SONNET DE C. A. SAINTE-BEUVE
[TOI, Ronsard, à toi qu'un sort injurieux Depuis deux siècles livre au mépris de l^hisîoire,
j'élève de mes mains l'autel expiatoire
Qui te purifiera d'un arrêt odieux!
Non que jamais j'espère, au trône radieux, D'où jadis tu régnas, replacer ta mémoire; On ne peut de si bas remonter à la gloire, Vulcain impunément ne tomba point des deux.
Mais qu'un peu de pitié console au moins tes mânes; Que, déchiré longtemps par des rires profanes, Ton nom, d' abord fameux,recouvre un peu d'honneur;
Qu'on dise : Il osa trop, mais l'audace était belle;
Il lassa sans la vaincre une langue rebelle,
Et plus tard de moins grands ont eu plus de bonheur.