‹ Etude sur la vie et les écrits de l'Abbé de Saint-Pierre (volume 2)Chapitre 18 sur 36 · ÉDUCATION · texte numérisé non relu

ÉDUCATION

L*abbé de Saint-Pierre s* est beaucoup occupé de la question si grave de Téducalion. Quand on veut perfectionner les bommeSy c'est en effet par là qu*il faut commencer.

Toutes ses idées en matière d'éducation, éparses dans un certain nombre d'opuscules, dont un, le principal, Projet pour perfectionner F éducation^ n'occupe pas moins d'un volume entier, peuvent se résumer ainsi :

Donner le plus d'extension possible à l'éducation publique, la seule bonne^ et l'appliquer même aux prioceSi même au dauphin.

Faire, dans cette éducation publique, la plus grande part possible à la formation du caractère et à l'acquisition des vertus qui doivent assurer le bonheur de la vie.

Y faire une grande place aussi à l'étude de toutes les ooonaissances nécessaires à la pratique de la vie, de iouiei la sciences utiles, et supprimer ou diminuer le plus possible l'étude des sciences inutiles, comme celle des langues anciennes.

Faire de l'éducation, ainsi établie, une institution de l'État, et la placer sous la surveillance et la direction de l'Étal par la création d'un bureau perpétuel de Véducaiion^ c'est-à-dire d'un ministère de V instruction publique.

Yenbns aux détails.

Et â*abord, il se prononce sans hésitation et sans scrupule pour réducation publique contre l'éducation privée^ Faut-il dire qu'il a raison? J'en serais bien tenté, pour ma part, mais comment l'oser, en présence de Quintilien et de Rollin, qui W osent pas^ eux, se prononcer?

Ces deux vénérables maîtres, les deux Aristotés de la pédagogie, inclinent à la vérité vers Féducation publique, mais ils ne prennent pas son parti d'une manière nette et tranchée. « Quintilien, dit Rollin*, a traité cette question avec « beaucoup d'étendue et d'éloquence. L'endroit est un des « plus beaux de son ouvrage et mérite d'être lu dans l'ori- « ginal. » Nous y renvoyons donc, nous contentant de le résumer ici. Quintilien, pour les études, n'hésite pas à se déclarer partisan de l'éducation publique : il y trouve les plus grands avantages dans l'influence de la vie commune; si nécessaire pour former et développer le sens commun, dans l'émulation, dans le grand nombre et la diversité des maîtres, dans l'excitation salutaire où un public nombreux, fût-ce un public d'enfants, tient sans cesse le professeur. Pour les mœurs, ne se dissimulant pas la force de Tobjectioo que l'on peut faire à l'éducation publique, il ne décide rien, et se contente de dire que le péril n'est peut-être pas moins grand dans l'éducation privée : Corrumpi mores in scholis putant; nam et corrumpuntur intérim; sed et domi quoque; et il reconnaît que si la pureté des mœurs était exposée à de plus grands dangers dans les écoles publiques, il ne faudrait pas hésiter un moment (c'est ainsi que le traduit Rollin), le soin de bien vivre ^tant infiniment préférable à celui de bien parler.

Rollin, qui est chrétien, est encore plus timoré que son maître, et confesse ainsi ses scrupules :

« Pendant tout le temps que j'ai été chargé de l'éducation de la jeunesse, parfaitement instruit des dangers qui se

< Traité des Études, VIU, art. 2.

renruntront dans les maisons particulières et dans les collèges, je 71 ai jamais ose prendre sur moi de donner conseil mut cette matière^ et je me suis contenté de m*appUquer atec le plus (le soin qu*i1 m*a été possible à Tinstruction des jeunes gens que la divine Providence m'adressait. Je croit devoir encore garder la même neutralité^ et laisser à la prudence des parents à décider une question qui souffre certainement de grandes difiicultés de part et d*autre. » Et sa conclusion est, « que les dangers pour la jeunesse étant grands de tous côtés, c'est aux parente à bien examiner devant Dieu quel parti ils doivent prendre... » Voilà, certes, de louchantes paroles; mais malgré Tautorité, si grave en pareille matière, de celui qui les prononce, doit-on les considérer comme le dernier mot sur la question? Il n*y a pas i dire : il arrive un moment ou il faut qu*un père choisisse entre les deux éducations. RoUin laisse à sa prudence le soin et rembarras de choisir; mais si ce père vient précisément s'adresser à Rollin pour éclairer sa prudence, à quoi lui servira la neutralité de Texcellent maître?

A Dieu ne plaise que je veuille mettre l'autorité de Tabbé de Saint-Pierre, en matière d'éducation, au-dessus de celle de Rollin ! L'autorité de celui que la postérité a appelé le bon Rollin, est chose sacrée; y toucher porterait malheur. Que serait-ce si le sacrilège venait de l'un des siens, de l'un de ceux dont il sera à jamais la gloire et l'exemple! Je voudrais simplement réclamer et obtenir pour l'abbé de Saint- Pierre le droit d'avoir un avis tranché sur une question qui laisse Rollin indécis. Et pour cela, j'invoquerai l'aveu de Quinlilien et de Rollin lui-même. La pierre d'achoppement, c'est le danger que courent les mœurs dans l'éducation publique. Mais Quintilien ne dit -il pas en termes formels qu'elles n'en courent guère un moindre dans l'éducation privée, et Rollin ne conclut-il pas en reconnaissant que les dangers pour la jeunesse ^oni grands de tous côtés? Ce double aveu suffit. S'il suffisait à un père de garder son fils près de lui pour préserver sa jeune âme de toute influence malsaine,

VéducatioQ privée serait bien près d'avoir gagné son procès, et, à coup sûr, il y aurait liea à hésiter. Mais quel est le père qui osera en répondre? Suffit-il donc qu'une maison ne soit pas un collège pour que l'immoralité ne puisse y pénétrer? N*esl-elle pas répandue partout, avec l'air que nous respirons? Oui, dira-t-on, mais avec l'éducation privée, les précautions.sont plus faciles, et les remèdes aussi, tandis qu'avec réducation publique les précautions sont presque impossibles, et le mal une fois déclaré, les remèdes le sont tout à fait. En ètes-vous si sûr? La question est des plus délicates et des plus complexes, et demanderait, pour être traitée à fond, la plus sérieuse élude et les développements d'un traité spécial; je ne voudrais pas paraître avoir la prétention de la décider, ici, d'un mot. Mais êtes-vous si sûr qu'une fois le mal déclaré, vous en auriez plus facilement raison chez vous qu'au collège, et qu'il soit, au collège, si impossible de le prévenir? Croyez-vous que Quintilien et Rollin l'eussent affirmé ?

La conclusion à tirer de tout cela c'est que, si le danger est commun aux deux systèmes d'éducation , il n'en est pas de même des avantages. Ceux de l'éducation publique n'appartiennent qu'à elle; et ses avantages peuvent se résumer en un seul mot : le collège, c'est déjà la vie. « Au collège, dit très-sensément l'abbé dans son Projet pour perfectionner Féducationy les pareils s'entre-corrigent et s'entre-polissent journellement et nécessairement les uns les autres dans leur commerce, à peu près comme les cailloux raboteux se polissent et s'arrondissent dans la mer par leur frottement journalier. » Or rien dans l'éducation privée ne compensa la perte de cet immense bienfait. Il était donc permis à l'abbé, frappé surtout de ce salutaire effet de l'éducation publique, d'avoir pour elle une préférence aussi marquée.

Si ces considérations avaient déjà toute leur valeur dès le temps de l'abbé de Saint-Pierre, il en est d'aulres qui pouvaient alors, jusqu'à un certain point, défendre l'éducation privée. Les grandes fortunes et le loisir étaient encore le

privilège d*une certaine classe de la société, et la matière de rinstruction n'était pas devenue assez complexe pour qu*uD seul homme ne pût s*en charger. Mais dans notre société moderne, bourgeoise, affairée et scientifique, où les grandes fortunes deviennent de plus en plus rares et tuobiles, où le loisir n*est plus le privilège de personne et où les connaissauces qu^il faut faire entrer et classer dans rinstruclion d*uu jeune homme, forment un véritable encombrement, réducation privée n*cst plus seulement inférieure de tous points à réducation publique, elle tend à devenir impossible» si elle ne Test déjà.

L*abbé de Saint-Pierre est donc dans la vérité en prôchaol rexcellcuce de Téducation publique; mais il ne tarde pas à donner dans le chimérique. Possédé de son idée, il fait le rai* sonnemenl suivant : L'éducation publique est la meilleure des éducations. Or, il n'y a pas d'hommes qui aient besoin d'une meilleure éducation que les rois. Donc il faut que les rois envoient leurs fils au collège. Et à la fin du chapitre Xill de son Projet pour perfectionner f éducation^ il écrit ceci :

« Il serait aisé de démonlrer que les enfants des rois et des princes, pour être beaucoup mieux élevés, devraient suivre Vexemple du grand Cyius, qui profita si bien des avantages de réducation publique ; et peut-être que quelque Salomon, roi pacifique et pacificateur de l'Europe, fera un jour bâtir pour ses enfants et pour les princes de son sang et pour la principale noblesse, un collège dans le voisinage de son palais, pour les faire jouir jeunes de tous les avantages des exercices publics , en conservant dans son collège le gouverneur, le précepteur et autres officiers choisis de ses enfants; mais je fais plutôt des vœux que je ne donne des conseils. »

Il ne s'en tint pas toujours aux vœux et il donna même plus que des conseils, car il fit tout un programme d'éducation royale sous ce titre : Plan d'éducation des dauphins,

« D'où vient, dit-il, que l'on voit dans l'histoire si peu de grands hommes parmi les rois héréditaires? La principale

raisoDy c'est qa'ilg ont été plus mal élevés que Cyrus. Effectivementy de toutes Ie& éducations, la plus n^auvaise, c*est réducation domestique. Ainsi la raison et l'expérience sont pour moi. » *

Donnez des condisciples à un fils de roi, et tout change. D*abord, Tamour-propre lui fait faire des efforts d^attention et d*application qui augmentent la force de son esprit, et la fidélité de sa mémoire. Il apprend à reconnaître et à estimer dans un rang inférieur au sien des talents et des vertus qu'il a*a pas ou qu'il a seulement à un degré moindre. Il profite des corrections et des louanges données à ses condisciples, non moins que de celles qu'il reçoit lui-même. Mieux que partout ailleurs, au milieu de ses condisciples, il apprend à connaître ses propres défauts et à supporter ceux d'autrui. Il trouve, si un collège existe tout prêt à le recevoir, des maîtres expérimentés, au lieu d'un précepteur qui arrive d'ordinaire tout neuf à son métier. Enfin il s'exerce à connaître les caractères et acquiert les premières notions de cette science des hommes dont il aura si grand besoin.

Il faut donc au Dauphin des condisciples et un collège; mais yabbé est trop respectueux pour offrir à celui qui doit être le roi, les collèges où Ton élève le menu peuple de ses sujets. « On fera un collège exprès pour lui, près dtf château, a-t-il dit, et on ne lui donnera pour condisciples que les enfants de la noblesse la plus choisie. »

Eh bien, même avec cette précaution, qui témoigne d'un sincère désir de sauver la dignité royale, le projet de l'excellent abbé est une chimère, et non-seulement pour le temps où il écrivait, mais absolument. Le principe d'une éducation commune, même donnée à des sujets choisis, c'est régalitè, et Tidée de royauté exclut celle d'égalité. Il peut y avoir des égaux sous le roi, mais le roi ne peut pas avoir d'égaux. Élever le roi sur le pied d'égalité avec ses sujets, serait lui apprendre le contraire de son métier. Aussi, n'at-on guère vu de rois, depuis Cyrus, envoyer leurs fils au collège; si quelqu'un d'eux Ta fait, c'est qu'il avait commencé

avant iVtMre sur le trône, et que le roi ne crut pas devoir déroger aux habitudes populaires du prince du sang. Les princes qui envoient volontiers leurs fils au collège, ce sont ceux qui sont placés près du trAne» mais non pas ceux qui y sont assis. Oue ceux-ci le doivent ou non, dans TintérAt et de leurs enfants et de leurs sujets, est une question oiseuse, car la vérité est qu'ils ne le peuvent pas. Un pays où Théritier du trône irait au collège, serait bien près de n*avoir plus de roi.

Combien cela était-il plus vrai du temps de Fabbé de Saint-Pierre I 11 écrivait sous un prince qui, à Tàge de sept ans, avait entendu son précepteur lui dire, en lui montrant l:i fuulc de ses sujets, rassemblée sous ses fenêtres : « Sire, tout ce peuple est à vous I » Et le père de ce prince, le duc de Bourgogne, avait mérité qu*un de ses plus dévoués et fervents admirateurs écrivit ceci de lui : « Delà hauteur des cieux, il ne regardait les hommes que comme des atomes avec qui il n* avait aucune ressemblance, quels qu'ils fussent. A peine messieurs ses frères lui paraissaient-ils intermédiaires entre lui et le genre humain, quoiqu'on eût toujours afi'ecté de les élever tous trois ensemble dans une «égalité parfaite. » Ainsi voilà un Dauphin (le modèle de tous les Dauphins) qui reconnaît à peine que ses propres frères soient de la même nature que lui I Et ce sont là les demi-dieux que le bon abbé de Saint-Pierre veut envoyer au collège, péleméle avec les simples mortels! Quand on a lu l'effrayant portrait que trace Saint-Simon du duc de Bourgogne eniant, on frémit à la seule pensée que ce petit monstre, qui devait finir comme un saint, aurait pu avoir des condisciples. Heureusement, on se rassure, en pensant que personne ne courut un moment ce risque-là.

Ce qu^il faut souhaiter aux jeunes princes appelés à régner, ce sont des maîtres comme Fénelon. C^est là, près des trônes, qu*ilfaut que Téducation privée fasse des merveilles» et la miraculeuse transformation du duc de Bourgogne nous est un éclatant témoignage de ce que peut cette édu-

cation, tout- imparfaite qu'elle est, dans certaines mains.

L*abbé de Saint-Pierre demande instamment que TédacatioB Boit morale et forme les caractères à la vertu. Rien dé plus légitime qu'un pareil désir ; mais il se fait d*étranges illusions sur les moyens à prendre pour le réaliser.

Il croit que la Terin peut s^enseigner comme le latin ou la géométrie, et il demande en conséquence qu'une partie du temps de Véducation soit consacrée exclusivement à Vacquisiiion des vertus qui doivent procurer le bonheur. Les écoliers prendront leur leçon de vertu entre une leçon de gymnastique etr une leçon de physique, et quand ils en auront pris ainsi au moins une par jour pendant un certain nombre d*aiiiiées, le moyen qu'ils ne soient pas parfaitement vertueux et parfaitement heureux ?

La conséquence rigoureuse de ce principe absurde, c'est qu'il faudrait des professeurs de vertu comme des professeurs de mathématiques. Une pareille conséquence suffit à fiûre juger le principe : l'abbé ne paraît pas l'avoir vue ; il De dit mot des professeurs de vertu (se flattant sans doute que des professeurs vertueux en dispenseront), mais il se donne carrière sur les exercices de vertu ; et là, se trouvant en pleine chimère, il est inventif et fécond.

Ce sont d'abord les formules. Nous savons leur efficacité merveilleuse pour faire les espérants passionnés; elles ne pourront en avoir moins pour faire des écoliers vertueux. L'abbé a pris lui-même la peine d'ajouter deux suppléments aux commandements du catéchisme :

Défauts d'autrni ne contreferas Et ne Ven moqueras aucunement,

remède infaillible contre le penchant à la raillerie, et :

Facilement pardonneras A6n qu'on te pardonne aisément ; Tous tes parents contenteras En obéissant exactement;

remède non moins sûr contre la rancune et la désobéis-

certain modèle qu'il avait pris : encore le suivit-il trèsmal. » L*abbé le montre possédé d*une idée fiie et absurde, qui était dlmiter César, Alexandre et les deux Gustave.

Montesquieu dira : « Il n*était point Alexandre, mais il « aurait été le meilleur soldat d'Alexandre. » L'abbé trouve que Charles XII avait la bravoure d'un grenadier ^ non eeHé d'un général.

L'abbé trouve que les entreprises de Charles XII étaient folles et démesurées, et Montesquieu dira : « Charles se « croyait le maître du monde dans les déserts de la Pologne « où il errait, et où la Suède était comme répandue, pen- « dant que son principal ennemi se fortifiait contre lui, le a serrait, s'établissait sur la Baltique, détruisait ou prenait (( la Livonie. La Suède ressemblait à un fleuve dont on « coupe les eaux dans sa source, pendant qu'on les détoar- « nait dans son cours, d

L'abbé voit avec raison dans l'orgueil et l'opiniâtreté de Charles XII la preuve d'un manque d'étendue dans l'esprit; et c'est enfin avec non moins de justesse qu'il dit, en pensant au Charles XII de Voltaire : a Nos historiens ne songent «guère qu'à plaire. » C'est dans ce livre surtout que Voltaire n'est que u joli » . Son histoire de Charles XII est charmante; mais est-ce là le plus bel éloge qu'on puisse faire d'une histoire ? ce serait traiter l'histoire comme un roman. L'auteur de Charles XII, dit Montesquieu, manque quelquefois de sens; et c'est aussi ce que pense l'abbé de Saint-Pierre. Or ne serait-ce pas surtout en intéressant trop à un héros « étonnant, toujours dans le prodige, » c'est-àdire n'ayant presque jamais le sens commun? Bref, il est difficile de voir dans l'histoire de Charles XII autre chose qu'une œuvre purement littéraire, un modèle de récit, et d'en emporter autre chose qu'une impression littéraire. Or l'histoire se propose un but plus élevé que celui-là, et ce n'est pas une impression de cette sorte que laisse dans les âmes la lecture d'un Thucydide ou d'un Tacite.

L'abbé n'est pas aussi heureux avec Pierre le Grand, et

la monomanie lient trop de place dans le jugement qu'il en porte. N'imagine-t-il pas de dire qu'il aurait dû faire nommer les officiers des strélitz au scrutin, demander des obseryatioos et des mémoires politiques aux boyards ou fils de bçiyards qui auraient voyagé en Europe, et enfin rester tranqoille'chez lui pour empêcher les révoltes par sa seule présence, au lieu de s'en aller courir l'Europe et c< charpenter à Amsterdam ? » Bref, dit-il, il prit.à gauche. Et cependant, malgré tout cela, l'abbé reconnaît la grandeur de Pierre, rétendue de son intelligence, l'énergie de sa volonté. Comment ne voit-il pas que cette intelligence et cette volonté n'éclatèrent jamais mieux que dans cet apprentissage étrange, l'un des titres de gloire les plus originaux et les plus incontestables que jamais souverain ait acquis?

En somme, ainsi que nous le disions au commencement de ce chapitre, l'abbé fnt un systématique; comme tous les systématiques, voyant mieux que personne certaines choses, celles qui se rattachaient à ses idées fixes, aveugle ou myope sur tout le reste. Cette espèce d'hommes est la moins ca^ pable de porter des jugements sains en histoire. C'est la fable si rebattue de Procuste, qui voulait que tout le monde fût de la grandeur de son lit. Procuste était un scélérat, mais il était aussi 4in systématique, et l'abbé de Saint-Pierre (il en eût frémi!) est de sa famille. Que davient l'histoire eo passant par l'étamine de ces esprits faussés et rigoureux ? L*abbé nous l'apprend par son exemple. Le meilleur des hommes devient un juge prévenu, intolérant, inique même, et sa passion pour tout ce qui est sensé, pratique, positif, lui fait commettre mille erreurs. Heureux quand ses erreurs ne méritent pas un nom moins respectueux!

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