Les Amours de P. de Ronsard, vandomois, ensemble
Il s'élance des bancs du collège et atteint d'un seul coup le premier rang parmi ses contemporains. Que dis-je .? c'est Horace, c'est Pétrarque, c'est Pindare! Ses rivaux de la veille, Baïf, Belleau, Du Bellay, Muret, deviennent ses premiers admirateurs. « Dorât et Turnèbe eux- » mêmes, dit M. Sainte-Beuve qu'il faut toujours » citer, s'étonnent de leur propre admiration )) pour un disciple, pour un poëte français, né )) d'hier, et ne savent que le saluer dès ses pre- » miers essais , du surnom d'Homère et de » Virgile. )>
L'académie des Jeux floraux de Toulouse ne croit pas faire assez en lui décernant l'églantine d'or qu'elle donne aux poètes; elle lui envoie, sans qu'il ait concouru, *une Minerve d'argent massif de grand prix, que Ronsard, habile courtisan, offrit à Henry U. ('•) Il adressa en même temps, pour remerciement à l'académie de Clémence Isaure, V Hymne de 'C Hercule chrétien^ dédié à Odet, cardinal de Chastillon, alors archevêque de Toulouse. (-)
Pierre L'Escot, architecte du Louvre, sculpte en bas-relief sur un des frontons, la Renommée en face de la Gloire avec cette inscription :
le cinquiesme de ses Odes. Paris, v« Maurice de Laporte, 1552, in-8°.
1. Pélisson, dans son Histoire de l'Académie, affirme que c'était un Apollon d'argent.
2. Cette dédicace était un acte de reconnaissance ; car ce fut à l'initiati\^e du cardinal de Châtillon et de Pibrac, alors membre du parlement de Toulouse, que Ronsard dut l'hommage que lui décernait la célèbre Académie.
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ViRTUTi REGIS IN viCTissiMi, et, selon le récit de Claude Binet, répond à Henry II, qui lui demandait l'explication de cette allégorie : '( Sire, j'ai » représenté, vis-à-vis de la Gloire du Roi, la )) Muse de Ronsard; et cette trompette qu'elle » tient en main, c'est la Franciade, qui répandra » par tout l'univers le renom de la France et » celui de Votre Majesté! »
Cette haute fortune poétique ne s'établit cependant pas sans opposition. Toute l'école de Clément Marot, Héroet, La Boderie, Paul Augier, Charles Fontaine, et à la tête de tous les autres Mellin de Saint-Gelais, commencèrent une guerre d'épigrammes contre ces pindariseurs , dont le but était de renverser la littérature naïve et spirituelle qui avait été en honneur jusque-là. Saint-Gelais, en présence de Henry II lui-même, attaqua Ronsard qui eût succombé sous une raillerie appuyée par un sourire du Roi, si la duchesse de Berry, la belle Marguerite de France, n'eût elle-même pris en main la défense de son auteur préféré. Elle plaida si bien sa cause que le Roi, changeant d'opinion, nonseulement se rendit à l'avis de sa sœur, mais encore alloua une pension au poète injustement dénigré. (')
Rabelais qui avait eu quelque raison de se plaindre de Ronsard , lorsqu'ils voyageaient
I. Ronsard lui-même a raconté dans des strophes que j M. Edouard Turquety a récemment découvertes, et qui sont insérées page 136, l'attaque de Saint-Gelais et la manière dont Marguerite le défendit.
ensemble à la suite de Langey, se déclara aussi contre les novateurs. Ronsard allait souvent à Meudon chez le cardinal de Lorraine et logeait dans une tour au milieu du parc; le joyeux curé le rencontrait quelquefois et ne manquait jamais, en présence du cardinal, de lui décocher quelque sarcasme. Cette guerre n'eut un terme qu'à la mort du grand railleur.
La querelle avec Saint-Gelais fut moins longue. Guillaume des Autels, ami des deux poètes, entreprit de les réconcilier et il y réussit, du moins en apparence; car Ronsard effaça les vers où il se plaignait d'avoir été pincé par la tenaille de Mellin (') et lui adressa cette ode :
Tousjours ne tempeste enragée Contre ses bords la mer Egée. (■)
Saint-Gelais répondit par un sonnet flatteur à son ancien adversaire. Ce sonnet, qui se trouve en tête de la seconde édition des Amours de Ronsard (5), ferait penser, selon Colletet, que Saint-Gelais était lui-même épris de Cassandre et qu'ils n'étaient pas moins rivaux en amour qu'en poésie. Il commence ainsi :
D'un seul malheur se peut lamenter celle En qui tout Theur des astres est compris; C'est, ô Ronsard, que tu ne sois espris Premier que moy de sa vive estincelle. C)