‹ Étude sur la vie de P. de RonsardChapitre 43 sur 125 · ODE · texte numérisé non relu

ODE

oy, le meilleur des Roys, Race du ciel tirée, Depuis dix ans cent fois J'ay la mort désirée.

J'ay voulu m'en aller

Du lieu de ma naissance,

Pour n'ouïr plus parler

Des affaires de France.

Des grands jusqu'aux petits

Tout a perdu la honte ;

Tout va de pis en pis

Et si n'en faictes conte.

I . Extrait du manuscrit de l'Estoile, communiqué par M. Aimé Champollion-Figeac.

io6 Œuvres

J'ay veu le sceptre à bas, La Justice affrontée, Honnis vos grands Estats, Vostre ordre valletée,

Les poltrons guerdonnés Des plus dignes offices, Et aux femmes donnés Les m.eilleurs bénéfices,

Un conseil divisé Bigarré de menées, Le Prince mesprisé Par tourbes effrénées,

La prestrise en son bien Souffrir mille dommages, L'avare Italien S'engraisser de truages,

De guerre ny de paix N'avoir expérience, N'aller point au palais, Ne donner audience.

J'ay veu trop de maçons Bastir les Tuilleries, Et en trop de façons Faire les momeries. C)

Dames et Cardinaux Mènent trop de bagages;

I. Ceci s'applique à Philibert Delorme. Ronsard ne l'aimait pas, parce qu'il lui avait fait un jour fermer la porte des Tuileries. Il fit contre lui, au dire de Claude Binet, une satire, « la Truelle crossèe, où. il taxe ce de Lorme, architecte des Tuilleries, qui avoit obtenu l'abbaye de Livry. » (Voyez plus haut la vie de Ronsard.)

Le Discours contre Fortune (T. VI, p. i66) contient encore une allusion aux trois abbayes de Ph. Delorme. Mais un sonnet qui se trouve plus loin, dans le présent volume, et auquel j'ai restitué son titre de la Truelle-Crossée, est bien la pièce satirique désignée par Binet.

INEDITES. 107

Ils ont trop de chevaux Qui mangent les villages.

Ils ne font qu'empescher; La cour en est trop pleine; L'un deust aller prescher, L'autre filer sa laine.

Telle humeur a gasté La France dépravée; Mais Vost/e Majesté La peut rendre sauvée.

Rompez vostre sommeil, Quand l'affront est extresme; Et allez au conseil, Sans procureur, vous-mesme.

Ecoutez un chascun ; D'ouïr ne soyez chiche; Soyez père commun Au pauvre comme au riche.

Le Roy est en Testât Que le peuple conseille; Ne soyez donc ingrat De luy prester l'oreille.

11 faut aller souvent, Au lieu de la Justice, Du juge décevant Chastier la malice.

Les offices royaux Ne se doibvent point vendre; Les serviteurs loyaux Doibvent ce bien attendre.

Il ne faut point piller De Christ le patrimoine, Ny du sien despouiller Le prebstre ny le moine.

De vostre Cour le train Rognez et les bombances, Et serrez bien le frain De vos courtes finances.

io8 Œuvres

Payez ce qui est deu ; Que le sceptre on desgage; Vivez après de peu, Bon père de mesnage,

Chassez-moy tant de chiens Qui sans profit despendent, Et ces Italiens

Qui la France gourmandent.

Monstrez-vous plus aimé Que redoutable Prince, Et d'un camp bien armé Tournez vostre province.

Soyez d'esprit soudain A lire les histoires; Tousjours de vostre main Despechez vos mémoires.

Vers les hommes guerriers Vostre bourse soit preste ; Sont ceux qui les lauriers Mettent sur vostre teste.

Conseillez-vous aux vieux, Ils ont l'âge discrette.

Le poil grison vaut mieux Que la barbe follette.

De Dieu tenez le lieu ; Honnorez vostre mère.

Du Prince qui craint Dieu Le royaume prospère.

Je ne veux par escrit Vous estre plus moleste ; Vostre royal esprit Comprendra bien le reste.

Le Romain non-pareil Veist perdre ses provinces, Par le mauvais conseil De deux ou de trois Princes ;

Il se veist abattu.

Tombé du mieux au pire:

De Trajan la vertu Refist tlorir l'empire.

Vous vaincrez comme luy Tous vos destins contraires, Si Roy des aujourd'huy Vous vacquez aux affaires.

DISCOURS. (0

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