A MADAME MARGUERITE
Sœur du Roy Henry II. (*)
N'est-ce pas toi, vierge très-bonne, Qui ne peult souffrir que personne Devant tes yeulx soit mesprisé, Et qui tant me fus favorable Quand par l'envieux misérable Mon œuvre fut Mellinisé?
Lorsqu'un blasmeur avec ses rôles, Pleins de mes plus braves paroles Et des vers qui sont plus les miens, Grinçoit la dent envenimée Et aboyoit ma renommée Comme au soir la lune est des chiens.
1. La découverte de ces strophes est due à mon ami E. Turquety. Elles n'ont été imprimées que dans le V= livre des Odes, publié à la suite de la première édition des Amours (1552). Dès la seconde impression du V* livre des Odes (15J3), elles ont été remplacées par quatre autres qui ont toujours subsisté depuis. — Ce curieux passage, si je l'avais connu à temps, aurait dû être inséré dans le T. II de cette édition, page 303, comme variante de la strophe: C'est toy, Princesse, qui animes, etc., et des trois suivantes.
Nul de ceux qui ont rapporté la fameuse querelle de Saint-Gelais et de Ronsard, les Lamonnoye, les Gouget, etc., ne s'est douté que Ronsard lui-même avait raconté, dans une ode à Marguerite de Savoie, l'attaque de Saint- Gelais et la manière dont cette princesse défendit son poète. C'est, comme me l'écrit Turquety en m'envoyant ces vers, de Vinédit dans toute la force du terme.
Se travaillant de faire croire Au Roy ton frère, que la gloire Me trahissoit villainement, Et que par les vers de mon œuvre Autre chose ne se descœuvre Que mes louanges seulement.
Mais II luy feist veoir que l'envie Etoit le tyran de sa vie, Qui le suit d'un pas éternel, Qui tousjours tousjours l'accompaigne, Comme une furie compaigne Le doz d'un pâle criminel.
Ce n'est ainsi qu'on me despite, Mais plustost courageux m'incite A lascher mes traits aguizés, Tombans du ciel comme tempeste Pour venir foudroyer la teste De ces vieux masques déguisés.
Bien souvent mainte et mainte nue Pour nuire au soleil est venue; Mais oncques ne l'ont devestu Des traits de sa clarté plus forte :
Aussi son entreprise morte Brunchera dessoubs la vertu.