne faut que 5 jours au plus pour mûrir ; à part cela, les premières atteignent un développement plus considérable, conservent plus longtemps leur apparence gris-perle et sèchent plus lentement. » De plus « la pulpe variolovaccinale est singulièrement active et la virulence en est extrêmement durable. »
Ce ne sont pas là des arguments nouveaux sous la plume de M. Voigt, puisque, déjà en 1892, il objectait en substance à M. Berthet que «si la variolo-vaccine avait élé la simple continuation de la lymphe vaccinale employée jusque là, elle aurait conservé tous les caractères de cette souche ; or elle se comporte différemment ». Et il rappelle que la nouvelle lymphe müûrit plus tardivement, ne se coagule pas comme l’ancienne, se conserve plus longtemps et donne environ 3 °/, de succès en plus.
Sans nier la valeur de cette argumentation, on peut remarquer que ce sont là des objections secondaires qui perdent leur valeur en présence du fait primordial : la réalisation, dans une expérience inattaquable, d’une souche variolo-vaccinale légitime. D'ailleurs ne s'agit-il pas là de constatations dans lesquelles la question d’appréciation personnelle joue un certain rôle. [Nous n’en voulons pour preuve que le rapport que fit en 1902 au Congrès vaceinal de Carlsbad, la Commission chargée de comparer les résultats des revaccinations à Hambourg et à Francfort-sur-Mein. Les membres de la Commission discutant sur l'appréciation de telle ou telle réaction vac-
cinale, décidèrent de faire examiner par l’un d’eux à
ME ter
deux reprises et à quelques heures de distance, les enfants d’une école. La statistique varia. De plus il ne parut pas à cette Commission que la souche variolo-vaccinale de 1881 déterminât encore en 1901, une immunité plus marquée que les souches vaccinales ordinaires. Mais en eût-il été ainsi que cela n'aurait point constitué une preuve. Ne savons-nous pas par les statistiques de M. Dupont (du Sénégal) (25), que l’immunité conférée par la variole spontanée ou inoculée est beaucoup plus irrégulière visà-vis de la vaccine que vis-à-vis de la variole. De même le singe, d'après M. Brinckerhoff, est susceptible de prendre la vaccine après la variole, mais non la vaccine après la vaccine.
Par ailleurs, M. Dupuy, dans sa thèse, pensait que dans une inoculation simultanée de vaccine et de variole, cette dernière pouvait avoir une influence régénératrice sur la vaccine. Cette opinion reste une simple hypothèse !.
Nous devrions peut-être conclure sur ces faits expérimentaux ; mais nous ne pouvons nous décider à ue pas demander à la Pathologie générale une confirmation de notre manière de voir.
Nous relisons avec un intérêt toujours renouvelé la magistrale dissertation de M. Chauveau (13) sur «la Transformation des Virus ». « Un virus atténué, écrit-1l, est celui dont les propriétés fondamentales s’échipsent, mais ne sont pas détruites. Elles sont susceptibles de
1 Des expériences en cours nous ont déjà donné quelques résultats dans ce sens. Nous comptons les publier ultérieurement.
Sat re
reparaître sous l'influence de conditions de culture favorables à l'exaltation progressive du virus, même quand celui-ci est dans un état extrême d'atténuation qui équivaut presque à la destruction de toute action ». Est-ce là le cas de la vaccine ? Evidemment non ; en effet, les propriétés fondamentales de la variole ne sont pas éclipsées, mais détruites puisque, depuis plus d’un siècle, on inocule la vaccine sans que jamais, elle ait fait retour vers la variole. « Parallèlement depuis plus d’un siècle qu'en Afrique les médecins militaires assistent aux pratiques de la variolisation, toujours en honneur chez les Arabes, il est sans exemple qu'une éruption vaceinale ait répondu à l’inoculalion variolique. La vaccine comme la variole s’exalle et s’atlénue, parcourt tous les échelons de sa gravité et loutes les variétés de ses modalités cliniques, sans jamais passer à sa congénère: la plus faible ne saurait être considérée comme une réduction de la plus forte, n1 celle-ci comme une exaltation de l’autre. La variolo-vaccine ne nous place donc point en face d’une allernalive comparable à celle que réalise la prophylaxie dans la lutte contre la clavelée ou le charbon. Les expérimentateurs qui ont réussi à faire de la vaceine avec de la variole, ont réalisé ce fait unique de convertir une maladie infectieuse en une autre. À ce titre, la variolo-vaccine soulève une des plus importantes questions de la pathologie générale, celle de la transmutation des maladies microbiennes entre elles. La variolo-vaccine est à l'heure actuelle l'unique exemple de transformaüon de ce genre qui ait été enregistré. »
« EU si pour un instant, nous nous rangeons avec
ceux qui, invoquant la similitude des lésions anatomiques, tiennent le corps de Guarnieri comme l'unique agent des deux entités, il nous resterait à expliquer comment deux états morbides engendrés par la même cause gardent (en dehors du domaine des faits attribués à la variolo-vaccine et n'obéissant à aucune méthode expérimentale) une individualité que la nature s'est montrée impuissante à détruire. Mais sur le terrain des spéculations que peut susciter l’histoire présente de la variolo-vaccine et dont on ne saurait méconnaître le prodigieux intérêt, 1l convient de n'avancer qu'avec prudence ».
Le secret de la parenté qui existe entre la variole et la vaccine, la nature de cette parenté restent en réalité à découvrir. L'idée que la vaccine et la variole dérivent l’une de l’autre est logique comme semble le prouver ce phénomène unique dans la pathologie, que l’une 1mmunise vis-à-vis de l’autre, el nous nous y rallions en principe ; mais il s’agit là d'une transformation radicale et non d’une simple atténuation.
« Est-ce à dire que l’on doive renoncer à tenter la transformation variolo-vaccinale ? Evidemment non. L'aveu de notre impuissance actuelle ne préjuge pas de l’avenir. Les faits que nous avons recueillis avec l'unique souci de la vérité comportent un enselgnement qui défie toute critique. Nous nous sommes borné à les exposer, tout en montrant les raisons et l'importance du litige qui sur cette grave question continue à diviser de façon absolue l'opinion française et étrangère. Toute interprétation personnelle serait