MONSIEUR
'ÉTAIS encore sur les bancs du collège, (quand ce livre étincelant , qui fut votre l^début, le Tableau historique et critique de la Poésie française et du Théâtre français au XVÎ^ siècle, tout frais encore de l'imprimerie , tomba entre mes mains.
Vous dirai-je avec quelle avidité je lus, je relus encore, pour les savourer mieux, ces pages
empreintes d'une verdeur inconnue. Nourri dans la littérature de Louis XIV, chaude et pesante comme ce soleil de midi qui était l'emblème du grand Roi, je me trouvai soudain transporté par vous dans un monde nouveau. A la lourdeur d'un jour d'été, succédait soudain une aurore de printemps.
Parmi les tenants de cette littérature jeune et vaillante (à laquelle j'appliquais la devise du croissant d'Henri et de Diane : Donec totum impleat orbem!), je me sentais surtout attiré par un génie qui me pénétrait d'admiration et de pitié : Les plus illustres, sans nulle exception, s'agenouillaient devant lui; et soudain venait Malherbe qui se mettait à le biffer vers par vers.
Vous m^avez fait connaître, vous m'avez fait aimer cet illustre déchu ; si bien qu'après avoir longtemps étudié sa Pléiade et lui, je fus un jour chargé de publier à nouveau ses Œuvres.
Grâces vous soient rendues, Monsieur, si je peux réaliser le vœu que vous avez formé dans le Sonnet dont je décore le frontispice de mon livre, si je rends aux lettrés d'aujourd'hui le poète jeune et amoureux qu'admirait la cour de Henry II, et non plus le ligueur caduc qui avait beaucoup changé, corrigé, quelquefois gâté, dans les éditions dernières faites sous ses yeux.
Ce sont vos paroles; elles m'ont servi de guide dans un travail qui a duré douze ans.
Vous fûtes l'inspirateur; je suis, non pas l'architecte, mais l'ouvrier du monument enfm élevé à la mémoire de Ronsard.
N'est-il pas juste que je vous le consacre ?
Heureux de pouvoir témoigner hautement avec combien d'estime et de sympathie pour votre haute renommée littéraire je suis,