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débat se tint plutôt sur le terrain de l'argumentation que sur celui de l’expérimentation. Cette lacune fut comblée par les travaux ce la Commission nommée par Ja Société des Sciences médicaies d: Lyon dans le but de réaliser des « Recherches expérimentales sur les relaüons qui existent entre la variole ei la vaccine ». Cette Commission dite « Commission Lyonnaise » était présidée par M. Chauveau (11), assisté de Viennois et de P. Meynet. Dans des expériences qui portèrent sur les bovidés et les solipèdes, la Commission étudia comparatüivement les effets de l’inoculalion vaccinale et de l’inoculation variolique. Elle réussit à transmettre la variole au bœuf el au cheval « avec la même certitude que la vaccine »; mails remarqua que celle-ci se manifeste par de larges pustules, tandis que celle-là ne détermine qu'une papulation si légère qu'elle peut passer inaperçue. Ces caractères ne peuvent être modifiés par des passages successifs, ni sur l'animal, n1 sur l’homme ; la variole reste ce qu'elle est ou s'éteint tout à fait; transmise à l'homme, la variole qu’elle détermine n’est nullement atténuée.
Cette dernière conclusion, basée sur des inoculations malheureuses, réalisées d’ailleurs en dehors de M. Chauveau, est d’une importance pratique considérable puisqu'elle interdit, même en cas de pénurie de vaccin, de recourir à cette méthode.
Pour compléter le travail expérimental qu'il avait entrepris, M. Chauveau (12) réalisa de nouvelles expériences, publiées en 1870, sur l’ « Autonomie de la vaccine ». [l constata que l’inoculation simultanée, par piqûres distinctes, des deux virus pris sur des sujets
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différents ou sur le même sujet, détermine, sur le bœuf comme sur le cheval, deux éruptions qui marchent parallèlement avec leurs caractères spéciaux sans s'influencer nullement. D'autre part, un mélange intime de variole et de vaccine, inoculé au bœuf, engendre une éruption vaccinale pure, susceptible de produire sur l'homme, en 7° génération, une pustule vaccinale typique, car la variole s'éteint habituellement en 4° génération. Enfin M. Chauveau tenta quelques essais infructueux de variolisation par voie interne : respiratoire, digestive ou veineuse.
Cependant Vy (63) (d’'Elbeuf), en 1866, Shortt, en 1868 et Senfft (54) (de Wiesbaden) en 1871, auraient réalisé des expériences en faveur de l'identité des deux -VITUS.
La question de la transformation variolo-vaccinale semblait définitivement tranchée lorsque, après un silence de dix années, la discussion reprit à propos d’un cas que Broca (5) soumit à l'Académie de Médecine. Une malade, à la suite d’une revaccination, avait présenté une éruption généralisée qui, aussi serrée qu'une variole confluente, évolua cependant comme une varioloïde. Se basant sur l'aspect variolique de l’éruption secondaire, l’auteur en concluait, après Depaul, que « le virus vaccin n'est que du virus variolique modifié ».
A la séance suivante, le 25 mai 1880, Pasteur (48), sans contester l'intérêt des expériences réalisées par la Commission Lyonnaise, faisait remarquer qu'il avait pu atténuer le virus du choléra des poules sans recourir au passage à travers les animaux : pour ce motif
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les expériences réalisées jusqu'ici ne lui semblaient pas suffisamment démonstratives.
Ce fut cependant au procédé habituel qu’eut recours M. Voigt (de Hambourg) en avril et mai 1882 (57), lorsqu'il inoeula de la lymphe variolique à trois animaux. Les deux premiers présentèrent une éruption papuleuse analogue à celles qu'avait décrites M. Chauveau. M. Voigt, en raison de la ressemblance qu'il lui trouvait avec une vaccine avortée, la considéra comme telle.
La troisième génisse fut variolisée en cinq points et simultanément vaccinée en une autre place. La vaccine suivit son cours habituel. Une des cinq piqûres varloliques évolua et donna naissance à une pustule ronde, grisâtre, plate, sans ombilic et sans aréole bien marquée. Reportée au veau, par cinq piqûres scrotales, cette lymphe engendra, au sixième jour, de très belles pustules vaccinales. Cette lymphe, inoculée à un enfant, provoqua, du douzième au seizième jour, une éruption secondaire qui prouvait qu’on avait encore affaire à de la variole. À partir de la vingt-et-unième génératon, la lymphe obtenue ne se différenciait plus du vaccin ordinaire que par une activité un peu plus grande.
M. Voigt pensait donc que la variole inoculée aux bovieés peut se comporter de deux manières. Le plus souvent elle produit, au point inoculé, un exanthème noduliforme qui représente la forme abortive de la maladie et dont la lymphe ne tarde pas à s’éteindre : évolution en deux semaines. Rarement elle produit des pustules de variolovaccine qui représentent la forme parfaite de la variole bovine. La lymphe, très active, en est indéfiniment
transmissible et devient vaccin après quelques générations : évolution en trois semaines.
Ignorant d’ailleurs les conditions favorables à l’obtenton de la forme parfaite, M. Voigt ne peut que recommander de placer les animaux en des endroits frais, de faire les inoculations par des incisions ou des scarificalions, et de recueillir la lymphe variolique au début de l’éruption.
Cette expérience fut discutée dès 1884, par M. Berthet(3) qu estimait qu'une inoculation vaccinale accidentelle avait pu se produire.
M. Voigt, en 1892, répondit à cette critique en insistant sur les caractères différentiels de la lymphe variolovaccinale : la maturation plus lente des éléments qui se desséchaient sans devenir purulents, la limpidité de la nouvelle lymphe qui restait fluide dans les tubes capillares, sa plus grande activité et sa meilleure conservation. Ces caractères devaient d’ailleurs s’atténuer avec le temps.
La souche variolo-vaccinale de 1881 fut, en effet, employée pendant près de 20 ans dans le service vaccinal ordinaire de Hambourg et M. Voigt eut, de nouveau, l’occasion de vanter ses bons effets. Lorsque 11 années plus tard, il dut, suivant les prescriptions allemandes, revacciner les enfants qui, en 1881, avaient été inoculés avec cette lymphe, il remarqua que leur immunisation contre la vaccine était beaucoup plus marquée que celle de ceux qui avaient reçu, à la même époque, de la lymphe vaccinale ordinaire (58).
Cependant, quelques années plus tard, en 1900, une Commission fut nommée dans le but de comparer les
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résultats des revaccinations à Hambourg et à Francfortsur-Mein. La souche variolo-vaccinale de 1881 était perdue. La Commission putseulement constater qu'à cette époque éloignée, il n’y avait plus grande différence entre limmunité conférée par la variolo-vaccine et celle qu’avaient produite les souches vaccinales banales (18).
Ajoutons que Voigt, qui devait d’ailleurs être plus heureux ultérieurement, fit encore, vers 1881, plus de dix essais infructueux. La seule réussite concernait donc un animal qui avait élé simultanément inoculé de
variole et de vaccine.
En 1883 Warlomont (de Bruxelles) (64), partant de considérations théoriques, appuya sa conception uniciste de nouvelles expériences. À son avis la variole, le horse-pox et le cow-pox sont identiques, à celte différence qu'ils représentent une maladie de plus en plus atténuée et « ayant perdu cette partie de sa virulence qui la rendait propre à la propagation à distance et à la dissémination interne, suscepüble d’éveiller le cortège des symptômes généraux si imposant chez l'homme. » Or, de même qu'une différence de deux à trois degrés seulement sépare la lempérature oplima pour la culture de la bactéridie charbonneuse de celle où cette culture est tuée ; de même, la différence de température qui sépare les bovidés (39°) des équidés (38°25) et de l'homme (375) suffit à expliquer en partie la déchéance correspondante de la virulence et, par là même, les différences quant au mode de propagation, à l'intensité des manifestations morbides, à la fréquence relative des deux maladies et à l’état épidémique ou endémique.
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Les expériences de Warlomont portèrent sur des chevaux. Ils furent inoculés de variole ou de vaccine par voie cutanée, veineuse, lymphalique, sous-dermique, digestive ou respiratoire. Les résultats furent ou nuls ou médiocres. L'auteur en conclut donc que, contrairement à l'avis de M. Chauveau, l'organisme du cheval constitue un détestable terrain pour la culture de la variole ou de la vaccine. La variole est, à l’origine, admise dans l’organisme des bovidés ou des équidés, « elle y subit une atténuation d'où résulte ce qu'on est convenu d'appeler le vaccin. » Cette alténuation étant moindre chez le cheval que chez le bœuf, le horse-pox s'éloigne moins de la variole que le cow-pox.
M. Berthet (de Lyon) (3), en 1884, renouvela les expériences de Warlomont dans le but de démontrer l’assimilation faite entre le charbon malin et la variole d’une part ; le charbon atténué el la vaccine de l’autre. Il se basait sur cette notion que le même virus agit différemment suivant son intensité, les milieux de culture, le mode d’inoculation.
Ainsi que l’ont montré MM. Arloimpg, Cornevin et Thomas, le charbon symptômatique introduit dans le tissu cellulaire est mortel. Dans le système circulatoire, il donne l'immunité contre le charbon. L'inoculation intra-veineuse de vaccine, nulle comme effets extérieurs chez le bœuf, provoque assez souvent chez le cheval, d'après M. Chauveau, une éruption semblable au horsepox nalurel. Il est donc logique de rechercher si la variole injectée dans les veines du cheval s'y comporte aussi activement que la vaccine et si ce n’est pas sur cet
animal vaccinogène par excellence que se fait la transformation de la variole en vaccine.
Dans ce but, il variolisa douze chevaux par voie cutanée. Les résultats furent les suivants : cinq n’eurent pas d'éruption ; six accusèrent une éruption papuleuse discrète ; un seul présenta quelques grosses vésicules qui n'étaient pas de nature vaccinale, car leur inoculation à une génisse resla sans résultat. La vaccination consécutive avorta, excepté sur les trois animaux qui n'avaient présenté aucune éruption.
L'injection intra-veineuse est donc impuissante à transformer la variole en vaccine.
En 1886, Fischer (28), directeur de l’Institut vaccinal de Carlsruhe, devait reprendre avec succès les expériences de transformation variolo-vaccinale, non que, à son avis, l'identité des deux maladies ne fut pleinement démontrée ; mais afin de convaincre ceux qui hésitaient encore. Si la théorie uniciste avait en Allemagne de nombreux partisans tels que MM. Pfeiffer, Hébra, Wunderhch, l'opinion dualiste, classique en France depuis les travaux de M. Chauveau, y trouvait des défenseurs tels que Pissin. MM. Küsmaul, Strumpell étaient hésitants.
Fischer altribuait les insuccès de M. Chauveau tout à Ja fois au virus employé et au mode d'inoculation. Aussi conseillait-1l de remplacer les simples piqûres par des scarficalions et des incisions cruciales. Afin d'obtenir la partie active de la pustule au moment de sa plus grande virulence, Fischer inoculait non seule-
ment la Iymphe, mais la pustule toute entière raclée à
fond, avee une lancette, chaque jour depuis l'apparition des éléments jusqu'au début de leur suppuralion, Ces produits élaient inoculés immédiatement ou conservés entre deux lames de verre stérilisées.
Le 2 avril 1886, il inocula ainsi une génisse dans la baraque même des varioleux de Pforzheim. Le sixième Jour apparurent sur l'animal des pustules ombiliquées qui ressemblaient à des éléments vaceinaux. Cette lÿmphe, inoculée à des enfants, en 12° génération, fournit une vaccne typique. Depuis celte époque cette souche a été couramment employée.
Quatre années plus tard, le 1% avril 1890, Fischer devait réussir une seconde fois, dans des conditions moins irréprochables 1l est vrai, puisque l'inoculation fut pratiquée dans l'Institut vaccinal de Carsruhe. Des précautions minulieuses avaient été prises dans l’étable bien désinfectée ne se trouvait aucun autre animal : les instruments avaient été stérilisés. Comme sur la première génisse, apparurent de très belles pustules vaccinales dont la lymphe en 3° génération, servit à inoculer le propre fils de Fischer. « Le résultat fut parfait ». Cette nouvelle souche, comme celle de 1886, fut pendant longtemps couramment employée.
Tandis que Fischer poursuivait sa deuxième expérience, Haccius (34), directeur de l’Institut de vaccine animale de Laney-Genève, tentait, en collaboration avec M. Eternod, professeur à l'Université de Genève, de régénérer sa souche vaccinale, faute de cow-pox ou de horse-pox naturel, en fabriquant de la variole-vaccine. Les inoculations furent faites dans l’Institut vaceinal
même. Haccius eut préféré opérer dans un autre milieu, mais 1l rappelle :
1° Que toutes les précautions désirables ont été prises pour éviter une inoculation accidentelle de vaccine ;
20 Que Thiele, Ceely, Badcock, opérèrent dans des milieux exempts de germes vaccinogènes et que Fischer inocula sa première génisse dans un baraquement de varioleux ;
3° Que, comme nous le verrons ultérieurement, M. Chauveau ne met pas en doute la nature variolique du variolo-vaccin de Lancy ;
4 Qu'un veau rasé, porteur de piqüres, d'incisions, de dénudations et de scarifications, mais non inoculé, fut, sans résultat, placé pendant 15 jours dans l’étable des animaux vaccinés. D'ailleurs des places scarifiées, mais non inoculées, furent réservées sur plusieurs veaux en expériences et restèrent intactes.
Haccius inocula non seulement des veaux, mais aussi des bovidés adultes, afin de vérifier les résultats de M. Chauveau, qui, sur les bœufs, n'avait réussi à obtenir qu'une éruption papuleuse impossible à transmettre au delà de la 3° génération.
Les veaux, âgés de 3 à + mois, furent variolisés par piqüres, incisions superficielles, scarifications et surtout dénudations du derme au papier de verre, procédé nouveau inventé par M. Eternod.
La lymphe plus où moins limpide, quelquefois purulente, fut conservée dans des tubes capillaires jusqu’au moment de l'inoculation. Celle-ci fut faite par friction et on eut toujours soin de ne détacher l'animal que lorsque la semence fut sèche,
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Le premier veau inoculé avec de la lymphe varioliquehyaline, présenta au 6€ jour, à côté de nodules abortifs, une pustule typique dont l’inoculation, à un second animal, ne détermina qu'une poussée rudimentaire.
Dans une seconde expérience, l'inoculation au veau de la lymphe un peu purulente d’une variole hémorragique produisit, au 4° jour, sur le scrotum, à côté de quelques petits nodules rouges, une pustulette blanche, semblable à un élément vaccinal de même âge. Le lendemain apparût à côté d’eile une seconde pustule plus petite. La lymphe des pustules et des nodules récoltée séparément fut mmoculée à une seconde génisse. Les points ensemencés avec la lymphe de la première pustule se couvrirent d’une éruption pustuleuse vaccinale typique, tandis que, aux autres places, on observait seulement une éruption croûteuse mal caractérisée. En troisième passage, les pustules poussèrent mal, excepté celles du scrotum qui, récoltées et inoculées, donnèrent en #° génération, des pustules spontanées au voisinage des inoculations. Cette souche fut volontairement abandonnée à la quatorzième génération. Toutes les contre-épreuves vaccinales furent négatives.
La troisième expérience fut aussi démonstrative. Inoculées avec la lymphe d’une variole confluente, les scarificalions et les dénudations se couvrirent de pustules, auprès desquelles on remarqua une belle pustule spontanée. L'ayant récoltée à part, on recueillit la lymphe des autres pustules pour transmettre, par passages successifs, cette souche nouvelle. En deuxième génération, l'éruption fut peu franche, mais à partir du troisième passage, elle fut si caractéristique que MM. Révilliod, Reverdin,
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Dunant, Vincent et Cristian: (de Genève), ne purent reconnaître un veau ayant été inoculé du cow-pox seul, d’un autre animal inoculé, en lignes alternantes, du cow-pox et du variolo-vaccin. Celui-ci, récolté le 20 janvier et réinoculé le 25 avril, produisit l’éruption dont la lymphe fut envoyée à M. Chauveau deux mois et demi plus tard, le 14 juillet 1891.
Quatre nouvelles expériences donnèrent des résultats identiques : une ou plusieurs pustules en première généralion ; une éruption typique dans les passages ultérieurs.
Sur le mouton plusieurs tentalives de variolisation furent également couronnées de succès ; mais les expériences ne furent pas poursuivies dans cette direction. Echec, au contraire, d'une inoculation au cheval par incisions el par piqûres.
Avant de reporter sur l'enfant la lymphe variolo-vaccinale qu'ils venaient d'obtenir, MM. Eternod et Haccius s'inoculèrent l’un à l’autre la lymphe de cinquième génération de la troisième expérience. L'un vacciné depuis peu, n'eut rien ; l’autre qui avait eu la variole en 1871 et avait été vacciné avec succès en 1882, eut une faussevaccine.
Ils se décidèrent alors à inoculer à l'homme leur variolo-vaccin à partir de la 6° génération, soit seul, soit comparativement avec du vacein, sur le même bras, ou sur l'un et l’autre bras. Sur les adultes revaccinés, les résultats furent nets dans deux cas où l’on observa l'évolution simultanée, identique et normale des deux lymphes. Il en fut de même chez les primo-vaccinés.
Avec le variolo-vaecin de Haccius, MM. Affter (de Frauenfeld), Thomas (de Genève), Pfeiffer (de Weimar),