‹ Étude sur la vie de P. de RonsardChapitre 14 sur 125 · I. Le mariage eut lieu à Paris le i" janvier · texte numérisé non relu

I. Le mariage eut lieu à Paris le i" janvier

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Il s'était encore formé dans ses voyages, avait appris la langue du pays, excellait dans la danse, la lutte et l'escrime, et déjà montrait un penchant à la méditation; il aimait à se retirer dans les endroits solitaires, où bravant la défense paternelle, il composait des vers qu'il n'osait encore lire à personne. (')

Craignant pour son page les séductions de la paresse, le duc son maître le chargea d'aller en Flandre, saluer de sa part la nièce de l'Empereur (2) dont il était épris, et de porter ensuite un message en Ecosse.

En route, Ronsard lia connaissance avec un jeune gentilhomme français que ses biographes nomment Lassigny (3) et s'embarqua sur le même vaisseau que lui. A peine avaient-ils quitté le continent, qu'ils furent assaillis par le mauvais temps. La tempête dura trois jours et fracassa le navire, sur le rivage même de l'Ecosse. La cargaison fut perdue; mais l'équipage fut sauvé,

1. Voyez^ au deuxième livre des poèmes, celui qu'il adresse à P. Lescot et qui commence ainsi :

Puis que Dieu ne m'a fait pour supporter les armes....

2. Charles-Quint, par le traité de Crespi (18 sept. 1544), s'engagea à donner en mariage au duc d'Orléans, dans un délai de deux années, sa fille Marie d'Autriche ou une fille de Ferdinand , son frère , avec l'état de Milan pour dot.

Il semble que dès 1 540, époque de la mission de Ronsard, le duc aimait une nièce de l'empereur. Marcassus/dans son commentaire sur l'élégie XX (t. IV, p. 299), le dit expressément.

3. Probablement d'Acigné. Ce serait un neveu de Judith d'Acigné, épouse de Jean de Canaples, dont le portrait au crayon est conservé à la Bibliothèque Impériale.

et notre futur Arion, comme l'appelle Binet, s'échappa à la nage.

A son retour, le duc d'Orléans, pour le récompenser d'avoir habilement rempli son office, le mit hors de page et l'envoya en Allemagne à la suite de Lazare de Baïf, ambassadeur de France à la Diète de Spire (i 540). Celui-ci emmenait en même temps Antoine de Baïf, son fils, et Charles Estienne ('), son médecin ordinaire, avec lesquels une entière conformité de goûts et de penchants eut bientôt lié Ronsard. (2) De là il accompagna à Turin Guillaume de Langey, seigneur du Bellay, son parent, vice-Roi du Piémont. (')

A peine âgé de seize ans, il avait déjà vécu dans l'intimité des plus grands personnages , était initié aux secrets de l'État, parlait l'anglais, l'allemand et l'italien ; ses débuts annonçaient un diplomate et promettaient à la France un

1 . Charles Estienne était de cette fameuse famille qui, pendant deux siècles, illustra l'imprimerie française.

2. C'est ce voyage dont il est question dans le poème adressé au roi Henry III, qui commence le volume des Euyres en rime de J. A. de Baïf (Paris, Lucas Breyer, 1583, in-8°) :

Mon père qui alors Alioit ambr3sadeur pour vostre ayeuj, dehors Du royaume en Almagne, et menoit en voyage Charle Estienne et Ronsard qui sortoit hors de page : Estienne médecin, qui bien padant estoit; Ronsard de qui la fleur un beau fruict promettoit.

3. C'est là que Rabelais et Ronsard se rencontrèrent pour la première fois. Probablement le grand railleur se moqua du jeune poète, car de ce voyage date une antipathie qui ne s'appaisa plus.

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futur ambassadeur, quand une grave maladie, dont il avait contracté le germe dans ses voyages, vint arrêter sa carrière en le laissant presque sourd. (•)

Cette infirmité que les plus habiles médecins tentèrent vainement de guérir, le rendit tout entier à l'étude des lettres. Un gentilhomme, nommé le seigneur Paul, avait entretenu ce goût en lui lisant et en lui interprétant les plus beaux passages de Virgile. (2) Ce grand poète fit ses délices et il l'apprit entièrement par cœur.

11 ne laissait pas toutefois de lire les poètes français, entre lesquels il préférait Clément Marot, dont il a depuis imité le charme gracieux, le Roman de la Rose, dont les images un peu prétentieuses plaisaient à son imagination, et Jean Lemaire de Belges , où il puisait la première idée de la Franciade.

1. Dans une pièce virulente publiée en 1563 : Prosa magistri Nicolaï Mallarii Gomonhœi Sorbonici, ad M. Petrum Ronsardum, poetam papalem Sorbonicum, reproduite par M. Leber {De l'état réel de la presse et des pamphlets depuis François l" jusqu'à Louis XIV. Techener, 1834), on lit :

Plus dicunt quod Ronsardus Certô sit factus surdus A lue Hispanica ; Et, quamvis sudaverit, Non tamen receperit Auditum et reliqua.

Cereliqua^àhM. Sainte-Beuve, est assez joli, le genre admis. Ronsard a toujours nié que cette accusation fût fondée.

2. Selon Colletet, ce seigneur Paul était écossais et Ronsard l'avait connu à la cour de Jacques Stuart. Au dire de Baïf, il était piémontais et avait été page avec Ronsard. Binet ajoute qu'il était frère de M'"' Philippes, mère de M'"' de Châtellerault.

DE Ronsard. ii

A cette époque, la Cour, où Ronsard continuait à se montrer assidûment, était à Blois. Un jour, un beau jour de printemps, en l'année 1 541, le vingt-unième du mois d'avril, comme il le dit luimême , il errait aux environs de la ville, dans ces belles prairies de la Touraine, lorsqu'il rencontra une toute jeune fille, presque une enfant, pauvre et simplement vêtue, mais ayant pour parure cette première fleur de la jeunesse et de la beauté qui charme les rêveurs. Elle était déjà grande, bien faite et d'un gracieux embonpoint; elle avait, rare perfection , des cheveux blonds ondes et des yeux noirs; son visage était vermeil, ses lèvres épanouies souriaient sans cesse, et le sourire marquait d'une fossette chacune de ses joues et la rondeur de son menton. (')

Il s'arrête, et longtemps demeure comme fasciné par cette fraîche apparition. Peut-être la rieuse fille fut-elle touchée à la vue de cet adolescent, pâli par les veilles, mais bien pris dans sa taille, au visage noble et pensif, au nez aquilin, presque blond comme elle, et qui la regardait avec des yeux pleins d'une douce gravité. Elle passa, chantant un branle de Bourgogne que le poète n'oublia plus, puis elle disparut non sans s'être retournée, et le jeune homme était encore là, songeant toujours à elle, mais en même temps, peut-être, rêvant à Pétrarque qui avait ainsi vu passer Laure de Noves sur les bords de la fontaine de V'aucluse.

I. Voyez pour ces détails les sonnets 25, 41, 65, 127, 136, 139, etc., du premier livre des Amours.

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Il avait rencontré son idéal ; il était poète !

Il lui donna le nom de Cassandre, se promettant qu'elle serait la Laure de la France, et son premier cri d'amour s'exhala dans un sonnet. Le poète ne nous a pas dit quel fut ce sonnet, premier élan de sa passion, et je les ai vainement lus tous sans en trouver un qui portât précisément ce caractère. C'est aussi vainement que j'ai cherché le nom de cette belle fille de Blois , qu'il aima dix ans , pour laquelle il composa ces Amours qui firent pendant un siècle l'admiration de la France, et dont il garda pieusement le vrai nom caché dans son cœur, sans jamais avoir fléchi cette inhumaine, ni obtenu la récompense de son fidèle amour.

En 1543, toujours épris de sa Cassandre, mais dissimulant avec soin sa passion et surtout les vers qu'il faisait pour elle, il parvint à obtenir de son père la permission de reprendre ses études, à la condition toutefois d'oublier la poésie et de ne lire aucun livre français. Il se donna donc tout entier aux Grecs et aux Latins. Il exerçait alors une charge dans les écuries du Roi, près desquelles il logeait (probablement avec son père), au palais des Tournelles. Dès qu'il pouvait s'en échapper, il passait l'eau et, suivant les fossés Saint-Bernard et Saint-Victor, s'en allait à l'entrée du faubourg Saint-Marcel ('),

I . La maison de Baïf était située rue des Fossés-Saint- Victor, à côté et au dessous du collège des Écossais. Elle a disparu dans les démolitions faites pour le percement de la rue des Écoles. Elle portait le numéro 2}.

V DE Ronsard. 13

partager avec son compagnon de voyage en Allemagne, Antoine de Baif, les leçons du savant helléniste limousin Jean Disnemandi, qui s'est rendu célèbre sous le surnom de Dorât. (')

Sur ces entrefaites (le 6 juin 1 544), son père mourut presque subitement,, étant de quartier chez le Roi en sa qualité de maître-d'hôtel. Il alla pieusement déposer le corps dans l'église de Couture. (-) L'amour des lettres fut un adou-

1. Un village de la Haute-Vienne appelé le Dorât était sans doute le lieu natal du célèbre professeur, d'où il aura pris son nom, qui a été écrit aussi Daurat ou d'Aurat, en latin Auratus et en grec A-Jpatoç.

2. Jeanne de Chaudrier, femme de Loys de Ronsard, fut également ensevelie dans l'église de Couture. Il est probable qu'elle y précéda son époux ; car la statue qui décorait son tombeau et que l'on conserve dans la sacristie de l'église de Couture est celle d'une femme de trente ans, tandis que la statue de Loys de Ronsard est celle d'un homme beaucoup plus âgé. Cette dernière n'a plus de jambes et le visage en a été mutilé à coups de marteau. La première est entière et mieux conservée. — Il est remarquable que dans ses œuvres Pierre de Ronsard ne parle jamais de sa mère.

Voici, à défaut d'inscription tumulaire, les vers que Jean Bouchet a consacrés au père du poète :

Epitaphe de feu messire Loys de Roussart (sic), en son vivant chevalier, seigneur de la Possonniere et maistre d'hostel de Monseigneur monsieur le Daulphin. (C'est le mort qui parle.)

Après avoir, en martiauLx arrois, Par cinquante ans et plus, ser%y trois Roys, Je dy trois Roys de France insuperabies. Passé les monts en forces admirables Vingt et deux fois, pour iceulx Roys servir Et pour leur grâce et amour deservir, Soubs l'un d'iceulx, je fus à la bataille Faicte sur mer, qu'on nomme la Rapaille, Puis à Novare, à Dast et à .Milan,

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cissement pour sa douleur, et personne ne contraignant plus ses goûts littéraires, il put désormais s'y livrer tout entier.

Où Loys Sforce. avant le bout de l'an,

Fut caultement, voire par bonne guerre,

Prins prisonnier en usurpée terre;

Donné secours à Gennes retirer.

Et par après dompter et empirer'

Le grand orgueil et force de Venize ;

Rompu, gaslé la tres-fiere entreprise

Et dur effort des Souysses, voulans

Se mesurer à l'ausne des plus grands,

Qui par le Roy François, soubs bonne guide,

Furent vaincus au camp Saincte-Brigide.

Pour lesquels faicts, je fus fort familier De tous ces Roys et créé chevalier, Puis mis au rang des cent manskinnaires. Qui sont nommés royaulx pensionnaires.

Et en plusieurs belles commissions D'ambassadeur, où, sans concutions, Me gouvernay si bien vers les estranges Qu'en rapportay (Dieu voulant) grans louanges. Consequemment avant que prendre fin En tout cest heur, de Monsieur le Daulphin Aussy du duc d'Orléans son cher frère Maistre d'hostel me feit le Roy leur père. Et me bailla d'eux le gouvernement, Au temps fascheux que par appoinctement Furent baillez bien jeunes pour ostage Du Roy leur père, à son grand avantage, A l'Empereur, qui le père au destroict Tenoit captif à tort et contre droict; Où par quatre ans et demy pour compaigne Eusmes rigueur seullement en Espaigne.

Et ces travaulx et grands labeurs passez. De patience en doulceur compassez.

Continué je fuz en mon office Quinze ans et plus par fortune propice. Et puis avoir par spixante-quinze ans Passé mes jours la pluspart desplaisans. L'an mil cinq cens avec quarante-quatre La mort me vint soubdainement abattre Au lict d'honneur, par merveilleux hazart. Qui fus tousjours nommé Loys Roussard, En mon vivant sieur de la Possonr.iere.

DE Ronsard. i^

Son habile professeur Dorât avait été, vers la même époque, nommé principal du collège de Coqueret, rue des Sept-Voies^ et y avait établi une académie, où le jeune Baïf étudiait. Ronsard se remit sur les bancs avec lui et alla demeurer au collège même. (') Beaucoup plus âgé que Baïf, ayant vingt ans passés tandis que son ami n'en avait que seize, par son infatigable travail il eut bien vite réparé le temps perdu. (2)

Claude Binet ajoute que : « Ronsard ayant » été nourri jeune à la Cour, accoustumé à veiller » tard, continuoit Festude jusques à deux ou » trois heures après minuict, et se couchant » reveilloit Baïf qui se levoit, prenoit la chan- ;) délie, et ne laissoit refroidir la place. En ceste » contention d'honneur, il demeura sept ans avec » Dorât, continuant tousjours l'estude des lettres )) grecques et latines, de la philosophie, et autres -» bonnes sciences. Il s'adonna deslors souvent » à faire quelques petits poèmes, premiers essais » d'un si brave ouvrier. Quand Dorât eut veu » que son instinct se deceloit à ces petits eschan-

Je vous supply, lecteurs, trouver manière Par oraisons, vos jusnes et biensfaictz, Que Dieu me loge au logis des parfaictz.

[Les Généalogies, Effigies et Epitaphes des Roy s de France, etc., par Jehan Bouchet. Poictiers, Jacques Bou- ^ chet, 1545, in-fol., page 85 verso.)

1 . Le logement qu'occupait son père lui fut peut-être retiré à cette époque.

2. La plupart des renseignements qui précèdent ont été fournis par Ronsard lui-même dans sa vingtième élégie, adressée à Remy BcUeau. (T. IV, p. 296.)

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)) tillons, il luy leut de plain vol le Prométhée )) d'Eschyle.

» Si tost que Ronsard en eut savouré les » beautez : a Et quoy, dit-il à Dorât, mon mais- » tre, nî'aviez-vous caché si long temps ces » richesses? »

» Alors par le conseil de son précepteur, il se » mit à tourner en françois le Plutus d'Aristo- » phane, et le fit représenter en public au théâtre » de Coqueret. Ce fut la première comédie » françoise jouée en France. Baïf aussi y mit son )) envie, et à l'exemple de ces deux jeunes » hommes, plusieurs beaux esprits vindrent boire » en ceste fontaine dorée; comme Marc-Antoine » de Muret, Lancelot Caries, Remy Belleau, et )) quelques autres. ))

Vers cette époque Ronsard, au retour d'un voyage à Poitiers, rencontra dans une hôtellerie un jeune homme, qui venait d'achever son droit dans cette ville. Ils voyagèrent ensemble, et il se trouva qu'ils étaient non-seulement parents, mais frères en poésie; de sorte qu'une fois arrivés à Paris les deux nouveaux amis ne voulurent plus se quitter.

C'était Joachim Du Bellay, qui vint augmenter la colonie poétique du faubourg Saint-Marcel. Et tous, à l'envi l'un de l'autre, commencèrent à jeter les fondements d'une littérature nouvelle.

Cette Brigade, comme elle se nommait alors, fut le premier noyau de la célèbre Pléiade, dont parle Binet dans les termes suivants : <( Ronsard )) ayma et estima sur tous, tant pour la grande )) doctrine et pour avoir le mieux escrit, que

» pour l'amitié à laquelle l'excellence de son » sçavoir les avoit obligez, Jean Anthoine de ;) Baif, Joachim du Bellay, Ponthus de Tyard, » Estienne Jodelle, Remy Belleau, qu'il appelloit » le peintre de nature, la compagnie desquels )) avec luy et Dorât à l'imitation des sept excel- » lents poètes grecs, qui florissoient presque )) d'un mesme temps, il appella la Pléiade; par » ce qu'ils estoient les premiers et plus excellents, » par la diligence desquels la poésie françoise » estoit montée au comble de tout honneur. Il » mettoit aussi en cet honorable rang Estienne » Pasquier, Olivier de Maigny, J. de la Peruse, )) Amadis Jamin qu'il avoit nourri page et fait » instruire , Robert Garnier poëte tragique , » Florent Chrestien, Scevole de Saincte Marthe, » Jean Passerat, Philippes des Portes, Jacques )) Davy du Perron, et le poly Bertaud, lesquels )) ont si purement escrit qu'ils me font deses- » perer de voir jamais nostre langue en plus » haute perfection. Il faisoit encore estât de » quelques autres, dont le jugement est en ses » œuvres. »

Telle fut cette Pléiade poétique qui devait, pendant tout le cours du xvi« siècle, après avoir supplanté l'ancienne littérature , régner sur l'opinion publique^ jusqu'au jour où Malherbe, ce génie correct mais glacé, la détrôna tout en la continuant.

Depuis sept ans entiers Ronsard étudiait, composait, travaillait ses ouvrages, et n'avait encore rien publié. Cassandre qu'il aimait toujours, qu'il venait sans doute de voir quand il Ronsard. * 2

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rencontra Du Bellay, lui avait inspiré ses Amours. Quatre livres d'Odes pindariques et anacréontiques étaient prêts à voirie jour; mais il dédaignait la faveur populaire; et c'est à peine si le cénacle connaissait quelques-unes de ces œuvres longtemps mûries et impatiemment attendues. Il avait même négligé de faire imprimer son Plutus, joué avec tant de succès au collège de Coqueret, et dont on n'a plus que des fragments.

Du Bellay, le dernier venu et le plus impatient de tous, a beau sonner le premier la charge et, par son Illustration de la langue françoise ('), commencer l'attaque contre ceux qu'il appelle les soldats de ^ignorance, Ronsard se tait toujours, (c II laisse Pelletier publier avant lui ses Odes, » et Jodelle se glorifier d'avoir le premier mis » sur la scène la comédie grecque. Ni les suffrages » du peuple qu'il méprise , ni les joies de la » lutte pour laquelle il se sent fait, et de la » victoire qu'il se promet, ni le désir de prendre » à la Cour la place qui appartient au roi des )) poètes à côté du Roi de France, ne le décident )) à mettre au jour ses œuvres, bien qu'elles )) soient parfaites, dignes non pas du lecteur, à » qui personne avant lui n'a donné le droit » d'être difficile, mais de lui-même et des mo- » dèles qu'il veut égaler. )> (-)

S'il est l'ami du Roi, son aîné de cinq ans, et avec qui il a été élevé, c'est seulement pour

1 . La deffence et illustration de la langue françoyse, par I. D. B. A. (Paris, Arnoul Langelier, 1J49, in-8°).

2, Gandar. Étude sur Ronsard (Metz, 18J4, in-8°).

chevaucher, escrimer, lutter, jouer à la paume avec lui.

(( Et de fait, dit Binet, le Roy ne faisoit » partie où Ronsard ne fust appelé de son costé ; )) tesmoin que le Roy fit partie au balon dans )) le Pré aux Clercs avec M"" de Longueviile, où » le Roy ne voulust jamais commencer le jeu » qu'il n'y fust^ et dit tout haut, après avoir » gaigné, que Ronsard en estoit la cause. »

Enfin les instances de ses amis le décidèrent à faire imprimer VÉpiîhalame d'Antoine de Bourbon et Jeanne de Navarre (i 549). Cette pièce de circonstance fut bientôt suivie de VHymne de France ('), qu'il supprima depuis, et de VOde de la paix (i $50).

C'était le prélude des Odes. Elles parurent la même année (2) et leur publication fut hâtée par une indiscrétion de Du Bellay, qui faillit brouiller les deux amis.

Ronsard enfermait avec soin dans son Estude (on dirait aujourd'hui son cabinet), les recueils encore inconnus de ses vers. Un jour il s'aperçoit que le cahier des Odes a disparu. Ses amis seuls ont pénétré chez lui; c'est l'un d'eux certainement qui s'est rendu coupable du larcin. Estce Baïf, Belleau ou Du Bellay? Ce dernier semble se cacher de lui depuis quelque temps et travaille en secret. Il vient d'obtenir un privilège et hante souvent la boutique de L'Angelier.

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