‹ Etude sur la vie et les écrits de l'Abbé de Saint-PierreChapitre 3 sur 24 · ORTHODOXIE · texte numérisé non relu

ORTHODOXIE

L'abbé s'est occupé particulièrement des choses de la religion dans cinq opuscules, sur le moyen de perfectionner les établissements religieux, sur le célibat des prêtres, sur l'essentiel de la religion, sur l'explication d*une apparition, ' et sur le mahométisme.

Dans son Projet pour rendre les établissements des religieux plus parfaits^ il se montre très-hostile à l'oisiveté monacale et Taltaque avec une grande vivacité. La meilleure manière d'imiter Dieu, dit-il, est d'imiter sa bienfaisance. Or, passer sept ou huit heures par jour à chanter des psaumes ou à réciter des rosaires, c'est faire bien, sans doute, si Ton n'est capable de rien de mieux. On dira que contempler Dieu, c'est l'imiter, car Dieu se contemple : mauvaise raison, car Dieu, en même temps qu'il se contemple, ne cesse de faire du bien aux hommes; il faut donc, pour l'imiter tout à fait, unir l'action, c'est-à-dire la pratique de la bienfaisance, à la contemplation; et s'il faut choisir, il faut choisir l'action, parce que l'homme qui fait du bien aux autres imite ainsi Dieu beaucoup mieux que celui qui laisse son frère malade sans secours, pour ne faire que penser à la bienfaisance de Dieu.

Les hommes, dit-il encore, se font de singulières idées et de Dieu et de la sainteté. Ils s'imaginent que Dieu, comme un simple et vaniteux mortel, prend un plaisir infini à entendre chanter ses louanges. Que dirait-on d'unr roi qui

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aimerait mieux engager , avec ses revenus , cent mille hommes et cent mille femmes à chanter ses louanges jour et nuit, que de consacrer et ces mêmes revenus et la bonne volonté de ces mêmes sujets au soulagement des pauvres et des malades et à l'éducation de la jeunesse ? Comment donc ne rougit-on pas d'attribuer à Dieu, (fui est l'être parfait, des sentiments que l'on n'oserait pas prêter à un* roi sensé et honnête ? La foule se trompe de même sur la sainteté : elle ne la voit qu'au milieu du silence, des austérités, des mortifications, lisant peu, n'écrivant point, s'abandonnant à des méditations et à des prières sans fin; dans tous les pays du monde, chrétiens, infidèles ou idolâtres, la multitude ignorante ne connaît point d'autre type delà sainteté. Erreur funeste, qui détourne les hommes des devoirs de la bienfaisance, pour leur faire suivre l'exemple de ces prétendus saints inutiles au monde, et teur fait attacher un prix imaginaire à des prières, à des jeûnes, à des pèlerinages qui n'ont le privilège ni d'empêcher les injustices ni de les réparer.

L'abbé se met presque en colère contre l'oisiveté monastique; il demande qu'on la couvre de mépris, et qu'on prenne le parti de regarder ceux qui « vivent en chartreux, en fainéants, séquestrés dans de petites cellules, comme des invalides, des imbéciles, de pauvres esprits, enclins à la singularité et à la paresse, des visionnaires et des fanatiques. »

Il n'est pas étonnant qu'avec de pareilles dispositions il ait souhaité la suppression des ordres religieux. Seulement il ne soupçonne point la difficulté jBxtréme de l'entreprise. Il ne voit pas ou ne veut pas voir que les établissements religieux sont dans l'État, mais ne lui appartiennent pas, et il dispose d'eux sans tenir plus de compte de leur propriétaire, l'Église, que si elle n'existait point. Voici comment il procède :

Il n'y a pour les établisseipents religieux que deux manières d'être utiles à la i^>ciété ; le soin des pauvres et des malades et l'éducation de la jeunesse. Âin&i donc, plus de monastères ; des hôpitaux et des collèges. Au-dessous de

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quarante aDS et dès quinze, on pourra s'engager dans les communautés , les hommes pour dix ans seulement , les femmes pour cinq. Au terme de rengagement, chaque membre sera libre ou de le renouveler, ou de sortir de la communauté, en rentrant dans ses biens. Après quarante ans, mais alors seulement, on pourra contracter des vœux perpétuels. Précaution qui devance la sagesse de la loi actuelle. Les généraux des divers ordres seront dans FÉtai^ et entièrement dépendants de VÊtai^ parce que la tranquillité, qui est la base du bonheur, ne s'obtient que par Y obéissance entière à une seule autorité. Idée hardie; que le concordat qui régit aujourd'hui les rapports de FÉtat et de TÉglise a réalisée en partie. On a voulu, par exemple, que les évéques fussent autant que possible dans l'État et dépendants de l'État, pour assurer leur obéissance entière à une seule autorité. Les religieux seront dirigés dans l'emploi de leurs revenus par des commissions d-évêques et de magis'irais. Dès qu'un ordre sera suffisamment riche, il ne pourra plus rien acquérir et les legs et donations iront aux autres ordres moins riches.

Rien de plus facile que d'établir sans secousse ce nouvel état de choses. Une loi déclare aujourd'hui que lesjseuls établissements religieux qui seront autorisés à l'avenir, sont ceux qui se consacreront à l'éducation de la jeunesse et au soin des pauvres et des malades : un certain nombre d'établissements sont déjà depuis longtemps des hôpitaux et des collèges; d'autres sont tout prêts à accepter la transformation: ceux-là seuls vivront; quant aux autres, qui persistent à rester inutiles» on les laissera mourir de leur belle mort, en leur défendant de recevoir des novices; et peu à peu leurs fonds passeront aux établissements perfectionnés,

L'État ne dépouille ainsi personne, et il fonde des établissements que les particuliers enrichiront à l'envi de leurs dons, parce qu'ils les verront utiles et à la société et à la religion. Maintenant, on aura une idée de la nature des services que ces établissements pourront rendre et de l'esprit

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très-libéral qui y régnera, en apprenant que Tabbé recommande d'y former de bons ingénieurs et de bons architectes pour les travaux publics qui en manquent souvent, et ne voit aucune difficulté à y admettre des protestants^ pourvu qu'ils aient grande crainte de l'enfer et grand désir du paradis.

On comprend que l'abbé prononce à peine, dans son opuscule, le nom de l'Église : il ne dépouille en effet personne, qu'elle-même. Sous prétexte de faire tourner les établissements religieux au bien de l'État, il les confisque au nom et profit de l'État, et il dispose des choses et des hommes de l'Église, pour fonder des établissements où l'Église n'aura rien à voir. Il est trop évident qu'il n'y a pas à la consulter. On conçoit que l'Église pourrait , à la rigueur, consentir à partager tous ses établissements en deux grands départements de l'instruction et de l'assistance publique , mais à condition d'en avoir la direction. Au moins ne perdrait-elle point ainsi ses richesses et son influence. Mais changer complètement,, sans lui demander avis, la destination et l'esprit d'établissements qui lui appartiennent, et ces- établissements ainsi transformés, les remettre entre les mains de l'État, c'est quelque chose de plus que se mêler indiscrètement de ses affaires. L'abbé risque fort de se faire traiter de spoliateur. Il est vrai qu'il pourrait répondre aux réclamations du propriétaire lésé : Qui nourrit vos religieux? Nous. Qui entretient vos établissements? Encore nous. Nous avons donc bien le droit d'exiger d'eux qu'ils travaillent au bien public et d'y veiller nous-mêmes. Mais il croit sans doute qu'il vaut mieux ne pas entendre et se contente de dire : il faut vme loi expresse. Disons une révolution. Ce sera plus sûr.

Est-il besoin de faire remarquer, après cela, combien l'abbé a peu l'esprit ecclésiastique? Autrement, il eût été . arrêté tout de suite par cette simple réflexion : Ces établissements sur lesquels je veux porter la main, sont dans tous les temps les sièges de l'influence et de l'action de l'Église ; mais dans les temps de foi, ils sont les«foyers du feu divin.

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C'est là que TÉglise trouve ses héros et forme ses milices : milices redoutables, qui ont les deux plus grandes forces du monde, la discipline et Tenthousiasiiie, soumises et réglées comme des soldats, ardentes comme des volontaires. L'abbé n y a même pas pensé. Il n'a de l'Église que la robe, et l'intérêt de l'Église ne le touche point. Il n'a de zèle que pour l'intérêt de tous.

Il est encore bien plus loin de l'esprit de l'Église dans ses Observations chrétiennes et politiques sur le célibat des préires. Si l'on aborde cette grave question avec l'esprit de l'Église, voici ce que l'on trouve :

Le catholicisme a conçu du prêtre l'idée la plus austère et la plus sublime qu'il y ait jamais eu dans aucune religion. Le prêtre est une sorte de second médiateur entre le Christ et l'homme; il est le canal de la grâce, toujours ouvert pour la recevoir et pour l'épancher; il est en communication constante et intime avec Dieu. Le pain des anges, « ce pain vivant descendu du ciel et qui donne la vie aux hommes, »^ Dieu lui-même, est, à la lettre, son pain quotidien, et ce sacrement, dont toute âme fidèle n'approche qu'avec tremblement, il faut qu'il le reçoive tous les jours. Le fidèle prépare de temps en temps son âme pour y recevoir passagèrement son Dieu. Dieu habite sans cesse dans l'âmè du prêtre, et en est l'hôte perpétuel. « Sublime mys- « tère et grande dignité des prêtres, dit l'auteur de l'/^ia tation^ qui ont reçu un pouvoir qui n'a pas été accordé « aux anges ! »

Qui ne voit que le célibat doit nécessairement entrer dans les devoirs du prêtre, tel que le catholicisme l'a conçu, parce que le célibat, perpétuellement et religieusement observé, est la plus haute expression de la chasteté ? Sans doute, il y a de la chasteté dans le mariage, mais le mariage n'est pas la chasteté, et il ne faut pas que le prêtre soit simplement un homme chaste, il faut qu'il soit la chasteté même ! Et pourquoi? parce que la chasteté est la plus difficile de toutes les vertus, et que sans elle, comme on l'a si

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bien dit, l'âme n'a plus que les vertus qui ne 1 ui coûtent rien .

Mais si nous entrons plus avant dans les conseils de rÉglise, nous y trouvons autre chose encore, une précaution profondément sage. L'Église a senti qu'elle ne serait jamais sûre d'une âme où elle laisserait pénétrer un autre amour que l'amour de Dieu. Dieu est un Dieu jaloux, ditelle aux siens; il veut qu'on soit tout à lui. Et elle ferme ainsi l'accès dans leurs âmes à la plus dominante des passions terrestres. Il importe que la grâce soit versée sans mélange dans ces vases d'élection.

L'Église dit donc aux siens : Vous porterez toujours l'humilité et la charité dans vos cœurs; mais comme vous vivrez au milieu du monde, peut-être sera-t-il nécessaire que quelques-uns d'entre vous soient riches et puissants comme les hommes du siècle. Pour n'être pas confondus avec eux, vous serez tous, partout et toujours, ce qu'ils ne seront jamais : vous serez chastes. Ce sera votre signe, et le monde vous reconnaîtra toujours là; car il sait que si la nature fait des héros, il n'y a que Dieu qui fasse des hommes chastes : Nemo continens, nisi Deusdei.

Voilà la théorie du célibat ecclésiastique, et l'on ti'en peut méconnaître l'austérité et la grandeur. L'abbé de Saint- Pierre nous fait descendre de ces hauteurs, et nous promène à. travers les considérations terre à terre. Il déclare « qu'il ne parle pas en théologien, mais seulement en simple politique, en simple citoyen d'une société chrétienne, et qu'il ne s'adresse pas aux théologiens, lesquels ne font nulle attention au bonheur des gouvernements. » Et pour prouver qu'il parle bien en politique et non en homme de l'Église, il invoque en faveur de ses observations l'autorité du czar Pierre, lequel « ne pouvait digérer » qu'on eût laissé subsister dans un pays policé comme la France, une institution aussi peu essentielle à la religion et aussi préjudiciable à la population. Il faut rendre cette justice à l'abbé, qu'il était difficile de trouver une autorité moins canonique que celle-là.

Muni de cette recommaDdation^ il adresse ses observations aux souverains catholiques et aux papes.

Il établit d'abord que le célibat des prêtres n'est qu'un point de discipline que l'Église peut changer : une infinité de prêtres et d'évêques ont vécu saintement dans le mariage, et tous eurent entière liberté d'y vivre pendant les quatre premiers siècles du christianisme.

Or, le mariage des prêtres aurait bien des avantages. Ce serait d'abord, chaque année, un nombre considérable d'enfants chrétiens de plus qui viendraient au monde, et qui, tous, recevraient la meilleure éducation, leurs pères étant obligés, par devoir d'état, à la vertu, et leurs mères ellesmêmes devant à Tinfluence de leurs maris d'être plus vertueuses que les autres femmes. La liberté du mariage rendue aux prêtres donnerait, par an, en Europe, au moins quatrevingt mille nouveaux enfants à l'Église.

Il y a des prêtres qui scandalisent leur prochain par leurs mauvaises mœurs : qu'ils puissent se marier, et ces scandales disparaissent. D'autres, parc^ qu'ils observent leur vœu de chasteté, se croient dispensés de remplir leurs autres devoirs, et le célibat affaiblit chez eux la pratique des vertus. Cette mauvaise influence cesserait naturellement avec lui.

Plus on a de devoirs à remplir, et plvis on plaît à Dieu, quand on les remplit bien : or, la famille impose des devoirs dont le célibat dispense.

Un prêtre doit l'exemple à ses paroissiens dans l'accomplissement des devoirs les plus ordinaires de la vie : or, s'il n'a pas de famille, comment leur donnera-t-il l'exemple des vertus du père de famille?

, Enfin la nécessité du célibat éloigne de l'Église un grand nombre de sujets habiles et vertueux. L'Église serait donc mieux servie si elle n'imposait point celte dure nécessité à ses serviteurs.

Et pour réaliser tous ces avantages, que faut-il? Bien peu de chose.

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Que les souverains catholiques demandent au pape de permettre le mariage aux prêtres, moyennant une redevance. Les souverains ont un grand intérêt à le demander, parce que cette mesure augmentera considérablement le nombre de leurs sujets, et par conséquent la prospérité de leur royaume. Si François I" eût fait en 1533 un concordat de cette nature avec le pape, la France (c'est Tabbé qui le dit) compterait en 1733, au bout de deux cents ans, quatre millions d*habitants de plus. Le pape, de son côté, n'a pas un moindre intérêt à l'accorder, car, indépendamment du très-grand avantage d'augmenter de beaucoup le nombre des fidèles, il gagnera à cette mesure d'augmenter encore son autorité (car seul il donnera la dispense et pourra toujours la refuser], et en même temps que son autorité Jes revenus de l'Église, qui a (c'est toujours l'abbé qui te dit) c( beaucoup de grands besoins. »

Il esV impossible de ne pas reconnaître que si les maisons qui ont déterminé l'Église en faveur du cffibat des prêtres sont très-hautes, sublimes même, celles de l'abbé contre le célibat, quoique d'un ordre moins relevé et peut-être pour cela même, sont spéciwses et habilement présentées. L'abbé fait même quelque chose d'assez neuf en insistant sur le côté politique et économique dé la question. Ce n'est pas ainsi que la réforme l'avait, dès l'abord, envisagée. Luther avait réclamé le mariage, au nom de la nature* ; il l'avait aussi réclamé, il faut bien le dire, au nom de la pudeur et de la vérité, que le prétendu célibat ecclésiastique de son temps choquait effrontément. Malgré le bon mot d'Érasme, le mariage universel auquel* aboutissait la réforme, valait encore mieux que l'état impossible à nommer auquel il succédait. <!e n'est plus au nom de la nature que réclame l'abbé,

^ Puisque Dieu, disait-il, a créé la femme telle qu'elle doit être nécessairement auprès de l'homme, n*en demandons pas davantage, Dieu est de notre côté. Honorons donc le mariage comme chose honorable et divine. {Métn. de Luther, Michelet.)

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et il ne peut non plus invoquer la pudeur, car depuis la Réforme, rÉglise a bien changé. Elle s*est retrempée dans l'épreuve, et elle a mis fin aux scandjJ^^Le concile de Trente, la grande réforme opéré^'^u^ Çllq^inime, et le dilseptième siècle tout entier, ont passé entre Luther et l'abbé de Saint-Pierre. Celui-ci alors produit dans le débat une nouvelle autorité, la politique^ laquelle réclame contre le célibat des prêtres, au nom de la prospérité des États. Devançant l'expérience du temps, Tabbé condamne une institution qui

* entrave Taccroissement naturel de la population. Il va peutêtre un peu loin dans ce sens, et semble faire dépendre uniquementlaprospéritédesÉtats delà quantité delà population» S'il en était ainsi, s'il ^suffisait de pulluler pour être un grand peuple^ les Chinois seraient, comme ils en sont si bien conviâncus, le premier peuple de la terre. Mais on ne saurait nier, toutefois, que la prospérité des États n'augmente et ne

. diminue, jusqir'à un certain point, avec le chiffre de la population. Là ^'est donc pas l'erreur de l'abbé, car l'histoire lui donne raison en partie. ôiT donc est-elle? Uniquement dans cette naïveté, qui fait qu'il s'adresse précisément au pape pour obtenir la suppression du célibat ecclésiastique, et qu'il fait cette injure au Saint-Père de le croire facile à séduire, sur une telle question, par une simple considération financière. L'Église a sans doute « beaucoup de grands besoins, »" nous devons croire l'abbé qui nous le dit; mais le plus grand et le plus impérieux de tous'les besoins, c'est celui de vivre. Or, l'abbé ne voit pas que l'Église ne vit et n'est ce qu'elle est, c'est-à-dire le plus puissant des corps et le plus indestructible des gouvernements, que parce qu'elle est fondée, chose étrange, en dehors de la famille, c'est-à-dire de la nature. La famille serait un dissolvant qui la tuerait. Lui proposer le mariage des prêtres, c'est donc tout simplement lui proposer le suicide, et chose assez plaisante, l'abbé lui promet de beaux bénéfices pour la déterminer à se tuer. Avec le mariage des prêtres, il y au-

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rait encore une religion ; le protestantisme le prouve; mais il n'y aurait plus ce qu'on appelle l'Église catholique. Or, il est constant que TÉgliçe n'a pas encore envie de cesser de vivre. ""^ '^^'- *'^

Voilà donc deux points* de discipline sur lesquels l'abbé est bien loin de l'orthodoxie. Au moins Iraite-t-il mieux le dogme ? Nous Vallons voir.

Il a écrit une trentaine de pages pour nous apprendre ce qull entend par V essentiel de lareligion; cei essentiel^ il a été, en bon chrétien, le chercher dans l'Évangile, et il l'a trouvé dans deux passages de saint Matthieu. L'un est du sermon sur la montagne (vu, 12) : « Faites aux autres tout ce que « vous voudriez qu'ils vous fissent; voilà la loi et les pro* (( phètes. » L'autre [xxu, 40) est la réponse de Jésus aux Pharisiens qui lui demandaient quel était le plus grand commandement de la loi : a Vous aimerez le Seigneur votre « Dieu de tout votre cœur, de toute votre âme, de tout « votre esprit. C'est là le plus grand et le premier eomft mandement. Et voicr le second qui est semblable à celui* (( là : Vous aimerez votre prochain comme vous-mêmes. « Toute la loi et les prophètes se réduisent à ces deux cornai mandements. » Et l'abbé a soin d'insister : « Jésus-Christ a ne dit pas : C'est en cela que consiste la plus grande Cl partie de la loi et des prophètes. Au contraire, pour éviter « toute équivoque, il dit, dans un de ces endroits : Uni^ « versa lex^ toute la loi, et c'est ce que j'explique par ces (( mots, l'essentiel de la loi, \ essentiel de la religion. » .

Jusqu'ici rien que de très-orthodoxe ; mais attendons la fin. In caudavenenum. Au bout de vingt pages d'éclaircissements inutiles, on arrive à un petit chapitre intitulé : Ap^ fdicaiion. aux missionnaires. Ce chapitre commence ainsi : a II est visible que si nos missionnaires voulaient se cona tenter de prêcher F essentiel du christianisme aux infidèles» « ils auraient divers grands avantages qu'ils n'ont point « lorsqu'ils commencent par prêcher lios mystères. » Oui> et entre autres celui de ne pas leur prêcher le christianisme

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du tout, sous prétexte de leur en prêcher l'essentiel. Voyez plutôt : ^

« Pô.ur prêcher Tobservation de la justice et la pratique « de la bienfaisance, pour plaire à Dieu et en obtenir le « paradis, les missionnaires n*ont point besoin de faire des •«miracles pour se faire croire; ils n'ont besoin que de « mettre en œuvre les preuves que fournit la raison uni- <t verselle qui est commune entre nous et les infidèles. »

Il est impossible de dire plus clairement qu'ils n'ont nul besoin d'être chrétiens. Et pourquoi' le seraient-ils ? Pour prêcher la religion naturelle, il est évidemment superflu de croire à une religion surnaturelle.

K Ils ne trouveraient jamais aucune opposition à leur « mission, ni de la part des magistrats, ni de la part des « prêtres des infidèles. » Sans doute, s'il est j)rouvé que les^ prêtres des infidèles se laisseront plus volontiers enlever leurs ouailles au profit de la religion naturelle qu'au profil de toute autre religion surnaturelle.

c( Ils formeraient quantité de justes et de bienfaisants. » Peut-être ; mais ce qui est bien certain , c'est qu'ils ne formeraient pas un seul chrétien, et ce n'est vraisemblablement pas pour cela qu'ils se sont faits missionnaires.

Enfin, pour plus de clarté, l'abbé ajoute ce dernier conseil : « Il est de la sagesse des missionnaires, lorsqu'ils ce n'ont pas le don^ du miracle (ne raille-t-il pas un peu? sa naïveté n'est pas loin parfois de ressembler à celle de La Fontaine; elle n'est rien moins que naïve), de ne pas « choquer la raison de personnes encore mal "affermies « dans l'essentiel du christianisme , en leur « révélant « des vérités incompréhensibles, telles que les mystères. » Evidemment, il reproche aux missionnaires chrétiens ée prêcher le christianisme, et trouve qu'ils feraient bien plus sagement de s'en tenir à la religion naturelle. Nous avons vu tout à l'heure qu'il imaginait de se servir de l'argent, des établissements et des hommes de l'Eglise pour fonder une instruction publique et une assistance publique entière-

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ment indépendantes de TEglise. Le voici qui imagine de se servir des missionnaires jpour prêcher la philosophie et la religion naturelle aux infidèles et aux idolâtres. Il était difficile de s*adresser plus mal. Comment n'a^-t-il point yu que c'est uniquement pour. des vérités incompréhensibles^ et point du tout pour des vérités philosophiques, que les missionnaires sont prêts à se faire rompre les os ? S'ils ne croyaient qu'à la religion naturelle, ils ne bougeraient de chez eux, par la raison bien simple que cette religion-là ne fait pas de missionnaires, (c Je n*ai jamais oui parler, disait « un célèbre prédicateur de nos jours, d'un rationaliste « qui ait reçu des coups de bâton en Cochinchine. » L'abbé le savait bien, lui qui certainement aurait décliné l'honneur d'aller prêcher V essentiel de la religion aux idolâtres, si un de ces missionnaires auxquels il croyait devoir donner des conseils, lui avait répondu : (( Allez-y vous-même. Je ne connais point cette religion-là. »

Nous savons maintenant ce que l'abbé entend par l'essentiel de la religion : c'est la.pbilosophîe. Mais il est encore plus net et plus explicite, sur ce point, dans son opuscule intitulé : Explication physique d'une apparition.

Il l'écrivit au sujet d'un prétendu miracle dont un curé de son pays, nommé Bézuel, affirmait avoir été l'objet. Or, ce miracle n'était autre chose qu'un transport au cerveau du bonhomme, causé par un violent coup de soleil; de là vision, c'est-à-dire apparition d*un mort. L'abbé n'a pas de peine à donner du prodige une explication scientifique très- raisonnable et très-plausible , sinon dans tous ses détails, au moins dans son ensemble. Mais l'important est ce qui suit l'exj^lication.

• « Les fanatiques , e^t-il dit, croient fort volontiers que « Dieu veut leur faire entendre sa volonté par des prodiges, « et de là il arrive qu'ils attribuent souvent à l'être parfait « des volontés très- déraisonnables et très-injustes. » Puis, après quelques lignes sur les maux causés aux sociétés par le fanatisme, il poursuit ainsi :

« Le fanatisme vient de plusieurs sources, mais la prin- « cipale, c'est Tignorance des causes simples et ordinaires « des effets extraordinaires et prodigieux de la nature.... Il « y a bien du faux dans les récits des prodiges.. .. Mais il y a c( souvent du vrai et de l'extraordinaire sans qu'il y ait ce- « pendant rieû que de naturel.... »

c( Or, il serait important pour diminuer notre disposition « au fanatisme que le ministère fondât un prix tous les ans c( pour celui qui, au jugement de l'Académie des sciences, c( expliquerait le mieux, par les règles de la nature, les effets « extraordinair^es de l'imagination , et les prodiges qui sont « racontés dans les livres des Grecs et des Romains , et les ft prétendus miracles que racontent les prolestants , les « schismatiques et les mahométans. )>

((.... La volonté de Dieu est que nous soyons toujours « justes et bienfaisants. Il nous la fait assez connaître par le « sentiment intérieur de la raison qu'il nous a donnée ; « toute volonté opposée ne peut pas se rencontrer dans « l'être parfait. »

Ce passage est précis; il contient une négation très-nette de tout ordre surnaturel, une affirmation non moins nette de la toute-puissance de la raison humaine pour expliquer les miracles par des causes naturelles, enfin une profession de foi catégorique de rationalisme pur.

(( Que les fanatiques croient fort volontiers que Dieu veut « leur faire entendre sa volonté par des prodiges, » cela se peut , mais c'est incontestablement aussi ce que doivent croire les gens religieux, les chrétiens comme les autres; et si la foi aux prodiges nourrit le fanatisme, il faut bien reconnaître aussi qu'elle est l'âme de toute religion. L'abbé de Saint-Pièrre ne l'ignorait pas apparemment. Il ne dit donc rien contre le fanatisme qui ne retombe sur la religion. Fanatisme et religion sont pour lui deux mots synonymes, deux noms de la même chose, et cette chose n'est qu'un produit de notre imagination et de notre ignorance*. Si la science veut s'y appliquer, elle fera bonne justice des pré-

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tendus miracles que nous révérons. Ce prix, que l'abbé conseille au ministère de fonder, c'est tout simplement un prix d'exégèse; proposition qui serait trouvée d'une étrange témérité même aujourd'hui. Enfin, ne dit-il pas que la volonté de Dieu nous est révélée par notre raison toute seule, et que ce qui est contraire à notre raison ne vient pas de Dieu? Le vicaire Savoyard, qui sera plus éloquent que l'abbé de Saint-Pierre, n'en dira pas davantage.

Voilà, certes, plus que des hérésies, et l'abbé se donne carrière à travers les choses saintes. Mais, en homme avisé, il avait pris ses précautions. Remarquons que les études proposées par l'Académie auront pour but de réduire à leur juste valeur les prétendus miracles des mahométans , des schismatiques et des protestants..,, seulement. Les miracles des protestants! comme s'ils en avaient d'autres que les catholiques 1 le mot qu'on voit le mieux, dans cette phrase, est précisément celui qui n'y est pas; mais l'abbé pouvait répondre hardiment qu'il ne l'y avait ni mis ni voulu mettre, et cette ruse lui semblait suffisante pour mettre son orthodoxie hors de soupçon.

Toutes ces témérités, l'abbé les a encore dépassées dans son Discours contré le makométisme. Le mahométisme n^est là qu un prête-nom. L'abbé raconte qu'il s'est un jour trouvé en conversation avec un homme de qualité, fort prévenu en faveur du mahométisme. Le cas est déjà assez bizarre ; mais ce qui achève de le rendre tout à fait incroyable, c'est que ce personnage était convaincu de la divinité de la mission de Mahomet et du caractère miraculeux de son établissement. Ce conte n'est évidemment là que pour servir de prétexte à la dissertation perfide de l'abbé. S'il y a une religion dont l'établissement puisse passer pour miraculeux^ ce n'est pas, à coup sûr, le mahométisme qui s'établit par les armes, c'est-à-dire de la façon la plus naturelle du monde ; et si Mahomet est prophète quelque part , ce n'est certainement pas en France, où l'on n'a iamids jugé nécessaire de prêcher contre lui» Tout cela, encore un coup,, n'est qu'une

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feinte. L'abbé s'attaque au luahométisme pour frapper en lui toute religion.

Il faut donc distinguer dans ce discours la fausse attaque de la vraie. La fausse consiste dans une explication historique très-juste de la naissance du mahométisme. L'abbé montre fort bien que Mahomet fut un visionnaire avant d'être un ipiposteur, et qu'il commença par être la dupe dé sa propre imagination avant d'en rendre dupes les autres. C'est tout à fait ce que dit Voltaire, non pas dans sa tragédie, où il ne fait de Mahomet qu'un charlatan philosophe bon à débiter des maximes , mais dans son Essai sur les mœurs (chapitre VI) : «c II est à croire que Mahomet, comme tous les enthousiastes, violemment frappé de ses idées, les débita d'abprd de bonne foi, les fortifia par des rêveries, se trompa lui-même en trompant les autres, et appuya enfin, par des fourberies nécessaires, une doctrine qu'il croyait bonne. » Mais- tout cela n'est que la feinte; arrivons à l'attaque sérieuse.

Elle est dans tout ce qui peut s'appliquer aux autres religions en même temps qu'au mahométisme, comme dans V Explication physique d'une, apparition^ elle est dans ce qui peut s'appliquer à la religion aussi bien qu'au fanatisme; et cela consiste surtout dans deux faits : l'un est l'influence excessive, pour ne pas dire exclusive, de l'imagination dans la formation des religions; l'autre est l'influence des climats sur rimagination. Laissons l'abbé parler lui-même.

Quelle fut, selon lui (et selon l'histoire), la première cause de Vétablissementdu mahométisme? «L'imagination a du premier fanatique, plus susceptible de visions, d'ap- <K paritions^ de songes fiévreux, que les autres Arabes. Il « était d'un côté très-disposé au fanatisme» et de l'autre li très-capable d'éloquence; car les personnes d'une imagine nation vive ont une grande disposition à l'éloquence et à « la poésie. « Plus loin : ail y avait plus de raison dans son « système de religion que dans celui des Arabes. » Tout cela est très-vrai ; mais l' abbé ne la pensait-il quede Mahomel ?

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<( Les hommes éloquents, d'une imagination forte et a vigoureuse, imposent fort aux imaginations plus faibles, . 4i surtout quand eux-mêmes sont les premiers séduits par « leur propre imagination. C'est cette puissante faculté qui « combat si souvent et avec tant de succès contre la raison. « Un philosophe cartésien de notre nation a, le premier, V commencé à bien distinguer les effets de rimagination « des effets de la pure intelligence^ Il a commencé à décou^ (( vrir une partie des forces de l'imagination, mais je croi- « rais volontiers qu'il n'a fait que commencer; et il y a de « ce côté-là une infinité de belles découvertes à faire qui a seraient très -importantes au bonheur des hommes. » L'une de ces découvertes, la plus belle de toutes, n'est-elle pas que l'imagination est assez puissante pour faire des religions? Voilà ce que Malebranche, selon l'abbé, aurait bien dû découvrir.

(0 La disposition à croire les choses visibles porte encore <t les hommes grossiers à croire les êtres invisibles. Nous « voyons qu^, dès les siècles les plus anciens, Topiçion de « substances spirituelles invisibles, les unes bienfaisantes, « les autres malfaisantes... était établie pacoïiies habitants <c de l'Asie, les plus ignorants. »

a L'imagination, dans les pays chauds, représente plus « yivement les biens et les maux à venir; et quiconque par « son. éloquence a le talent de peindre vivement aux igno- <( rants de grands maux à cpaindre, a le pouvoir de les leur <c faire croire... Or, ce que nous éprouvons, nous qui som- (( mes dans tindimat froid, les Arabes le sentent beaucoup «. plus que nous, eux qui vivent dans un climat beaucoup (( plus chaud. L'imagination d'un Arabe, beaucoup plus vive « que la nôtre, doit aussi faire sur lui un effet plus grand

(( dans ses songes qu'à nous dans les nôtres Les hommes

a d'une imagination commune, parmi les Arabes, sont « comme nos hommes d'une imagination très-vive^ mais « nous n'avons rien en ce pays-ci qui puisse nous représen- « ter un homme d-une imagination très-vive parmi les

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« Arabes mêmes.... €es réflexions portent à croire que la (( région la plus pr(^e à la formation des différents fana- « tismeS; c'est la région qui /tout étant égal, est la plus (( échauffée par le soleil. Ce sont les pays où Timagination « est la plus vigoureuse et l'ignorance plus profonde et plus «commune. Les opinions extravagantes des pays chauds « peuvent même facilement de proche en proche s'établir ft par contagion jusque dans les pays froids, pourvu qu'ils a soient peuplés d'habitants très-ignorants; et effectivece ment, on a vu des mahométans jusque dans le nord de la « Tartarie, dès le temps de Gengiskhan. » Tout cela est encore très-vrai; mais l'abbé parle-t-il seulement des Arabes, ou aussi de leurs voisins?

« H est bon de remarquer que les grandes révélations et « les autres événements humains ne sont pas en eux-mêmes « prodigieux : il est vrai qu'ils paraissent nécessairement « tels aux lecteurs, lorsque l'historien, soit par ignorance, « soit^par artifice, supprime les faits principaux qui ont « pBéeédé ou acçomj^agné ces événements. Garnie récit de « tous ces ftftts, racontés dans leur ordre naturel, sans « otnettre aucune des circonstances importantes, nous mon- « trerait les véritables causes très-simples et très-néces- <.< saires des plus grands évén6ments et ferait aîiîsi dispa- « rat tre le merveilleux... » ,

« Une des habiletés des historiens est de jeter d'abord le (( lecteur dans le merveilleux, en lui exposant d'un côté de « faibles commencements, et en lui exposant tout d'un coup « de l'autre des effets qui ne le surprennent que parce qu'ils « lui ont supprimé les faits du milieu. » Est-ce des seuls historiens du mahométisme que l'abbé veut parler?

ce Dès qu'il y. a à gagner dans la profession de prédica- « leur, il n'est point étonnant que les ministres de cette * « religion emploient toutes les forces de leur esprit à cacher « et à affaiblir les contradictions et les absurdités de l'Alcoa ran, qui sont lés productions naturelles d'une imagination « ignorante et fiévreuse. Aussi disent-ils que ce sont des

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tt mystères dont on n^aura la révélation qu'au jour du jugece ment, qu'un livre dicté par Dieu même ne saurait conte- « nir que des vérités, ou des mystères respectables; que ce a sont des allégories sublimes; qu'il fallait des paraboles <( grossières à un peuple grossier. La vérité est que toutes « les visions du mahométisme sont pleines de contradictions, ^ qui ne peuvent guère se soutenir et s'excuser qtie par des « fanatiques ou des gens d'esprit intéressés au fanatisme. a Elles n'ont rien de solide et ne peuvent soutenir l'examen « de la raison sans s'évanouir en fumée; et c'est pour cela t< que ceux qui gouvernent avec tant d'utilité les fanatiques « mahométans crient si haut contre la raison. » Tout à l'heure on voyait le mot catholique dans une phrase où l'abbé ne l'avait point mis ; ici encore ce qu'on voit le mieux est ce qui n'est point écrit.

« La plupart des ministres d'État et plusieurs ministres a de la religion mahométane sentent ces contradictions, ces « absurdités, et les prennent pour ce qu'elles sont en effet; a mais comme elles tiennent à leur fortune, ils appuient le a fanatisme comme un métier très-lucratif; il& n'ont garde ' « de travailler à le faire cesser, de peur de faire cesser leur (( fortune; et il y en a même plusieurs qui, n'étant pas plus « éclairée que le peuple, restent toute leur vie de bonne foi « persuadés de la vérité et de la sainteté de cette religion. a Telle est, dans les hommes, la force des premières habi- « tudes..., »

Voici enfin sa conclusion : « Tout le système du mahomé- <c tisme se réduit à savoir si Dieu a effectivement parlé à « Mahomet, ou si l'ange .Gabriel lui a dicté les chapitres de <( l'Alcoran. Mais pour croire un pareil miracle, nous de* tt mandons des preuves aux mahométans; et pour nous le a prouver, ils nous apportent comme un miracle l'établisse- « ment de leur croyance dans la plus grande partie de la a terre. »

« Mais on vient de voir qu'il n'y a dans cet établissement, « ni dans son progrès ni dans sa durée^ aucune apparence

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a de miracle, si ce n'est pour ceux qui ne savent pas toys « les faits et toutes les circonstances qui ont précédé ou, tt accompagné cet établissement» ou pour ceux qui n'y ont « pas fait assez de réflexion; ou enfin pour les mahométans « eux-mêmes, qui sont accoutumés dès Tenfance à regardar « cet ouvrage très-humain et très-plein d'absurdités, comme ft un ouvrage très-sage, très-sensé et entièrement divin. »

« Ainsi il n'est pas difficile de conclure qu'il n'y a réelle- « ment ni miracle, ni même rien de prodigieux et de surpre- « nant dans l'établissement, dans le progrès et dans la durée (( de ce fanatisme; mais que les causes en sont si naturelles, (( qu'il était moralement impossible que le mahométisme ne « s'établît pas dans les circonstances et parmi les peuples où « il s'est établi ; et qu'y étant une fois établi, le grand res- « pect pour Mahomet n'y dure pas autant que la grande « ignorance des causes morales et des causes physiques tt durera parmi eux. Et c'est ce que je m'étais proposé de ft démontrer. »

Ce qui est démontré du même coup, c'est que Faumônier de Madame crut pouvoir concilier avec son titre le très-libre esprit d'un philosophe. Voyons ce qu'était sa philosophie.

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